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dimanche 19 avril 2015

Commentaires au Genjōkōan - 4ème partie (2)

Commentaires au Genjōkōan:


Reste les deux dernières phrases de cette 4ème strophe. 
« C'est voir disparaître toute trace d'Éveil. 
Et faire naître l'incessant Éveil sans trace ». 


On part de l’étude du Dharma qui est une étude de soi. L’étude de soi se réalise dans un oubli de soi. L’oubli de soi débouche sur une ouverture à tous les phénomènes rencontrés et un sentiment de non-dualité d’avec le monde. En découle un abandon du corps et de l’esprit, son propre corps et son propre esprit comme le corps et l’esprit car on n’est plus emprisonné dans les caractéristiques du « soi » et de l’identité des phénomènes. La méditation de la vacuité conduit à la méditation de l’absence de caractéristiques des phénomènes. Les caractéristiques qui distinguent les phénomènes s’effaçant, les caractéristiques qui distinguent l’Éveil s’effacent elles aussi. On imagine le Bouddha avec toutes sortes de caractéristiques rayonnantes comme quand on regarde les statues dorées du Bouddha. Et on imagine l’esprit d’un Bouddha dotée également de toutes sortes de caractéristiques transcendantes de pénétration, d’élévation spirituelle, de pouvoirs parapsychiques ou d’omniscience.

Ce que nous dit Dôgen Zenji, c’est que la non-dualité dissipe toutes ces caractéristiques rayonnantes. Le progrès dans cette voie d’immanence consiste à d’abord à atteindre la simplicité et à se dépouiller. « Voir disparaître toute trace d'Éveil ». Immergé dans cette conscience non-duelle, on se sent infiniment simple, homme parmi les hommes, sans particularité et sans volonté de sortir du lot. Nous nous sentons ouverts au monde et ouverts aux autres ainsi qu’à leur expérience.




Nous n’avons rien de particulier et nous partageons avec tous les êtres la nature-de-bouddha. Pourtant, comme tous les êtres, nous souffrons et nous sommes confrontés à toutes sortes de problèmes existentiels. Notre ouverture à ce que ressentent les autres nous rend encore plus insupportables ces état de chose ; c’est pourquoi nous voulons trouver une solution, dépasser tout ce qui crée des tragédies, des déchirures et des tourments, améliorer notre condition d’existence. Pour cela, nous aspirons à ce que tous les êtres soient définitivement délivrés de la souffrance. Comme pour cela, ils doivent accéder à l’Éveil d’un Bouddha.

C’est la bodhicitta, l’esprit d’Éveil, l’aspiration à ce que tous les êtres accèdent à l’Éveil et soient délivrés de la souffrance. Il nous faut produire cette bodhicitta encore et encore dans notre continuum mental. Au départ, ce n’est qu’une simple aspiration, une simple pensée d’amener tous les êtres sensibles au bonheur et à la liberté inconcevable. Mais cette pensée s’affermit et se transforme dans un engagement progressivement.


L’esprit voit donc disparaître toute trace d’Éveil ; en même temps, il fait naître l’Éveil sans qu’on voit pour autant des traces et des manifestations de cet Éveil. On reste un homme simple et intègre, ouvert au monde, sans distinction particulière. On pourrait passer pour quelqu’un de tellement ordinaire que personne ne verrait en nous des qualités spirituelles. L’Éveil se dissipe dans le monde comme une grue qui s’éloigne en quelques battements d'ailes au loin dans le ciel sans laisser de trace et sans imprimer sa marque dans les nuages.  




Masao Yamamoto



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Autour de Dôgen Zenji sur Le Reflet de la Lune :

                   - éveil et reflet de la lune

Sanshô Doei : - la voix des gouttes de pluie
                          - Adoration
                          - Trésor de l'Œil du Véritable Dharma
                           Quand nous n'avons lieu où demeurer



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