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jeudi 13 septembre 2018

Quand le monde est rempli de maux




Quand le monde est rempli de maux,
Transforme toutes les mésaventures en voies vers l’Éveil.

Lodjong, maxime n°11.



dimanche 9 septembre 2018

Un nomade de la raison - 7ème partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

7ème partie





Pour lire les précédentes parties d'un Nomade la Raison, voir le sommaire.



L’hindouisme


samedi 8 septembre 2018

Un nomade de la raison - 6ème partie



Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

6ème partie




Pour lire les précédentes parties d'un Nomade la Raison, voir le sommaire.




Le Bouddhisme



     Le Bouddha a eu deux très grands disciples : Shâriputra et Maudgalyâyana. Il serait intéressant de se pencher sur le parcours spirituel de ces deux-là parce que leur évolution est emblématique d’une relation au doute et au scepticisme et du dépassement de ceux-ci. Shâriputra et Maudgalyâyana1, tous deux issus d’une famille de brahmanes, avaient décidé de quitter la vie laïque pour devenir ascètes errants dans la quête résolue de trouver la vérité. Après avoir écouté toutes sortes de doctrines de différents maîtres, les deux se rallièrent à un maître qui s’appelait Sanjaya Belatthiputta. 

jeudi 6 septembre 2018

Un nomade la raison - sommaire




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

Sommaire




Première partie : Introduction


2ème partieLe voyage de Pyrrhon




 3ème partie : Les influences grecques de Pyrrhon


4ème partie : L'Inde philosophique


5ème partie : Le jaïnisme



6ème partie : le bouddhisme














Cap Colonna, Temple de Héra, Crotone










Un nomade de la raison - 5ème partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

5ème partie




Pour lire les précédentes parties d'un Nomade la Raison, voir le sommaire.



Les trois courants philosophiques les plus importants de l’Inde




     Voilà donc pour les remarques généra les concernant les gymnosophistes. Passons maintenant aux principaux courants de la pensée indienne : jaïnisme, bouddhisme et brahmanisme, en sachant bien qu’à cette époque, existaient toutes sortes d’écoles et de sectes soit brahmaniques, soit non-brahmaniques dont certaines étaient loin d’être négligeables par la taille et l’influence. 

mercredi 5 septembre 2018

Qu'est-ce que contempler ?






       Contempler la tourterelle, la pie, la grenouille, la mouche, c'est se placer, en mystique, devant le mystère de la vie, c'est éprouver, devant la tourterelle que l'on voit, et qui vit le monde en tourterelle d'une manière pour nous totalement inconnaissable... le sentiment du sacré.


     Contempler, c'est ne pas aller au-delà de la chose même pour la réduire à ce qu'elle signifie, à une interprétation, à une connaissance. C'est prendre le monde tel qu'il est, sans vouloir l'expliquer par une cause ou une fin. Je vois ce monde comme n'ayant ni cause explicative, ni fin, ni modèle, ni fond caché, et, à chaque instant comme venant de naître. Il n'y a pas d'arrière-monde, et le monde ne recèle aucun mystère. Il est lui-même le mystère.


      Ce mystère est si voyant qu'il faut l'homme pour ne pas le voir. Car l'homme ne voit que l'homme. Ce qui ne se donne qu'à la dépréoccupation, la préoccupation ne peut le rencontrer.


     Ne soyons plus qu'un regard pur et sans intention. Alors, ce qui nous est le plus proche cesse de nous être lointain. Le vouloir qui arraisonne les choses, l'entreprise de la vie font obstacle à l'ouverture accueillante de ce qui existe, de ce qu'il y a. Mais, comme l'âme dans l'état mystique s'oublie elle-même, oublions l'homme en nous, et, dans l'extase mondaine, laissons le mystère se livrer à nous. La chose en soi n'ayant pas de rôle à jouer, ne renvoyant à rien au-delà d'elle-même, se montre alors avec l'insistance de sa singularité.


Marcel Conche, Vivre et philosopher, PUF, 1993.









Masao Yamamoto









       Voilà un très texte de Marcel Conche. Marcel Conche est pour moi un des philosophes français les plus singuliers. Son ouvrage qui m'a le plus marqué a été son Pyrrhon ou l'apparence, qui m'a fortement influencé dans la rédaction d'un Nomade la Raison. Et ce que nous donne à penser ici Marcel Conche, c'est une mystique, non pas une mystique grandiloquente de la puissance, mais une mystique de simplicité, une mystique des chemins de traverse que Conche nous invite à humer, à sentir, à toucher. La contemplation n'est pas l'acte de disséquer le monde ou de l'hypostasier dans le divin, l'éternité ou l'absolu. Non, dans la contemplation, il ne s'agit pas d'expliquer le monde ou de lui donner un sens, il s'agit de vivre le mystère qui se donne à cet instant précis.


      Et donc la contemplation n'a besoin du grandiose pour se faire. La tourterelle qui voient se poser sur une branche de l'arbre de votre jardin peut être la source présente de votre contemplation. Mais vous pourriez tout autant être contemplatif de la grenouille dans la mare ou d'objets d'une banalité encore plus totale.


      Dans le film « American Beauty » de Sam Mendès, un des personnages Ricky montre à sa copine une vidéo de la chose la plus belle qu'il ait jamais vu : un sac en plastique tournoyant dans un vent d'orage un quart d'heure durant. Ricky explqiue à sa petite amie : « C'était une de ces journées grises, où il va se mettre à neiger d'une minute à l'autre et qu'il y a comme de l'électricité dans l'air. Tu peux presque l'entendre. Tu vois ? Et ce sac était là, en train de danser avec moi, comme un enfant qui m'invitait à jouer avec lui. Pendant quinze minutes. C'est là que j'ai compris qu'il y avait autre chose. Au-delà de l'univers, plus loin que la vie. Je sentais cette force incroyablement bienveillante qui me disait qu’il n’y avait aucune raison d’avoir peur. Jamais. Sorti de leur contexte, les images n'ont aucun sens, je sais. Mais ça m'aide à m'en souvenir. J'ai besoin de m'en souvenir. Et parfois je me dis qu’il y a tellement de beauté dans le monde que cela en est insoutenable. Et mon cœur est sur le point de s'abandonner ».


     Je pense que Marcel Conche comprendrait ce genre de témoignage. Oui, on peut contempler un sac de plastique tournoyant dans les airs. En soi, la contemplation n'est pas réservée aux choses vastes et sublimes : un simple sac plastique peut être l'objet d'un étonnement, d'un regard intrigué qui pressent autre chose que la banalité, la pesante quotidienneté. Avec le sac en plastique, il y a tout le mystère du monde qui virevolte devant un spectateur qui a cessé de s'identifier à ce spectateur et qui s'est ouvert au spectacle silencieux du monde. Pour celui qui s'est dépréoccupé, la seule vision d'un sac de plastique peut éveiller à la mystique s'immergeant dans le monde et peut éveiller à un sentiment vertigineux du sacré. Et le fait de se sentir submergé et suffoqué par toute la beauté du monde.


      Mais là, où Marcel Conche prendrait ses distances de Ricky Fitts dans American Beauty, c'est quand Ricky voit dans son expérience mystique le signe d'autre chose : « cette force incroyablement bienveillante qui me disait qu’il n’y avait aucune raison d’avoir peur ». Au fond, c'est naturel : les mystiques dans l'Histoire ont toujours eu la propension à rattacher leur expérience mystique à une entité métaphysique plus grande, plus vaste : très souvent Dieu, mais aussi la Nature, l'immensité du Cosmos, l'Infini, la Réalité Absolue. L'expérience mystique est alors vécue comme une preuve qui atteste cette entité qui nous dépasse et transcende notre existence.


        Le point de vue de Marcel Conche est autre : il vaut peut-être mieux vivre l'expérience de contemplation en elle-même sans subodorer autre chose et postuler un « arrière-monde » (Conche reprend à son compte l'expression-fétiche de Nietzsche). Dans la contemplation, on ne cherche pas à expliquer le monde, pourquoi il existe et quelle est sa finalité ou la finalité de notre présence dans ce monde. La contemplation est un pur regard. Le monde est un mystère dans l’œil du contemplatif, et qui ne s'explique par aucun autre mystère, aucune vérité cachée dans le tréfonds des arrière-mondes. (Il faut néanmoins noter que le personnage de Ricky ne nomme pas la « force incroyablement bienveillante », ni ne cherche à l'expliquer. Il se contente de la ressentir dans les manifestations du monde. Ce qui fait qu'il n'est pas si éloigné de Marcel Conche).








*****








        Dans « Pyrrhon ou l'apparence », Marcel Conche défend une vision de Pyrrhon assez proche de cette idée épurée de la contemplation. Classiquement, on décrit Pyrrhon comme le fondateur de l'école sceptique dont la doctrine serait d'accepter les phénomènes, mais rien qui soient au-delà. Quand je suis dans mon bureau, je sais que je suis assis sur une chaise, que je vois les murs de cette pièce et que j'entends les bruits tout autour de moi. Néanmoins, je ne peux pas rien affirmer sur un plan métaphysique, ni sur l’Être du bureau, ni sur la « cause première » du bureau, ni sur sa finalité dernière. Marcel Conche pense que Pyrrhon ne rentre pas dans cette case du « scepticisme philosophique », position qui reviendrait plutôt à la figure très intellectualisante de Sextus Empiricus.


       Marcel Conche part de l'ambiguïté du mot phainomenon en grec qui signifie autant le phénomène que l'apparence. Selon Conche, Pyrrhon n'accepte que l'apparence, pas le phénomène. Quand je suis dans un bureau, il n'y a aucune certitude que j'y sois. Je vois simplement une apparence de chaise, une apparence de meubles et de murs. Partant de là, se dégageant de la figure du sceptique rationaliste, Conche voit plutôt en Pyrrhon un mystique s'immergeant dans l'océan des apparences, contemplant le monde, mais gardant le silence sur celui-ci, l'aphasie, l'absence de discours.


       Et là où Conche tient ses distances avec Pyrrhon, c'est sa conviction que la contemplation nous tient proche de la chose en soi : « La chose en soi n'ayant pas de rôle à jouer, ne renvoyant à rien au-delà d'elle-même, se montre alors avec l'insistance de sa singularité ». La chose en soi en philosophie est le contraire du phénomène, ce qui se présente à nos sens. C'est la chose telle qu'elle est fondamentalement, indépendamment des illusions de la perception ou du point de vue particulier que nous avons sur les choses. Marcel Conche croit possible une présence intime de l'homme désintéressé et dépréoccupé avec la chose en soi, là où Pyrrhon, insouciant de l’Être, ne voit au-delà des apparences que d'autres apparences dans un jeu sans fin.
















PS : j'ai trouvé ce petit texte de Marcel Conche sur le blog « Éveil et philosophie » de José Le Roy. Merci à lui.











La scène du sachet plastique d'American Beauty (Sam Mendès, 1999): 










Voir également : 


- Un vol de grues dans le ciel


- Transcendance et rationalité


- Spéculation


- Clair de lune à travers les hautes branches





l'envers et l'endroit d'une feuille


Deux messages sur la plage


- Manquer à être


- Commentaire au Genjôkôan - 4ème partie


- Quand nous n'avons aucun lieu où demeurer













Marcel Conche














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mardi 4 septembre 2018

Un nomade de la raison - 4ème partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

4ème partie



Voir :

- la première partie 

- la 2ème partie   

- la 3ème partie




L’Inde philosophique



   Voilà donc pour les influences grecques que Pyrrhon emmena avec lui jusqu’en Inde. Et toutes ces influences ont certainement été ensemencées par la rencontre avec ces personnages si étranges et si déroutants qu’étaient les gymnosophistes aux yeux des grecs. Les mœurs de ces gymnosophistes, leur style de vie sans concession ont certainement marqué Pyrrhon de manière indélébile. Comme le dit Victor Brochard : « Cette résignation et ce renoncement qui sont les caractères distinctifs du scepticisme primitif, Pyrrhon en avait trouvé les exemples sur les rives de l’Indus : c’est encore un point par où l’expédition d’Alexandre a exercé sur les destinées du scepticisme une influence que nous croyons capitale. Il nous est expressément attesté que Pyrrhon a connu les gymnosophistes, ces ascètes qui vivaient étrangers au monde, indifférents à la souffrance et à la mort. Nul doute qu’il n’ait été vivement frappé d’un spectacle si étrange ; et il s’en souvint une fois revenu dans sa patrie (…). La dialectique lui avait peut-être appris le néant de la science telle qu’elle existait de son temps ; il apprit des gymnosophistes le néant de la vie, et crut, avec un autre sage de l’Orient, que tout est vanité1 ».

lundi 3 septembre 2018

Un nomade de la raison - 3ème partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

3ème partie



Voir la première partie et la 2ème partie



Les influences grecques de Pyrrhon

dimanche 2 septembre 2018

Un nomade de la raison - 2ème partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

2ème partie






Le voyage de Pyrrhon


    Au tout début de la préface de sa « Critique de la Raison pure », Emmanuel Kant oppose les dogmatiques qui s’affrontent entre eux pour la conquête du pouvoir de la raison sur ce champ de bataille qu’est la métaphysique, aux sceptiques, « une espèce de nomades, qui ont en horreur tout établissement stable sur le sol, rompant de temps en temps le lien social1 ». 

samedi 1 septembre 2018

Un nomade de la raison - 1ère partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila


Le scepticisme antique en Grèce et en Inde



1ère partie




    Voici une étude sur le philosophe antique Pyrrhon d’Élis et les influences possibles des philosophies indiennes sur sa pensée, que j'avais rédigée en 2007. 



Introduction


     Pyrrhon, le fondateur de l’école sceptique, a connu une expérience qui a bouleversé sa vie. Il a voyagé en compagnie des armées d’Alexandre le Grand et ce voyage l’a conduit jusqu’en Inde. Là-bas, il a rencontré les ascètes indiens que les Grecs appelaient gymnosophistes, et dont l’étymologie signifie littéralement « sages nus ». Ceux-ci ont considérablement marqué Pyrrhon. Diogène Laërce, dans sa « Vies et doctrines des philosophes illustres », témoigne de cette influence que ces ascètes indiens ont exercé sur Pyrrhon : « Il faisait retraite, et vivait en solitaire, se montrant rarement à ses proches. Il agissait ainsi pour avoir entendu un Indien faire des reproches à Anaxarque, en lui disant qu’il ne saurait enseigner à un autre comment être homme de bien, puisqu’il fréquentait lui-même la cour des rois1 ». 

vendredi 31 août 2018

Les huit préoccupations mondaines




Les huit préoccupations mondaines



  Dans la philosophie bouddhique, on compte 8 préoccupations mondaines ou dharmas mondains. Ces préoccupations occupent notre esprit comme une armée occupe un pays, et tout ce que nous faisons est une forme d'asservissement à ces objectifs du monde. Ces préoccupations détournent l'individu de la pratique du Dharma, la Voie du Bouddha. Ces huit préoccupations sont classées par pairs d'opposés, de la manière suivante :

jeudi 30 août 2018

Du plomb dans l'aile et dans la nature






     Nous sommes à l'heure où les chasseurs de France font une campagne publicitaire où ils affirment être des « écologistes de terrain », et même : « les premiers écologistes de France » (sic). On peut cependant se poser la question de savoir si la chasse est vraiment bénéfique à la Nature, à défaut d'être d'être bénéfique aux animaux. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce sujet, mais je voudrais aborder un sujet dont on parle peu : la toxicité des munitions d'armes de chasse. Une cartouche de fusil de chasse pèse grosso modo 35g et contient 200 à 300 petites billes de métal (le plus souvent de la grenaille de plomb). On estime que plus de 250 millions de cartouches sont tirées chaque année sur le territoire français. Cela équivaut à 6000 tonnes de métaux répandus dans la nature chaque année en France.






mercredi 29 août 2018

Si tous les enfants de 8 ans - 2ème partie



Si tous les enfants de 8 ans

(2ème partie) 






4°) Est-ce que la méditation agit de la même manière sur tout le monde ? Est-ce que la méditation agit de la même façon qu'un remède à prendre comme l'aspirine ?


     Non, évidemment. C'est un point extrêmement important. La méditation n'est pas quelque chose de passif. La méditation n'est pas comme un médicament qu'on prendrait et qui agirait indépendamment de nous : on ne peut pas pratiquer autant d'heures de méditation pour avoir tel résultat, telle diminution de la nervosité. Cela ne marche pas comme ça. J'ai coutume de dire que la méditation est une façon extrêmement active de ne rien faire.


     Dans la méditation, on peut stagner, on peut somnoler à longueur de séances, on peut se monter incapable ou sans volonté d'échapper à la dispersion produites par les pensés. On peut ne pas oser regarder ses côtés sombres. On peut s'illusionner. Bref, on peut pratiquer la méditation sans que cela transforme notre être de manière décisive. C'est un travail toujours renouvelé que d'aller au-delà de la confusion et des illusions, de revenir encore et encore à l'attention soutenue. Il n'y a aucune garantie que vous atteigniez l’Éveil d'un Bouddha : cela se gagne.


      Je donnerai un seul contre-exemple d'un méditant qui n'est pas un homme de paix. Le moine Wirathu est ce moine birman qui, au nom du nationalisme birman, appelle à massacrer les membres de la communauté musulmane Rohingya en Birmanie. Il y a eu un documentaire sur ce personnage douteux : « Le Vénérable W » de Barbet Scroeder (2017). Dans une interview, Wirathu explique qu'il a aimé la prison, car cela avait été pour lui l'occasion de pratiquer la méditation. Donc Wirathu médite. Certainement mal, mais il médite. Et il fait l'apologie de la haine, de la dissension et d'une guerre civile complètement atroce.


      Donc méditer ne suffit pas pour extirper la haine et les germes de la guerre hors de son esprit. Il faut bien pratiquer la méditation, et y faire, naître encore et encore l'amour bienveillant, la compassion, la joie et l'équanimité, contre ceux qui font du bouddhisme une identité guerrière. Il faut affronter sa propre part d'ombre. Dans l'Antiquité, Térence disait : « Je suis humain, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ». Cela doit servir d'avertissement : la méditation seule ne fait pas de nous un homme de paix. La paix se gagne à travers un long cheminement spirituel.













5°) Quel type de méditation enseigner aux enfants ?


      Rien que dans le bouddhisme, le panel des différentes techniques de méditation est vaste. La question est : que va-t-on apprendre aux enfants en respectant leur nature d'enfant ? Et comment enseigner une technique particulière pour que les enfants puissent s'y retrouver ? Je vais me contenter ici de poser ces questions, car je ne suis pas du tout un spécialiste de la méditation pour les enfants.


        Néanmoins, je vais poser une seule prescription, mais qui semble très importante : il faut conserver un caractère ludique et léger à la méditation, adapté à l'âge des enfants. Ce ne doit être en aucun une pénitence pour les enfants. Pour les adultes, la méditation est souvent difficile et pénible ; mais si on propose une activité de méditation pour les enfants, celle-ci doit être plaisante et agréable. Sinon autant laisser les enfants jouer tranquillement, comme je l'ai déjà dit plus haut.







6°) Est-ce qu'il est pertinent de penser que cet enseignement de la méditation à toute l'enfance de l'humanité soit un véritable remède à la violence qui se déchaîne dans le monde ?


      On aura compris que je suis très sceptique sur la question. La méditation n'enlève pas systématiquement toute trace de violence en nous, même pour les adultes. Appliquée uniquement aux enfants, je pense que cela est voué à l'échec, puisque les enfants vont se retrouver déchirés entre le modèle qu'on leur présente dans la méditation et le modèle parental.


       Néanmoins, je pense comme le Dalaï-Lama que : « plus de paix dans votre esprit contribue à plus de paix dans le monde ». À un niveau individuel, nous avons la possibilité d'apporter notre petite contribution à l'ordre du monde ou plutôt à son désordre. Apaiser notre colère, notre ressentiment, notre malveillance est vraiment essentiel pour apporter du bien-être tout autour de soi. Promouvoir la méditation me semble être une mesure pour contribuer à un monde meilleur. Apaiser notre esprit fera que nos réactions vis-à-vis d'autrui seront moins porteuses de problèmes et de tensions et, au contraire, apporteront du bonheur. Cette contribution individuelle est certes très petite par rapport à l'ensemble de l'humanité ; mais si beaucoup de gens se joignent dans l'effort commun, l'ensemble de ces petites contributions individuelles peut avoir un impact énorme, surtout qu'un acte de bienveillance peut inspirer un autre acte de bienveillance, qui va lui-même inspirer un autre acte de bienveillance, etc...


        Enseigner la méditation et encourager à la pratique, que ce soit pour les enfants, mais avant tout pour les adultes, peut avoir un effet positif sur la diminution de la violence et des conflits dans le monde. Il faut néanmoins ne pas être naïf et se mette à croire à des miracles, comme si la méditation allait changer le monde en un coup de baguette magique. Il serait aussi naïf et inconséquent de négliger l'action politique globale et le travail de compréhension des mécanismes sociologiques, historiques, géopolitiques qui conduisent à des conflits et des guerres. On cite souvent l'histoire du colibri qui prend de l'eau dans son tout petit bec pour aller éteindre l'incendie de la forêt comme paradigme des initiatives individuelles infinitésimales à l'échelle de la planète, mais qui peuvent faire évoluer les choses dans le sens du bien. Ce petit conte interpelle, mais il vaut quand même mieux faire appel à un canadair qu'à un colibri pour venir à bout d'un incendie qui fait rage dans la toute la forêt. Je veux dire par là que les initiatives individuelles pour être efficace doivent s'agréger pour un projet politique (au sens noble du mot « politique »)







*****






       En guise de conclusion, je voudrais citer un extrait du « Plaidoyer pour l'altruisme » de Matthieu Ricard (éd. NiL, Paris, 2013, chap. 37, pp. 608-609) :


     « C’est le matin, dans la salle de classe d’une école maternelle de Madison, dans l’État du Wisconsin, aux États-Unis. Allongés sur le dos, des enfants de quatre à cinq ans, issus en majorité de milieux défavorisés, apprennent à se concentrer sur le va-et-vient de leur souffle et sur les mouvements d’un petit ours en peluche posé sur leur poitrine. Après quelques minutes, au son d’un triangle musical, ils se lèvent et vont ensemble observer les progrès des « graines de paix » qu’ils ont chacun plantées dans des pots rangés le long des fenêtres de la classe. L’enseignant leur demande de prendre conscience du soin dont les plantes ont besoin et, par association d’idées, du soin dont l’amitié, elle aussi, a besoin. Puis il les aide à comprendre que ce qui les rend sereins est aussi ce qui permet aux autres enfants d’être sereins. Au début de chaque séance, les enfants expriment à voix haute la motivation qui doit inspirer leur journée : « Puisse tout ce que je pense, tout ce que je dis et tout ce que je fais ne causer aucun tort aux autres, mais au contraire les aider. »



      Ce sont là quelques éléments d’un programme de dix semaines conçu par le Centre d’investigation de la bonne santé mentale (Center for Investigating Healthy Minds), fondé par le psychologue et neuroscientifique Richard Davidson. Bien que sa collaboratrice Laura Pinger et leurs autres collègues n’enseignent ce programme que trois fois par semaine, à raison de trente minutes par séance, il a un effet notable sur les enfants. Ceux-ci demandent d’ailleurs aux instructeurs pourquoi ils ne viennent pas tous les jours.


   Au fil des semaines, les enfants sont amenés très naturellement à pratiquer des actes de bonté, à se rendre compte que ce qui les met mal à l’aise met aussi mal à l’aise les autres, à mieux identifier leurs émotions et celles de leurs camarades, à pratiquer la gratitude et à former des souhaits bienveillants pour eux-mêmes et pour autrui. Lorsqu’ils sont perturbés, on leur montre qu’ils peuvent certes résoudre leurs problèmes en agissant sur les circonstances extérieures mais aussi en agissant sur leurs propres émotions.


      Au bout de cinq semaines vient le moment de donner à d’autres une ou plusieurs plantes que chacun a fait pousser. Les enfants sont ensuite amenés à prendre conscience qu’ils sont reliés à tous les enfants de la planète, à toutes les écoles et à tous les peuples, lesquels aspirent à la paix et dépendent tous les uns des autres. Cela les conduit à éprouver de la gratitude à l’égard de la nature, des animaux, des arbres, des lacs, des océans, de l’air que nous respirons, et à prendre conscience qu’il est important de prendre soin de notre monde. »


     Je trouve cette expérience très intéressante, pour plusieurs raisons :
  • les exercices demandés aux enfants sont ludiques et créatifs,
  • on n'exige pas des enfants qu'ils pratiquent une méditation aride,
  • on vise des objectifs réalistes à la portée des enfants : développer la bonne entente, l'empathie, la compréhension du ressenti des camarades de classe, le réflexe de chercher des solutions en soi-même en agissant sur ses propres émotions, le sentiment d'être rattaché au monde.


      Matthieu Ricard se montre extrêmement enthousiaste : il parle de « réussite spectaculaire ». Il constate « une nette amélioration des comportements prosociaux et une diminution des troubles émotionnels et des conflits chez les participants à l'expérience ». Le Dalaï-Lama, lui même, a appelé à la reproduction de cette expérience : « Une école, dix écoles, cent écoles, puis, par l'intermédiaire des Nations-Unies, les écoles du monde entier... »


      Je serai pour ma part beaucoup plus prudent. Regardons comment l'expérience est dupliquée à travers le monde, regardons comment elle perdure dans le temps. Par mon expérience de prof, je sais que pratiquer une nouvelle manière d'enseigner suscite toujours l'enthousiasme les premiers temps, justement parce que c'est nouveau, puis l'intérêt s'émousse et retombe insensiblement. Soyons donc ouvert d'esprit, voyons comment cela évolue, ce qu'on peut en retirer, mais ne nous emballons pas trop. Et rappelons-nous surtout que c'est les adultes qui ont la responsabilité morale et spirituelle de s'améliorer eux-mêmes et de contribuer à un monde meilleur. C'est l'engagement sacré qu'ils ont envers les enfants d'aujourd'hui et les enfants des générations futures.



Frédéric Leblanc, 
le 29 août 2018.






















Concernant le Dalaï-Lama :












Voir également : 




À la manière des rois, à la manière des sages


- Cagnes-sur-Mer (Jacques Prévert)


- Pacifiste ou pacifique


Équanimité


Empathie et altruisme




















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