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dimanche 24 juin 2018

Laisser tomber les divinités bouddhiques ?




Laisser tomber les divinités bouddhiques ?




    Dans un article rédigé pour la revue bouddhiste américaine « Tricycle » et intitulé « Dropping the bodhisattva gods » (Laisser tomber les dieux bodhisattvas), Stephen Batchelor défend l'idée d'un bouddhisme plus séculier. Il dit qu'au début de sa découverte du bouddhisme, des lamas lui avait demandé de réciter des sadhanas (rituels) et des mantras adressés à des yidams, les divinités tantriques censées incarner l’Éveil des Bouddhas. Même si les développements philosophiques les plus élevés inspirés par l'école du Milieu insistent sur la nature vide d'une existence propre de ces divinités, pour la plupart des bouddhistes ont une existence bien réelle et bien distincte de la conscience des pratiquants. Pour Stephen Batchelor, tout cela n'est que de la superstition, des fables qui n'importent aucun bénéfice à la propagation du Dharma.

samedi 23 juin 2018

Analyse de l'asservissement et de la libération




Le Traité du Milieu


Nāgārjuna


Chapitre XVI : Analyse de l'asservissement et de la libération



1. Et si les agrégats transmigraient ?
S'ils sont permanents, ils ne transmigrent pas.
S'ils sont impermanents, ils ne transmigreront pas.
Le même raisonnement s'applique aux êtres animés.

2. Et si l'individu transmigrait ?
Si on le cherche avec le quintuple examen,
Dans les agrégats, les sphères de la connaissance et les éléments
Sans le trouver, qu'est-ce qui transmigrera ?

3. S'il transmigre d'existence
En existence, il passera par l'inexistence.
Qu'est-ce qui, donc, privé d'existence
Et d'agrégats, transmigrera ?

4. Les agrégats ne peuvent en aucune manière
Passer au-delà de la souffrance.
En aucune manière, l'être animé
Ne peut passer au-delà de la souffrance.

5. Sujets à la naissance et à la destruction,
Les agrégats ne sont ni liés, ni libérés.
Comme précédemment, les êtres
Ne sont ni liés, ni libérés.

6. Si l'appropriation enchaîne,
Celui qui a cette appropriation n'est pas enchaîné.
Si la non-appropriation n'enchaîne pas,
Dans quel état sera-t-on enchaîné ?

7. Si l'enchaînement précède ce qui est enchaîné,
Celui-ci dépendra de celui-là :
Ce qui n'est pas le cas.
Le reste de la réfutation a été enseignée lors des trois moments du mouvement.

8. Tout d'abord, ce qui est enchaîné n'est pas libéré
Et ce qui n'est pas enchaîné ne l'est pas non plus ;
Si ce qui est enchaîné se trouvait en cours de libération,
Il serait simultané à la libération.

9. « Sans attachement, je passerai dans le Nirvāna,
Le Nirvāna est mien »
Ceux qui prennent ainsi les choses
Tombent dans la plus grande appropriation !

10. Pour qui n'existe ni production du Nirvāna,
Ni cessation du samsāra,
Pour celui-là, comment le samsāra serait-il ?
Comment le Nirvāna serait-il ?


vendredi 22 juin 2018

Analyse de la nature propre




Le Traité du Milieu


Nāgārjuna


Chapitre XV : Analyse de la nature propre



1. L'émergence d'une nature propre
À partir de causes et de conditions est illogique ;
Si elle émergeait à partir de causes et de conditions,
Cette nature serait fabriquée.

2. Comment une nature propre dite « créée »
Serait-elle pertinente ?
Une nature propre n'est pas fabriquée
Et ne dépend pas d'autre chose.

3. S'il n'existe pas de nature propre,
Comment aurait-on une nature autre ?
La nature propre d'une nature autre
Serait appelée « nature autre ».

4. En-dehors d'une nature propre
Et d'une nature autre, quelle chose existera ?
Si une nature propre et une nature autre existent,
Des choses (inhérentes) seront établies.

5. Si un être n'est pas établi,
Un non-être ne le sera pas ;
Car quand un être s'est transformé,
Le monde l'appelle « non-être ».

6. Ceux qui conçoivent une nature propre, une nature autre
De l'être et du non-être,
Ne perçoivent pas l'ainsité
De l'enseignement du Vainqueur.

7. Dans ses « Instructions à Kātyāyana »,
Le Bienheureux, qui connaît le réel et l'irréel,
A réfuté à la fois
L'être et le non-être.

8. Une nature propre
Ne devient pas inexistante ;
Qu'une nature propre se transforme
Est tout à fait irrationnel.

9. (Objection) Si la nature propre n'existe pas,
Qu'est-ce qui change ?
(Réponse) Si la nature propre existe,
Qu'est-ce qui change ?

10. Dire « existe » est une saisie de permanence ;
Dire « n'existe pas » est une vue d'annihilation.
C'est pourquoi les sages ne devraient pas demeurer
Dans l'existence ou l'inexistence.

11. Ce qui existe en soi est permanent
Car cela ne devient pas non-existant ;
Dire que ce qui est apparu antérieurement est à présent inexistant
A pour conséquence l'annihilation.


jeudi 21 juin 2018

Tous les êtres sont dans le Nirvāna




Tous les êtres sont dans le Nirvāna,
Et, ici-bas, les racines de bien ne sont jamais des objets d'appréhension.
Qui aspire à cette doctrine,
Je déclare qu'il est dans le Nirvāna sans reste.
Les centaines de bouddhas du passé
N'ont cependant discipliné aucun être.
Si des êtres devaient naître ici-bas,
Ils ne passeraient jamais dans le Nirvāna.
Ainsi cette Voie ne présente pas d'obstacles,
Il n'y a jamais en elle de liens.
Ceux qui aspirent à cette doctrine
N'auront pas l'esprit asservi par la soif.

Les Questions d'Upali (Upalipariprccha)

mercredi 20 juin 2018

Analyse du contact




Le Traité du Milieu


Nāgārjuna



Chapitre XIV : Analyse du contact



1. L'objet de la vision, la vision et l'agent de vision,
Ces trois ne peuvent se combiner,
Ni deux à deux,
Ni tous ensemble.

2. Il en est de même des trois aspects
Du désir, de son objet et de son agent,
Du reste des passions
Et des bases de la connaissance.

3. Un autre rencontre un autre,
Mais l'objet de la vision, etc.,
N'est pas autre ;
Par conséquent, il n'y a pas contact.

4. Non seulement, il n'existe pas d'altérité
Entre l'objet de la vision et les autres,
Mais l'altérité de deux choses conjointes
Est également irrationnelle.

5. L'altérité est fonction de la dépendance des choses diverses,
Elle n'existe pas en leur absence ;
Il est irrationnel que ce qui dépend
D'une chose soit autre qu'elle.

6. Si une chose est différente d'une autre,
Elle sera autre en son absence ;
Or, en l'absence de l'une,
L'autre n'existe pas en tant qu'autre.

7. L'altérité n'existe ni dans une chose autre,
Ni dans une chose non-autre ;
Si l'altérité n'existe pas,
Altérité et identité n'existent pas.

8. Il n'existe pas de contact d'une chose avec elle-même,
Ni d'une chose avec une autre.
Il n'existe pas de rencontre en cours,
Ni de rencontre accomplie, ni d'agent de la rencontre.



Nāgārjuna, Mūlamadhyamakakārikā (Stances-racines de l’École du Milieu), plus simplement appelé Madhyamaka shastra, le Traité du Milieu, chapitre XIV (Analyse d'un contact). Nāgārjuna, Traité du Milieu, traduction de Georges Driessens, éd. du Seuil, 1995, pp. 132-136.





mardi 19 juin 2018

Les trois dimensions temporelles de la méditation





Ô Seigneur Milarépa,

Accordez-moi votre grâce afin que moi-même et tous les êtres tournions notre esprit vers le Dharma,
Accordez-moi votre grâce afin que nous cheminions dans la voie du Dharma,
Accordez-moi votre grâce afin que soient dissipées les illusions du chemin,
Accordez-moi votre grâce afin que l'illusion s'élève en tant que sagesse primordiale.

Accordez-moi votre grâce afin que mes voiles, ceux du karma et des émotions perturbatrices, le voile du connu et celui des tendances inconscientes, soient purifiés.
Accordez-moi votre grâce afin que ces voiles soient purifiés à l'instant même.
Accordez-moi votre grâce qu'ils soient purifiés ici-même.
Accordez-moi votre grâce qu'ils soient purifiés durant cette même session.

Accordez-moi votre grâce afin que que mon être soit libéré.
Accordez-moi votre grâce afin que mon être soit libéré à l'instant même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'il soit libéré ici-même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'il soit libéré durant cette même session.

Accordez-moi votre grâce afin que naisse en moi le suprême samadhi sans erreur.
Accordez-moi votre grâce afin que ce suprême samadhi naisse à l'instant même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'il naisse ici-même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'il naisse durant cette même session.

Accordez-moi votre grâce afin que naisse en moi la suprême sagesse primordiale.
Accordez-moi votre grâce afin que cette sagesse primordiale naisse à l'instant même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'elle naisse ici-même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'elle naisse durant cette même session.



Extrait du : « Guru-yoga du Grand Yogin Milarépa et le festin d'offrande intitulé : "Le Glorieux Flamboiement de la Gnose". »
(Traduction de l'institut Karma Migyur Ling, 1981)








Milarépa
(en haut à droite, Vajrayogini)



lundi 11 juin 2018

L'émancipation de toutes les vues






Ce n'est pas la vacuité qui rend les phénomènes vides, les phénomènes sont eux-mêmes vides.
Ce n'est pas l'absence de caractéristiques qui rend les phénomènes dépourvus de caractéristiques. Les phénomènes sont eux-mêmes dépourvus de caractéristiques.
Ce n'est pas l'absence de souhait qui rend les phénomènes libres de souhait. Les phénomènes sont eux-mêmes libres de souhait.

Ainsi cette investigation, ô Kashyapa, je l'appelle Voie du Milieu, l'investigation individuelle correcte des phénomènes.

Ô Kashyapa, ceux qui faisant de la vacuité un objet d'observation réel hypostasie la vacuité, je dis qu'ils s'écartent et s'éloignent de ma parole. Ô Kashyapa, c'est ainsi : un homme malade reçoit d'un médecin un remède, et ce remède, ayant guéri la maladie, reste dans l'estomac et n'en est pas expulsé. Qu'en penses-tu, Kashyapa ? Cette homme sera-t-il guéri de la maladie ?
- Non, ô Vainqueur Transcendant, ce remède, ayant guéri la maladie, qui demeure dans l'estomac et n'en est pas expulsé aggravera la maladie de cet homme.

Le Vainqueur transcendant déclara alors : « Kashyapa, de même, si la vacuité est l'émancipation de toutes les vues, j'appelle incurable celui qui fait de la vacuité elle-même une vue. »


Soûtra de l'Amas de Joyaux, Chapitre de Kashyapa.


samedi 9 juin 2018

vendredi 18 mai 2018

jeudi 17 mai 2018

Analyse d'une extrémité antérieure et d'une extrémité postérieure




Le Traité du Milieu


Nāgārjuna


Chapitre XI : Analyse d'une extrémité antérieure et d'une extrémité postérieure


mercredi 16 mai 2018

L'apparence de l'arbre






      J'ai récemment reçu une question par rapport à un de mes articles sur un passage d'un texte du maître tibétain Longchenpa où celui-ci parlait des apparences et de la vacuité. Pour Longchenpa, les apparences du monde sensible ne contredisent pas la vacuité, de la même façon que l'eau d'un lac n'est pas en contradiction avec le reflet de la lune à la surface de ce lac. La question était donc : « Quand vous dites que "La forme visuelle de l'arbre renvoie à l'apparence d'un contact physique de toucher", en quoi le contact du toucher est une apparence ? Ce contact est bien réel, je peux en faire l'expérience par mes agrégats, quand bien même ceux-ci évoluent en permanence ? »

Certains me sont chers




Certains me sont chers,
d'autres me sont odieux,
parce que vainement
ce monde occupe ma pensée,
moi qui suis toujours tourmenté.


Empereur Go-Toba ( 後鳥羽 ), Japon, 1180-1239.


(La traduction est de la rédactrice du blog Sukinanihongo).









Takeuchi Seihō (1864 - 1942)









Je viens de trouver ce poème inspirant sur ce blog très intéressant, Sukinanihongo tournant autour de la culture japonaise. J'invite tout le monde à y jeter un œil. En plus de la version japonaise et de la traduction proprement dite, il y a là une analyse sérieuse qui décortique le poème et chacun des termes employés.


    On sent dans ce poème une influence bouddhique : nos attachements et nos répulsions envers les êtres et les choses de ce monde nous perturbent, nous égarent et nous jettent dans des conflits émotionnels incessants. S'ensuit l'invitation de renoncer au monde et de mener une vie plus spirituelle détachée du monde.


    L'empereur Go-Toba était contemporain de Dōgen Zenji (1200 – 1253) ; la sœur de Dōgen a d'ailleurs épousé Go-Toba. Son règne a particulièrement été troublé : le shogun Yoritomo régnant à Kamakura l'a obligé à se retirer et à abandonner le pouvoir à leur pouvoir. Go-Toba avait bien tenté de se rebeller après la mort de Yoritomo ; mais les forces du shogunat ont emporté et vaincu les forces soutenant Go-Toba, envoyant ce dernier en exil. Peut-être le sentiment d'inquiétude qui se dégage de ce poème vient de ces préoccupations politiques ; mais en même temps, nul besoin d'être empereur du Japon pour éprouver les tracas de la vie mondaine ainsi que les troubles que suscitent tant les personnes aimées que les personnes détestées.


    De manière générale, la philosophie bouddhique dénombre huit préoccupations mondaines qui viennent troubler la sérénité de l'esprit, huit préoccupations vaines dont il conviendrait de se dégager le plus vite possible, même si ce n'est pas facile. Ces préoccupations mondaines vont toujours par paires, comme le couple du positif et du négatif qui traverse et polarise notre existence :

  • 1°) le gain et 2°) la perte ;
  • 3°) le plaisir et 4°) le déplaisir, la souffrance ;
  • 5°) la bonne réputation, la gloire et 6°) la mauvaise réputation, le fait de tomber en disgrâce ;
  • 7°) la louange et 8°) le blâme.























Concernant Dōgen Zenji :



Sanshô Doei : - la voix des gouttes de pluie
                          - Adoration
                          - Trésor de l'Œil du Véritable Dharma
                           - Quand nous n'avons lieu où demeurer
                           - Une goutte d'eau


Poèmes chinois de l'Eihei Kôroku:
     - Sur mon portrait




Voir aussi : 


- Sans savoir pourquoi (Sōseki Natsume)


- Rosée que ce monde (Kobayashi Issa)


- Espérant le cri du coucou (Bashō)


j'habite une forêt profonde (Ryokan)


- La vie humaine comme nuage et eau (Ci'an Shoujing)


Choses qui ne font que passer (Sei Shōnagon)


- Pour toi mon amour (Prévert)


- Une fête en larmes (Jean d'Ormesson)


Il faut beaucoup aimer les hommes


- Lotobiographie (Claude Pélieu)


Nanti d'un seul œil (Jim Harrison)


- Il n'y a pas d'amour heureux (Aragon)







Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.


Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.






jeudi 26 avril 2018

Méditation et objectif




Méditation et objectif




     On entend souvent que la méditation ne poursuit aucun objectif, qu'il faut y suivre le cours spontané de son esprit qui appréhende les choses et qui est traversé d'émotions diverses et variées. Ce n'est pas faux, mais ce n'est pas non plus la réalité complète. Il faut donc faire la part des choses.

lundi 23 avril 2018

Où méditer ?





Où méditer ?




      Où peut-on méditer ? Quel est le meilleur endroit ou en tous cas le plus adéquat pour accomplir la méditation ? Je vais essayer de passer en revue les endroits où pratiquer la méditation dans cet article.

dimanche 22 avril 2018

L'exclusion scolaire





L'exclusion scolaire




      Il y a quelques temps, l'animateur de radio, Jérôme Colin, était interviewé dans sa propre émission culturelle « Entrez sans frapper » à la RTBF (radio et télévision belge francophone) pour la sortie de son nouveau roman (que je n'ai pas lu). Dans cette interview, il se livre à une réflexion sur l'exclusion scolaire qui me semble particulièrement contestable :

mercredi 11 avril 2018

Analyse du feu et du combustible




Le Traité du Milieu


Nāgārjuna


Chapitre VIII : Analyse du feu et du combustible


Analyse de l'agent et de l'action



Le Traité du Milieu


Nāgārjuna


Chapitre VIII : Analyse de l'agent et de l'action



1. Un agent
N'accomplit pas d'action ;
Un non-agent
N'accomplit pas de non-action.

2. Ce qui est n'a pas d'activité ;
On aurait une action sans agent.
Ce qui est n'a pas d'activité ;
On aurait un agent sans action.

3. Si un agent inexistant
Accomplit une action inexistante,
L'action serait sans cause,
Et l'agent serait aussi sans cause.

4. Sans causalité, l'effet
Comme la cause sont irrationnels.
En leur absence, l'activité,
L'agent et l'instrument sont illogiques.

5. Si l'activité et les autres sont illogiques,
Le bien et le mal n'existent pas ;
Si le bien et le mal n'existent pas,
Les fruits qui en sont issus n'existent pas.

6. Si les fruits n'existent pas, la voie
Des statuts heureux et de la libération est irrationnelle ;
Et il s'ensuivra que toutes les activités seront dépourvues de sens.

7. Un agent qui est et n'est pas
N'effectue pas une a ction qui est et n'est pas ;
Où aurait-on, dans une seule base,
L'existence et l'inexistence, mutuellement contradictoires ?

8. Un agent inexistant
N'effectue pas une action inexistante ;
Un agent inexistant n'effectue pas l'existant,
Car il s'ensuivrait, ici aussi, les fautes déjà exposées.

9. Un agent existant
N'effectue pas d'action inexistante,
Ni existante et inexistante,
Pour les raisons expliquées ci-dessus.

10. Un agent inexistant
N'effectue pas d'action existante,
Ni existante et inexistante,
Pour les raisons expliquées plus haut.

11. Il faut savoir qu'un agent qui est et n'est pas
N'effectue pas non plus d'action
Qui est et n'est pas
Pour les raisons expliquées plus haut.

12. L'agent est dépendant de l'action
Et l'action est dépendante de l'agent ;
En dehors de cette existence dépendante,
On ne voit pas de cause pour leur établissement.

13. De même, on connaîtra l'appropriation
Par la négation de l'action et de l'agent
Et, selon l'action et l'agent,
On connaîtra le restant des choses.


lundi 9 avril 2018

Combien de temps méditer ?




Combien de temps méditer ?




   Une question qui revient souvent par rapport à la méditation : combien de temps est-il nécessaire de pratiquer ? Je voudrais essayer d'apporter ici quelques éléments de réponse.

samedi 7 avril 2018

Papillon sur sa branche




Papillon sur sa branche

8 haïkus




          J'avais déjà abordé le thème des papillons dans la poésie et la spiritualité dans deux articles antérieurs : « Battements d'ailes d'un papillon » et « Kobayashi Issa et les papillons ». Ici, je voudrais encore évoquer quelques haïkus japonais qui virevoltent autour de ces petits animaux gracieux. De petits éclats de poème notamment de Bashō, de Buson, de Kobayashi Issa encore.

vendredi 6 avril 2018

Sororité




Sororité




     Sororité. Voilà un néologisme forgé par les féministes sur le modèle de « fraternité » dont l'étymologie vient de « frater » en latin alors que « soror » désigne la sœur dans la même langue. La sororité désigne donc la fraternité qui peut régner ou devrait régner entre les femmes dans leur combat contre l'oppression masculine. Ce concept de sororité soulève une question : est-ce que ce concept est pertinent ?


   Ma réponse est d'emblée de dire non. Et ce pour deux raisons :


     - 1°) Ce concept est gênant du point de vue du féminisme même. C'est une fraternité, mais moins universelle que peut l'être la fraternité, puisqu'elle s'applique à moitié moins de gens. Le concept de sororité renforce paradoxalement l'idée que l'universel, le général est du côté masculin de la même façon que le terme « homme » peut désigner à la fois un mâle de l'espèce humaine ainsi qu'une personne humaine que cette personne soit homme ou femme.


    - 2°) Ce concept manque complètement de pertinence parce qu'il n'y a pas de classe sociale distincte qu'on pourrait appeler les « femmes » ou la « féminité » sur le modèle d'humanité : l'ensemble de toutes les femmes. On peut bien sûr considérer une femme ou des femmes en particulier et avoir l'envie légitime de défendre leurs droits et lutter pour que ces femmes arrêtent de subir des inégalités et des injustices. Par exemple, toutes les études statistiques montrent que les femmes sont moins bien payées que les hommes en moyenne. Mais ces statistiques nous induisent en erreur quand elles nous font voir un groupe social homogène qui serait les « femmes » de la même façon qu'on pourrait concevoir un groupe social dans les ouvriers, les travailleurs en lutte face aux patrons ou des groupes ethniques et racisés comme les « Blancs » ou les « Noirs ». Les ouvriers fréquentent essentiellement les ouvriers. Ils vont rarement boire un verre au café du coin avec le patron multi-milliardaire de la multinationale qui les emploie.


     Les femmes sont elles par contre intrinsèquement liées à des hommes qu'elles fréquentent au jour le jour, que ce soit leur mari, leur compagnon, leurs frères, leur père, leurs fils, les membres masculins de la famille, leurs amis hommes, les collègues de bureau. Il y a bien sûr des groupe de sociabilisation qui sont plutôt réservés aux femmes comme des clubs de sport féminin, des réunions Tupperware ou des assemblées féministes non-mixtes ainsi que des lieux réservés aux femmes distincts de ceux des hommes comme les douches et les vestiaires à la piscine communale. Mais l'intimité des relations qu'elles ont avec les hommes font qu'elles se conçoivent en tant que femmes uniquement sur un plan individuel. Et quand elles pensent aux femmes, c'est beaucoup plus sur un mode de concurrence et de jalousie que sur un mode de fraternité. Qui va le plus plaire aux hommes ? Qui sera la plus populaire ? Qui sera la plus admirée ou la mieux réputée ?


      Je pense que les féministes font erreur quand elles imaginent la domination masculine comme une sorte de complot organisé par les hommes à l'encontre des femmes. Les hommes ne se réunissent au café du coin le soir ou dans les vestiaires d'un club de foot pour décider comment ils vont opprimer les pauvres femmes sans défense. Aucune concertation entre les hommes pour imposer la domination masculine. En fait, cette domination masculine se transmet tant par les hommes que par les femmes. Que ce soit par l'éducation, des jugements négatifs et des commérages prononcés à l'égard de telle ou telle femme dite de mauvaise vie, les femmes ne sont pas en reste pour propager tout le substrat culturel du machisme. Le choix sexuel et amoureux des femmes se portent davantage envers les hommes qui détiennent tous les codes de la phallocratie : agressivité, sens de la conquête et de la domination, possessions matérielles et détention du capital financier, social ou culturel. Pourquoi les hommes cesseraient-ils de se comporter en macho si cela les rend moins désirables aux yeux des femmes ?


       Récemment, j'ai passé à mes étudiants (âgés de 17 à 18 ans) le documentaire féministe « Sexe sans consentement » qui explore la zone grise entre le consentement mutuel explicite dans une relations sexuelle et le viol, toutes les fois où une jeune femme peut ne pas avoir envie d'un acte sexuel, mais où le garçon insiste encore et encore jusqu'à ce que la jeune femme finisse par céder à contrecœur. Ce qui m'a semblé intéressant à noter, c'est que les réactions virulentes venaient d'un groupe de filles qui pensaient que les jeunes femmes interviewées l'avaient bien cherché et qu'elles auraient du assumer au lieu de venir se lamenter devant la caméra. Elles avaient bu et aguiché des garçons ; et c'étaient donc leur faute si elles avaient subi une relation sexuelle sans consentement. J'ai essayé de leur expliquer qu'une femme pouvait avoir envie d'embrasser un garçon à une soirée bien arrosée, sans que pour autant elle désire avoir un acte sexuel avec lui. Elle m'ont répondu de manière intransigeante que c'étaient des allumeuses et des débauchées et qu'elles ne devaient pas venir se plaindre... Comme quoi, non, le féminisme n'est pas nécessairement l'apanage des femmes...


      En conclusion, pour moi, la sororité est un mot que l'on pourrait employer comme un parfait synonyme de « fraternité » : valable autant à l'adresse des hommes que des femmes. Ce terme servirait à rappeler que tous les êtres humains sur Terre sont frères et sœurs et que l'entraide et la solidarité est une valeur noble entre tous. Mais brandir la « sororité » comme un étendard des femmes qui cherchent à écraser les hommes ne m'apparaît ni très juste, ni très pertinent, car ce genre de conception élude la responsabilité des femmes dans les inégalités et les injustices que subissent d'autres femmes ; et elle fait porter complaisamment le chapeau aux hommes seulement.



















Concernant le féminisme, la drague de rue et le hashtag #metoo ou #balancetonporc : 



















Ruslan Lobanov