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mercredi 17 janvier 2018

Si c'est le bonheur que tu cherches



Si c'est le bonheur que tu cherches,
Supporte d'abord la souffrance.
Sans avoir goûté aux larmes,
Tu n'apprécierais pas le rire.


Chengawa Lodrö Gyaltsen, Tibet, 1402-1472 1


mercredi 10 janvier 2018

Les quatre sceaux du Dharma



Les quatre sceaux du Dharma




      Le premier du Noble Octuple Sentier est la vue juste. Pour rappel, les sept autres sont la pensée juste, la parole juste, l'action juste, les moyens d'existences juste, l'effort juste, l'attention juste et la concentration juste. Ce Noble Octuple Sentier a été enseigné par le Bouddha pour parvenir à la cessation définitive et complète de la souffrance. La vue juste consiste à voir les choses telles qu'elles sont, et non telles qu'on les imagine dans notre illusion.


       Or pour avoir cette vue juste sur les événements et sur les phénomènes, il faut impérativement passer cette perception à la moulinette des 4 considérations fondamentales, qui sont :

  • 1°) tous les phénomènes composés sont impermanents ;
  • 2°) tous les phénomènes composés sont souffrance ;
  • 3°) tous les phénomènes composés sont vides d'un soi ;
  • 4°) seul le Nirvāna est la paix.


lundi 14 août 2017

Tragique




Tragique




     Quant à Pascal, Kierkegaard ou Camus, j'en ai moins retenu ce qui annonce ou rejoint l'existentialisme qu'une certaine orientation tragique de leur pensée : le refus de se consoler trop vite ou trop facilement, une sensibilité intacte à la souffrance, à l'angoisse, au malheur, à tout ce qui, dans notre vie, est à peu près le contraire de ce qu'on pourrait espérer. Loin d'être l'affirmation joyeuse de tout, comme le veulent Nietzsche ou Rosset, le tragique, au sens où je prends le mot, est plutôt la prise en compte inconsolée de ce qu'il y a d'effrayant, de décevant ou de désespérant dans la condition humaine : la mort, la solitude, l'insatisfaction – trois formes de la finitude, qui ne sont tragiques que par la conscience, en l'homme, d'un infini au moins pensable. Misère de l'homme sans Dieu... Cette tradition-là fut bien la mienne, dès le départ. Je crus un temps y échapper, par le matérialisme (Épicure et Marx), le rationalisme (Spinoza), peut-être par la sagesse... Montaigne et la vie n'ont cessé de m'y ramener. Si nous étions des sages, aurions-nous besoin de philosopher ?


André Comte-Sponville, « C'est chose tendre que la vie » (Entretiens avec François L'Yvonnet), Albin Michel, Paris, 2015, chap. I, pp. 62-63.







Dorothea Lange - Florence Owens Thompson, camp de Nipomo, en Californie - 1936








        Ce passage que je viens de lire dans un des derniers livres d'André Comte-Sponville m'a rappelé tous les doutes et les réticences envers le concept de « sagesse tragique » que l'on retrouve sous la plume de plusieurs philosophes français assez divers, mais qui ont tous en commun d'être des adeptes de Friedrich Nietzsche. Cela comprend notamment pour les plus connus Clément Rosset, Michel Onfray ou Marcel Conche. La sagesse tragique, c'est la pleine acceptation du caractère douloureux et désespérant de l'existence, c'est le fait de dire joyeusement « oui » à la vie, quand bien même la vie serait faite de douleurs et de déchirements. On reconnaît là l'amor fati de Nietzsche, l'amour du destin quoiqu'il arrive. C'est une approche très viriliste et assez romantique des choses.

vendredi 11 août 2017

Une fête en larmes



L'essentiel est d'accepter que le monde soit cette fête en larmes.

Jean d'Ormesson







Guinguette dans la banlieue parisienne, le 14 juillet 1945
Robert Doisneau







     Jolie sens de la formule chez un auteur que j'avoue n'avoir jamais lu, peut-être à tort. Il m'a toujours semblé un peu trop convenable comme auteur. C'est certainement un préjugé pour cet écrivain très médiatique dans la vie littéraire française. Mais c'est surtout ici cette petite sentence qui m'intéresse, plus que son auteur. En une petite phrase ramassée, elle me parle de trois thèmes importants : l'acceptation, la joie et l'insondable tristesse de ce monde. Sarva dukkham : « Tout est souffrance », nous a dit le Bouddha. Au XIXème siècle, les érudits occidentaux voyaient dans le bouddhisme une forme de pessimisme radical. Une mélancolie qui ne trouverait son remède que dans l'anéantissement total. Ils n'avaient pas eu l'occasion de beaucoup parler à des maîtres bouddhistes... S'ils l'avaient fait, ils seraient rendu compte de la joie et du sourire que ceux-ci manifestent régulièrement dans la vie quotidienne. La joie dans la philosophie du Bouddha est une des quatre qualités incommensurables avec l'amour bienveillant, la compassion et l'équanimité. Cette joie célèbre ce qu'il y a de bon et de lumineux dans l'existence. Pourtant, elle n'est pas de la frivolité, un oubli, un divertissement ; cette joie reste très lucide face à la douleur qui envahit le monde. Une fête en larmes.



     Voilà ce qu'il nous faut accepter. Ce mélange indissoluble de joies et de peines, de rencontres et de pertes, de vies et de morts, d'enthousiasmes et d'ennuis, d'espoirs et de craintes. En même temps, cette acceptation donne une direction. Il s'agit aussi de célébrer la convivialité, le partage, la camaraderie, l'amitié, tout un art de vivre pour rendre notre présence en ce monde agréable et plaisante aux autres. Que ce passage sur Terre soit une fête, cela aussi, il faut y travailler. Ce sera une fête en larmes, mais au moins ce sera une fête. La convivialité, la chaleur humaine et la joie rendront nos instants plus beaux. 



jeudi 13 juillet 2017

Le son du tonnerre








Le son du tonnerre, bien qu'assourdissant, est inoffensif ;
L'arc-en-ciel, malgré ses couleurs chatoyantes, ne dure pas ;
Ce monde, même s'il apparaît plaisant, est semblable à un rêve ;
Les plaisirs des sens, bien qu'agréables, n'apportent au bout du compte que désillusions.


Jetsun Milarepa (1040-1123), extrait des Cent Mille Chants.

samedi 17 juin 2017

No pain, no gain ?





No pain, no gain ?




       Un slogan qui revient souvent dans le monde du sport et du fitness est ce « No pain, no gain » (Pas de douleur, pas de gain). Dans la salle de sport que je fréquente, je vois régulièrement de jeunes gars au physique athlétique arborer un t-shirt tout imprégné de sueur, sur lequel figure cette formule doloriste. J'avoue que ce principe me met mal à l'aise. Je ne suis pas certain que la douleur soit la meilleure voie dans le progrès sportif. Et je vais essayer d'expliquer pourquoi dans ce petit article. Bien sûr, tout dépend comment on comprend la formule « No pain, no gain ». Si on veut dire par là qu'il faut faire des efforts pour progresser, alors bien sûr, pas de problème : il faut effectivement fournir des efforts pour s'améliorer ! C'est une évidence. Comme dans l'expression française « se donner de la peine », le mot anglais « pain » et le mot français « peine » ayant la même étymologie. Mais la plupart du temps, c'est bien dans la dimension d'endurer toutes sortes de douleurs physiques que les sportifs et plus particulièrement parmi eux, les adeptes de la musculation comprennent en général cette formule. De la même façon que l'on peut dire aux femmes, « il faut souffrir pour être belle », beaucoup d'adeptes du fitness pensent qu'ils faut souffrir pour se tailler une carrure athlétique et des muscles bien proéminents.










     Je ne suis vraiment pas certain que s'infliger de la douleur soit la meilleure façon d'entretenir une bonne relation au corps. Personnellement, je pense qu'il est essentiel d'avoir un rapport de douceur et de rechercher le bien-être et l'harmonie pour ce corps. Cela ne veut pas dire qu'il faille rester étalé sur son divan de la journée de peur de brusquer le corps. Le corps a besoin d'exercice physique, de bouger pour être heureux et en forme. La mollesse est peut-être une autre forme de manque de douceur envers le corps.

samedi 28 mai 2016

Les mauvaises justifications - 2ème partie

Les mauvaises justifications de l'exploitation animale

2ème justification

    Nous vivons dans une société où le débat fait rage de savoir quel traitement nous devons accorder aux animaux. Ceux qui ont l'habitude de lire ce blog savent qu'en tant que végane, je désapprouve toute souffrance inutile exercée contre les animaux et contre toute exploitation cruelle à leur encontre. À partir du moment où l'on se rend compte que les animaux sont des êtres doués de sensibilité et de conscience, la seule attitude morale logique est de tout faire pour minimiser la violence et la cruauté dont les êtres humains sont capables à leur encontre. Cela implique au niveau individuel, le véganisme, le fait de ne pas consommer de produits animaux, et au niveau sociétal, le combat pour le bien-être et contre l'exploitation cruelle des animaux. Mais on entend toutes sortes de justifications qui minimise l'intérêt de ce combat en faveur des animaux ou qui justifie carrément que l'humanité exploite les animaux. Ces justifications reviennent de manière cyclique et je voudrais les traiter une par une. A chaque article, j'essayerai de démonter les arguments de ces mauvaises excuses du statu quo par rapport aux animaux.


2ème justification : il n'y a pas de mal à exploiter les animaux car les animaux ne souffrent pas ou tout du moins pas comme nous.

3ème justification : les plantes ont une conscience ; donc en manger est mal au même titre que manger des animaux. 
« Il n'y a pas de mal à exploiter les animaux car les animaux ne souffrent pas ou tout du moins pas comme nous. »


    Quand on les frappe ou quand on les maltraite, les animaux ne souffrent pas réellement. Voilà une idée qui me semble complètement ahurissante. Il suffit d'observer des animaux pour se rendre qu'ils éprouvent de la douleur ainsi que des émotions de peur ou de rejet face à ce qui créée de la douleur. Pourtant, l'idée a prévalu pendant des siècles que les animaux ne souffrent pas. Cela doit beaucoup à la conception des animaux comme autant de machines dépourvues de la moindre capacité de ressentir des sensations ainsi que des émotions, conception que l'on doit à René Descartes au XVIIème siècle. Même si les animaux peuvent être doués pour accomplir telle ou telle tâche, cette ingéniosité, nous dit Descartes, ne doit pas aveugler sur le fait qu'il n'y a là dans l'animal qu'une mécanique parfaitement rodée, tellement subtile qu'elle nous donne l'impression d'être confronté à un être doué de conscience, mais il n'en est rien selon le Discours de la Méthode : « C’est aussi une chose fort remarquable que, bien qu’il y ait plusieurs animaux qui témoignent plus d’industrie que nous en quelques-unes de leurs actions, on voit toutefois que les mêmes n’en témoignent pas du tout en beaucoup d’autres : de façon que ce qu’ils font mieux que nous ne prouve pas qu’ils ont de l’esprit ; car, à ce compte, ils en auraient plus qu’aucun de nous et feraient mieux en toute chose ; mais plutôt qu’ils n’en ont point, et que c’est la nature qui agit en eux, selon la disposition de leurs organes : ainsi qu’une horloge, qui n’est composée que de roues et de ressorts, peut compter les heures, et mesurer le temps, plus justement que nous avec toute notre prudence ».

vendredi 21 août 2015

En compagnie du souffle - 4ème partie

Commentaire au Soûtra de l'Attention au Va-et-vient de la Respiration  (Ānāpānasati Sutta)
4ème partie

2ème groupe : l'attention à la sensation dans la sensation

     « 5. ‘J’inspire et je me sens joyeux. J’expire et je me sens joyeux’. Ainsi pratique-t-il.

6. ‘J’inspire et je me sens heureux. J’expire et je me sens heureux’. Ainsi pratique-t-il.


7. ‘J’inspire et je suis conscient de mes formations mentales. J’expire et je suis conscient de mes formations mentales’. Ainsi pratique-t-il.


      8. ‘J’inspire et je calme mes formations mentales. J’expire et je calme mes formations mentales’. Ainsi pratique-t-il. »

samedi 11 juillet 2015

La parabole de la flèche du Bouddha


   Le Bouddha se place d’emblée dans une perspective critique à l’encontre des questionnements de la métaphysique. Ce qui est important aux yeux du Bouddha, c’est de parvenir à éteindre la souffrance (extinction se disant nirvâna en sanskrit). C’est d’ailleurs l’objet de son tout premier enseignement, les quatre nobles vérités : la vérité de la souffrance, la vérité de l’origine de la souffrance, la vérité de la cessation de la souffrance, la vérité du chemin qui mène à la cessation de la souffrance. Parvenir à trouver un remède à la souffrance est donc une priorité à ses yeux par rapport à d’autres questions qu’il vaut mieux laisser de côté.

   À Malunkyaputta qui lui reproche de ne pas répondre aux grandes questions métaphysiques de son temps (l’univers est-il éternel ou non ? l’univers est-il infini ou non ? l’âme et le corps sont-ils une seule et même chose ou deux choses différentes ? existe-t-on après la mort ou non ?) alors que les autres maîtres contemporains le font, le Bouddha répond par ce que l’on a appelé la parabole de la flèche :

samedi 13 juin 2015

Commentaire au Soûtra du Fardeau

Lire ici le Soûtra du Fardeau (Bhāra sutta).


       Combien d’hommes au cours de l’Histoire n’ont-ils pas éprouvé le sentiment très fort de devoir transporter un immense fardeau dans l’existence ? Albert Camus avait repris le mythe de Sisyphe où ce dernier est condamné par les dieux à remonter inlassablement un rocher au sommet de la plus haute montagne des enfers. Et ce dernier de retomber à chaque fois juste avant d’atteindre le sommet. Métaphore du poids que l’on doit porter encore et encore dans la vie et des devoirs à accomplir au sein de cette société, qui n’ont parfois aucun sens. Le Bouddha parle également de ce fardeau existentiel absurde dans ce très court soûtra.

mercredi 10 juin 2015

Soûtra du fardeau

Bhāra sutta

Soûtra du fardeau


Voir le commentaire de ce soûtra ici.

     Ainsi ai-je entendu. Le Bienheureux séjournait alors dans le parc d'Anāthapiṇḍika, au bois de Jeta près de Sāvatthi.

     En ce temps-là, un jour, il s'adressa aux moines (bhikkhus) et dit : « Je vais vous parler, ô moines, du fardeau, du portage du fardeau et aussi de l'abandon du fardeau. Écoutez avec attention. Je vais parler.

    « Quel est, ô moines, le fardeau ? Cela est expliqué dans les termes des cinq agrégats d'appropriation. Quels sont-ils ? L'agrégat d'appropriation dit « forme », l'agrégat d'appropriation dit « sensation », l'agrégat d'appropriation dit « perception », l'agrégat d'appropriation dit « formation mentale », l'agrégat d'appropriation dit « conscience ». Tel est le fardeau.

     « Quel est celui qui porte le fardeau ? Cela est expliqué en terme d'être individuel : telle ou telle personne qui a tel ou tel nom, vient de telle ou telle famille, etc... Tel est celui qui porte le fardeau.

    « Quel est le portage du fardeau ? C'est cette soif (taṇhā) qui produit la réexistence et le redevenir, qui est liée à une activité passionnée et qui trouve une nouvelle jouissance, tantôt ici, tantôt là, c'est-à-dire la soif des plaisirs des sens, la soif de l'existence et la soif de la non-existence. Cela est appelé le portage du fardeau.

   « Quel est l'abandon du fardeau ? C'est la cessation complète de la même soif, la délaisser, y renoncer, s'en libérer, s'en débarrasser. Cela est appelé l'abandon du fardeau. »



     Ainsi parla le Bienheureux et il s'exprima également ainsi :

« Vraiment, les cinq agrégats constituent le fardeau ;
l'être individuel est celui qui le porte ;
le portage du fardeau dans le monde est souffrance ;
l'abandon du fardeau constitue le bonheur.

Si quelqu'un abandonne ce grand fardeau,
s'il ne reprend pas un autre,
s'il déracine complètement la « soif »,
s'il l'enlève complètement,
alors, il n' a plus de faim
et il s'éteint complètement.




Samyutta Nikāya, II, 25-26. 



Voir le commentaire de ce soûtra ici.





Môhan Wijayaratna, "Les entretiens du Bouddha", éd. du Seuil, Points/sagesses, Paris, 2001, pp. 187-189.





Soûtras : - Soûtra de Jivâka sur la consommation de la viande (Jivâka Sutta)
              - Soûtra de Kaccânayagotta (Kaccânayagotta Sutta)
               - Soûtra des Bénédictions (Mangala Sutta)
               - Soûtra de Jîvaka sur les disciples laïcs (Jîvaka Sutta)
               - Soûtra de Samiddhi (soutra traduit du canon chinois)
               - Soûtra de Bâhiya (Bâhiya Sutta)
               - Soûtra de l’Écume (Phena Sutta)


Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.

Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.

dimanche 7 juin 2015

Commentaire à l’équanimité de l’Arahant


Voir le texte "L'équanimité de l'Arahant" tiré des "Questions de Milinda à Nāgasena".

Voir aussi le texte issu du même dialogue « La douleur d'un Arahant» et son commentaire.



    L’Arahant1 est donc cet individu qui a pratiqué la Voie du Bouddha et a franchi toutes les étapes et tous les obstacles. Cet homme a donc atteint le plein Éveil et s’est complètement libéré du samsâra, le cycle des naissances et des morts dans lequel tous les êtres sensibles sont jetés de vie en vie, de renaissance et renaissance. Un Arahant continue sa vie jusqu’au moment de sa mort. C’est à ce moment qu’il sort concrètement du cycle des renaissances et ne connaîtra plus jamais aucune souffrance, aucune sensation déplaisante. C’est ainsi qu’il a actualisé la quatrième Noble vérité du Bouddha : le chemin qui mène à la cessation de la souffrance.

mercredi 3 juin 2015

Commentaire à la douleur de l’Arahant


Voir le texte tiré "Des Questions de Milinda à Nāgasena" : La douleur d'un Arahant


   On se représente toujours le Sage comme un être imperturbable, baignant dans la béatitude et une souveraine sérénité, toujours absolument maître de lui-même, contrôlant tout son être par la puissance de son esprit. Cette image, on la retrouve dans l’imaginaire spirituel indien, mais aussi dans la philosophie antique gréco-romaine. Le Sage y est vu comme un surhomme, surpassant les capacités de l’homme moyen en prise avec la douleur et les tourments : là où l’homme se laisse aller à ses affects et ses impulsions, le Sage se montre comme un roc, insensible aux sollicitations du monde extérieur, tant physiques que psychiques, le Sage se montre méprisant vis-à-vis de notre sensibilité à fleur de peau. J’avais lu un passage tiré d’un livre d’Arnaud Desjardins où ce dernier explique que si on avait envoyé un Sage, un vrai dans un camp de concentration et d’extermination comme Auschwitz, ce Sage ne serait pas affecté et ne quitterait pas sa béatitude profonde. Le Sage comme surhomme transcendant souverainement notre petite condition misérable d’être humain affecté et troublé par les moindres maux.

    Nāgasena jette pourtant un démenti formel à ce genre de conceptions fantasmées à propos du Sage. Avec le roi indo-grec Milinda, ils discutent de la figure de l’Arahant. L’Arahant est dans le bouddhisme ancien celui qui a suivi les enseignements du Bouddha et les mené à bout de telle sorte qu’il puisse dire (selon la formule classique contenue dans les soûtras) : « Ceci est la libération. La naissance est détruite. La conduite pure a été vécue. Ce qui devait être achevé a été achevé. Il ne reste plus rien à accomplir». L’Arahant a franchi toutes les étapes de la voie méditative et a progressé jusqu’à la « sphère de cessation des sensations et des perceptions », plus communément appelée « nirvâna », extinction définitive et totale de la souffrance.

lundi 1 juin 2015

La douleur d’un Arahant

La douleur d’un Arahant


Dialogue entre le roi indo-grec Milinda (Ménandre) et le moine bouddhiste Nāgasena.
Commentaire de ce texte ici.


« Vénérable Nāgasena, vous dites, toi et tes pareils, que l’Arahant éprouve uniquement des sensations physiques, non pas mentales. Est-ce à dire qu’il est sans autorité, ni maîtrise sur son corps, qui est le soutien grâce auquel procède sa pensée ?

- Oui, ô roi.

- Il est tout de même contradictoire, vénérable, qu’il n’ait pas d’autorité sur son corps grâce auquel procède sa pensée, alors qu’un simple oiseau exerce son autorité, sa maîtrise, son contrôle sur le nid qu’il habite !

- Ô roi, dix phénomènes inhérents au corps le pourchassent, et suivent continuellement ses mouvements tout au long du devenir. Quels sont-ils ? Ce sont le froid, la chaleur, la faim, la soif, l’excrétion, la miction, l’apathie ou torpeur, le vieillissement, la maladie et la mort. L’Arahant n’a ni autorité, ni maîtrise, ni contrôle sur eux.