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samedi 16 août 2025

L'oiseau blessé d'une flèche

 



L'oiseau blessé d'une flèche

Jean de la Fontaine, 1668





Mortellement atteint d'une flèche empennée,
Un Oiseau déplorait sa triste destinée,
Et disait, en souffrant un surcroît de douleur :
Faut-il contribuer à son propre malheur !
Cruels humains ! Vous tirez de nos ailes
De quoi faire voler ces machines mortelles.
Mais ne vous moquez point, engeance sans pitié :
Souvent il vous arrive un sort comme le nôtre.
Des enfants de Japet toujours une moitié
Fournira des armes à l'autre.








Marc Chagall, L'oiseau blessé d'une flèche, 1927







Voici une célèbre fable de la Fontaine inspirée par la fable « L'aigle frappé d'une flèche » d’Ésope. Un oiseau donc est frappé par la flèche d'un chasseur, Jean de la Fontaine, contrairement à Ésope, ne nous dit pas de quel espèce il s'agit. Cet oiseau constate amèrement que la flèche, cette « machine mortelle », est empennée avec la plume d'un autre oiseau :

« Faut-il contribuer à son propre malheur !

Cruels humains ! Vous tirez de nos ailes

De quoi faire voler ces machines mortelles. »



Néanmoins, l'oiseau fait remarquer également que les flèches fabriquées par l'homme et qui terminent la course des oiseaux dans le ciel servent aussi au destin funeste de l'homme dans les guerres et les conflits de toutes sortes. Aujourd'hui, les flèches ont été reléguées au sport et au folklore, mais les balles des chasseurs qui tuent des oiseaux par milliers servent à tuer d'autres êtres humains un peu partout sur le globe.



« Mais ne vous moquez point, engeance sans pitié :

Souvent il vous arrive un sort comme le nôtre.

Des enfants de Japet toujours une moitié

Fournira des armes à l'autre. »



Dans la mythologie grecque, Japet était un titan qui a combattu aux côtés des autres titans dans la guerre contre les dieux menés par Zeus, la « titanomachie ». Par contre, les enfants de Japet ont été divisés : Menetios et Atlas ont combattu du côté des titans, Prométhée et Épiméthée, eux, se sont ralliés à Zeus et les dieux de l'Olympe. Par ailleurs, Prométhée a donné, contre l'avis des dieux, le feu et les savoirs techniques aux hommes. Ce qui vaudra à Prométhée son terrible châtiment : avoir tous les jours son foie dévoré par un vautour et aux hommes, leur terrible destin de guerres, de violences et de tragédies avec la capacité de forger des armes, ces « machines mortelles ».





******




On peut se demander avec Jean de la Fontaine dans quelle mesure le fait de chasser et de tuer les animaux pour leur chair ne contribue pas grandement à faciliter les guerres et les violences. Si l'homme est un loup pour l'homme, c'est certainement en partie parce que l'homme a été depuis des millénaires un homme pour l'oiseau, pour le sanglier, pour la biche, c'est-à-dire un terrible prédateur qui finit systématiquement par se retourner contre ses congénères. D'une part, on se rend coupable de cette violence à l'encontre des animaux : on les pourchasse, on leur tend des pièges, on les empale, on leur tire dessus. Tout ce qu'on fait à la guerre ou dans les assassinats. D'autre part, une large partie de la population ne participe pas directement à ces mises à mort, mais fait tout pour ignorer ce qu'il se passe vraiment dans ces chasses, dans ces élevages et dans ces abattoirs. On constate la même chose dans les guerres, les injustices et les massacres : on fait tout pour que le grand public ne soit pas trop au courant et on détourne le regard sur des événements futiles qui vont distraire les masses.



Je pense qu'effectivement, abandonner le meurtre des animaux et leur exploitation sordide diminuerait grandement la violence des humains envers les autres humains. Maintenant, certains disent que les guerres s'arrêteraient complètement si on devenait tous véganes. Je ne partage pas cet optimisme envers la nature humaine : il resterait quand même un fond de violence en nous ainsi qu'une insatiable volonté de pouvoir qui mène à toutes les injustices, me semble-t-il. Mais ne serait-ce que diminuer cette violence serait déjà un grand pas pour l'humanité !









Auguste Delierre, L'oiseau blessé d'une flèche, 1870






Lire également :
























samedi 24 juillet 2021

Abattage rituel et abattage laïc


Je viens de tomber sur un tweet daté du 21 juillet du grand twittosophe, Raphaël Enthoven.






Il se base sur une caricature de Coco Boer publiée dans Libération, et qui évoque dans le même dessin abandon des animaux en été et moutons sacrifiés pour la fête musulmane de l'Aïd. Certains internautes, à tort ou à raison, ont jugé que cette caricature était islamophobe et raciste, et l'ont fait savoir assez agressivement. Personnellement, je n'ai pas l'impression que c'est si islamophobe que çà, le gros problème de cette caricature est surtout, à mon humble avis, qu'elle n'est pas drôle du tout.








Mais voilà, arrive Raphaël Enthoven qui voudrait que les véganes défendent cette caricature au nom de la liberté d'expression, en opérant du coup un déshonneur par association : les véganes seraient dans la même situation que les féministes vis-à-vis de Mila. Et le message implicite est : les véganes sont d'ignobles islamogauchistes qui préfèrent abdiquer leur cause dès lors qu'ils seraient confrontés à des musulmans, tout comme les féministes et mouvances LGBT+ ont abandonné Mila face à la déferlante de haine qui a frappé l'adolescente, parce que cette dernière aurait tenu un discours « islamophobe » (ce qui n'est pas le cas : on a parfaitement le droit de critiquer les religions en France, même vulgairement).


Tout cela est bien entendu faux. Tout d'abord, les abattages rituels sont fermement condamnés et dénoncés pour la douleur causées aux animaux par des associations animales, je pense à la fondation Brigitte Bardot en France ou par Gaia en Belgique (voir ici par exemple). Rappelons que les abattages rituels dans la religion musulmane, mais aussi dans la religion juive se font sans étourdir les animaux au préalable. Ce qui augmente la douleur et la cruauté de l'abattage pour les animaux.


Néanmoins, il est vrai aussi qu'un certain nombre de véganes (dont moi) sont réticents à pointer du doigt trop ostensiblement la communauté musulmane pour ces abattages rituels, mais la raison n'est pas du tout une espèce d' « islamogauchisme » qui régnerait chez les véganes. Le fait est que la condamnation de l'abattage rituel est très ambiguë : des gens qui mangent de la viande tous les jours dénoncent ces abattages rituels pour montrer à quel point les Arabes sont des barbares d'une part, et d'autre part pour se dédouaner soi-même de sa consommation de viande. « Regardez comme nous sommes bienveillants envers les animaux : nous les étourdissons avant de les égorger, nous. »


D'une part, on fait là preuve d'un racisme « acceptable », un racisme presque « vertueux » en dénonçant de la cruauté et de l'injustice d'une autre communauté ; de l'autre, on met sous le tapis sa propre cruauté et sa propre injustice en faisant mine de s'intéresser au sort des animaux. C'est oublier un peu vite que l'horreur se trouve beaucoup plus dans le mot « abattage » que dans le mot « rituel » ainsi que dans ce qu'implique l'abattage, à savoir l'élevage – souvent industriel – et le transport dans des conditions indignes des animaux vers l'abattoir. Bien sûr que le fait de ne pas étourdir l'animal est cruel, mais tuer est aussi extrêmement cruel, élever un animal dans les conditions monstrueuses de l'élevage industriel est aussi extrêmement cruel, entasser des centaines d'animaux dans des camions pendant des heures est aussi extrêmement cruel. Le différentiel de cruauté entre l'abattage rituel et l'abattage laïc est donc minime. Et on ne peut pas dénoncer l'un sans dénoncer l'autre.


Le philosophe américain Gary Francione évoquait ce problème des campagnes ciblées contre telle ou telle communauté de personnes en prenant pour exemple des poulets abattus par des Juifs Hassidiques pour la fête de Kapparot : « Il n’est rien (dans ces abattoirs juifs) qui n’arrive également à tous les poulets destinés aux abattoirs classiques. Par exemple, (une militante de la cause animale) a montré des photos de ce qui semblait être des hommes Hassidiques maniant les poulets de manière à leur causer de la souffrance. Mais la seule différence entre la manière dont les poulets sont souvent tenus et manipulés dans les abattoirs et la manière dont ils sont tenus et manipulés pendant Kapparot, est le fait que, dans ce dernier rituel, ils le sont par un Hassidique ou d’autres Juifs. Si ces pauvres oiseaux n’étaient pas utilisés pour Kapparot, ils seraient emmenés à l’abattoir et y connaîtraient exactement le même sort.


C’est un parfait exemple de ce qui ne va pas avec les campagnes ciblées : elles entretiennent l’idée que ce que commettent certains groupes humains est pire que ce que le reste d’entre nous faisons. Une campagne ciblée sur la fourrure innocente les personnes qui portent de la laine ou du cuir et leur donne une excuse pour haïr ou attaquer ceux (des femmes la plupart du temps) qui portent de la fourrure. Une campagne ciblée sur les dauphins de Taiji permet aux gens, dont la majorité ne sont pas même végans, de produire des discours haineux ethnocentriques et xénophobes contre les Japonais. Une campagne ciblée sur un massacre d’écureuils à la carabine au sein d’une communauté rurale encourage à traiter ceux qui y prennent part de « ploucs » et d’ «  arriérés » alors qu’ils n’agissent pas différemment de ce que n’importe quel non-végane fait ou soutient. De même, une campagne ciblée sur Kapparot donne aux gens une excuse pour traiter les Juifs de « mauvais ».



Je pense que la campagne anti-Kapparot permet et facilite l’antisémitisme. Je ne suis pas en train de dire ici que toutes les personnes impliquées dans cette campagne ou qui la soutiennent sont antisémites : je dis simplement que cette campagne discrimine effectivement les Juifs comme moralement différents des autres exploiteurs d’animaux. Une telle campagne est fondamentalement semblable aux campagnes anti-Kashrut ou aux campagnes islamophobes anti-Halal au Royaume-Uni 1  »


Pour une fois, je suis entièrement d'accord avec Gary Francione. Cibler une communauté pour ses habitudes carnistes sans remettre en question son propre carnisme, voire pour conforter son propre carnisme soi-disant plus « humain » ou plus « bienveillant » est une façon de répandre la haine tout en s'aveuglant sur son propre état moral. Je pense donc qu'il faut dénoncer la cruauté de l'abattage rituel, mais en veillant bien à ne pas oublier la cruauté de l'abattage tout court et en veillant à ne pas sombrer dans un discours haineux envers une communauté.


Pour revenir à la caricature de Coco, il faudrait bien sûr la défendre si elle subissait une déferlante de haine et de menaces de mort similaires à celle qu'a vécu Mila. Je parle de défendre Coco, la personne, et pas son dessin qui n'est pas drôle et pas très probant dans ses associations. Mais bon, je pense qu'on n'en est pas là. Elle a juste subi des attaques par des individus un peu « woke » qui voient de l'islamophobie partout. Ces critiques me paraissent exagérées, mais pas non plus complètement outrancières. Les véganes feraient donc mieux de laisser couler.



Frédéric Leblanc,

le 24 juillet.




1 Gary Francione, juin 2014 : http://fr.abolitionistapproach.com/author/gary/µ








 Concernant les positions répétées de Raphaël Enthoven contre le véganisme et leur réfutation sur le Reflet de la Lune : 










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dimanche 3 février 2019

Paul Ariès raconte n'importe quoi - 4ème partie




Paul Ariès raconte n'importe quoi

(4ème partie)





Paul Ariès continue sa tribune du Monde du 7 janvier avec une nouvelle accusation complètement fantaisiste : les véganes ne voudraient pas aider les animaux. Il affirme « J’accuse les végans d’abuser celles et ceux qui aiment les animaux et s’opposent avec raison aux mauvaises conditions de l’élevage industriel car, comme le clame Tom Regan, le but n’est pas d’élargir les cages mais de les vider. Ils s’opposent donc à tout ce qui peut adoucir le sort des animaux puisque toute amélioration serait contre-productive en contribuant à déculpabiliser les mangeurs de viande, de lait, de fromages, les amateurs de pulls en laine et de chaussures en cuir et retarderait donc l’avènement d’un monde totalement artificiel ».


Ariès fait cette fois-ci référence à un penseur antispéciste, Tom Regan qui prône le « droit des animaux », encore appelée « approche abolitionniste ». Selon une formule célèbre, Tom Regan ne veut pas agrandir les cages des animaux pour améliorer le bien-être des animaux exploités par les hommes, mais bien vider les cages et abolir cette exploitation honteuse des animaux. Or Paul Ariès qui se présente un spécialiste du véganisme puisqu'il y consacre des livres (hostiles) fait mine d'ignorer qu'il y a un débat qui divise depuis longtemps la communauté végane : d'un côté, les « abolitionnistes » comme Tom Regan et Gary Francione, de l'autre, les « welfaristes » ou « neo-welfaristes » à la tête desquels on trouve notamment Peter Singer.

vendredi 1 février 2019

Paul Ariès raconte n'importe quoi - 3ème partie





Paul Ariès raconte n'importe quoi

(3ème partie)





Paul Ariès ne s'arrête pas là dans sa critique rancunière contre Peter Singer. Dans sa tribune du Monde du 7 janvier, il reproche à lui et aux antispécistes de réinstaller une nouvelle hiérarchie entre les êtres : « Trier l’ensemble des animaux (humains ou non) en fonction d’un critère quelconque (caractère « sentient ») revient toujours à recréer la hiérarchie. Proclamer l’égalité animale c’est signifier que certains animaux seront plus égaux que d’autres, donc que certains humains seront moins égaux que d’autres humains et même que certains animaux non humains ».


Alors là, c'est très emblématique d'un malentendu que beaucoup de détracteurs entretiennent à l'encontre de l'antispécisme : l'idée de la croyance à une égalité totale entre tous les animaux. La vie d'un être humain aurait autant importance que la vie d'une vache ou la vie d'un coléoptère. Non, je ne dis pas ça ; et les antispécistes ne disent pas ça. La vie d'un être humain me semblera toujours plus importante que la vie d'une vache ; et la vie d'une vache me semblera plus importante que la vie d'un coléoptère. Ce que disent les antispécistes, c'est qu'on devrait envisager les intérêts de tout être sentient (doué de sensibilité et de conscience) et les respecter. Je suis peut-être supérieur (intellectuellement, spirituellement, moralement,...) à une vache ; mais cette supériorité réelle ou supposée ne me donne pas le droit moral de maltraiter cette vache, d'exploiter cette vache ou de manger cette vache. Je n'ai pas le droit moral de découper les pattes du coléoptère pour mon seul plaisir.

lundi 28 janvier 2019

Paul Ariès raconte n'importe quoi - 2ème partie




Paul Ariès raconte n'importe quoi



Paul Ariès continue son texte : « J’accuse les végans de mentir en faisant croire au grand public qu’ils seraient des écolos et même des superécolos, alors qu’ils haïssent l’écologie et les écologistes, puisque les écolos aiment la nature et qu’eux la vomissent, car elle serait intrinsèquement violente donc mauvaise. David Olivier, un des pères des Cahiers antispécistes, signait, dès 1988, un texte intitulé "Pourquoi je ne suis pas écologiste". Il confirme en 2015 : "Nous voyons l’antispécisme et l’écologisme comme largement antagonistes"».


Là encore, on est dans l'amalgame, je dirai même du « super-amalgame »... Certains antispécistes sont effectivement très critiques à l'encontre de l'écologie. C'est vrai, et notamment David Olivier. Mais là encore, cela ne veut pas dire que tous les antispécistes sont contre l'écologie. J'ai moi-même écrit une série d'articles pour contrer les thèses de David Olivier et de son camarade Yves Bonnardel : « Penser l'homme et l'animal au sein de la Nature ». Je me revendique personnellement de l'écologie et ne me reconnaît pas dans la pensée d'Olivier et Bonnardel sur ce point. Néanmoins, un intellectuel comme Paul Ariès devrait être soucieux de ne pas réduire une pensée au point où elle ne veut plus rien dire. David Olivier et Yves Bonnardel défendent un point de vue un peu plus subtil qu'un simple anti-écologisme primaire.

samedi 26 janvier 2019

Paul Ariès raconte n'importe quoi




Paul Ariès raconte n'importe quoi


(1ère partie)



Paul Ariès est un politologue d'extrême-gauche connu pour passer souvent sur les plateaux de télévision. Paul Ariès n'aime pas les véganes, et ce n'est pas nouveau. Cela fait maintenant plus de vingt ans qu'il multiplie les prises de position douteuses à leur encontre. Vingt ans de contresens, d'amalgames foireux et de thèses haineuses. En 1996, il écrivait un livre fumeux intitulé « Le retour du diable » où il accusait les véganes et les antispécistes d'être des suppôts de Satan, en plus de tenir des propos complètement homophobes sur les nazis qui sont forcément des gays et Hitler qui était bisexuel1. Ou encore il pratiquait allégrement la calomnie en insinuant que les antispécistes inciteraient à la zoophilie dans des propos qui a largement anticipé le discours réactionnaire de la Manif pour Tous : « Sera-t-il possible de dire aux enfants (...) lorsque vous serez grands vous pourrez choisir entre la vie à deux avec un individu de sexe opposé, du même sexe ou pourquoi pas (à suivre certains antispécistes) avec un animal ? » (sic, p. 90).

jeudi 30 août 2018

Du plomb dans l'aile et dans la nature






     Nous sommes à l'heure où les chasseurs de France font une campagne publicitaire où ils affirment être des « écologistes de terrain », et même : « les premiers écologistes de France » (sic). On peut cependant se poser la question de savoir si la chasse est vraiment bénéfique à la Nature, à défaut d'être d'être bénéfique aux animaux. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce sujet, mais je voudrais aborder un sujet dont on parle peu : la toxicité des munitions d'armes de chasse. Une cartouche de fusil de chasse pèse grosso modo 35g et contient 200 à 300 petites billes de métal (le plus souvent de la grenaille de plomb). On estime que plus de 250 millions de cartouches sont tirées chaque année sur le territoire français. Cela équivaut à 6000 tonnes de métaux répandus dans la nature chaque année en France.






vendredi 13 juillet 2018

Bon végane, méchant végane




Bon végane, méchant végane




     Un reproche que les détracteurs de la cause végane adressent souvent aux véganes, c'est d'être des extrémistes qui tiennent absolument à imposer leur régime alimentaire alors que, eux, les mangeurs de viande laissent libres les véganes de manger comme ils en ont envie (ils ne manqueraient plus que ça, qu'ils nous imposent de manger leur viande!). Puis, très souvent, ils font une différence entre les véganes : ceux qui les laissent tranquilles et ceux qui viennent les importuner avec leur prosélytisme, leurs manifestations spectaculaires, leurs photos et leurs vidéos d'abattoirs et d'élevages industriels.


     Il y a certes des véganes qui sont plus ou moins communicatifs dans leur envie de convertir les gens au véganisme ; il y a des véganes qui sont plus ou moins envahissants avec des slogans, des vidéos et des photos en faveur de la libération animale qu'ils postent sur leurs réseaux sociaux ; il y a des véganes qui sont agressifs dans les débats, d'autres plus tolérants ; il y a des véganes particulièrement intransigeants, d'autres plus accommodants. Mais par contre, je suis contre le fait de classer les véganes selon leur propension au prosélytisme et le fait de laisser tranquille les mangeurs de viande.


         Pour moi, il y a dans le véganisme une aspiration à ce que tout le monde devienne végane. C'est inhérent à l'idéologie qui sous-tend ce style d'alimentation et de consommation. Cela n'a aucun sens que vous restiez tout seul au monde à être végane. En soi, c'est très bien d'être un végane. Mais si vous êtes tout seul au monde à avoir une alimentation et une consommation libérées de toute de cruauté envers les animaux, vous ne faites pas avancer d'un iota la cause concrète des animaux. Le véganisme n'a de sens que si une large partie de la population adopte le véganisme et, à défaut de cet idéal, réduit drastiquement sa consommation de produits animaux. C'est pourquoi le véganisme porte en lui le prosélytisme et l'envie de convaincre du bien-fondé du véganisme.


       Les mangeurs de viande voudraient pourtant qu'on les laisse tranquilles : « Vous mangez ce que vous voulez tant que vous ne m'obligez pas à adopter votre régime alimentaire et que vous me laissez libre de manger mon bout de viande ». C'est un peu le contrat que les défenseurs de la viande voudraient faire signer aux véganes. Mais ce n'est pas possible. Cela reviendrait à admettre que les régimes carnés et comportant des produits animaux équivaudrait à un régime végétal. Ce n'est pas une question de choix ou une question de goût, mais c'est une question éthique qui se joue là. Ce n'est pas comme si on faisait l'apologie d'un régime uniquement à base de pizzas. Il n'y a pas plus de raison éthique de privilégier les pizzas aux frites ou aux épinards. Donc en face d'un activiste qui voudrait un régime à base de pizzas, les mangeurs de frites et d'épinard pourraient légitimement se sentir importunés par ce prosélytisme envahissant : « Mangez vos pizzas, mais laissez-moi manger mes frites ou mes épinards! Que chacun fasse comme il a envie ! »


        Mais face à un végane, il faut répondre à la question : « Est-il légitime de manger de la viande et des produits animaux ? Est-il moral pour les êtres humains d'exploiter les animaux ? » Les véganes répondant non à ces deux questions, il est moral et légitime de convaincre le reste de la société et d'essayer de changer cette société, de lui apporter un progrès moral. On ne peut pas dire : « Non, il n'est pas légitime de se nourrir du cadavre des animaux, il n'est moral d'exploiter honteusement les animaux » et ne rien faire pour changer cette injustice. Si vous voyez quelqu'un se faire assassiner dans la rue et que vous désapprouvez moralement ce meurtre du fond de votre cœur, il semblerait étrange de ne rien faire pour essayer de sauver la victime et ne pas avertir les forces de l'ordre. Ce serait un cas de non-assistance à une personne en danger. Face à toutes ces victimes innocentes que sont les animaux confrontés à la cruauté humaine, un végane se doit de faire l'apologie du véganisme, même si cela ne plaît pas à ceux qui sont culpabilisés et remis en question dans leur habitude alimentaire.




Frédéric Leblanc
12 juillet 2018






dimanche 8 juillet 2018

Dégradations de vitrines







     Dernièrement, dans la rubrique des faits divers dans les journaux français ont figuré quelques faits de dégradations à l'encontre de boucherie ou de restaurants cuisinant principalement de la viande. Ces faits de dégradation et de vandalisme ont été commis par des personnes se revendiquant du véganisme et de l'antispécisme et consistent principalement en des tags et des slogans condamnant le spécisme et l'exploitation des animaux, par de la peinture rouge jeté à la façade de ces bâtiments et par des bris de vitrine.

mercredi 21 mars 2018

Pourquoi les véganes sont dans le vrai - 2ème partie




Pourquoi les véganes sont dans le vrai

(2ème partie)



       Ce 18 mars 2018 paraissait dans le journal « Libération » une tribune très agressive à l'encontre des véganes, intitulé « Pourquoi les véganes ont tout faux », rédigé par Paul Ariès, Jocelyne Porcher et Frédéric Denhez. Je voudrais ici apporter une réponse argumentée à ce texte.


mardi 20 mars 2018

Pourquoi les véganes sont dans le vrai




Pourquoi les véganes sont dans le vrai


(1ère partie)




     Ce 18 mars 2018 paraissait dans le journal « Libération » une tribune très agressive à l'encontre des véganes, intitulée « Pourquoi les véganes ont tout faux », rédigée par Paul Ariés, Jocelyne Porcher et Frédéric Denhez. Je voudrais ici apporter une réponse argumentée à ce texte. Les auteurs se disent « convaincus de la nécessité d’en finir au plus vite avec les conditions imposées par les systèmes industriels et d’aller vers une alimentation relocalisée, préservant la biodiversité et le paysan, moins carnée, aussi ». Les véganes qui veulent en finir avec l'élevage et l'exploitation animale les insupportent car ceux-ci s'opposent à la viande, alors qu'eux ne s'opposent qu'à la « mauvaise viande » et aux « mauvais fruits ».


      Passons en revue ces arguments à l'encontre des véganes :

dimanche 22 octobre 2017

Le poids d'un végane






Bonjour tout le monde,


    Aujourd'hui, une petite réflexion autour d'un tweet de Gurren Vegan, youtubeur bien connu dans la véganosphère. Si, d'ailleurs, vous ne connaissez pas sa chaîne YouTube, je vous recommande chaudement d'y jeter un œil. Dans ce tweet en question, daté du 20 ocotobre 2017, Gurren Vegan exprimait son ras-le-bol devant les attaques envers son physique : « Marre de me faire valider mon physique sur Youtube » et il y joignait une capture d'écran d'un commentaire d'une de ses vidéos :

lundi 25 septembre 2017

Choix et liberté




Choix et liberté




          Suite à un de mes articles récents (« Antispécisme et humanisme »), il y a eu une longue et intéressante discussion sur un cas moral sous forme d'expérience de pensée, que j'avais énoncé dans l'article en question : si, marchant le long d'un fleuve, vous voyez un homme et un chien, tous les deux en train de se noyer, et que vous plongez pour en sauver un des deux et le ramener à la berge, tandis que l'autre se noiera emporté par le courant, lequel allez-vous secourir ? Il y a toutes sortes d'arguments avancés de part et d'autre et de variantes de ce cas moral. Je ne reviendrai pas sur le cas moral en lui-même ; les personnes intéressées n'ont qu'à aller consulter la page de l'article. Je rappellerai juste que c'est une expérience de pensée, c'est-à-dire une situation qu'on ne risque pas de rencontrer dans la vie réelle. Il s'agit d'extraire de ce cas des principes philosophiques qui vont diriger des priorités dans l'action et les choix de société. Mais il ne faut pas non plus surinterpréter ce cas moral : si j'ai dit que je choisirai de sauver l'homme plutôt que le chien, il ne faut pas en tirer la conclusion que les chiens et les animaux ne méritent pas d'être aidés, et qu'on peut les exploiter sans vergogne. Au contraire, mon raisonnement cherchait à montrer que, même si on choisit l'homme plutôt que les animaux, on éprouver de la compassion envers les animaux et vouloir que ceux-ci ne soient pas chassés, maltraités, torturés ou abattus par la main de l'homme. L'humanisme n'est pas fondamentalement en contradiction avec l'antispécisme.


      Dans les commentaires de l'article, j'ai cité ce passage du « Plaidoyer pour les Animaux » de Matthieu Ricard que j'ai envie de citer à nouveau : « Ce livre a pour but de mettre en évidence les raisons et l'impératif moral d'étendre l'altruisme à tous les êtres sensibles, sans limitation d'ordre quantitatif ni qualitatif. Nul doute qu'il y a tant de souffrances parmi les êtres humains de par le monde que l'on pourrait passer une vie entière à n'en soulager qu'une partie infime. Toutefois, se préoccuper du sort de quelque 1,6 million d'autres espèces qui peuplent la planète n'est ni irréaliste, ni déplacé, car, la plupart du temps, il n'est pas nécessaire de choisir entre le bien-être des humains et celui des animaux. Nous vivons dans un monde essentiellement interdépendant, où le sort de chaque être, quel qu'il soit, est intimement lié à celui des autres. Il ne s'agit donc pas de ne s'occuper QUE des animaux, mais de s'occuper AUSSI des animaux ».






*****






         Enfin, une internaute, Tara, a aussi questionné le bien-fondé du choix dans la mesure où l'ego est une illusion qui se croit libre, mais en fait complètement déterminé par des causes extérieures. À quoi bon faire un choix, puisque nous sommes conditionnés à aller dans tel ou tel sens ?

dimanche 17 septembre 2017

Le carnisme intériorisé



Le carnisme intériorisé




    La psychologue américaine Melanie Joy a développé le concept de carnisme dans un ouvrage important : « Pourquoi on aime les chiens, on mange du cochon et on porte de la vache 1 » (Why we love dogs, eat pigs and wear cows). Le carnisme, c'est l'idéologie qui fait que nous trouvons normal, naturel et nécessaire de manger de la viande et des autres produits animaux. La particularité de cette idéologie, c'est qu'elle ne se présente jamais comme une idéologie. Elle se présente comme une évidence. On demande à un végétarien ou à une végane pourquoi il est devenu végétarien ou végane. Cette question suppose que ce végétarien ou végane a du trouver des raisons idéologiques ou de santé pour cesser de manger de la viande ; alors que le mangeur de viande ne se demande pas pourquoi il continue à manger de la viande, alors même qu'il éprouve un profond dégoût moral devant des images d'un abattoir ou d'un élevage industriel. C'est là qu'intervient le carnisme : légitimer la consommation de viande et de produits animaux, et faire taire les appels de notre propre conscience quand on a l'idée que le sort que les humains réservent aux animaux.

mercredi 13 septembre 2017

Antispécisme et humanisme




Antispécisme et humanisme





      Je regardais hier un extrait d'une émission de Canal + où Tiphaine Lagarde, la porte-parole de l'association radicale 269Life était invitée à parler d'antispécisme, d'animalisme et de véganisme. Tiphaine Lagarde rabaissait notamment le véganisme pour mettre en avant l'antispécisme. J'ai déjà dit ailleurs les doutes que j'entretenais envers 269Life (ici). Mais ce qui m'a frappé dans l'interview de Tiphaine Lagarde, c'est l'intervention sur le plateau de l'intellectuel français Emmanuel Todd. Celui-ci s'est insurgé sur l'utilisation du terme « holocauste » revendiquée par Tiphaine Lagarde pour parler du massacre des animaux qui s'opère chaque jour et condamne des milliards d'animaux à une souffrance atroce en ce moment-même. Emmanuel Todd trouvait aussi inquiétant l'anti-humanisme supposé des antispécistes.

mercredi 6 septembre 2017

Arachnophobie








      C'est la saison : les araignées reviennent en force dans les recoins de notre maison : des petites, des toutes petites, mais aussi des plus grosses. Ces bestioles ont l'art de provoquer chez nous des peurs irrationnelles, surtout dans les pays du nord de l'Europe – comme la Belgique où j'habite – où on ne risque pas de croiser des araignées venimeuses comme les mygales ou les tarentules. Mais rien n'y fait : de très nombreuses personnes ont une phobie très marquée des araignées, surtout si elles sont grosses et velues. Ce petit article se propose de donner quelques conseils pour dépasser ces peurs et cette arachnophobie ambiante.












       Il y deux pôles dans ce problème : le sujet, c'est-à-dire nous qui ne pouvons nous empêcher de tressaillir de dégoût face à ces petites bêtes, et l'objet, l'araignée elle-même. La raison ne fait pas grand-chose à l'affaire : on peut essayer de se rassurer, de se raisonner en se disant : « mais non, ici, elles ne sont pas dangereuses », cela n'enlève pas la peur. Par contre, essayer de se documenter sur elles, de s'informer, de faire des araignées un objet de connaissance renforcera le pouvoir de la raison sur nos réactions émotionnelles. Une nuit, j'ai été appelé en urgence par une amie traquée chez elle par une araignée à croix blanche. Elle était persuadée que c'était une araignée extrêmement venimeuse et maléfique. J'avais beau lui dire qu'aucune araignée n'était venimeuse en Belgique, cela ne la calmait pas. Je suis donc arrivé, j'ai capturé la dite araignée avec un bocal et un carton, et je l'ai relâchée à une centaine de mètres de distance de la maison. Puis j'ai simplement googlisé le nom « araignée à croix blanche ». La plupart des sites expliquaient clairement que ce type d'araignée n'était en rien venimeuse pour l'homme. La dangerosité supposée de ces araignées n'était qu'une rumeur. Ce qui a eu pour effet de soulager grandement mon amie. Le fait de se renseigner contribue à amoindrir la charge émotionnelle.


       Ensuite, je conseillerai de développer la bienveillance et la compassion envers les araignées. Comme tout être sensible, les araignées recherchent le bien-être et fuient la douleur et la souffrance. On peut donc éprouver de la bienveillance et de la compassion à leur égard, c'est-à-dire souhaiter qu'elles soient heureuses et connaissent les causes du bonheur d'une part et qu'elles soient libres de toute souffrance et des causes de la souffrance d'autre part. Le fait de vouloir du bien à ces bestioles ne nous libérera peut-être pas tout de suite de la peur parfois panique qu'elles nous causent, mais cela aidera grandement à faire basculer notre point de vue sur elles. Cela nous fera comprendre plus facilement que ces petites araignées (même quand elles sont grosses) ont beaucoup plus à craindre cette énorme créature qu'est l'homme que l'être humain ne doit craindre ces petits bêtes. Que peuvent les quelques grammes de l'araignée contre les dizaines de kilo de l'homo sapiens ? Dans quel camp est vraiment la terreur ?


       Il faut aussi essayer de comprendre d'où vient notre peur antique des araignées. Peut-être que dans des vies antérieures nous avons été des mouchettes engluées dans la toile d'une de ces araignées et que le traumatisme s'est perpétuée de renaissances en renaissances. D'accord, mon explication vaut ce qu'elle vaut. Mais c'est vraiment une peur fondamentale. Qu'il suffise de regarder les films fantastiques ou de science-fiction où les héros sont confrontés à des araignées géantes. Je pense notamment à la scène du Seigneur des Anneaux de Tolkien où Frodon et Sam sont aux prises avec l'horrible Arachnée. Je pense qu'il faut observer cette peur en nous avec les outils de la Pleine Conscience, et essayer d'en comprendre le mécanisme. L'influence culturelle est importante. Si des proches sont facilement effrayés par les araignées, il est probable qu'il vous aient transmis cette peur, voire cette phobie.


       Inversement, si vous montrez à des enfants toute la beauté d'une toile d'araignée, si vous vous montrez curieux envers les araignées, et pas effrayés comme si vous étiez en face d'un revenant, il y a beaucoup de chances pour que ces enfants ne développent de dégoût exacerbé ou de phobie à l'égard d'elles. Votre comportement dit de lui-même qu'il n'y a pas à avoir peur d'elles. Dans mon jardin, je suis désolé quand je dois briser des toiles d'araignée. Quel manque de respect envers le travail d'autrui ! Mais une grosse bête comme moi doit bien avancer en occupant un certain espace...


        Enfin, motivé par la bienveillance et la compassion, je vous recommande de regarder les araignées le plus souvent possible. Ne détournez pas le regard. Observez-les dans leur milieu naturel, émerveillez-vous des trésors de géométrie et d'architecture qu'elles déploient pour créer leur toile. Observez toute la diversité qui existe parmi l'ensemble des araignées. Je pense que peu à peu vos peurs ou votre phobie perdront de l'emprise sur vous. Les araignées pourront alors devenir vos amies !









Lisa Gill








Voir aussi : 


Penser l’homme et l’animal au sein de la Nature











Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.








Quand vous êtes triste, rappelez-vous
que les araignées sauteuses portent parfois une goutte d'eau en guise de chapeau.