Pages

mercredi 20 juin 2018

Analyse du contact




Le Traité du Milieu


Nāgārjuna



Chapitre XIV : Analyse du contact



1. L'objet de la vision, la vision et l'agent de vision,
Ces trois ne peuvent se combiner,
Ni deux à deux,
Ni tous ensemble.

2. Il en est de même des trois aspects
Du désir, de son objet et de son agent,
Du reste des passions
Et des bases de la connaissance.

3. Un autre rencontre un autre,
Mais l'objet de la vision, etc.,
N'est pas autre ;
Par conséquent, il n'y a pas contact.

4. Non seulement, il n'existe pas d'altérité
Entre l'objet de la vision et les autres,
Mais l'altérité de deux choses conjointes
Est également irrationnelle.

5. L'altérité est fonction de la dépendance des choses diverses,
Elle n'existe pas en leur absence ;
Il est irrationnel que ce qui dépend
D'une chose soit autre qu'elle.

6. Si une chose est différente d'une autre,
Elle sera autre en son absence ;
Or, en l'absence de l'une,
L'autre n'existe pas en tant qu'autre.

7. L'altérité n'existe ni dans une chose autre,
Ni dans une chose non-autre ;
Si l'altérité n'existe pas,
Altérité et identité n'existent pas.

8. Il n'existe pas de contact d'une chose avec elle-même,
Ni d'une chose avec une autre.
Il n'existe pas de rencontre en cours,
Ni de rencontre accomplie, ni d'agent de la rencontre.



Nāgārjuna, Mūlamadhyamakakārikā (Stances-racines de l’École du Milieu), plus simplement appelé Madhyamaka shastra, le Traité du Milieu, chapitre XIV (Analyse d'un contact). Nāgārjuna, Traité du Milieu, traduction de Georges Driessens, éd. du Seuil, 1995, pp. 132-136.





mardi 19 juin 2018

Les trois dimensions temporelles de la méditation





Ô Seigneur Milarépa,

Accordez-moi votre grâce afin que moi-même et tous les êtres tournions notre esprit vers le Dharma,
Accordez-moi votre grâce afin que nous cheminions dans la voie du Dharma,
Accordez-moi votre grâce afin que soient dissipées les illusions du chemin,
Accordez-moi votre grâce afin que l'illusion s'élève en tant que sagesse primordiale.

Accordez-moi votre grâce afin que mes voiles, ceux du karma et des émotions perturbatrices, le voile du connu et celui des tendances inconscientes, soient purifiés.
Accordez-moi votre grâce afin que ces voiles soient purifiés à l'instant même.
Accordez-moi votre grâce qu'ils soient purifiés ici-même.
Accordez-moi votre grâce qu'ils soient purifiés durant cette même session.

Accordez-moi votre grâce afin que que mon être soit libéré.
Accordez-moi votre grâce afin que mon être soit libéré à l'instant même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'il soit libéré ici-même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'il soit libéré durant cette même session.

Accordez-moi votre grâce afin que naisse en moi le suprême samadhi sans erreur.
Accordez-moi votre grâce afin que ce suprême samadhi naisse à l'instant même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'il naisse ici-même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'il naisse durant cette même session.

Accordez-moi votre grâce afin que naisse en moi la suprême sagesse primordiale.
Accordez-moi votre grâce afin que cette sagesse primordiale naisse à l'instant même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'elle naisse ici-même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'elle naisse durant cette même session.



Extrait du : « Guru-yoga du Grand Yogin Milarépa et le festin d'offrande intitulé : "Le Glorieux Flamboiement de la Gnose". »
(Traduction de l'institut Karma Migyur Ling, 1981)








Milarépa
(en haut à droite, Vajrayogini)



lundi 11 juin 2018

L'émancipation de toutes les vues






Ce n'est pas la vacuité qui rend les phénomènes vides, les phénomènes sont eux-mêmes vides.
Ce n'est pas l'absence de caractéristiques qui rend les phénomènes dépourvus de caractéristiques. Les phénomènes sont eux-mêmes dépourvus de caractéristiques.
Ce n'est pas l'absence de souhait qui rend les phénomènes libres de souhait. Les phénomènes sont eux-mêmes libres de souhait.

Ainsi cette investigation, ô Kashyapa, je l'appelle Voie du Milieu, l'investigation individuelle correcte des phénomènes.

Ô Kashyapa, ceux qui faisant de la vacuité un objet d'observation réel hypostasie la vacuité, je dis qu'ils s'écartent et s'éloignent de ma parole. Ô Kashyapa, c'est ainsi : un homme malade reçoit d'un médecin un remède, et ce remède, ayant guéri la maladie, reste dans l'estomac et n'en est pas expulsé. Qu'en penses-tu, Kashyapa ? Cette homme sera-t-il guéri de la maladie ?
- Non, ô Vainqueur Transcendant, ce remède, ayant guéri la maladie, qui demeure dans l'estomac et n'en est pas expulsé aggravera la maladie de cet homme.

Le Vainqueur transcendant déclara alors : « Kashyapa, de même, si la vacuité est l'émancipation de toutes les vues, j'appelle incurable celui qui fait de la vacuité elle-même une vue. »


Soûtra de l'Amas de Joyaux, Chapitre de Kashyapa.


samedi 9 juin 2018

vendredi 18 mai 2018

jeudi 17 mai 2018

Analyse d'une extrémité antérieure et d'une extrémité postérieure




Le Traité du Milieu


Nāgārjuna


Chapitre XI : Analyse d'une extrémité antérieure et d'une extrémité postérieure


mercredi 16 mai 2018

L'apparence de l'arbre






      J'ai récemment reçu une question par rapport à un de mes articles sur un passage d'un texte du maître tibétain Longchenpa où celui-ci parlait des apparences et de la vacuité. Pour Longchenpa, les apparences du monde sensible ne contredisent pas la vacuité, de la même façon que l'eau d'un lac n'est pas en contradiction avec le reflet de la lune à la surface de ce lac. La question était donc : « Quand vous dites que "La forme visuelle de l'arbre renvoie à l'apparence d'un contact physique de toucher", en quoi le contact du toucher est une apparence ? Ce contact est bien réel, je peux en faire l'expérience par mes agrégats, quand bien même ceux-ci évoluent en permanence ? »

Certains me sont chers




Certains me sont chers,
d'autres me sont odieux,
parce que vainement
ce monde occupe ma pensée,
moi qui suis toujours tourmenté.


Empereur Go-Toba ( 後鳥羽 ), Japon, 1180-1239.


(La traduction est de la rédactrice du blog Sukinanihongo).









Takeuchi Seihō (1864 - 1942)









Je viens de trouver ce poème inspirant sur ce blog très intéressant, Sukinanihongo tournant autour de la culture japonaise. J'invite tout le monde à y jeter un œil. En plus de la version japonaise et de la traduction proprement dite, il y a là une analyse sérieuse qui décortique le poème et chacun des termes employés.


    On sent dans ce poème une influence bouddhique : nos attachements et nos répulsions envers les êtres et les choses de ce monde nous perturbent, nous égarent et nous jettent dans des conflits émotionnels incessants. S'ensuit l'invitation de renoncer au monde et de mener une vie plus spirituelle détachée du monde.


    L'empereur Go-Toba était contemporain de Dōgen Zenji (1200 – 1253) ; la sœur de Dōgen a d'ailleurs épousé Go-Toba. Son règne a particulièrement été troublé : le shogun Yoritomo régnant à Kamakura l'a obligé à se retirer et à abandonner le pouvoir à leur pouvoir. Go-Toba avait bien tenté de se rebeller après la mort de Yoritomo ; mais les forces du shogunat ont emporté et vaincu les forces soutenant Go-Toba, envoyant ce dernier en exil. Peut-être le sentiment d'inquiétude qui se dégage de ce poème vient de ces préoccupations politiques ; mais en même temps, nul besoin d'être empereur du Japon pour éprouver les tracas de la vie mondaine ainsi que les troubles que suscitent tant les personnes aimées que les personnes détestées.


    De manière générale, la philosophie bouddhique dénombre huit préoccupations mondaines qui viennent troubler la sérénité de l'esprit, huit préoccupations vaines dont il conviendrait de se dégager le plus vite possible, même si ce n'est pas facile. Ces préoccupations mondaines vont toujours par paires, comme le couple du positif et du négatif qui traverse et polarise notre existence :

  • 1°) le gain et 2°) la perte ;
  • 3°) le plaisir et 4°) le déplaisir, la souffrance ;
  • 5°) la bonne réputation, la gloire et 6°) la mauvaise réputation, le fait de tomber en disgrâce ;
  • 7°) la louange et 8°) le blâme.























Concernant Dōgen Zenji :



Sanshô Doei : - la voix des gouttes de pluie
                          - Adoration
                          - Trésor de l'Œil du Véritable Dharma
                           - Quand nous n'avons lieu où demeurer
                           - Une goutte d'eau


Poèmes chinois de l'Eihei Kôroku:
     - Sur mon portrait




Voir aussi : 


- Sans savoir pourquoi (Sōseki Natsume)


- Rosée que ce monde (Kobayashi Issa)


- Espérant le cri du coucou (Bashō)


j'habite une forêt profonde (Ryokan)


- La vie humaine comme nuage et eau (Ci'an Shoujing)


Choses qui ne font que passer (Sei Shōnagon)


- Pour toi mon amour (Prévert)


- Une fête en larmes (Jean d'Ormesson)


Il faut beaucoup aimer les hommes


- Lotobiographie (Claude Pélieu)


Nanti d'un seul œil (Jim Harrison)


- Il n'y a pas d'amour heureux (Aragon)







Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.


Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.