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jeudi 24 mars 2016

Contre la haine



    Je voudrais réagir ici à la déferlante de haine qui se dessine suite aux attentats de Bruxelles, et notamment contre le hashtag #stopIslam qui a apparemment été plus employé que le hashtag #PrayForBrussels mardi le jour de l'attentat (102 000 tweets avec la hashtag #prayforBrussels, 250 000 pour #stopIslam). Je trouve déplorable cette utilisation bête et stupide de ce genre de slogan. Si les terroristes qui ont perpétré leurs crimes répugnants se revendiquaient bien de l'islam, tous les musulmans ne se reconnaissent pas dans cet islam-là. En fait, les combattants de Daesh combattent en priorité des musulmans : ils font la guerre aux musulmans chiites d'Irak, ils affrontent les forces de Bashar El-Assad qui sont composées de musulmans chiites, alaouites, druzes et aussi de sunnites. Ils massacrent aussi tous les musulmans sunnites qui s'opposent à leur vision totalitaire et barbare de leur pseudo-califat. Et en matière de terrorisme, les premiers pays touchés sont la Turquie à Ankara ou à Istanbul, l'Irak, la Tunisie, l’Égypte, la Libye, le Mali, tous des pays musulmans. Et je ne parle pas des pays ensanglantés depuis plus de vingt ans par les attentats à répétition et le climat de guerre civile féroce que l'on doit imputer aux jihadistes fidèles à Al-Qaida et sa nébuleuse : l'Afghanistan, le Pakistan, l'Inde, l'Indonésie, là aussi des pays musulmans ou des pays où la population musulmane est très représentée...

    Par ailleurs, ce qui est gênant avec cette stigmatisation incessante des musulmans, c'est que cela contribue à un climat de haine propice à la discrimination, aux tensions sociales et aux différentes petites injustices. Or c'est exactement ce que veut le prétendu État Islamique : plus les populations musulmanes se sentiront malheureuses et mal intégrées dans les pays occidentaux, plus il sera facile facile de faire passer un message de haine et de faire basculer plus de jeunes paumés dans la radicalisation et l'extrémisme religieux.


      Répandre la haine est en fait le moyen le moins efficace et même le plus contre-productif pour combattre cette vague terroriste. Je comprends bien que la colère et la haine soient des réactions compréhensibles en ces moments difficiles où la Belgique est frappée de plein fouet par la violence aveugle du terrorisme. Mais se laisser aller à exprimer des idées racistes ou xénophobes sous le coup de l'émotion n'est vraiment pas une réaction intelligente. Notre colère qui peut être justifiée quand elle va à l'encontre des terroristes ne l'est plus du tout quand elle s'étend sans réflexion à l'ensemble des musulmans qui n'ont rien à voir pour la plupart avec ces psychopathes dangereux. Il faut, je pense, un sursaut citoyen et démocratique de notre société : déraciner la haine d'où qu'elle vienne est un devoir majeur. La plupart des musulmans condamnent sans appel ces attentats. Ne les mettons pas dans le même sac que les crapules sanguinaires qui trouvent normal d'aller se faire exploser dans un aéroport ou dans une rame de métro.





     Dans ce genre de moment, il est bon de se rappeler cette formule du Bouddha dans le Dhammapada :

« En vérité,
La haine ne s'apaise jamais par la haine.
La haine s'apaise par l'amour.
Ceci est une loi éternelle ».

      Il faut avoir la force de dépasser la haine, car la haine est très mauvaise conseillère et a la fâcheuse tendance d'être extrêmement contagieuse. Je sais que si j'appelle à la suite du Bouddha d'apaiser la haine par l'amour et la bienveillance, on me dira que je suis naïf et trop idéaliste. On va me sortir l'éternel argument : « On ne vit pas dans un monde de bisounours ». Certainement qu'on ne vit pas dans un monde de bisounours, il suffit de regarder le journal télévisé ou d'écouter les informations pour s'en rendre compte. Mais enchaîner les réflexions racistes et les commentaires stupides pleins de haine n'est pas ce qui va résoudra notre problème.

   Répandre l'amour bienveillant autour de soi dans la méditation ne fait pas de nous un bisounours, inconscient des troubles qui secouent le monde, pas plus que faire preuve de raison et d'essayer d'apporter des réponses intelligentes et structurées aux problèmes que rencontrent nos sociétés. Je ne suis pas dogmatique dans la mise en pratique de mes principes moraux et citoyens : peut-être que nous n'aurons d'autres choix que d'employer la violence et de faire résonner les armes à l'encontre du prétendu État Islamique, peut-être qu'il faudra employer plus de moyens ou donner plus de latitudes à la justice pour traquer sans répit les candidats aux attaques kamikaze ; mais il faudra faire cela sans oublier que la violence n'est jamais une bonne chose. La violence crée une énorme souffrance autour de soi et partout dans le monde. Si l'on bombarde les positions de Daesh en Syrie ou en Irak, on risque de tuer des civils innocents qui subissaient déjà la tyrannie du prétendu califat. Il faut donc systématiquement garder raison et faire un usage raisonné de cette violence pour que celle-ci ne se retourne pas contre nous et ne devienne incontrôlable.


   Que ce message soit compris comme un appel à la bienveillance aussi bien qu'un appel à la Raison. 



















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