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vendredi 11 novembre 2016

Everybody knows



Everybody knows







Everybody knows that the dice are loaded
Everybody rolls with their fingers crossed
Everybody knows that the war is over
Everybody knows the good guys lost
Everybody knows the fight was fixed
The poor stay poor, the rich get rich
That's how it goes
Everybody knows

Everybody knows that the boat is leaking
Everybody knows that the captain lied
Everybody got this broken feeling
Like their father or their dog just died

Everybody talking to their pockets
Everybody wants a box of chocolates
And a long stem rose
Everybody knows


Everybody knows that you love me baby
Everybody knows that you really do
Everybody knows that you've been faithful
Ah give or take a night or two
Everybody knows you've been discreet
But there were so many people you just had to meet
Without your clothes
And everybody knows

Everybody knows, everybody knows
That's how it goes
Everybody knows

Everybody knows, everybody knows
That's how it goes
Everybody knows

And everybody knows that it's now or never
Everybody knows that it's me or you
And everybody knows that you live forever
Ah when you've done a line or two
Everybody knows the deal is rotten
Old Black Joe's still pickin' cotton
For your ribbons and bows
And everybody knows

And everybody knows that the Plague is coming
Everybody knows that it's moving fast
Everybody knows that the naked man and woman
Are just a shining artifact of the past
Everybody knows the scene is dead
But there's gonna be a meter on your bed
That will disclose
What everybody knows

And everybody knows that you're in trouble
Everybody knows what you've been through
From the bloody cross on top of Calvary
To the beach of Malibu
Everybody knows it's coming apart
Take one last look at this Sacred Heart
Before it blows
And everybody knows

Everybody knows, everybody knows
That's how it goes
Everybody knows

Oh everybody knows, everybody knows
That's how it goes
Everybody knows

Everybody knows


Leonard Cohen, Everybody knows, 1988.



Tout Le Monde Sait



Tout le monde sait que les dés sont truqués
Tout le monde les jettent avec leurs doigts croisés
Tout le monde sait que la guerre est finie
Tout le monde sait que les bons gars ont perdu
Tout le monde sait que le combat était arrangé d'avance
Les pauvres restent pauvres, les riches s'enrichissent



C'est comme ça que ça va
Et tout le monde le sait


Tout le monde sait que le bateau prend l'eau
Tout le monde sait que le capitaine a menti
Tout le monde a ce sentiment de déchirement
Comme si leur père ou leur chien venait de mourir


Tout le monde parlent à leurs poches
Tout le monde veut une boîte de chocolats
Et une rose à longue tige
Tout le monde le sait


Tout le monde sait que tu m'aimes bébé
Tout le monde sait que tu m'aimes vraiment
Tout le monde sait que tu as été fidèle
Allez, à une ou deux nuits près
Tout le monde sait que tu as été discrète
Mais il y avait tellement de gens que tu devais rencontrer
Sans tes vêtements
Et tout le monde le sait


[Refrain]
Tout le monde le sait, tout le monde le sait
C'est comme ça que ça va
Tout le monde le sait (2x)




Tout le monde sait que c'est maintenant ou jamais
Tout le monde sait que c'est toi ou moi
Et tout le monde sait que tu vis éternellement

Ah, quand du moins, tu t'es fait une ligne ou deux
Tout le monde sait que le marché est pourri
Old Black Joe cueille encore du coton
Pour vos rubans et vos foulards
Et tout le monde sait


Et tout le monde sait que la peste arrive
Tout le monde sait qu'elle gagne très vite du terrain
Tout le monde sait que les hommes et les femmes nues
Sont seulement un artefact du passé
Tout le monde sait que la scène est morte
Mais il y aura un mètre sur ton lit
Qui révélera
Ce que tout le monde sait




Et tout le monde sait que tu es dans le pétrin
Tout le monde sait ce que tu as dû traverser
Depuis la croix sanglante au sommet du Calvaire
Jusqu'aux plages de Malibu
Tout le monde sait que cela part en vrille
Jette un dernier coup d’œil au Sacré Cœur
Avant qu'il n'éclate
Et tout le monde le sait


[Refrain] (2x)

Tout le monde le sait










      Le chanteur et poète canadien, Leonard Cohen, s'est éteint cette nuit à l'âge de 82 ans. On lui doit une œuvre importante. Pour lui rendre hommage, j'ai voulu mettre en exergue la première chanson que j'ai écouté de Leonard Cohen. « Everybody knows » qui figurait dans la bande originale de Pump Up the Volume. Dans ce film, Mark Hunter (interprété par Christian Slater) est un adolescent qui vient de s'installer dans une ville paumée de l'Arizona et qui anime en secret une radio-pirate qui dénonce l'hypocrisie de la société et appelle à la rébellion. « Everybody knows » figure en bonne place de la playlist de Mark Hunter, précisément parce qu'elle critique de plein fouet les faux-semblants et les coups-bas de la société.

« Everybody knows that the dice are loaded
Everybody rolls with their fingers crossed

Tout le monde sait que les dés sont truqués
Tout le monde les jettent avec leurs doigts croisés »


     Il y a là un regard désabusé sur la société. Les jeux sont truqués ; la justice et la vérité ne sont plus que le paravent honorable de la propagande pour justifier les mensonges et l'injustice fondamentales. Les bons et les justes ont perdu la bataille. Et il en résulte que les pauvres restent pauvres et les riches deviennent encore plus riches.


    Aujourd'hui, sur internet, peut-être que ces paroles ont perdu de leur attrait et de leur puissance. En effet, les théories de la conspiration y surabondent, et elles dénoncent un pouvoir caché qui manipule les dés et tirent les ficelles derrière la scène médiatique. Mais le problème de ces conspirationnistes, c'est qu'ils ne font rien pour vraiment arranger les choses et comprendre le système dans ses mécanismes subtils et sa structure véritable. Ils se contentent de lancer un coupable ou un groupe de coupables en pâture à la vindicte populaire, et ces coupables sont bien entendu coupables de tout. Tous les maux de la Terre peuvent d'autant plus aisément leur être attribués que les preuves à leur encontre sont farfelues et invraisemblables.


     Il y a quelques jours, un clown vient d'être élus à la tête de la plus grande puissance de l'Occident. Ce clown sinistre se délecte de ces théories conspirationnistes et aime accuser ses adversaires des choses les plus atroces. Il a prétendu que les élections étaient forcément truquées. Bizarrement, c'est lui qui les a gagnées, avec l'aide opportune de la police de son pays qui a aimablement lancé un enquête sans véritable fondement à l'encontre de sa rivale aux élections quelques jours avant celles-ci.


     J'entends les partisans de ce clown macabre clamer que lui au moins est en-dehors du système et qu'il va aider les « vraies gens ». Quelle naïveté, quelle bêtise ! En fait, non seulement ce clown fait intégralement partie du « système », mais ses beaux discours ne sont qu'une mascarade sordide. Voilà un milliardaire qui va aider les autres milliardaires et les membres de sa caste à s'enrichir encore plus sur le dos des plus pauvres. Paradoxalement, le conspirationnisme est un bon moyen de ne jamais vraiment remettre en question le système, à donner au premier imbécile venu quelques idées simplistes qui lui donneront l'impression plaisante de comprendre le monde, et donc de laisser les véritables groupes d'influence le pouvoir d'influencer tranquillement les économies et les gouvernements du nombre, sans être ennuyées par quelques activistes et voix discordantes et critiques émanant de la société civile. « Everybody knows the fight was fixed. The poor stay poor, the rich get rich (Tout le monde sait que le combat était arrangé d'avance. Les pauvres restent pauvres, les riches s'enrichissent) ».


   Non décidément, Leonard Cohen a infiniment plus d'élégance dans le désespoir que ce clown sordide pour qui la vulgarité est comme une religion. L'un dénonce poétiquement les travers d'une société; l'autre les aggrave et cache ses vices en dénonçant agressivement ceux des autres. Au fond, Cohen dénonce dans sa chanson les dérapages d'une société capitaliste qui vit dans le chacun pour soi et qui maintient les inégalités anciennes :


«  And everybody knows that it's now or never
Everybody knows that it's me or you
And everybody knows that you live forever
Ah when you've done a line or two
Everybody knows the deal is rotten
Old Black Joe's still pickin' cotton
For your ribbons and bows
And everybody knows


Tout le monde sait que c'est maintenant ou jamais
Tout le monde sait que c'est toi ou moi
Et tout le monde sait que tu vis éternellement
Ah, quand du moins, tu t'es fait une ligne ou deux
Tout le monde sait que le marché est pourri
Old Black Joe cueille encore du coton
Pour vos rubans et vos foulards
Et tout le monde sait. 
»




     Lointain héritier de la prose désabusée de l'Ecclésiaste dans la Bible, Leonard Cohen finit sa chanson en évoquant les troubles, les épreuves et la tristesse qu'il y a à traverser cette vie pleine de mensonges et de désillusions, en juxtaposant la figure du Christ portant sa croix vers son Calvaire à celle des plages de Malibu, incarnation du rêve matérialiste américain avec sa jeunesse éclatante et la réussite matérielle étalée devant tout un chacun. Vanité des vanités, tout est vanité, disait l'Ecclésiaste. Et ceci aussi :


« Je regarde encore tout l'oppression qui se commet sous le soleil :
Voici les larmes des opprimés, et ils n'ont pas de consolateur ;
et la force du côté des oppresseurs, et ils n'ont pas de consolateur.
Alors je félicite les morts qui sont déjà morts plutôt que les vivants qui sont encore vivants.
Et plus heureux que tous les deux est celui qui ne vit pas encore et ne voit pas l'iniquité qui se commet sous le soleil.
Et je vois que tout travail et toute réussite n'est que jalousie de l'un pour l'autre : tout cela est vanité et poursuite de vent ! »




Everybody knows it's coming apart
Take one last look at this Sacred Heart
Before it blows
And everybody knows


Tout le monde sait que cela part en vrille
Jette un dernier coup d’œil au Sacré Cœur
Avant qu'il n'éclate
Et tout le monde le sait


      Au fond, la question essentielle de cette chanson est : que reste-t-il après le désespoir ? Après que les images du sacré ne soient consumés dans leur mensonge ? Que reste ? Ou qu'est-ce qui renaîtra ?












(La chanson"Everybody knows" dans le film "Exotica"(1994) du réalisateur Atom Egoyan)

Voir aussi 


- L'Ecclésiaste : Vanité des vanités

Joie 






Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.






Leonard Cohen par Bernard Avishai, Montreal




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