Pages

lundi 9 novembre 2015

Il n'y a pas de mauvaise méditation




     Il n'y a pas de mauvaise méditation. Voilà un principe fondamental de la méditation : on ne devrait pas juger notre pratique de la méditation assise shamatha/vipashyanâ au point de dire que celle-ci a été inutile ou nulle en terme de progression spirituelle. On ne peut jamais savoir ce qu'il en est réellement. Dans la méditation, on peut être pris par la lassitude ou la torpeur, avoir l'esprit englué dans un brouillard épais. On peut être aussi très agité : nos pensées sont comme un tourbillon émotionnel qui nous empêche d'être centré. Parfois, c'est dans notre corps que nous ressentons irrésistiblement l'envie de bouger et de s'agiter. Parfois, au lieu de se sentir léger et plein de sérénité, nous sombrons dans un marasme existentiel, on est déprimé, morose ; seules des pensées noires et négatives viennent nous habiter. Tout cela peut arriver. Mais l'essentiel est de se rappeler qu'il n'y a pas de mauvaise méditation.


      La méditation bouddhique ne consiste pas toujours à planer sur un petit nuage de félicité ! Ça, c'est de la publicité mensongère pour la méditation. Parfois, on s'empêtre dans ses limites et dans ses faiblesses. Et c'est aussi de la méditation. Bien sûr, quand on expérimente des états rayonnants de clarté et de félicité, on éprouve une immense satisfaction et c'est humain d'éprouver cela. Et il est tout aussi humain d'éprouver de l'insatisfaction quand on arrive à rien en méditation, quand l'esprit ressemble à un ciel de grisaille, que toutes nos pensées sont dispersées et qu'on a le sentiment qu'on arrivera jamais à rien. Pourtant, même si on n'est pas satisfait, on ne devrait pas penser que c'est là une mauvaise méditation. « I can't get not satisfaction » chantait Mick Jagger. L'insatisfaction fait partie de la vie, pas seulement pour les rockstars ! En fait, la souffrance, dukkha, dont parle le Bouddha dans son tout premier enseignement sur les Quatre Nobles Vérités, est essentiellement une insatisfaction profonde par rapport à l'existence. La force des désirs nous pousse à toujours espérer des choses telles qu'on voudrait qu'elles soient. Or nous sommes confrontés aux choses telles qu'elles sont ? Et c'est écart entre les choses telles qu'on voudrait qu'elles soient et les choses telles sont est souffrance, insatisfaction, dukkha.

      Nous voudrions être un grand méditant qui ne connaîtrait que félicité, puissance de concentration et expériences cosmiques. Mais voilà, nous ne sommes que de simples êtres qui se heurtent à l'existence, dont l'esprit est agité par la colère et les émotions perturbatrices. Et nous sommes sujets à l'insatisfaction tant sur nous-mêmes que sur le monde. Progresser dans la méditation nécessite de traiter avec cette réalité déplaisante, l'insatisfaction fondamentale. Voilà pourquoi la méditation peut s'apparenter par moment à une traversée du désert. Traversée du désert qu'il nous faudra pour accomplir pour progresser réellement et dans la durée sur le chemin du samâdhi et de la sagesse.

       Pour pallier à cet écart entre ce qui est et ce que l'on désire qu'il soit, la meilleure méthode est l'attention à ce qui est et notamment à votre état d'esprit dans la méditation. Dans le Soûtra des Quatre Établissements de l'Attention (Satipatthana Sutta), quand le Bouddha parle de l'attention à l'esprit, il ne dit pas que l'esprit doit être dans tel ou tel état d'esprit. Il demande seulement d'être attentif et vigilant à son état d'esprit. Si on est concentré, il faut en être conscient. Si on n'est pas concentré, il faut aussi en être conscient. Pareillement si votre esprit est vaste ou limité, il faut être conscient de sa portée et de son étendue. Si l'esprit est empli de sérénité, il faut en conscient. Et si la sérénité n'est pas au rendez-vous, il faut en être conscient aussi. Il faut ce qui est, voir comment l'esprit est sans porter de jugement sur ce qu'il devrait être.

      C'est pourquoi il n'y a pas de mauvaise méditation. Notre existence est une traversée au travers de différents états très variables. Le fait de pratiquer la méditation est en soi toujours une bonne chose. C'est l'occasion que croisse en nous l'attention et la pleine conscience, la sagesse et l'esprit d’Éveil. Et même une méditation qui se passe sous le signe de la torpeur ou sous celui de l'agitation est l'occasion où peuvent croître ces germes d’Éveil, même si cela se produit souterrainement et que l'on ne s'en rend pas compte. C'est pourquoi il convient de ne pas juger excessivement sa méditation et ne pas décourager même si l'on semble connaître une traversée du désert sur les chemins du Dharma.




Deih, Valence (Espagne), 2012




À propos de la méditation sur Le Reflet de la Lune :





Pour un commentaire beaucoup plus détaillé des pratiques du Soûtra de l'Attention au Va-et-Vient de la Respiration, voir : 

En compagnie du souffle :  

     










Voir également : 


- Commentaires sur « L’Art de la Méditation » de Matthieu Ricard : voir le texte

     Pourquoi les enseignements du Bouddha sont-ils si rarement cités par les lamas du bouddhisme tibétains ? Est-ce que la méditation sur la nature de l'esprit n'occulte pas l'établissement de l'attention portée sur le corps (telle que le Bouddha l'enseigne dans le Soutra des Quatre Etablissements de l'Attention) ? Les soutras du Petit Véhicule ont-ils un intérêt dans la méditation sur la vacuité telle que l'expriment les soutras de la Perfection de Sagesse ? Comment intégrer les différents Véhicules du bouddhisme ?




Slowly, slowly, slowly.... : voir le texte
       Le progrès lent et graduel de la méditation. Comment arriver à la pleine conscience ?




Méditer à la piscine 

       Beaucoup de gens aiment faire quelques longueurs à la piscine pour se relaxer. C'est effectivement quelque chose de délassant de se baigner dans l'eau et d'activer l’entièreté de son corps. Mais je trouve que la piscine est aussi excellent endroit pour pratiquer la méditation et l'attention. 





Faut-il une bonne respiration pour méditer ?


On m'a récemment posé la question : je ne peux pas pratiquer la méditation de l'attention portée à la respiration, puisque je suis asthmatique. Que dois-je faire ? Il se trouve que je suis, moi aussi, asthmatique. En fait, le fait de respirer bien ou mal n'a rien à voir avec la pratique de l'attention telle qu'est enseignée par le Bouddha. Il s'agit de prêter attention à la respiration, pas de la réguler à tout prix. Même pendant une crise d'asthme, on continue à inspirer et expirer. Vous le faites difficilement du fait de la crise, mais vous le faites, sinon vous seriez mort. Il faut seulement prendre conscience de cette conscience de cette respiration et laisser l'esprit se calmer et se libérer de lui-même.













    Il n'y a pas de mauvaise méditation. Voilà un principe fondamental de la méditation : on ne devrait pas juger notre pratique de la méditation assise shamatha/vipashyanâ au point de dire que celle-ci a été inutile ou nulle en terme de progression spirituelle. On ne peut jamais savoir ce qu'il en est réellement.










Sur la méditation des Quatre Qualités Incommensurables :





Les différentes formes de l'amour et comment concilier ces différentes formes avec sagesse.




Les Quatre Demeures de Brahmā : amour illimité, compassion illimitée, joie illimité et équanimité illimitée


Méditation des Quatre Incommensurables



Qu'est-ce que la compassion?

        On pense parfois que la compassion consiste à s'affliger soi-même de la détresse des autres, mais, dans la philosophie du Bouddha, rien de tout cela : la compassion est définie comme le souhait ardent que les autres soient libérés de la souffrance et des causes de la souffrance.



- la compassion selon Shabkar




Joie 

   Qu'est-ce que la joie spirituelle prônée par le Bouddha ?





    L'équanimité dans la méditation, l'apaisement des remous de la vie. Comment la pratiquer ? Comment la mettre en œuvre dans la vie de tous les jours ?






Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.

Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici









1 commentaire: