La méditation est-elle pour tout le monde ?
Petits conseils de méditation
(Sixième partie)
Souvent, j'entends dire que la méditation n'est pas pour tout le monde. Et je tique toujours devant ce genre de discours. Ou plus je pense qu'on ne précise pas assez de quoi on parle quand on dit que la méditation n'est pas pour tout le monde ; ce qui fait que ce discours s'avère alors faux. Il y a en effet un malentendu sur la méditation : je n'entends pas ce mot comme la plupart des gens l'entendent. Quand les gens parlent de méditation, ils s'imaginent la fait de rester assis en tailleur ou en lotus tout en planant gentiment sur son petit nuage.
Je ne dis pas que cela n'est pas la méditation, je dis que c'est là juste une petite partie de la méditation. Donc quand on dit que la méditation n'est pas faite pour tout le monde, on veut dire que tout le monde ne fera pas l'expérience du petit nuage douillet et cotonneux en méditation. C'est évident. Pour certains, la méditation sera une expérience désagréable, ennuyeuse, pénible. Ce n'en est pas moins intéressant comme expérience de la méditation. Le problème dans ce genre de considérations, c'est que la méditation ne se limite pas au nuage cotonneux. Et qu'il est parfois plus utile d'avoir des expériences désagréables dans la méditation que de planer dans un état certes agréable, mais dans lequel vous ne progressez pas vraiment.
Traditionnellement, on divise la méditation en shamatha et vipashyana. Shamatha est la quiétude : vous lâchez prise par rapport aux pensées et aux émotions, et celles-ci finissent par s'apaiser d'elles-mêmes, comme l'eau dans la marmite qui arrête de s'agiter et de bouillir quand vous avez coupé le feu. Vipashyana est la vision pénétrante et profonde de ce qui est, le fait qu'on puisse le fond de la marmite une fois que l'eau a cessé de bouillir. Cette distinction entre shamatha et vipashyana ne se trouve pas directement dans les enseignements du Bouddha. C'est une distinction intéressante, mais elle est plus à prendre sur un plan pédagogique que comme une réalité de la progression dans la méditation.
Et de fait, la pratique de la méditation ne suit pas nécessairement ce schéma simple et réconfortant de quiétude et de vision pénétrante qui se succèdent dans un agencement harmonieux. Parfois, vous avez une conscience accrue de la souffrance, du désespoir et de la noirceur de votre psychisme, avant d'avoir apaisé quoi que ce soit en vous. Parfois, l'ennui et le sentiment d'inefficacité s'empare de vous. La méditation semble ne procurer aucun plaisir quand on l'a fait et aucun bienfait comme résultat de cette pratique. C'est ce que j'appelle la « traversée du désert ». Et c'est une part importante de la méditation. Ce n'est donc pas parce que la méditation est un moment désagréable pour vous, et que vous semblez ne pas être beaucoup plus en paix avec vous-mêmes après la méditation que cette méditation n'est pas faite pour vous !
La pratique de la méditation implique la patience et la persévérance. La pratique de la méditation implique la prise de conscience des souffrances cachées en vous tout comme de votre part de noirceur en vous. Et cette part de noirceur peut s'avérer abyssale. La pratique de la méditation implique le fait d'apprivoiser le changement constant et l'impermanence des phénomènes, le fait que des états psychiques puissent s'avérer très changeants et inconstants : un moment de félicité peut être succédé par des moments de tristesse, et il faut des années pour apprendre le lâcher-prise et la capacité d'abandonner ces moments plaisants et d'accepter pleinement les moments tristes et de les laisse rpasser eux aussi.
Donc tout le monde n'aura pas nécessairement une expérience plaisante et apaisante de la méditation. Mais le fait que la pratique de la méditation ne soit pas un moment de réjouissance ne doit pas nous mettre dans la tête que la méditation n'est pas faite pour nous. En fait, une méditation difficile est souvent plus profitable qu'une méditation plaisante qui peut conduire à une forme subtile de somnolence. Une méditation difficile est notamment un rappel impérieux de l'universalité de la souffrance. Sarva dukham : tout est souffrance. Tous les phénomènes composés sont souffrance. Telle est la vue juste selon le Bouddha. Et pratiquer la méditation, c'est aussi apprendre à accepter cette dure vérité de la souffrance omniprésente, cette vérité qu'il est si nécessaire de réaliser pour envisager son dépassement : la cessation de la souffrance. Le Bouddha nous a enjoint à pratiquer le Dharma comme si notre chevelure était en feu. Et rien ne créera mieux ce sentiment d'urgence que la prise de conscience de toute cette négativité en nous, dans tous les êtres, dans le monde entier.
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| Je Shen (né en 1973) |
Sur la méditation :
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