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jeudi 7 novembre 2013

Kaccâyanagotta Sutta

Kaccâyanagotta Sutta
Soutra de Kaccâyanagotta

            Ainsi ai-je entendu. Une fois, le Bienheureux séjournait dans le parc d’Anâthapindika, au bois de Jeta, près de la ville de Sâvatthi.

            En ce temps-là, un jour, le Vénérable Kaccâyanagotta rendit visite au Bienheureux. S’étant approché du Bienheureux, il s’assit à l’écart sur un côté. S’étant assis à l’écart sur un côté, le vénérable Kaccâyanagotta dit au Bienheureux : « On répète "la vue juste, la vue juste". Bienheureux, dans quelle mesure "la vue juste" peut-elle être appelée ainsi ?

            Le Bienheureux répondit : « Ô Kaccâyana, les gens s’intéressent le plus souvent à ces deux opinions extrêmes : l’existence et la non-existence. Cependant, ô Kaccâyana, chez celui qui voit selon la sagesse réaliste, l’apparition du monde ne se produit pas par l’opinion que « ce monde n’existe pas ».
En outre, ô Kaccâyana, chez celui qui voit selon la sagesse réaliste, la cessation du monde ne se produit pas par l’opinion que « ce monde existe ».

      Les gens, ô Kaccâyana, se réfugient les plus souvent dans des idées d’appropriation et ils sont habitués à s’attacher aux objets sensoriels. Cependant, l’Être Noble[1] ne se réfugie pas dans des idées d’appropriation, ni ne s’attache aux objets sensoriels en disant : "Ceci est mon Soi", mais il réfléchit :
"S’il y a quelque chose qui arrive à exister, ce n’est autre chose que le phénomène appelé souffrance. S’il y a quelque chose qui cesse d’exister, ce n’est autre chose que le phénomène appelé souffrance".
 L’Être Noble qui réfléchit ainsi n’est plus dans le doute, ni dans la perplexité. Car il le comprend lui-même sans se relier à la parole de quelqu’un d’autre.
A ce point, ô Kaccâyana, cette compréhension vécue constitue la "vue juste". »

« Ô Kaccâyana, l’idée que "tout existe" est un extrême et l’idée que "rien n’existe" est un autre extrême.
En évitant ainsi ces deux extrêmes, l’Ainsi-Allé[2] enseigne la doctrine de la Voie du Milieu que voici : "Conditionnée par l’ignorance, se produit la formation mentale. Conditionnée par la formation mentale se produit la conscience. Conditionnés par la conscience, se produisent les noms et forme. Conditionnées par les nom et forme, se produisent les six sphères sensorielles. Conditionné par les six sphères sensorielles se produit le contact. Conditionnée par le contact, se produit la sensation. Conditionnée par la sensation se produit la soif. Conditionnée par la soif se produit l’appropriation. Conditionné par l’appropriation se produit le devenir. Conditionnée par le devenir, se produit la naissance. Conditionnés par la naissance, se produit la décrépitude, la mort, les lamentations, les peines, le chagrin, les afflictions et les malaises". Tel est le jaillissement de toute cette masse de souffrances.
            « Cependant, par la cessation complète et par l’arrêt complet de cette même ignorance, cesse la formation mentale. Par la cessation de la formation mentale, cesse la conscience. Par la cessation de la conscience, cesse les nom et forme. Par la cessation des nom et forme, cessent les six sphères sensorielles. Par la cessation des six sphères sensorielles, cesse le contact. Par la cessation du contact, cesse la sensation. Par la cessation de la sensation, cesse la soif. Par la cessation de la soif, cesse l’appropriation. Par la cessation de l’appropriation, cesse le devenir. Par la cessation du devenir, cesse la naissance. Par la cessation de la naissance, cessent la décrépitude, la mort, les lamentations, les peines, le chagrin, l’affliction et le malaise. Telle est la cessation de toute cette masse de souffrances. »

            Ainsi parla le Bienheureux. Le Vénérable Kaccâyanagotta, heureux, se réjouit des paroles du Bienheureux.


(Samyutta Nikâya, II, 16-17)
D’après la traduction de Môhan Wijayaratna, « Les entretiens du Bouddha », éd. Le Seuil/Points Sagesse, Paris, 2001.



Kaccâyanagotta, encore appelé Mahâkaccâyana, souvent abrévié en Mahâkaccâna, est un des grands disciples du Bouddha, connu pour sa profondeur d'analyse des déclarations brèves du Bouddha. Voir à son sujet l'article de Bhikkhu bodhi dans : Nyanaponika thera  & Helmuth Hecker, "Les grands disciples du Bouddha", éd. Claire Lumière, Saint-Cannat (France), 1997.



[1] L’Être Noble dans le bouddhisme est l’individu qui a développé ses qualités morales et spirituelles au point d’atteindre un des quatre fruits du Chemin ou est sur le point d’atteindre un de ces quatre fruits. Les quatre fruits sont l’entrée dans le courant, le retour unique, le non-retour et l’état d’Arahant qui s’éteint dans le Nirvâna.
[2] Tathâgata, une façon d’appeler le Bouddha.


Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.

Les soutras du Bouddha: 
              - Soutra de Jivâka sur la consommation de la viande (Jivâka Sutta)

              - Soutra des Bénédictions (Mangala Sutta)
              - Soutra de Jîvaka sur les disciples laïcs (Jîvaka Sutta)
              - Soutra de Samiddhi (soutra traduit du canon chinois)
              - Soutra de Bâhiya (Bâhiya Sutta)

Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.

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