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lundi 11 novembre 2013

Végétarisme & inter-être

Une idée importante de Thich Nhat Hanh est sans conteste son insistance sur la notion d’inter-être. Les phénomènes n’existent qu’en interdépendance les uns vis-à-vis des autres. Nous n’existons pas indépendamment du monde, de manière séparée des autres êtres ; au contraire, notre existence ne peut être pensée sans la multitude des êtres qui composent le monde. Thay prend l’exemple d’une feuille de papier toute simple, objet de la vie courante complètement banal à nos yeux, sans intérêt si ce n’est celui de coucher nos pensées par écrit ou d’esquisser un dessin dessus. Quand nous voyons la feuille, nous avons l’impression que celle-ci existe comme un phénomène séparé : il y a une feuille de papier et elle existe sous nos yeux et sous nos doigts. Et cette feuille se pare d’un caractère d’évidence : elle existe, elle est bien là et elle est séparée des autres choses. Cette évidence fait en sorte que nous n’ayons pas à porter plus d’attention à cette feuille.



Pourtant, Thich Nhat Hanh nous invite justement à prêter attention à cette simple feuille qui semble exister de manière indépendante : si on la regarde profondément, nous dit-il, on verra dans la feuille toutes sortes de choses qui sont des non-feuilles, mais sans laquelle la feuille ne saurait être. On peut voir l’arbre duquel provient la feuille, on peut voir le soleil qui a donné son énergie au feuillage de l’arbre pour qu’il puisse croître, on verra aussi l’eau qui a abreuvé les racines de cet arbre et les nuages d’où provient cette eau. On verra le vent qui a poussé le nuage juste au-dessus de l’arbre, et ainsi de suite jusqu’à embrasser le monde entier et sa myriade de phénomènes. C’est la doctrine du Bouddha : rien n’existe sans cause, ni condition ; tout est produit de manière interdépendante. « Cela est parce que ceci est. Ceci apparaît parce que ceci apparaît ».

Il en va de même de tous les êtres dans ce monde, et notamment des animaux. Les animaux n’existent pas indépendamment des hommes et nous, les hommes, n’existons pas indépendamment d’eux. Pourtant, nous avons tendance à les considérer comme de simples choses et que nous pouvons utiliser comme bon nous semble, sans que cela porte à conséquence. Or voilà, nos actions à l’égard des animaux ont des conséquences, et pas seulement celles qui sont les plus évidentes et les plus criantes à première vue : les souffrances que nous leur infligeons en les tuant, en les enfermant ou en les blessant pour les manger, pour nous vêtir de leur peau ou pour tout autre usage que nous faisons d’eux. Non, les conséquences de l’élevage et de l’asservissement des animaux vont beaucoup plus loin que la souffrance animale : l’élevage détruit l’environnement, les forêts, les terres, les rivières, les fleuves et les côtes. L’élevage contribue massivement à produire des gaz à effet de serre, et donc au réchauffement climatique. L’élevage ne porte pas seulement à porter atteinte à la vie des animaux, mais contribue fortement à affamer les hommes et les femmes sur la surface du globe. Tant et si bien que dans le phénomène « élevage », il y a les phénomènes « déforestation », « réchauffement climatique », « famine », « marée verte » et d’autres encore… Ce sont là des conséquences qu’il faut envisager quand on observe le phénomène « élevage des animaux en vue de faire de la viande ». Comprendre les liens d’interdépendance qui unissent tous les êtres de ce monde. Et unir cette vision profonde à la compassion envers les êtres sensibles, clef de voûte de la doctrine bouddhique.



Bai Wenshu, 2011.
白文殊

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