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dimanche 25 janvier 2015

La parabole des hérissons



        Par une froide journée d'hiver, un troupeau de hérissons s'était mis en groupe serré pour se protéger contre le froid et la gelée grâce à la chaleur de leur propre corps.

      Mais tout aussitôt ils ressentirent des douleurs à cause de leurs piquants, ce qui les fit s'éloigner les uns des autres. Mais là, ils se retrouvèrent seuls à souffrir du froid.

      Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu'ils étaient ballotés de ça de là entre deux souffrances, jusqu'à ce qu'ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable.

        Ainsi, le besoin de société pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leur nature méchante et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu'ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c'est la politesse et les bonnes manières[1].









            Arthur Schopenhauer n’avait pas une très bonne image des hommes. Il était même franchement pessimiste sur la nature des hommes. Cette parabole de la nature humaine a quelque chose de terrible à nous sur notre impossible entente et notre solitude inéluctable.

Néanmoins, on peut penser que cette nature rugueuse et rétive à l’autre n’est pas non plus une fatalité. J’aime beaucoup une image qu’employait le moine bouddhiste thaïlandais Ajahn Chah qui rappelle étrangement Schopenhauer, même si Ajahn Chah ne connaissait probablement la parabole du philosophe allemand. Pour Ajahn Chah, c’est comme si nous étions bardés d’épine qui rende notre présence pénible aux autres ; mais par la pratique des comportements éthiques, de la compassion, de la bienveillance et l’apaisement de l’esprit dans la méditation, nos épines s’émoussent et rapetissent. Plus nous faisons rayonner la compassion, la douceur et la bienveillance autour de nous, moins nous sommes difficiles à vivre, moins on « pique » les autres. L’arahant qui a parcouru tout le chemin du Dharma a quant à lui a la peau douce comme un bébé. Il cesse d’être une gêne pour les autres ; il ne s’irrite plus de la présence des autres, il ne les blesse plus par son orgueil déplacé et ses crises de jalousie. De son être et de sa présence physique émane la bienveillance et le souhait profond que tous les êtres soient soulagés de la souffrance.

Il ne faut donc jamais oublier de cultiver les qualités morales comme la droiture et la générosité et les qualités du cœur comme l’amour, la bienveillance, la joie et l’équanimité ainsi que les qualités de l’esprit comme la sagesse pour huiler les rouages du vivre ensemble.





Brancusi, le Baiser


Voir aussi la méditation des Quatre incommensurables ici.

Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.

Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.



[1] D’après Arthur Schopenhauer, Parerga et Paralipomena (1851), § 396.

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