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mercredi 22 juillet 2015

En compagnie du souffle - 1ère partie



Commentaire au Soûtra de l'Attention au Va-et-vient de la Respiration 



    L'Ānāpānasati Sutta est un des soûtras les plus connus du Bouddha, traitant de la méditation, avec le Soûtra des Quatre Établissements de l'Attention (Satipatthana Sutta). L'Ānāpānasati Sutta appartient à la collection des Soûtras (Sutta Pitaka), une des trois « corbeilles » qui réunissent l'entièreté des enseignements du Bouddha, et plus précisément, dans ce Sutta Pitaka, l'Ānāpānasati Sutta est rangé en 118e place dans le Majjhima Nikāya, la section qui regroupe les soûtras de taille moyenne.

    En langue pâlie, sutta signifie soûtra, sati désigne l'attention, la vigilance dont on fait preuve en méditation et le terme ānāpāna signifie le fait d'inspirer et expirer, va-et-vient de la respiration. Ānāpānasati Sutta peut donc se traduire par « Soûtra de l'Attention au Va-et-vient de la Respiration ». Thich Nhat Hanh traduit le titre par « Soûtra de la Pleine Conscience au Va-et-vient de la Respiration », mais il me semble que sati désigne beaucoup plus l'attention, l'acte d'être vigilant à ce qui se passe en nous, dans notre perception des choses. La Pleine Conscience est beaucoup plus la résultante d'une longue pratique de l'attention. L'attention est la cause, la Pleine Conscience la conséquence, le fruit de cette pratique longue et répétée de l'attention, il me semble. Au départ, nous ne sommes pas très conscient de notre corps et de nos pensées, notre esprit est emporté comme un fétu de paille par le vent dans toutes sortes de distractions qui accaparent notre mental. C'est comme si notre esprit était dans les ténèbres où il ne peut discerner que des ombres. Puis on se met à pratiquer l'attention soutenue dans la méditation. L'attention est à ce moment-là comme une bougie qui n'éclaire que faiblement et partiellement le lieu où on est. Un simple coup de vent éteint la petite lueur de notre bougie. Puis à force de pratiquer l'attention soutenue, la bougie devient une torche, puis une lampe qui permet de discerner plus clairement les choses et de manière beaucoup plus approfondie. Enfin la lumière de l'attention s'apparente à la clarté de la lune, puis à l'éclat du soleil ; et c'est ce que j'appelle la « Pleine Conscience ». Pour arriver à cette Pleine Conscience, il faut tout un cheminement, une progression de notre capacité à développer l'attention. Et ce n'est pas gagné d'avance tant sont fortes nos tendances à la distraction et à l'agitation mentale qui détourne le mental de la contemplation sereine de notre objet de méditation.


    Je sais que le terme « Pleine Conscience » et surtout son équivalent en anglais « Mindfullness » sont très à la mode de nos jours ; ils ont échappé aux enseignements de Thich Nhat Hanh pour gagner des courants de psycho-thérapie, par l'entremise notamment de Jon Kabat-Zinn, et se répandent aujourd'hui dans de nombreuses sphères de la société. Loin de moi l'idée de critiquer cet engouement pour la méditation, mais je pense qu'on induit en erreur les gens si on leur fait croire qu'ils vont être en « pleine conscience » dès lors qu'ils se seront assis sur un coussin de méditation. En fait, ils vont devoir entretenir la petite lueur vacillante de l'attention avant d'élargir très progressivement la capacité d'être pleinement conscient de tout ce qui constitue notre notre être.





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     L'Ānāpānasati Sutta se compose essentiellement de quatre parties. Dans la première partie, on donne des informations quant au contexte dans laquelle s'est tenu cet enseignement du Bouddha. À la fin de la saison des pluies, la mousson, qui était réservé à une retraite de méditation pour les moines bouddhistes, cela afin de ne pas écraser sur leur passage les petits animaux qui pullulaient en cette saison du fait des pluies abondantes, le Bouddha annonce qu'il va rester en retraite un mois de plus et qu'il donnera un enseignement important à la prochaine lune, le temps de permettre aux moines vivant dans d'autres cités de se rassembler et de converger vers Sāvatthi où se trouve le Bienheureux.

      Le jour dit, il entame un enseignement où il se félicite de la qualité de la Sangha, de la communauté des moines en commençant par détailler les moines qui ont atteint un des quatre fruits de la pratique du Dharma : par ordre décroissant d'avancement, l'état d'Arahant, l'état de Sans-Retour, l'état de Retour Unique et l'état d'Entrée-dans-le-Courant. Puis il détaille tous les types de méditations particulières que peuvent pratiquer ceux qui cheminent dans la Voie du Bouddha. Enfin il mentionne la pratique de l'attention au va-et-vient de la respiration. Il explique que c'est une excellente pratique qui permet de développer les quatre établissements de l'attention. Et ces quatre établissements de l'attention vont à leur tour permettre d'enclencher les sept facteurs de l’Éveil. Ces sept facteurs de l’Éveil vont enfin permettre d'entrer de plein pied dans al compréhension et la Libération définitive.

      La deuxième partie de ce soûtra est l'explication détaillée de la méthode de l'attention au va-et-vient de la respiration. Seize pratiques spécifiques sont enseignées par le Bouddha afin de développer l'attention dans les différentes dimensions de notre être. Les quatre premières pratiques envisagent notre rapport aux corps, les quatre suivantes traitent de nos sensations, les quatre suivantes ont trait à l'esprit tandis que les quatre dernières parlent des objets qui peuvent occuper notre esprit.

     La troisième partie de ce soûtra évoque en fait comment les pratiques de l'attention au va-et-vient de la respiration vont permettre de développer méthodiquement les quatre établissements de l'attention : à savoir, l'attention au corps dans le corps, l'attention aux sensations dans les sensations, l'attention à l'esprit dans l'esprit, l'attention aux objets de l'esprit dans les objets de l'esprit.


   Dans la quatrième partie de l'Ānāpānasati Sutta, le Bouddha explique comment ces quatre établissements de l'attention vont permettre de développer les sept facteurs de l’Éveil : à savoir, l'attention, l'investigation des phénomènes, l'effort, la joie, la souplesse, la concentration et l'équanimité. Ces sept facteurs de l’Éveil vont à leur tour nous mettre dans les bonnes dispositions pour atteindre la compréhension et la Libération.











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