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vendredi 4 décembre 2015

On ne naît pas avec le désir de couper des têtes



     Il y a trois semaines ont eu lieu les attaques terroristes dans les rues de Paris. Les médias commencent à parler d'autres choses, l'attention médiatique devant toujours se porter sur d'autres sujets pour ne pas lasser les spectateurs en demande de nouveauté. Les nations européennes sont maintenant dans l'après-attentat où la question se porte sur la réaction adéquate face à ce terrorisme. Deux points majeurs sont au cœur des débats : que faire des migrants ? Que faire de Daesh ?

       En ce qui concerne les migrants, ceux-ci risquent de faire les frais des nouvelles politiques sécuritaires mises en place au lendemain des attentats. Manuel Valls a d'ailleurs signé la fermeture des frontières après plusieurs mois de débats houleux sur la question en déclarant : «  L’Europe doit dire qu’elle ne peut plus accueillir autant de migrants, ce n’est pas possible . Le contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne est essentiel pour le futur de l’UE. Si nous ne le faisons pas, alors les peuples vont dire  : ça suffit l’Europe !   ». En effet, il y aurait un des kamikazes qui serait un migrant qui serait passé par la Grèce (tout cela est à mettre au conditionnel) : une passeport a été retrouvé « miraculeusement » intact près du corps d'un des terroristes qui s'était fait explosé. On oublie qu'il est bien établi aujourd'hui que tous les autres terroristes étaient soit Français, soit Belges... Mais l'état d'urgence n'incite pas à avoir une réflexion nuancée sur le sujet... C'est tout profit pour l'extrême-droite européenne, et notamment le Front National français qui a le vent en poupe après les attentats.

      En ce qui concerne la réaction face à l’État Islamique, j'ai bien aimé une réflexion du moine bouddhiste Matthieu Ricard sur son blog : Sortir de l'enfer grâce à la compassion. Matthieu Ricard y explique notamment : « Dans le cas d’une organisation comme Daesh, il ne s’agit pas de tolérer leurs actions innommables. Nous devons tout faire pour y mettre fin. Dans le même temps, il faut se rendre compte que ces gens ne sont pas nés avec le désir de couper des têtes et de massacrer tous les habitants d’un village. Un ensemble de causes et de conditions les a conduits à ce terrible comportement. La compassion, dans ce cas, c’est le désir de remédier aux causes, comme un médecin souhaite mettre fin à une épidémie. Cela implique, parmi d’autres moyens, de remédier aux inégalités dans le monde, de permettre aux jeunes d’accéder à une meilleure éducation, d’améliorer le statut des femmes, etc., pour que disparaisse le terreau social dans lequel ces mouvements extrêmes prennent racine ».






       Il ne faut pas voir Daesh comme une entité maléfique qui serait apparue dans le monde comme un champignon, mais bien analyser les causes et les conditions qui ont permises l'émergence de cette mouvance qui sombre toujours plus dans la violence et la barbarie. Comme le dit Matthieu Ricard à juste titre : on ne naît pas avec le désir de couper des têtes. Face à cette situation, la sagesse consiste à prendre du recul par rapport aux événements et essayer de comprendre les facteurs et les causes de cette radicalisation du jihadisme. Baruch Spinoza disait au XVIIème siècle : « En ce qui concerne les actions humaines, ne pas railler, ne pas pleurer, ne pas même détester, mais comprendre ». Face à leur volonté de nous détruire ou de nous massacrer, on pourrait voir la colère naître en nous ainsi que le désir de vengeance : « Ah, ils nous ont frappé à Paris. Bombardons-les sans pitié en retour. Massacrons-les avant qu'ils ne nous tuent jusqu'au dernier ». C'est oublier que sur les territoires occupés par Daesh, il y a des populations civiles qui sont prises en otage par la mouvance terroriste et qui n'ont rien demandé. Si on bombarde ces populations civiles aveuglément sans réfléchir, nous nous comportons nous-mêmes en terroristes et nous ne valons pas mieux que les combattants de Daesh.

       C'est pourquoi il vaut mieux avoir l'attitude d'une médecin qui analyse une maladie rationnellement, qui se demande comment la maladie est apparue et comment on pourra la guérir, sans éprouver de colère et de rage contre la maladie elle-même. Le médecin reste dans la raison et essaye de juste de guérir son patient du mal dont il est atteint. En ce qui concerne Daesh, il faut donc agir sur le terreau de haine et de ressentiment sur lequel a pu grandir cette organisation : les injustices, le manque d'éducation, le dénigrement du statut des femmes, etc...

      Matthieu Ricard ajoute aussi : « Quand la haine a déjà enflammé l’esprit de quelqu’un, la compassion consiste à adopter face à lui l’attitude du médecin envers un fou furieux. Il faut d’abord l’empêcher de nuire. Mais, comme le médecin qui s’attaque au mal qui ronge l’esprit du fou sans prendre un gourdin et réduire son cerveau en bouillie, il faut aussi envisager tous les moyens possibles pour résoudre le problème sans tomber soi-même dans la violence et la haine. Si la haine répond à la haine, le problème n’aura jamais de fin. Le moment est venu d’appliquer le baume de la compassion sur nos blessures et nos peines et sur la folie du monde ».


     Je ne sais pas si on pourra éviter la violence. Comment neutraliser cette folie furieuse qu'est devenue Daesh autrement que par les armes ? De toute façon, les nations européennes se sont déjà engagés dans le bombardement aérien des positions de Daesh. Faudra-t-il des troupes au sol pour en finir avec la mouvance islamiste ? Peut-être. Néanmoins il ne faudrait pas penser que la violence soit la seule solution. En fait, la violence n'est pas une solution du tout. On ne peut pas se contenter de vaincre militairement Daesh, et les laisser les populations locales toujours aussi désemparées et dans la misère. Il faut une approche plus compatissante, car sinon les idées jihadistes et haineuses de Daesh se répandront à travers le monde. En fait, Daesh essaime déjà un peu partout dans le monde : en Libye, en Égypte, au Nigeria avec la mouvance Boko Haram... Je pense qu'il faudra apaiser les douleurs du monde, l'injustice, l'exploitation et assurer un avenir meilleur aux populations sans quoi il y aura toujours un vivier pour les mouvances qui vivent de la haine et de la terreur partout à travers le monde...




Kobané, Syrie, photographie de Yasin Akgül.




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