La garde de la vigilance (V, 39 à 42)
Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
39. En me préparant à une action :
« Telle doit être la position de mon corps ».
Et, tandis qu'elle est en cours,
Je dois regarder à la maintenir.
40. Je dois veiller avec grand effort
A ce que l'esprit, cet éléphant fou,
Ne se détache pas du grand pilier de la réflexion sur le Dharma
Et demeure tel que je l'ai fixé.
41. Ceux qui tendent à toute force vers l'absorption
Ne se dispersent pas même un instant :
« Comment se comporte mon esprit », se disent-ils,
Et ils le scrutent minutieusement.
42. Mais, si par frayeur ou à l'occasion d'une fête,
J'en suis incapable, que je reste détendu ;
Car il a été dit qu'au temps de la générosité,
On peut être indifférent à certains aspects de la discipline.
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| Pilier du Dharma de l'empereur Ashoka à Vaishali dans l'état du Bihar où le Bouddha a enseigné. |
Cette strophe 39 est intéressante, car c'est la première mention de la vigilance au corps dans ce chapitre sur la garde de la vigilance. Et encore, les strophes suivantes, 40 et 41, reviennent tout de suite à la vigilance sur l'esprit, cet éléphant fou, ce qui reprend le thème des strophes 1 à 5. Cela illustre assez bien cette tendance à l'insistance sur l'esprit typique du bouddhisme du Grand Véhicule que je développai dans le commentaire des strophes 6 à 8. Rappelons que le Bouddha considérait que l'attention au corps était la première des quatre types d'attention (avec l'attention aux sensations, l'attention à l'esprit et l'attention aux objets de l'esprit).
Donc, il faut être vigilant quant à la position du corps dans nos actions, ne pas se relâcher dans la position. Notons que, selon le Bouddha, l'attention au corps ne se limite pas du tout à l'examen de notre posture dans l'action, mais comprend l'attention à notre respiration, l'attention de la matérialité de notre corps, l'attention aux parties du corps, muscles, os, tissus, peau, etc... Une fois cette vigilance à la position du corps opérée, on peut revenir au problème central selon Shāntideva : l'attention à l'esprit. Et il faut s'inspirer des grands méditants qui ne se dispersent pas un seul instant et qui veillent constamment sur l'esprit, comment l'esprit évolue, comment il se transforme. Et cet esprit ne doit jamais être éloigné de la réflexion sur le Dharma, les enseignements du Bouddha. À tout moment, nous devons avoir un élément du corpus du Dharma dans notre conscience, agissant en nous pour nous transformer dans le sens du bien.
Néanmoins, Shāntideva estime aussi qu'il faut être souple. Si on doit fuir une maison en feu, on ne sera vigilant ni à la posture de notre corps, ni à notre conscience. On prend ses jambes à son coup. Point à la ligne ! Dans le cadre d'une fête, on peut aussi se relâcher, tant au niveau de la posture que l'attention à l'esprit. Il est parfois nécessaire et de bon aloi de partager un moment festif avec les autres, d'offrir sa bonne humeur, sa joie et son entrain aux autres, et cette générosité dans la fête prime sur les rigueurs de la discipline austère. Pour peu évidemment que cela reste un moment et qu'il n'y ait pas trop de débordement, cela s'entend !
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| Pilier du Dharma de l'empereur Ashoka |
Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva:
Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil
Chapitre II: Le dévoilement des fautes
Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil
Chapitre V:
- La garde de la vigilance (V, introduction)
- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)
- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)
- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)
- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)
- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)
- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)
- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)
Chapitre V: La garde de la vigilance


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