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vendredi 9 septembre 2016

Un autre monde est possible



Un autre monde est possible, mais il est dans celui-ci.

Paul Éluard



Un jour, une photo




     Voilà une citation intéressante du poète Paul Éluard : cela sonne comme un slogan altermondialiste, l'espoir toujours renouvelé d'un monde meilleur, mais il indique que cet autre monde possible est comme à l'état de graine dans ce monde-ci. On ne fait pas la révolution, on la plante ! C'est à partir de ce monde-ci que se produira un autre monde avec moins d'injustice et plus de fraternité.


    L'attitude de beaucoup de penseurs de la politique, à commencer par Platon dans sa République, a été de penser un monde parfait dans le ciel des Idées. Ce monde-ci est trop imparfait pour qu'on puisse le reformer à partir de cette situation par trop défectueuse, alors on pense un autre monde, et puis on essaye de conformer ce monde présent aux exigences de l'idée du monde parfait. On veut le faire rentrer à tout prix comme un bébé qui essaye de faire rentrer le cube par le trou rond. Plus tard, Augustin inventera la Cité de Dieu et Karl Marx parlera du Grand Soir où la lutte des classes arrivera à son terme et son achèvement dans une société communiste parfaite où la justice régnera sans partage pour toute l'humanité. L'idée de la dialectique de la lutte des classes ne vient certes pas du ciel de Idées comme chez Platon, mais il vient d'une instance supérieure qui n'est autre que le Parti unique, le Parti communiste. Et ce projet communiste a été mené au mépris des conséquences dans la vie réelle, souvent au mépris même des intérêts du peuple.

     « C'est la lutte finale. Du passé, faisons table rase » chante l'Internationale. Concrètement, l'idéal louable en tant que tel du communisme s'est mué en une suite d'horreurs et de massacres, que ce soit en Russie, dans les républiques de l'URSS, en Chine, au Cambodge et ailleurs. Partout, la violence s'est déchaînée contre ceux qui incarnaient aux yeux des révolutionnaires communistes ce passé dont il fallait à tout prix faire table rase, ces réactionnaires qui allaient à rebours de la révolution. « Nous ne sommes rien, soyons tout » chante aussi l'Internationale. Mais même si nous sommes oppressés et que nous souffrons dans notre chair de l'injustice, nous ne sommes peut-être pas grand-chose aux yeux des puissants ; mais de toutes façons, nous ne sommes pas rien pour autant. Nous sommes des graines qui s'enracinent, qui poussent doucement, silencieusement certes, mais qui poussent comme une force impérieuse dans l'ici et maintenant, qui vont éclore dans le futur. C'est comme ce proverbe mexicain qui dit : « Ils voulu nous enterrer, ils ne savaient que nous étions des graines ».


     Un monde meilleur est à venir ; mais il est déjà en train de venir. Car il est en nous d'abord, si on veut bien planter les graines de l'amour, de la bienveillance, du sens de la justice, de la joie, de l'envie de contribuer au bien du plus grand nombre, d'élaborer une société plus juste et plus fraternelle. Un autre monde est en germe, et il passera en nous et par nous, car notre rôle est de faire passer ce monde pour qu'il suive son chemin et s'échappe à travers monts et vallées pour qu'il touche d'autre cœurs, d'autres volontés de changement, d'autres instants de fraternité. 











Voir aussi :





Joie 






Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.





Xavier Mata






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