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mercredi 10 décembre 2014

Pour quel motif ?

Vous me demandez pour quelle raison Pythagore s'abstenait de manger de la chair de bête ; mais moi; je vous demande avec étonnement quel motif ou plutôt quel courage eut celui qui le premier approcha de sa bouche une chair meurtrie, qui toucha de ses lèvres les membres sanglants d'une bête expirante, qui fit servir sur sa table des corps morts et des cadavres, et dévora des membres qui, le moment d'auparavant, bêlaient, mugissaient, marchaient et voyaient? Comment ses yeux purent-ils soutenir l'aspect d'un meurtre? comment put-il voir égorger, écorcher, déchirer un faible animal? comment put-il en supporter l'odeur? comment ne fut-il pas dégoûté et saisi d'horreur quand il vint à manier l'ordure de ces plaies, à nettoyer le sang noir qui les couvrait ? 

Plutarque, De l'usage des viandes, Œuvres morales (tome IV).

samedi 6 décembre 2014

Un vol de grues dans un ciel orageux


        Cela se passait en 1842, au mois de juin ou de juillet, à l'époque où les pluies de mousson atteignent le Bengale. Un gamin de six ans avancait sur l'une de ces étroites levées de terre qui sépare les rizières. Dans un pli de son vêtement, il tenait une poignée de riz soufflé dont il grignotait quelques graines tout en marchant. Soudain, levant les yeux, il aperçut une puissante nuée d'orage qui envahissait le ciel et, se profilant sur la couleur sombre des nuages (de cette nuance particulière de bleu-noir qui se dit nîla en sanskrit), un vol de grues d'une blancheur éclatante. Cela lui donna comme un coup au cœur et « son esprit s'égara dans des régions lointaines ». Il tomba évanoui, laissant son riz s'éparpiller autour de lui. Un paysan qui passait par là le prit dans ses bras et le rapporta dans la maison de ses parents. Plus tard, revenu à lui, il déclara avoir éprouvé une joie suffocante. Donc, au total, peu de choses : quelque part au fond du Bengale, au XIXème siècle, un enfant hypersensible, peut-être à jeun depuis trop longtemps, éprouve un malaise passager à la suite d'une impression un peu vive, survenue à l'improviste. Un non-événement, en somme, et dont le monde n'aurait jamais entendu parler si le héros de ce minuscule fait divers n'était pas devenu célèbre, quelques décennies plus tard, sous le nom de Ramakrishna.

lundi 1 décembre 2014

Rien n'est plus utile

Rien n'est plus utile à l'homme que l'homme.

Baruch Spinoza, L’Éthique, IV,35, Corollaire I.


mercredi 26 novembre 2014

Ce cosmos dont tu es une partie


Les œuvres des dieux sont pleines de providence, celles de la fortune ne vont pas sans la Nature, sans une trame et un entrelacement d’événements gouvernés par la providence. Tout découle de là. Il y a de surcroît le nécessaire et l’utilité à l’ensemble du cosmos dont tu es une partie. Or pour toute partie de la nature, le bien est ce que comporte la nature du Tout et ce qui contribue à sa conservation. (…) Que ces considérations te suffisent, si ce sont des principes de vie.

Marc-Aurèle, Pensées à soi-même, livre II, 3.



dimanche 23 novembre 2014

Un mouton n'est pas un tabouret qui se déplace




Un mouton n'est pas un tabouret qui se déplace.
Matthieu Ricard.





Obscurcir cette obscurité

Le Tao que l'on tente d'énoncer n'est pas le Tao lui-même ;
le nom qu'on veut lui donner n'est pas son nom adéquat.

Sans nom, il représente l'origine de l'univers ;
Avec un nom, il constitue la mère de tous les êtres.

Par le non-être, saisissons son secret ;
Par l'être, abordons son accès.

Non-être et être sortent d'un fond unique
Ne se différencient que par leurs noms.
Ce fond unique s'appelle Obscurité.

Obscurcir cette obscurité,
Voilà la porte de toute merveille.

Lao-Tseu, Tao-Të King, I
(En pinyin : Laozi, Dàodéjīng , I)





mercredi 19 novembre 2014

Ce que tu donnes

Ce que tu donnes est à toi pour toujours, personne jamais ne pourra te le reprendre.
James Joyce


dimanche 16 novembre 2014

Je ne suis pas un amoureux des animaux...

Je ne suis pas un amoureux des animaux,
Et pourtant je suis vegan...

Extrait de la préface de 1975 de la « Libération animale » de Peter Singer.
(éd. Grasset, traduit par Louise Rousselle, 1993, pp. 9-11)

Peter Singer
    J'avais depuis peu entrepris cet ouvrage lorsque nous fûmes invités, mon épouse et moi, à prendre le thé - nous vivions à l'époque en Angleterre - par une dame qui avait entendu que je projetais d'écrire au sujet des animaux. Elle-même s'intéressait beaucoup aux animaux, nous dit-elle, et elle avait une amie qui avait déjà écrit sur eux et qui serait si heureuse de nous rencontrer.

   Quand nous arrivâmes, l'amie de notre hôtesse nous attendait, et elle était très impatiente effectivement de parler des animaux. « Je les aime tant, commença-t-elle. J'ai un chien et deux chats et savez-vous qu'ils s'entendent à merveille ? Vous connaisez Mrs Scott ? Elle tient un petit hôpital pour chiens et chats malades... » - et la voilà lancée. Elle s'interrompit lorsqu'on servit les rafraîchissements, prit un sandwich au jambon, et nous demanda quels animaux nous avions.