Vous me demandez pour quelle raison Pythagore s'abstenait de manger de la chair
de bête ; mais moi; je vous demande avec étonnement quel motif ou plutôt quel
courage eut celui qui le premier approcha de sa bouche une chair meurtrie, qui
toucha de ses lèvres les membres sanglants d'une bête expirante, qui fit servir
sur sa table des corps morts et des cadavres, et dévora des membres qui, le
moment d'auparavant, bêlaient, mugissaient, marchaient et voyaient? Comment ses
yeux purent-ils soutenir l'aspect d'un meurtre? comment put-il voir égorger,
écorcher, déchirer un faible animal? comment put-il en supporter l'odeur?
comment ne fut-il pas dégoûté et saisi d'horreur quand il vint à manier l'ordure
de ces plaies, à nettoyer le sang noir qui les couvrait ?
Plutarque, De l'usage des viandes, Œuvres morales (tome IV).





