La garde de la vigilance (V, 88 à 90)
Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
88. On n'enseigne pas à des personnes irrespectueuses,
À celles qui, tels des malades, sont coiffés d'un turban,
Portent un parasol, un bâton, une arme,
Ou se couvrent la tête.
89. Ni à une femme hors de la présence d'un homme.
L'Enseignement vaste et profond ne sera pas exposé
Aux êtres médiocres, mais je témoignerai un égal respect
Aux Dharmas destinées aux personnes inférieures et supérieures.
90. Je n'introduirai pas au Dharma inférieur
La personne digne du vaste Dharma.
Je n'abandonnerai pas la conduite noble,
Ni n'égarai mes semblables par des soûtras et des mantras.
L'enseignement du Dharma suppose que l'on témoigne un minimum de respect quand on l'écoute et quand on l'enseigne. Cela vaut pour tout enseignement d'ailleurs ! Que ce soit un cours de math, de français ou d'anglais, il faut respecter le professeur ainsi que le cadre de la classe et avoir une attitude favorable à cet enseignement. D'autant plus quand on enseigne la chose la plus sacrée qui soit, le Dharma.
On ne vient donc pas habillé n'importe comment. Évidemment, la question de savoir ce qu'est un habit correct dépend de la culture dans laquelle on vit. Shāntideva nous parle de proscrire le turban et le parasol dans les classes. De nos jours, ce n'est pas vraiment le problème ! Par contre, à notre époque, on ne vient pas en classe avec une casquette ou un grand chapeau, cela sera considéré comme un manque de respect.
On ne vient pas armé en classe. Cela va de soi ! Malheureusement, ce principe n'est toujours pas systématiquement respecté de nos jours. Les journaux nous parlent parfois d'enseignants agressés au couteau. Ce ne sont plus les épées ou les bâtons du temps de Shāntideva, mais c'est extrêmement regrettable et inquiétant quand même !
Ensuite, Shāntideva nous explique qu'on n'enseigne pas à une femme seule sans son mari ou un membre de sa famille présent dans la même pièce. Aujourd'hui, cela paraît complètement daté, mais dans le contexte culturel où a vécu Shāntideva, cela faisait sens, surtout que Shāntideva était un moine bouddhiste qui n'était certainement pas censé rester en présence de la gente féminine.
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Ensuite, les deux strophes suivantes me posent véritablement problème : disons-le de but en blanc, je ne suis pas du tout d'accord avec les idées de Shāntideva. Que dit-il ? On ne devrait pas enseigner le Dharma aux « êtres médiocres » ? Qui sont ces êtres médiocres ? On ne le saura pas. Le bouddhisme du Grand Véhicule postule pourtant que tous les êtres sensibles ont la nature-de-Bouddha. Donc en théorie, on doit avoir pour objectif d'enseigner le Dharma ou, au moins, une partie du Dharma à tout le monde, quel que soit les moyens de ces êtres. En pratique, il faudra parfois adapter son enseignement ou aller au plus simple pour des personnes handicapées mentales par exemple ; mais l'esprit d’Éveil devrait nous interdire d'exclure qui que ce soit de l'enseignement du Bouddha, la chose la plus sacrée pour nous.
Il y a bien sûr des gens qui ne veulent pas écouter le message du Bouddha, des gens qui sont contre, des gens qui nous méprisent, des gens qui nous critiquent. Ceux-là n'iront de toute façon à nos enseignements sur le Dharma ! Mais même avec eux, on ne devrait pas renoncer à délivrer la parole du Bouddha, ne serait-ce que par compassion. Il faut se faire à l'idée qu'ils ne nous écouteront pas et qu'ils ne rateront aucune occasion pour nous manquer de respect. Mais notre motivation devrait être de leur proposer l'enseignement du Bouddha dès qu'une occasion se présente ou qu'un débat se produit. Le Dharma est aussi une affaire de persévérance dans l'amour bienveillant.
Ensuite, Shāntideva parle de Dharma inférieur et de Dharma supérieur ; comprenez : le bouddhisme dit du Petit Véhicule (Hīnayāna) est le Dharma inférieur, et le Dharma supérieur et vaste est le Grand Véhicule (Mahāyāna). Shāntideva pense que c'est une faute d'enseigner le Petit Véhicule à quelqu'un qui est capable d'entendre le Grand Véhicule.
Je pense que c'est une erreur grossière et catastrophique de réduire l'enseignement du bouddhisme dit du Petit Véhicule à un enseignement inférieur et méprisable. Dans l'enseignement du bouddhisme dit du Petit Véhicule, vous trouverez les discours que le Bouddha historique a réellement tenu en son temps, de son vivant. Comment des bouddhistes peuvent-ils rabaisser cet enseignement ? Mesure-t-on seulement l'ampleur de la catastrophe ? Comment les bouddhistes du Grand Véhicule ont-ils pu discréditer à ce point la parole même du Bouddha ? Ce sont des enseignements incroyables pour une Voie incroyables, et vous venez dire que ce sont des petits enseignements ! Misérables imbéciles !
Quand vous lisez un soûtra du bouddhisme dit du Petit Véhicule, vous devriez le lire en ayant la ferme conviction que ce soûtra peut amener vers la sagesse la plus haute et le plein Éveil ! Arrêtez de calomnier la parole du Bouddha !
Attention ! Je ne rejette pas a priori les soûtras du Grand Véhicule, je les lis, je les étudie, et je m'en inspire ; mais je déteste le fait que ceux-ci soient pollués (je dis bien : pollués) par des considérations méprisantes envers le bouddhisme dit du Petit Véhicule. Vraiment, il est temps de faire le ménage dans le bouddhisme du Grand Véhicule. Mahâyânistes de tous les pays, arrêtez de mépriser les enseignements originaux du Bouddha !
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Enfin, Shāntideva dit qu'il ne faut pas abandonner la conduite noble et sa motivation qui est de venir en aider à tous les êtres du monde. Dans cet esprit, il ne faut surtout pas les enseignements et les pratiques spirituelles à des fins détournées : chercher uniquement à s'enrichir, chercher à se faire valoir dans la société, chercher à tromper son monde en manipulant les concepts des soûtras pour leur faire dire n'importe quoi. Tout cela doit être proscrit : on devrait enseigner le Dharma pour libérer les êtres !
Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva:
Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil
Chapitre II: Le dévoilement des fautes
Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil
Chapitre V:
- La garde de la vigilance (V, introduction)
- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)
- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)
- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)
- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)
- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)
- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)
- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)
- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)
- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)
- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)
- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)
- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)
- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)
- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)
- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)
- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)
- La garde de la vigilance (V, 76 à 78)
- La garde de la vigilance (V, 79 & 80)
- La garde de la vigilance (V, 81 à 84)
- La garde de la vigilance (V, 85 à 87)
Chapitre V: La garde de la vigilance

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