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jeudi 1 janvier 2015

Adoration

Ohara Koson (Japon, XIXème s.)
Adoration

Sous la neige
Ont disparu les herbes de l'hiver
Un héron blanc
Cache son corps
A l'ombre de sa blancheur.


Dôgen Zenji (1200-1253), Sanshô Dôei, Les chants de la Voie du Pin Parasol, 23.






mercredi 31 décembre 2014

La voix des gouttes de pluie

La voix des gouttes de pluie de maître Kyosei


Lorsque, sans penser,
Seulement j'écoute
Une goutte de pluie
Au bord du toit,
C'est moi

Tout son qui atteint mon oreille
Est une voix.
Là, à l'instant,
C'est mon ami !
Il n'est rien qui ne me parle.

Dôgen Zenji (1200-1253), Sanshô Dôei, Les chants de la Voie du Pin Parasol, 12 & 13.




Ogata Gekko (Japon, XIXème siècle)


vendredi 26 décembre 2014

Feuille de papier

      Si vous êtes poète, vous verrez clairement un nuage flotter dans cette feuille de papier. Sans nuage, il n’y aurait pas de pluie ; sans pluie, les arbres ne pousseraient pas ; et sans arbre, nous ne pourrions pas faire de papier. Le nuage est essentiel pour que le papier soit ici devant nous. Sans le nuage, pas de feuille de papier. Ainsi, il est possible de dire que le nuage et la feuille de papier "inter-sont". Le mot "inter-être" ne figure pas encore dans le dictionnaire, mais en combinant le préfixe "inter" et le verbe "être", nous obtenons un nouveau verbe, inter-être. Sans nuage, nous n’aurions pas de papier ; nous pouvons donc dire que le nuage et la feuille de papier inter-sont.

mercredi 24 décembre 2014

Regarde bien petit

Regarde bien petit
Regarde bien
Sur la plaine là-bas
À hauteur des roseaux
Entre ciel et moulins
Y a un homme qui vient
Que je ne connais pas
Regarde bien petit
Regarde bien

mardi 16 décembre 2014

Une voie ancienne


  
 "C'est comme si un homme se promenant dans la forêt ou dans la jungle, trouvait une ancienne voie, une ancienne route suivie par les gens d'autrefois. Supposons qu'en suivant cette ancienne voie, il rencontre une ancienne cité, une ancienne ville royale, habitée par les gens d'autrefois, entourée de jardins, de bosquets, d'étangs, de fondation, de remparts, un lieu agréable. Supposons que ce promeneur informe le roi ou ses ministres de sa découverte et demande que la ville soit restaurée. Lorsque la ville est rétablie, au bout de quelques temps, elle est prospère, florissante, pleine de monde et étendue. De même, ô moines, j'ai vu une voie ancienne, une ancienne route, parcourue par les Éveillés parfaits d'autrefois. Quelle est cette voie ancienne, cette roue ancienne parcourue par les Éveillés parfaits d'autrefois ? C'est cette Noble Voie Octuple, à savoir : la vue juste, la pensée juste, la parole juste, l'action Juste, les moyens d'existence juste, l'effort juste, l'attention et la concentration juste

Le Bouddha, Nagara Sutta, Soutra de la Cité Ancienne
Samyutta Nikaya, II, 104-107




Cité d'Angkhor





dimanche 14 décembre 2014

Commentaire au Genjôkôan - 4ème partie

Les 3 premières parties de ce commentaire du Genjōkōan de Dôgen :



    4. Étudier la Voie du Bouddha, c'est étudier soi-même; 
S'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même; 
S'oublier soi-même, c'est être reconnu et éveillé par tous les phénomènes; 
Être reconnu et éveillé par tous les phénomènes,
C'est abandonner son corps et son esprit,
Comme le corps et l'esprit de l'autre,
C'est voir disparaître toute trace d'Éveil 
Et faire naître l'incessant Éveil sans trace.

Koson Ohara, Japon, XIXème siècle


vendredi 12 décembre 2014

L'Étranger


- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu. 
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger? 
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!


Charles Baudelaire, L'étranger, Le spleen de Paris







    Charles Baudelaire, dans ce petit poème du recueil "Le Spleen de Paris", nous décrit un étranger qui sent bon le bon sauvage qu'un siècle auparavant Jean-Jacques Rousseau vantait dans ses œuvres philosophiques. Un personnage qui, surtout, n'est pas emprisonné dans les codes de la bourgeoisie dominante, qui n'est pas lié à la respectabilité et aux bonnes convenances d'une famille. Un individu libre qui ne veut contempler la Beauté que déesse et immortelle, un individu singulier dans sa solitude, un individu aérien qui admire la Nature et n'aime rien tant que contempler les nuages dans le ciel.  








Les photos sont de Tartiplume dans les Nuages (son blog ici).

Léo Ferré a mis en musique ce poème :




Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.






Gagner en amour



 On doit au chanteur de charme Julio Iglesias cette chansonnette, je devrais dire : ce tube, dont le refrain est resté célèbre :
« Je sais
en amour il faut toujours un perdant;
j´ai eu la chance de gagner souvent...  »


   En dehors des éventuelles qualités artistiques de la chanson proprement dite que je ne commenterai pas ici, ces paroles m'ont toujours perturbé par le tableau qu'elles dressent de l'amour et du monde. Un monde où les relations amoureuses sont la scène d'un affrontement, certes pas sanglant, mais néanmoins susceptible d'être féroce, entre deux amoureux. Pour bien faire, au final, l'un des deux doit se voir vaincu, abandonné, laissé pour compte, défait, en proie au désespoir, broyé par l'implacable mécanique de l'amour, que sais-je... « A l'amour comme à la guerre » dit le proverbe. L'autre, celui qui part, celle qui fuit vers d'autres cieux est certes catalogué de salaud ou de salope, mais en même temps tout auréolé de la gloire des vainqueurs. Parfois, l'histoire se corse et connaît quelques retournements de situation; les rapports de force s'inversent : « Suis-moi, je te fuis. Fuis-moi, je te suis » nous dit un autre proverbe. Julio, lui-même dans sa chanson, s'il se vante d'avoir souvent gagné, doit présentement constater sa terrible défaite : « Je t´ai perdue, pourtant... » La roue a tourné en sa défaveur et il doit connaître les affres de l'amour : « et j'ignorais que l´on pouvait souffrir autant... » Pauvre petit malheureux ! A moins que ce ne soit encore là une de ses stratégies de séduction de Julio : j'informe l'autre que je suis un dominant en amour, ce que les femmes sont sensées aimer, mais je me présente comme dominé face à cette femme en particulier, fragile, à la merci, ce qui flatte l'orgueil de la demoiselle et va la conduire tout droit dans mes bras... Julio pourra alors la conquérir et puis passer à une autre dès que son désir ou sa fascination se sera éteinte.