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mercredi 11 août 2021

Une dictature bienveillante ?



Je viens de tomber sur un article qui cite des propos du maître tibétain Dzongzar Jamyang Khyentsé Rimpotché (aussi appelé Dzongsar Khyentsé ou encore Khyentsé Norbu) tenus lors d'une interview pour un magazine bouddhiste allemand et qui concerne la relation de maître à disciple dans le cadre du Vajrayana, le tantrisme bouddhique :


« Question : Que doivent faire des disciples si leur maître ne se limite pas à boire de l’alcool ou à demander à ses disciples de “harceler une princesse” - vous racontez cette histoire [de Tilopa et Nāropa] dans votre livre - mais qu’il est physiquement violent envers ses disciples ou les viole ?


Réponse : Comme je l'ai dit, si vous n'avez pas examiné ce gourou et si vous n'avez pas décidé de l'accepter entièrement comme votre gourou, alors vous devriez appeler la police et rendre son comportement public. Mais si, après un examen approfondi, vous avez entièrement accepté cette personne comme votre gourou, alors à ce moment-là, lorsqu'elle boit de l'alcool ou harcèle une princesse ou autre, vous ne considérerez pas son comportement comme inapproprié. Parce qu'entre-temps, votre projection, votre perception a changé.



Question : Vous écrivez qu'une dictature bienveillante pourrait être plus bénéfique pour son pays qu'un gouvernement démocratique. Les pays démocratiques occidentaux doivent-ils transformer leurs systèmes de gouvernement en dictatures bienveillantes ?

Réponse : Mon point de vue s'applique non seulement à l'Ouest, mais aussi à l'Est, au Sud et au Nord. Si notre mérite [punya] amène au pouvoir un dictateur bienveillant quelque part, où que nous soyons, alors nous devrions convertir notre système de gouvernement en une dictature bienveillante dans les 24 heures. Absolument ! Il n'y a aucun doute là-dessus. 1  »



Je trouve ce genre de propos très contestable et critiquable, mais malheureusement emblématique de l'idéologie du bouddhisme tibétain. C'est pourquoi il me semble intéressant d'en discuter ici.


Il y a eu toutes sortes de scandales liés aux abus de pouvoir commis par des maîtres spirituels tibétains et, de manière plus générale, par des gurus en tous genre qui invoque les spiritualités orientales comme justification de leur emprise sur des disciples très naïfs et crédules. On peut ainsi penser à l'affaire Sogyal où ce dernier abusait de son pouvoir pour humilier en public ses disciples, pour violer et harceler toute une série de femmes et pour réclamer des sommes d'argent astronomiques à ses adeptes.



Pour faire bref, dans le bouddhisme tantrique, il y a des samayas, des liens sacrés à respecter, et le plus fondamental de ces liens est le fait de ne pas critiquer le guru ou lama en tibétain, quand bien même ce dernier se comporterait de manière apparemment néfaste, voire répréhensible. La journaliste prend l'exemple d'une consommation abusive d'alcool et le fait de harceler une jeune femme. On se souvient de la figure de Tilopa qui avait imposé à son disciple Nāropa toutes sortes d'épreuves déconcertantes et horribles : aider des énergumènes à découper un cadavre, aider un criminel à ébouillanter un pauvre homme, chasser un cerf, aider un homme à empaler son père et sa mère, à sauter d'un toit pour voir ce que cela fait, à voler des biens et se faire tabasser pour ce vol et notamment forcer une femme à avoir une relation sexuelle avec elle.


Comme le dit Fabrice Midal (sans le moindre recul critique) dans son livre « La pratique de l'éveil de Tilopa à Trungpa » : « Au terme de ces différentes épreuves, l'orgueil et les fixations égotistes de Nāropa furent totalement détruites et sa compréhension de l'état naturel de l'esprit fut établie 2 ».


On peut douter d'un tel accomplissement au vu de telles « épreuves ». Cette histoire de Tilopa et Nāropa est clairement légendaire : toute cette histoire est symbolique, et il ne faut évidemment pas la prendre au pied de la lettre. Malheureusement, le bouddhisme tibétain a institué cette histoire de maltraitance comme un modèle de la formation spirituelle d'un disciple. Quelle déchéance morale !


Il faut bien comprendre qu'il y a deux visions du maître spirituel dans le bouddhisme : la vision des soûtras et la vision des tantras. Dans la vision de soûtras, tout l'effort de la méditation et de la sagesse, c'est de voir les choses telles qu'elles sont. C'est arrêter de percevoir le monde à travers le filtre des émotions, de la confusion, des concepts erronés. C'est cesser de percevoir ce monde comme autant d'étiquettes et de jugements que le mental agité accole sur le réel : on parle de « prolifération mentale » pour désigner cette tendance de l'esprit agité à constamment produire un discours conscient et subconscient sur le réel, discours qu'on fini par confondre avec le réel lui-même.


Les sûtras du Bouddha nous incitent à voir le monde tel qu'il est. La conséquence éminemment pratique de cela est que si le maître spirituel se comporte n'importe comment, il faut regarder de manière lucide ce comportement déviant, même si cela ne nous fait pas plaisir et dire «Le maître se comporte n'importe comment ». Je pense qu'il y a deux extrêmes dans la relation au maître : une idéalisation excessive qui pourrait conduire d'une part à passer sous silence les actes condamnables du maître, et cette même idéalisation excessive qui nous pousserait à voir ce maître spirituel comme un diable ou un démon dès lors qu'on l'a vu boire une bière au café ou qu'on assiste à un moment de colère ou de faiblesse de ce maître.


Les maîtres spirituels, même encensés et vénérés, ne sont que des êtres humains qui peuvent avoir des défauts quand bien ils manifesteraient beaucoup de qualités spirituelles. Il faut voir ces défauts sans nécessairement les juger ou les surinterpréter, mais en restant vigilants au cas où ces défauts s'avéreraient extrêmement problématiques. Dans la vision des sûtras, il n'est pas question de tolérer un Tilopa qui pousse ses adeptes au crime !


Dans la vision des sûtras, il conviendrait d'ailleurs d'utiliser de préférence le terme « ami spirituel » (kalanyamitra en sanskrit) au terme de maître spirituel. Dans la vision de sûtras, le mot « maître » est acceptable, mais uniquement comme maître d'école : quelqu'un qui enseigne quelque chose à d'autres personnes, les enseignements du Bouddha, les préceptes moraux, la pratique de la méditation et la vision correcte des phénomènes et du moi. Maître d'école, mais pas maître d'esclave ! Un ami spirituel qui conseille, qui encourage, qui aide, qui comprend, qui éprouve de la bienveillance et de la compassion, qui indique le chemin du Dharma.



*****



Dans la vision des tantras par contre, il s'agit de développer une perception sacrée du monde. Dans la vision des soûtras, l'ami spirituel est un humain avec ses qualités et ses défauts qui a une certaine expérience de la sagesse et de la pratique méditative, dans la vision sacrée des tantras, on voit le maître comme un Bouddha à part entière. Il est même plus important que le Bouddha lui-même, car il est plus proche, à notre portée. On parle parfois des tantras comme de « véhicule du fruit » par opposition aux soûtras qui seraient des « véhicules de la cause ». « Véhicule de la cause », parce que notre pratique essaye de créer les causes de notre libération, de planter les graines de notre Éveil ; tandis que les tantras sont des « véhicules du fruit » en ce qu'ils inversent la perspective en nous amenant à visualiser les êtres autour de nous comme des êtres déjà éveillés, ce qui réveille la part déjà éveillée de nous-mêmes et lui permet de gagner en puissance dans notre être.


Mais considérer le maître, le lama comme un Bouddha, est-ce une raison pour obéir aveuglément à ce maître-Bouddha ? Je ne le pense pas parce que le Bouddha n'exigeait pas une confiance aveugle en lui ! Le Bouddha a souvent répété qu'il ne fallait pas croire sur parole son propre enseignement, qu'il fallait inspecter minutieusement ses qualités. Il me semble dès lors qu'une obéissance aveugle n'est pas une étape incontournable dans les tantras. Tout au plus, les tantras nous invitent à ne pas trop vite juger : des pratiques qui semblent contraire au Dharma comme boire de l'alcool ou avoir des relations sexuelles peuvent être vécues comme une expérience spirituelle dans le tantra. Mais il faut tout de suite ajouter : ne pas trop vite juger ne veut pas dire non plus être complètement dupe. Beaucoup trop de gens invoquent les tantras pour justifier leur ivrognerie ou leurs pulsions sexuelles agressives.


Le problème du bouddhisme tibétain est qu'il met une hiérarchie dans les « Véhicules » et que les soûtras pourtant enseignés par le Bouddha sont considérés comme inférieurs aux tantras. Cela implique l'idée que les soûtras sont trop vites mis de côté et que la seule voie véritable est la voie des tantras, qui implique dans l'esprit des Tibétains une soumission totale au maître. Pour ma part, je ne rejette pas entièrement le tantra, même si je m'en méfie pour la confusion que ceux-ci sont susceptibles d'apporter. En outre je considère les soûtras supérieurs aux tantras. On devrait étudier et pratiquer dans les soûtras longtemps avant d'aborder les tantras, et quand on le fait, il ne faut pas oublier la perspective des soûtras qui nous encourage à voir la réalité telle qu'elle est. On ne peut pas passer tout son temps à avoir une perception sacrée et faire des visualisations des bouddhas et des bodhisattvas. Quand on pratique la voie des tantras, il y a un aller-retour constant à opérer entre vision des soûtras et vision des tantras.




*****



Ensuite, il y a cette histoire de « dictature bienveillante ». Mais elle est assez logique si l'on accepte une vision conservatrice du tantrisme tibétain. Pour Dongzar Khyentsé, vous devez obéir complètement à votre maître vajra quoiqu'il arrive. On pourrait penser que c'est là un principe spirituel, mais c'est surtout l'héritage d'une système politique, à savoir la féodalité tibétaine où les lamas jouissaient d'un pouvoir immense. Le guru ou lama est comme un suzerain dans une situation centrale de pouvoir absolu envers ses vassaux. De là, la facilité à avaliser un concept profondément douteux comme la « dictature bienveillante ». Pourquoi pas un lama qui ne dirigerait pas seulement une communauté de disciples serviles, mais tout un pays. On reconnaît bien sûr le système politique des dalaï-lamas où ceux-ci ont (en théorie) un pouvoir absolu sur tous les habitants, mais comme le dalaï-lama est une incarnation de Tchenrézi, grand bodhisattva de la compassion, l'idée est qu'il va forcément régner avec sagesse et bienveillance sur son pays 3.


Quand on s'intéresse à l'Histoire réelle du Tibet, on voit bien que ce n'était pas aussi idyllique que cela. La violence était très présente dans l'Histoire du Tibet, les injustices sociales énormes, et il arrivait souvent que des conflits éclatent entre écoles du bouddhisme tibétain pour le contrôle politique du pays. Cela n'avait rien d'un monde idéal ! Ce concept de « dictature bienveillante » sonne un peu comme celui de « despotisme éclairé », un terme creux qui ne sert qu'à la propagande. J'encourage donc quiconque serait tenté par l'idée alléchante d'une « dictature bienveillante » de ne pas « convertir notre système de gouvernement en une dictature bienveillante dans les 24 heures » comme le conseille Dzongsar Khyentsé, mais de réfléchir beaucoup au préalable. On attribue à Churchill cette idée que la démocratie n'est certes pas le meilleur des régimes politiques, mais c'est le moins pire. J'invite Dzongsar à sérieusement méditer là-dessus !



Frédéric Leblanc, 

le 11 août 2021.









Stoupa devant le mont Kailash








Voir également :


- L'affaire Sogyal


- Maître et disciple selon Dza Patrül Rimpotché


Le maître spirituel - 1ère partie


- Entre philosophie et religion
















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1 Propos cité par le blog « Dans le sillage d'Advayavajra » : Libérons nos bardes gaulois, 5 juillet 2021.

2 Fabrice Midal, La pratique de l'éveil de Tilopa à Trungpa, éd. Du Seuil / Points Sagesses, Paris, 1997, p. 62.

3 Précisons toutefois que l'actuel dalaï-lama a à maintes reprises fait l'éloge de la démocratie : « J'ai toujours pensé qu'il fallait séparer les fonctions de chef politique et de chef religieux. Il eût été hypocrite de de ma part de ne pas appliquer à moi-même cette conviction. Il est archaïque qu'un pays soit dirigé par un roi ou un chef religieux », L'Express, « Le dalaï-lama prône une démocratie républicaine », 2 août 2011.




lundi 2 août 2021

La grande avalanche


La grande avalanche

(Commentaire au Soûtra de la Parabole de la Montagne)



La mort avance comme une grande avalanche qui ravage tout sur son passage. Rien n'y résistera. Une fois que l'on en a pris clairement conscience, comment réagir à cela ? Est-ce que cela a encore un sens de vouloir conquérir le monde quand on voit que ces conquêtes toujours incertaines seront balayées par la mort à venir ? À quoi bon tant d'efforts ? À quoi bon tant de peines et de souffrances pour soutenir tous ces affrontements ? À quoi bon tant de misères causées au regard des gains ? J'imagine que les personnes soutenant une idéologie guerrière parleront de gloire et d'honneurs. Mais cette gloire est toujours incertaine : VAE VICTIS, « malheur aux vaincus » selon la formule du chef gaulois Brennus. La gloire est toujours relative : Napoléon est un grand homme pour les Français, le dernier des salopards pour le reste du monde. Gengis Khan est un héros pour les Mongols, un tyran monstrueux pour tous les peuples qui ont subi le déferlement de violences et d'horreurs de la Horde d'Or. Mais surtout, cette gloire est elle-même appelée à s'effacer avec le temps. C'est l'empereur romain Marc-Aurèle qui savait quelque chose en matière de conquête et de guerre aux frontières de l'Empire, qui disait : « Bientôt, tu auras tout oublié. Bientôt, tous t'auront oublié... ».


Mais revenons au texte du Bouddha. Il se trouve à Savatthi (Shravasti en sanskrit) et s'adresse à un roi, un membre de la caste des khattiyas (kshatriya en sanskrit), la caste des aristocrates dont le rôle est justement de guerroyer et de défendre le royaume. Rappelons que Siddhartha Gautama est lui-même issu de cette caste de guerriers et comprend donc très bien les affects du roi Pasenadi du clan des Kosalas à qui il s'adresse. Pasenadi décrit le mélange d'orgueil, de vanité, de jouissance et de crainte que la puissance militaire apporte : le roi contrôle une large superficie de terres et il maintient la sécurité de son royaume, et il en retire les dividendes tant sur le plan social sous forme de gloire et d'honneurs que matériel sous la forme de palais et de luxe. Mais on sent aussi que ce pouvoir peut être à tout moment renversé par un rival, que la superficie contrôlée peut se morceler sous le coup des invasions ou sous le coup des divisions internes, et surtout que la sécurité peut très vite succéder au chaos.


C'est le moment où le Bouddha arrive avec sa métaphore de l'avalanche : imaginons une ville entourées de hautes montagnes enneigées comme dans une cuvette. Des messagers arrivent en panique pour annoncer que les pentes des montagnes du nord, du sud, de l'est et de l'ouest voient dévaler de gigantesques avalanches sur leur passage qui ravagent tout sur leur passage et qui vont rayer la cité de la carte. Face à ce désastre inévitable, qu'y aurait-il à faire ?


Pasenadi fait preuve de bon sens en répondant : « Dans une si grande terreur, ô Bienheureux, devant de si graves pertes humaines, alors que la naissance en tant qu'être humain est une occasion très difficile à obtenir, qu'y aurait-il à faire, sinon vivre selon la droiture, selon la justice et faire des actes bons et méritoires qui donnent de bons résultats ? ». Sachant que ce qu'on a accumulé tant en termes de richesses, de biens matériels ou d'honneurs va s'effondrer très prochainement, pourquoi ne pas privilégier un mode de vie basé sur plus de droiture morale, être bienveillant et chercher à faire le bien autour de soi ? Être en accord avec soi-même et les autres est ce qui nous rapproche le plus d'une forme d'éternité ou de transcendance du temps.


Pasenadi évoque alors différentes modalités de la guerre : avec des éléphants, avec des chevaux, avec de l'infanterie, avec des chars, etc... Tous ces armements et cette course à l'armement amènent peut-être de l'efficacité dans la guerre et permettent de remporter des batailles, de rompre les fortifications d'une ville, d'asservir un peuple. Mais ce ne sont en aucune façon des moyens efficaces et opportuns pour apporter du bien au plus grand nombre, c'est juste un gigantesque gâchis de ressources et de vies humaines qui ont des conséquences désastreuses pour des générations. Il suffit l'Histoire du XXème siècle pour s'en convaincre. La première guerre mondiale a provoqué un carnage dans les tranchées avec les pluies d'obus et de gaz toxique. Cela a affaibli la population mondiale face à la pandémie de grippe espagnole, et les Allemands ont été humilié avec l'occupation de la Ruhr et la famine qui a frappé le pays. Cela a permis Hitler de répandre son message de haine avec le nazisme, et cela a provoqué la seconde guerre mondiale, encore plus destructrice avec ses camps de concentration, ses bombardements stratégiques qui ruinait des villes entières et l'apparition de la bombe atomique. Suite à la seconde guerre mondiale, le monde a été divisé en deux blocs : capitalistes contre communistes. Ce qui fait que les Américains ont financé des jihadistes islamistes comme Oussama Ben Laden pour combattre en Afghanistan. Maintenant que le rideau de fer s'est effondré, les attentats et les conflits causés par les jihadistes sont incessants. La guerre n'amène qu'une mécanique infernale qui gâche un nombre incalculable de vies encore et encore.


Pasenadi évoque ensuite les rituels et les incantations pour mener à la guerre. On peut évoquer tous ceux qui prient pour que Dieu ou Allah les conduisent à la victoire et leur permettent d'écraser l'ennemi. C'est la vieille rengaine du « Gott mit uns ». On pourrait aussi étendre ces incantations à la propagande moderne qui cherche à justifier la guerre, à la rendre acceptable, voire désirable. Combien de ferveur et surtout combien d'intelligence n'a-t-on pas englouti dans cette endoctrinement funeste aux conséquences désastreuses ?


Pasenadi évoque ensuite l'argent et le financement de la guerre : « il y a chez moi une grande quantité d'or, entassée dans des souterrains et amassée dans les chambres fortes des hauts étages, utilisable comme une stratégie financière en vue d'arrêter des ennemis qui s'avancent ». Au temps du Bouddha, l'argent était le nerf de la guerre tout comme aujourd'hui, l'argent est le nerf de la guerre ! Rien de neuf sous le soleil ! Ce financement de la guerre engloutit aussi des ressources énormes : quand on voit les sommes consacrées à la guerre et à l'armement à cause du complexe militaro-industriel et ce qu'on pourrait faire en termes d'éducation, de soins de santé, de nourritures pour les populations les plus démunies, là encore on voit l'incroyable inefficacité de la guerre !


Il faut d'ailleurs étendre ce financement de la guerre à la guerre économique, à la concurrence féroce qui règne entre les entreprises et qui provoque une injustice sociale monstrueuse ainsi qu'un gouffre toujours plus grand entre les plus riches et les plus pauvres.Il faut voir et critiquer la concurrence que l'idéologie capitaliste met entre les individus, récompensant les uns et excluant les « losers », ceux qui ne sont rien comme disait le président français. Tout cela aussi est un gâchis énorme.


Le Bouddha acquiesce et résume en quelques mots les explications de Pasenadi. Quand on a une conscience claire de l'impermanence et de la vieillesse et la mort à venir, les guerres perdent leur sens et leur utilité. Ce qui est utile, ce qui favorise le bonheur et le bien-être autour de nous. Et plus on se rend compte que le temps est compté, plus on prend conscience qu'il faut éviter les disputes, les querelles et les affrontements pour privilégier des relations chaleureuses et douces et répandre la joie et la paix. Comme le dit le moine Thich Nhat Hanh : « L'impermanence nous apprend à respecter et à prendre conscience de l'importance de chaque instant et de toutes les merveilles qui sont en nous et autour de nous. En pratiquant la pleine conscience de l'impermanence, nous devenons plus attentifs et plus aimants ». Notre vie, notre santé, nos biens, notre argent, tout cela disparaît, mais les relations positives que nous tissons continuent à se propager bien au-delà de notre personne.














Voir également : 


Bientôt... (Marc-Aurèle)

Méditer longuement l'impermanence

Vivre sans pourquoi

Vie et mort

Telle la génération des feuilles 

La vie selon François-Xavier Bichat

Une charogne (Baudelaire)

Le Vallon (Lamartine)

N'entre pas docilement dans cette douce nuit (Dylan Thomas)

Panta Rhei.











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dimanche 1 août 2021

La parabole de la montagne


Soûtra de la Parabole de la Montagne

Pabbatūpama Sutta

(Samyutta Nikāya, S. I, 100-102)



Une fois, alors que le Bienheureux séjournait à Savatthi, pendant un après-midi, le roi Pasenadi Kosala s'approcha du Bienheureux. S'étant approché, il rendit hommage au Bienheureux et s'assit à l'écart sur un côté. Le Bienheureux s'adressa au roi Pasenadi Kosala : « Vous voilà donc, ô grand roi. Où êtes-vous allé, ces temps-ci ? »


Le roi répondit : « J'étais très occupé, ô Bienheureux, dans diverses affaires dont les rois s'occupent, c'est-à-dire dans les affaires des rois d'origine khattiya1 qui ont été couronnés, qui sont ivres de l'intoxication de la puissance, qui se sont adonnés aux plaisirs sensuels, qui ont établi la sécurité dans leur royaume et qui demeurent vainqueurs d'une large superficie de la terre ».



Le Bienheureux dit : « 
À ce propos, qu'en pensez-vous, ô grand roi? Supposons qu'un homme loyal et fidèle envers vous vienne de l'Est et vous informe ainsi: "Que sa majesté sache que je viens des provinces de l'Est où j'ai vu une avalanche qui glisse d'une très haute montagne, écrasant tous les êtres vivants sur son passage. Que sa majesté prenne les mesures nécessaires à ce sujet".


Également, supposons qu'un homme loyal et fidèle envers vous vienne de l'Ouest et vous informe ainsi : "Que sa majesté sache que je viens des provinces de l'Ouest où j'ai vu une avalanche qui glisse d'une très haute montagne, écrasant tous les êtres vivants sur son passage. Que sa majesté prenne les mesures nécessaires à ce sujet".


Également, supposons qu'un homme loyal et fidèle envers vous vienne du Nord et vous informe ainsi : "Que sa majesté sache que je viens des provinces du Nord où j'ai vu une avalanche qui glisse d'une très haute montagne, écrasant tous les êtres vivants sur son passage. Que sa majesté prenne les mesures nécessaires à ce sujet".


Également, supposons qu'un homme loyal et fidèle envers vous vienne du Sud et vous informe : "Que sa majesté sache que je viens des provinces du Sud où j'ai vu une avalanche qui glisse d'une très haute montagne, écrasant tous les êtres vivants sur son passage. Que sa majesté prenne les mesures nécessaires à ce sujet."

Dans ce cas-là, ô grand roi, en écoutant ces quatre nouvelles, étant saisi par une si grande terreur devant de si graves pertes humaines, alors que la naissance en tant qu'être humain est une occasion très difficile à obtenir, qu'y aurait-il à faire? »



Le roi répondit : « Dans une si grande terreur, ô Bienheureux, devant de si graves pertes humaines, alors que la naissance en tant qu'être humain est une occasion très difficile à obtenir, qu'y aurait-il à faire, sinon vivre selon la droiture, selon la justice et faire des actes bons et méritoires qui donnent de bons résultats ? »



Le Bienheureux dit alors : « Je vous informe, ô grand roi, que la vieillesse et la mort arrivent tout comme une avalanche. Puisque la vieillesse et la mort arrivent tout comme une avalanche, qu'y a-t-il à faire? »


Le roi répondit : « Puisque la vieillesse et la mort arrivent tout comme une avalanche, ô Bienheureux, qu'y a-t-il à faire, sinon vivre selon la droiture, selon la justice et faire des actes bons et méritoires qui donnent de bons résultats ?

Les guerres où les éléphants sont employés existent chez les rois d'origine khattiya qui ont été couronnés, qui sont ivres de l'intoxication de la puissance, qui se sont adonnés aux plaisirs sensuels, qui ont établi la sécurité dans leur royaume et qui demeurent vainqueurs d'une large superficie de la terre. Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'ils font en employant des éléphants sont inutiles et inopportunes.

Également, ô Bienheureux, les guerres où les chevaux sont employés existent chez les rois d'origine khattiya qui ont été couronnés, qui sont ivres de l'intoxication de la puissance, qui se sont adonnés aux plaisirs sensuels, qui ont établi la sécurité dans leur royaume et qui demeurent vainqueurs d'une large superficie de la terre. Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'ils font en employant des chevaux sont inutiles et inopportunes.


Également, ô Bienheureux, les guerres où les chars de guerre sont employés existent chez les rois d'origine khattiya qui ont été couronnés , qui sont ivres de l'intoxication de la puissance, qui se sont adonnés aux plaisirs sensuels, qui ont établi la sécurité dans leur royaume et qui demeurent vainqueurs d'une large superficie de la terre. Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'ils font en employant des chars de guerre sont inutiles et inopportunes.


Également, ô Bienheureux, les guerres où les soldats d'infanterie sont employés existent chez les rois d'origine khattiya qui ont été couronnés, qui sont ivres de l'intoxication de la puissance, qui se sont adonnés aux plaisirs sensuels, qui ont établi la sécurité dans leur royaume et qui demeurent vainqueurs d'une large superficie de la terre. Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'ils font en employant des soldats d'infanterie sont inutiles et inopportunes.


Également, ô Bienheureux, il y a à ma cour royale des conseillers très capables qui sont compilateurs des formules sacrées utilisables en vue d'arrêter des ennemis qui s'avancent. Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'on fait en employant des formules sacrées sont inutiles et inopportunes.


Également, ô Bienheureux, il y a chez moi une grande quantité d'or, entassée dans des souterrains et amassée dans les chambres fortes des hauts étages, utilisable comme une stratégie financière en vue d'arrêter des ennemis qui s'avancent. Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'on fait en employant des stratégies financières sont inutiles et inopportunes.


Lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ô Bienheureux, qu'y a-t-il à faire, sinon vivre selon la droiture, selon la justice et faire des actes bons et méritoires qui donnent de bons résultats ? »



Le Bienheureux dit : « Vous avez raison, ô grand roi, vous avez raison. Lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, il n'y a rien à faire, sinon vivre selon la droiture, selon la justice et faire des actes bons et méritoires qui donnent de bons résultats. »


Ensuite, le Bienheureux s'exprima ainsi :

« Tout comme un rocher d'une grande montagne

Perçant le ciel

S'écroule en avalanche de tous les côtés,

Écrasant les terrains en contrebas dans les quatre directions,

De même la vieillesse et la mort arrivent

En écrasant tout le monde sans distinction.


Les notables, les brahmanes,

Les commerçants et les intouchables,

Personne ne peut s'évader ou s'en amuser.


Le danger imminent ensevelit chacun et tout le monde.

Dans ce domaine,

Il n'y a ni place, ni utilité pour la guerre.

La victoire ne peut survenir par déploiement des éléphants, ni des chevaux,

Ni des chars de guerre, ni des soldats d'infanterie,

Ni des formules sacrées, ni de la finance.


Que l'homme sage utilise la capacité de sa pensée

Pour son bien-être,

Qu'il ait confiance dans le Bouddha,

Dans le Dhamma et dans la Sangha.


Celui qui vit selon la droiture

au moyen de son corps, de sa parole et de sa pensée

Est vénéré ici-bas, de par le monde,

Il trouve aussi le bonheur céleste

Dans la vie prochaine. »










1 La caste des khattiya en langue pâlie ou kshatriya en sanskrit est la caste des aristocrates seuls habilités à faire la guerre.










Pour une autre traduction de ce soûtra ainsi que l'original en langue pâlie :

http://www.buddha-vacana.org/fr/sutta/samyutta/sagatha/sn03-025.html


Le soûtra est tiré de : Môhan Wijayaratna, Les sermons du Bouddha, éd. du Seuil, Paris, 2006, pp. 58-61.




Paul Streetly, Avalanche dans le massif de l'Annapurna (Népal)






Autres soûtras ou extraits de soûtra du Bouddha



Soutras : - Soûtra de Jivâka sur la consommation de la viande (Jivâka Sutta)


              - Soûtra de Kaccânayagotta (Kaccânayagotta Sutta)


               - Soûtra des Bénédictions (Mangala Sutta)


               - Soûtra de Jîvaka sur les disciples laïcs (Jîvaka Sutta)


               - Soûtra de Samiddhi (soutra traduit du canon chinois)


               - Soûtra de Bâhiya (Bâhiya Sutta)


               - Soûtra de l’Écume (Phena Sutta)


               - Soûtra du Fardeau (Bhāra sutta)


               - Soûtra du de l'Attention au Va-et-vient de la Respiration (Ānāpānasati Sutta)


               - Soûtra des Kālāmas (Kālāma Sutta)


                - Court Soûtra de la Vacuité (Cūḷa Suññatā Sutta)


                - Soûtra de la Délivrance (Nibbāna Sutta)


                 





Méditation des 4 Incommensurables : amour, compassion, joie et équanimité


Méditer longuement l'impermanence



Majjhima Nikâya: 

l'attention, voie unique et merveilleuse


la parabole de la flèche




Samyutta Nikâya


Enchevêtrement à l'intérieur, enchevêtrement à l'extérieur


Une voie ancienne


Soûtra d'Udaya




Dhammapada : - L'apaisement de la haine (I, 5),et ici aussi.


                        - l'oubli de la mort (I, 6)


                        - Celui qui se conquiert lui-même (VIII, 103)


                        - L'autre rive de l'existence (XXIV, 348)


                        - La vision juste de tous les phénomènes (XX, 277-279)


                        - Illuminer le monde comme la lune (XXV, 382)



Soûtra du Cœur : - la forme est vide


Soûtra de l'Amas de Joyaux : - L'émancipation de toutes les vues









Julian Calverley, Glen Orchy & Glen Etive, Ecosse, 2014