Pages

mercredi 27 juin 2018

Court Soûtra sur la Vacuité




Court Soûtra sur la Vacuité



Cūḷa Suññatā Sutta
(Majjhima Nikāya, 121)






   Ainsi ai-je entendu. A ce moment-là, le Bienheureux séjournait à la résidence monastique fondée par Migara-Mata, dans le monastère de l'Est, près de la ville de Sāvatthī 1. Un après-midi, s'étant levé de sa méditation solitaire, le Vénérable Ānanda s'approcha du Bienheureux. S'étant approché, il rendit hommage au Bienheureux et s'assit à l'écart sur un côté.


       S'étant assis à l'écart sur un côté, le Vénérable Ānanda dit au Bienheureux: « Une fois, ô Bienheureux, vous étiez dans le bourg des Sakyas appelé Nagaraka au pays des Sakyas. En ce temps-là, j'ai entendu, étant en face de lui, le Bienheureux qui disait: "Moi, ô Ānanda, en demeurant dans la vacuité, maintenant j'y demeure davantage." Je pense, ô Bienheureux, que j'ai entendu ainsi correctement, que j'ai compris ainsi correctement ».


     Le Bienheureux dit: « Certainement, ô Ānanda, ce que vous avez entendu ainsi est correct; ce que vous avez compris ainsi est correct. Maintenant, tout comme avant, en demeurant dans la vacuité, j'y demeure davantage.


   Tout comme cette résidence monastique fondée par Migara-Mata est vide d'éléphants, de vaches, de chevaux, de juments, est vide d'or et d'argent, est vide d'assemblées d'hommes et de femmes. Seulement elle est non vide du caractère unique fondé sur ce groupe de moines.


        De même, ô Ānanda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant le village, sans se concentrer sur la perception concernant les êtres humains, se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la forêt. Sa pensée plonge dans la perception concernant la forêt. Sa pensée s'y plaît, sa pensée s'y établit, sa pensée s'y libère.


    Alors, il sait: « Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant le village. Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant les êtres humains. Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause du caractère unique de la pensée fondée sur la perception concernant la forêt ».


       Alors il sait: « Cette perception est vide de la perception concernant le village. Cette perception est vide de la perception concernant les êtres humains. Elle est non vide seulement du caractère unique fondé sur la perception concernant la forêt." De cette façon, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." Ainsi, ô Ānanda, pour ce disciple, c'est aussi l'arrivée dans une vacuité qui est vraie, non fausse et pure ».






       Et encore, ô Ānanda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant les êtres humains, sans se concentrer sur la perception concernant la forêt, se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la terre. Tout comme, ô Ānanda, une peau de bœuf, bien étendue par cent chevilles, dont la graisse a disparu, de même, ô Ānanda, un disciple, sans se concentrer sur les choses terrestres comme les hautes terres et les marécages, les rivières, les arbres portant des branches et des épines, etc., les montagnes et les vallées, etc., se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la terre. Sa pensée plonge dans la perception concernant la terre. Sa pensée s'y plaît. Sa pensée s'y établit. Sa pensée s'y libère.


    Alors il sait: « Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant les êtres humains. Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la forêt. Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause du caractère unique de la pensée fondée sur la perception concernant la terre ».


    Alors, il sait: « Cette perception est vide de la perception concernant les êtres humains. Cette perception est vide de la perception concernant la forêt. Elle est non vide seulement du caractère unique fondé sur la perception concernant la terre." De cette façon, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." Ainsi, ô Ānanda, pour ce disciple, c'est aussi l'arrivée dans une vacuité qui est vraie, non fausse et pure ».








      Et encore, ô Ānanda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant la forêt, sans se concentrer sur la perception concernant la terre, se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la " sphère de l'espace infini". Sa pensée plonge dans la perception concernant la "sphère de l'espace infini". Sa pensée s'y plaît. Sa pensée s'y établit. Sa pensée s'y libère.


    Alors il sait: « Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la forêt. Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la terre. Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause du caractère unique de la pensée fondée sur la perception concernant la sphère de l'espace infini ».


   Alors, il sait: « Cette perception est vide de la perception concernant la forêt. Cette perception est vide de la perception concernant la terre. Cette perception est non vide seulement du caractère unique fondé sur la perception concernant la "sphère de l'espace infini". De cette façon, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." Ainsi, ô Ānanda, pour ce disciple, c'est aussi l'arrivée dans une vacuité qui est vraie, non fausse et pure ».






      Et encore, ô Ānanda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant la terre, sans se concentrer sur la perception concernant la "sphère de l'espace infini", se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la "sphère de la conscience infinie". Sa pensée plonge dans la perception concernant la "sphère de la conscience infinie". Sa pensée s'y plaît. Sa pensée s'y établit. Sa pensée s'y libère.


    Alors il sait: « Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la terre. Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la "sphère de l'espace infini". Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause du caractère unique de la pensée fondée sur la perception concernant la "sphère de la conscience infinie". »


   Alors il sait: « Cette perception est vide de la perception concernant la terre. Cette perception est vide de la perception concernant la "sphère de l'espace infini". Cette perception est non vide seulement du caractère unique fondé sur la perception concernant la "sphère de la conscience infinie". »


    De cette façon, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." Ainsi, ô Ānanda, pour ce disciple, c'est aussi l'arrivée dans une vacuité qui est vraie, non fausse et pure.






     Et encore, ô Ānanda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant la " sphère de l'espace infini ", sans se concentrer sur la perception concernant la "sphère de la conscience infinie", se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la " sphère du néant". Sa pensée plonge dans la perception concernant la " sphère du néant". Sa pensée s'y plaît. Sa pensée s'y établit. Sa pensée s'y libère.


    Alors il sait: « Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la "sphère de l'espace infini". Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la "sphère de la conscience infinie". Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause du caractère unique de la pensée fondée sur la perception concernant la "sphère du néant". »


     Alors il sait: « Cette perception est vide de la perception concernant la "sphère de l'espace infini". Cette perception est vide de la perception concernant la "sphère de la conscience infinie". Cette perception est non vide seulement du caractère unique fondé sur la perception concernant la "sphère du neant". »


     De cette façon, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." Ainsi, ô Ānanda, pour ce disciple, c'est aussi l'arrivée dans une vacuité qui est vraie, non fausse et pure.






        Et encore, ô Ānanda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant la " sphère de la conscience infinie", sans se concentrer sur la perception concernant la " sphère du néant", se concentre sur le caractère unique fondé sur la perception concernant la "sphère sans perception ni non-perception". Sa pensée plonge dans la perception concernant la "sphère ni de la perception ni de la non-perception". Sa pensée s'y plaît. Sa pensée s'y établit. Sa pensée s'y libère.


     Alors il sait: « Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la "sphère de la conscience infinie". Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la perception concernant la "sphère du néant". Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause du caractère unique de la pensée fondée sur la perception concernant la "sphère sans perception ni non-perception ". »


           Alors il sait: « Cette perception est vide de la perception concernant la "sphère de la conscience infinie". Cette perception est vide de la perception concernant la "sphère du néant". Cette perception est non vide seulement du caractère unique fondé sur la perception concernant la "sphère sans perception ni non-perception". »


       De cette façon, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y en a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." Ainsi, ô Ānanda, pour ce disciple, c'est aussi l'arrivée dans une vacuité qui est vraie, non fausse et pure.






        Et encore, ô Ānanda, un disciple, sans se concentrer sur la perception concernant la "sphère du néant", sans se concentrer sur la perception concernant la "sphère sans perception ni non-perception ", se concentre sur le caractère unique fondé sur la "concentration mentale qui est sans caractéristique". Sa pensée plonge dans la " concentration mentale qui est sans caractéristique". Sa pensée s'y plaît. Sa pensée s'y établit. Sa pensée s'y libère.


       Alors il sait: « Cette concentration mentale qui est sans caractéristique est un état conditionné. Elle est un état produit par la pensée. Si une chose est conditionnée, si elle est une production de la pensée, elle est sûrement impermanente; elle est sujette à la dissolution. »


       Quand il sait cela et quand il voit cela, la pensée se libère de la souillure du désir sensuel; la pensée se libère de la souillure du désir d'existence; la pensée se libère de la souillure de l'ignorance. Quand il est libéré vient la connaissance: "Voici la libération."


    Alors il sait: « Toute naissance nouvelle est anéantie, la Conduite pure est vécue, ce qui devait être accompli est accompli, plus rien ne demeure à accomplir ».


    Il comprend: « Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la souillure du désir sensuel. Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la souillure du désir de l'existence et du devenir. Ici, il n'existe pas de soucis qui se produisent à cause de la souillure de l'ignorance. Ici, il y a seulement des soucis qui se produisent à cause des six sphères sensorielles conditionnées par cette vie, conditionnées par ce corps ».


      Alors il sait: « Cette perception est vide de la souillure dit "désir sensuel". Cette perception est vide de la souillure dite "désir d'existence et du devenir". Cette perception est vide de la souillure dite "ignorance". Ici, ce qui est non vide, ce sont les six sphères sensorielles conditionnées par cette vie, conditionnées par ce corps ».


     Ainsi, s'il n'y a pas une chose, il constate bien cette absence. S'il y a un résidu, à propos de ce résidu, il comprend: "Quand ceci est, cela est." De cette façon, ô Ānanda, pour ce disciple, c'est l'arrivée dans la vacuité suprême, incomparable, vraie, non fausse et pure.


        S'il y a eu, ô Ānanda, des ascètes et des brahmanes dans le passé le plus lointain qui sont entrés et ont demeuré dans la vacuité complètement pure, incomparable et suprême, tous ces ascètes et brahmanes entrèrent et demeurèrent précisément dans cette vacuité qui est complètement pure, incomparable et suprême.


      S'il y a, ô Ānanda, des ascètes et des brahmanes dans le futur le plus éloigné qui entreront et demeureront dans la vacuité complètement pure, incomparable et suprême, tous ces ascètes et ces brahmanes entreront et demeureront précisément dans cette vacuité qui est complètement pure, incomparable et suprême.


      S'il y a, ô Ānanda, des ascètes et des brahmanes dans le présent qui entrent et demeurent dans la vacuité complètement pure, incomparable et suprême, tous ces ascètes et ces brahmanes entrent et demeurent précisément dans cette vacuité qui est complètement pure, incomparable et suprême.


     C'est pourquoi, ô Ānanda, vous devez vous entraîner en disant: « Entrant dans cette vacuité qui est complètement pure, incomparable et suprême, j'y demeure ».


    Ainsi parla le Bienheureux. Le Vénérable Ānanda, heureux, se réjouit des paroles du Bienheureux.













1 En sanskrit : Śrāvastī, une ville du nord-est de l'Inde dans l'actuel État indien de l'Uttar Pradesh. C'était la capitale du pays des Kosalas.
















L'arbre de la Bodhi d'Ānanda dans le parc Jeta à Śrāvastī (Sāvatthī)
Cet arbre est une bouture de l'arbre de la Bodhi de Bodh Gaya
(sous lequel le Bouddha a atteint l'Eveil ou Bodhi.)
Il a été planté sous la direction 
d'Ānanda.








Soûtra  et paroles du Bouddha sur le Reflet de la Lune


Méditation des 4 Incommensurables : amour, compassion, joie et équanimité


Méditer longuement l'impermanence


Majjhima Nikâya: 

l'attention, voie unique et merveilleuse


la parabole de la flèche






Samyutta Nikâya

Enchevêtrement à l'intérieur, enchevêtrement à l'extérieur


Une voie ancienne


Soûtra d'Udaya






Dhammapada :

- L'apaisement de la haine (I, 5),et ici aussi.


- l'oubli de la mort (I, 6)


- Celui qui se conquiert lui-même (VIII, 103)

                        
- L'autre rive de l'existence (XXIV, 348)

                        
- La vision juste de tous les phénomènes (XX, 277-279)
                        

- Illuminer le monde comme la lune (XXV, 382)



Soutra du Cœur : - la forme est vide


- Soutra de Jivâka sur la consommation de la viande (Jivâka Sutta)
              

- Soutra de Kaccânayagotta (Kaccânayagotta Sutta)
               

- Soutra des Bénédictions (Mangala Sutta)
               

- Soutra de Jîvaka sur les disciples laïcs (Jîvaka Sutta)
               

- Soutra de Samiddhi (soutra traduit du canon chinois)
               

- Soutra de Bâhiya (Bâhiya Sutta)
               

- Soutra de l’Écume (Phena Sutta)
               

- Soutra du Fardeau (Bhāra sutta)
               

- Soutra du de l'Attention au Va-et-vient de la Respiration (Ānāpānasati Sutta)
               

- Soutra des Kālāmas (Kālāma Sutta)






Concernant la notion de vacuité : 


- L'apparence de l'arbre


Apparence et vacuité (Longchenpa)




Les quatre sceaux du Dharma


- Feuille de papier (Thich Nhat Hanh)


Causalité d'une illusion, illusion d'une causalité








Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.


Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici








Moines méditant au pied de l'arbre de la bodhi d'Ānanda










Aucun commentaire:

Publier un commentaire