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lundi 26 octobre 2026

La patience (VI, 42 à 51)

 

La patience (VI, 42 à 51)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


42. Auparavant, j'ai accompli des méfaits

Semblables envers les êtres !

De ce fait, il est juste que ces maux

Rejaillissent sur moi, qui ai nui aux autres.


43. Ses armes et mon corps

Sont tous deux la cause de ma souffrance ;

Il a donné vie aux armes et moi-même à mon corps,

Contre qui m'irriterai-je ?


44. Si je m'attache aveuglément

À l'abcès douloureux qu'est cette forme humaine

Ne supportant pas d'être touchée,

Envers qui m'indignerai-je quand elle est blessée ?


45. Les êtres puérils n'aiment pas la douleur

Mais sont fortement attachés à ses causes ;

Puisque le mal provient de leurs propres erreurs,

Pourquoi s'irriter contre autrui ?


46. Tout comme les gardiens des enfers

Et la forêt dont les feuilles sont des épées,

Ces malheurs sont engendrés par mes propres actes.

Contre qui m'irriterai-je ?


47. C'est poussé par mes actions

Qu'apparaissent mes persécuteurs.

Si, à cause de leurs méfaits, ils tombent en enfer,

Ne suis-je pas leur meurtrier ?


48. M'appuyant sur eux, je purifie de nombreuses fautes

Par l'exercice de la patience ;

S'appuyant sur moi, ils tomberont pour longtemps

Dans les souffrances infernales.


49. Puisque je suis leur persécuteur

Et qu'ils sont mes bienfaiteurs,

Pourquoi, esprit cruel,

T'emportes-tu de cette manière erronée ?


50. Je n'irai pas en enfer si je possède

L'excellente disposition de la patience,

Je me préserve moi-même,

Mais qu'en est-il pour eux ?


51. Pourtant, leur nuire en retour

Ne les protégera pas ;

Ma conduite en pâtira

Et l'ascèse de patience sera détruite.









Thomas Dambo - Northwest Trek Wildlife Park, Eatonville, Etat de Washington (USA).







L'argumentation en faveur de la patience envers une personne qui cherche à me nuire est ici tout à fait classique dans le bouddhisme : cette persécution que je subis n'est que le résultat du karma : mes actes antérieurs dans cette vie-ci ou dans une vie ont créé toute une série de conséquences ; et ces conséquences sont elles-mêmes devenues la cause de toute une série de conséquences qui, elles-mêmes, ont provoqué des conséquences. Et la théorie du karma dit que cette longue suite de conséquences devenant la cause d'autres conséquences me reviendra tôt ou tard en pleine figure comme le boomerang que j'ai lancé il y a quelques secondes. Rappelons que le mot sanskrit « karma » signifie simplement : acte, action. Les actes que j'accomplis me reviendront sous forme de bonheur ou de malheur selon la qualité bonne ou mauvaise de mon acte initial.


Le gars qui me persécute, qui me frappe, qui m'insulte, c'est donc du point de la philosophie bouddhiste la conséquence de mes propres actes malfaisants et malveillants que j'ai produits dans un passé plus ou moins lointain. Selon la philosophie bouddhiste, cette loi du karma n'est pas un jugement des dieux qui vous jugent coupable d'avoir mal agi et d'avoir été un sale type. Non, la loi du karma est une loi naturelle au même titre que les lois naturelles de la gravitation : si vous tombez dans les escaliers, ce n'est pas parce que la déesse-mère de la Terre, Gaïa ou Pacha-Mama, a décidé de vous punir, c'est juste une conséquence des lois de la gravitation. Si le boomerang vous revient en pleine figure, ce n'est pas non que l'esprit du boomerang juge que vous êtes un mauvais lanceur. Il revient vers vous du fait de lois physiques bien précises qui expliquent sa rotation rapide.


Donc, du point de vue de la philosophie bouddhiste, il vaut mieux accepter les principes de cette loi comme il vaut mieux accepter les lois de la gravitation et se jeter du haut de la Tour Eiffel sous prétexte que vous vous révoltez contre cette loi de la gravitation. La loi du karma ne justifie jamais les maux et les agressions dont je suis victime : c'est important de le dire et de le redire. Mais cette loi du karma donne une explication aux maux que je subis et me donne un sens moral clair dans mon existence : ne pas répondre à une agression par une autre agression, ne pas répondre à la haine par la haine, ne pas répondre à la colère par la colère.


La souffrance que je ressens aujourd'hui d'être martyrisé par mon persécuteur provient des méfaits que j'ai accompli auparavant. Si j'accepte le principe du karma, je peux d'autant plus facilement vivre dans l'acceptation de cette situation douloureuse et retrouver la paix d'autant plus vite que mon acceptation est profonde et que ma patience est forte.


Shāntideva nous dit de prendre l'exemple d'une agression physique : une personne méchante me frappe à coup de bâton. D'où vient que j'ai mal ? Des mouvements violents du bâton bien sûr, mais aussi du fait que j'ai un corps soumis à des sensations déplaisantes de douleur. Qui est à l'origine de ma douleur ? La personne méchante a certes animé les mouvements rapides du bâton, mais je suis à l'origine des mouvements de mon corps : c'est moi qui ai mis en mouvement en ce corps pour se retrouver dans la rue précise où un cinglé m'inflige des coups de bâton ! Contre qui dois-je m'irriter dès lors ?


Au moins une partie du problème dans cette histoire provient de mon corps qui est si sensible à la douleur et auquel je suis extrêmement attaché. Et cet attachement est pour moi comme une chaîne qui me relie de manière incessante aux tourments de la douleur. Les gens n'aiment pas la douleur ; mais ils sont fortement attachés aux causes de la douleur : les mauvaises actions, la volonté de nuire, la malveillance, etc...


Dans cette situation d'agression, j'ai la chance de voir que répondre aux coups par des coups n'est pas du tout une solution : cette situation douloureuse est provoquée par les conséquences délétères de mes actes antérieurs, et le meilleur moyen de ne plus souffrir est de développer un bon karma qui m'assurera de ne plus souffrir. Et ce bon karma passera notamment par la non-violence et la patience.





*****





Ensuite, Shāntideva pousse le bouchon un peu plus loin : comprenons bien cette logique du karma, j'ai commis des actions dans le passé qui provoque l'agression que je subis dans le présent. Mais mon agresseur d'aujourd'hui va avoir à coup sûr un très mauvais karma : ils risquent d'avoir dans le futur de cette vie-ci ou dans une vie future à pâtir de situations difficiles où il recevra des coups et à être maltraité. Peut-être même renaîtra-t-il dans un pays en guerre ou en enfer. En étant patient envers mon agresseur, je m'assure une meilleure vie future ; et mon agresseur va sombrer dans d'énormes difficultés. Est-ce que, dès lors, la situation ne se retournerait-elle pas ? Je suis celui qui envoie l'agresseur en enfer, et mon agresseur a la bonté de m'envoyer au paradis !


Comme le dit Shāntideva :

« Puisque je suis leur persécuteur

Et qu'ils sont mes bienfaiteurs,

Pourquoi, esprit cruel,

T'emportes-tu de cette manière erronée ? »


Je pense qu'il faut voir ce retournement comme de l'humour ou de l'ironie et ne pas prendre cette strophe au premier degré. Évidemment que mon agresseur n'est pas un bienfaiteur et moi qui subis les coups, pas un persécuteur animé d'un « esprit cruel » non plus ! Prendre cette strophe de manière trop littérale serait une gigantesque porte ouverte aux pires manipulateurs dans le monde de la spiritualité ! Néanmoins, cette strophe a l'intérêt de suggérer judicieusement qu'une situation peut se retourner très vite pour peu qu'on choisisse la voie de la vertu et de la patience et qu'aucun problème n'est complètement figé dans sa noirceur.











Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)

- La patience (VI, 13)

- La patience (VI, 14 à 16)

- La patience (VI, 17 à 20)

- La patience (VI, 21)

- La patience (VI, 22 à 26) + 2ème partie

- La patience (VI, 27 à 31)

- La patience (VI, 32 à 38)




Chapitre VI : La patience








NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.










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Ieshia Evans arrêtée à Baton Rouge (Louisiane) le 9 juillet 2016.







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