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mercredi 21 octobre 2026

La patience (VI, 22 à 26)

 

La patience (VI, 22 à 26)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


22. Je ne m'irrite pas contre la bile

Et autres sources de grandes souffrances.

Pourquoi m'irriterai-je contre les êtres conscients ?

Eux aussi sont tous poussés par des conditions.


23. Par exemple, quoique non désirées,

Ces maladies apparaissent ;

De même, sans être voulues,

Par force, les perturbations s'élèvent.


24. Sans penser : « Je vais me mettre en colère »,

Les gens s'irritent contre leur gré ;

Sans penser : « Je vais me développer »,

De même s'élève la colère.


25. Toutes les fautes,

Toutes les variétés d'erreurs

Se produisent par la force des conditions ;

Elles ne sont pas indépendantes.


26. La réunion de ces conditions

N'a pas la pensée : « Je vais produire »,

Et ce qu'elle engendre

N'a pas non plus la pensée : « Je suis produit ».





Le Colère mêlée de crainte,
Caractères des passions, gravés sur les desseins de l'illustre Monsieur le Brun
par Sébastien Le Clerc, le Jeune







Si je suis malade et que je reste un minimum rationnel, je ne peux pas être en colère contre la maladie, simplement parce que la maladie est un phénomène naturel qui n'a pas de volonté propre et pas l'intention de nuire. Dans le cas d'une maladie contagieuse, vous pourriez en vouloir à celui qui vous a transmis la maladie : par exemple, quelqu'un vous refile le SIDA à cause d'une relation sexuelle non-protégée, et vous en voulez à cette personne qui ne vous a pas prévenu de sa condition, mais vous n'êtes pas en colère contre le SIDA lui-même.


Shāntideva explique qu'il n'y a pas plus de raison d'en vouloir à une personne consciente qu'à une maladie ou une inondation qui vient vous frapper. La maladie apparaît en dépendance de toute une série de causes et de conditions, la méchanceté des êtres conscients aussi ! Les gens sont les pantins de leur propre colère : cette colère et cette méchanceté se produisent en eux parce que tout un enchaînement de causes et de conditions a produit cette manifestation de négativité que nous devons nous-mêmes subir en vertu de l'enchaînement de causes et de conditions qu'on appelle le « karma ».


Il faut voir les pensées de colère et de malveillance qui traversent le mental des personnes comme autant de « virus » ou de « microbes malins ». Et quand ces virus de haine prolifèrent dans le mental, des maladies de haine viennent infecter et gangrener leur volonté et leurs réactions, ce qui engendre des actions néfastes. À ce stade, il faut arrêter la propagation avec le remède de la patience ; et il faut faire vite car la colère est une maladie très contagieuse, et le temps presse avant que ne se produisent les « pandémies » de haine que sont les guerres et les conflits.


Il est important de s'entraîner à voir les causes et les conditions d'un phénomène selon la formule consacrée dans le bouddhisme :

« Ceci existe parce que cela existe.

Ceci apparaît parce que cela apparaît.

Ceci n'existe pas parce que cela n'existe pas.

Ceci disparaît parce que cela disparaît ».


Je pense que le philosophe Baruch Spinoza n'aurait pas renié cette entraînement à voir la production conditionnée dans chaque phénomène, et notamment les phénomènes de colères, de haines et le mécanisme des conflits, lui qui avait pour slogan :


« En ce qui concerne les actions humaines, ne pas pleurer, ne pas se moquer, ne pas même détester, mais comprendre. En face des passions, telles que l’amour, la haine, la colère, l’envie, la vanité, la miséricorde, et autres mouvements de l’âme, j’y ai vu non des vices, mais des propriétés, qui dépendent de la nature humaine, comme dépendent de la nature de l’air le chaud, le froid, les tempêtes, le tonnerre, et autres phénomènes de cette espèce, lesquels sont nécessaires, quoique incommodes, et se produisent en vertu de causes déterminées par lesquelles nous nous efforçons de les comprendre. Et notre âme, en contemplant ces mouvements intérieurs, éprouve autant de joie qu’au spectacle des phénomènes qui charment les sens » (Spinoza, « Traité politique », I, § 4).


L'attitude de Shāntideva est essentiellement la même que celle de Spinoza : dépassionner ce que nous avons vécu ainsi que les affronts que nous avons subi, s'entraîner à comprendre que la colère et les autres passions destructrices sont comme des phénomènes météorologiques comme une tempête qui peuvent certes causer des dégâts, mais qui sont d'autant mieux combattu et résolu qu'on en comprendra les causes et les conditions.


Enfin, il faut cesser de penser qu'on a devant soi une personne libre de tous ses actes, paroles et pensées, une personne doué d'une volonté malveillante à notre égard et surtout une personne douée d'un libre-arbitre qui est totalement d'être méchante envers nous. Cette croyance nourrit la colère. C'est ce qu'exprime le Bouddha dans le Dhammapada (I, 3 & 4) quand il dit :


« " Il m'a maltraité, il m'a battu,

il m'a vaincu, il m'a volé ",

la haine de ceux qui chérissent de telles pensées

n'est pas apaisée.


"Il m'a maltraité, il m'a battu,

il m'a vaincu, il m'a volé ",

la haine de ceux qui ne chérissent pas de telles pensées

est apaisée ».


Les processus qui conduisent à l'apparition de pensées haineuses ne sont pas la personne elle-même ; et la mécanique infernale qui conduit à produire des actes néfastes et dommageables n'est pas elle-même quelque chose de personnel. Il faut les voir en tant que phénomènes impersonnels comme l'orage, la tempête, la crue dévastatrice d'une inondation ou les symptômes inquiétants d'une maladie. Comme le dit Shāntideva :


« La réunion de ces conditions

N'a pas la pensée : "Je vais produire",

Et ce qu'elle engendre

N'a pas non plus la pensée : "Je suis produit" ».


L'ensemble des causes et des conditions n'ont pas l'intention perverse ou la pensée malveillante : « je vais produire tel effet », et le moment de conscience empli de colère qui en résulte ne se perçoit pas lui-même comme étant produit par ces causes et conditions. Mais si vous, de votre côté, vous voyez ce processus impersonnel, cette mécanique froide à l’œuvre, vous pourrez d'autant plus facilement pratiquer la patience parce que vous ne serez pas empoisonné par la rancœur qui prête une intention maléfique à votre tourmenteur.









Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)

- La patience (VI, 13)



Chapitre VI : La patience








NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.




Sur Spinoza : 













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