La patience (VI, 1 & 2)
Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
1. Un moment de colère détruit
Toutes les activités salutaires,
Telles que la générosité et les offrandes aux Ainsi-Allés,
Accumulées au cours de mille périodes cosmiques.
2. Il n'y a pas de faute comparable à la colère
Et pas d'ascèse comparable à la patience.
Par conséquent, je cultiverai la patience
Avez zèle et de multiples façons.
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| Ruines du château de Poilvache qui fut impliqué dans la guerre de la Vache |
Ce sont ces deux strophes du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva qui m'ont certainement le plus obsédé depuis trente ans que je lis et relis inlassablement ce livre ! J'aurais presque envie de dire « traumatisé » ! Au début, j'interprétais très littéralement le fait qu'un seul moment de colère puisse détruire tous les mérites accumulés depuis des mille kalpas. Et je trouvais cela terrifiant ! Un abysse de conséquences morales et de désastres pour des temps incommensurablement longs s'ouvrait devant moi si je cédais, ne serait-ce qu'un moment, à une manifestation de colère.
Pour rappel, un kalpa est le temps que dure un univers. Dans les textes bouddhistes, on donne une image pour comprendre cette durée prodigieuse : imaginez un homme qui s'approche d'une gigantesque montagne de l'Himalaya avec un tissu fait de la plus fine soie de Bénarès. Et tous les cent ans, il vient effleurer la montagne avec ce tissu de la plus fine soie de Bénarès. Et bien, le kalpa, c'est le temps qu'il faudra à cette homme pour éroder complètement la montagne colossale grâce à ses délicats effleurements !
Notez bien que « kalpa » peut avoir un autre signification : c'est la durée de vie idéale pour un être humain, soit 120 ans. Si on comprend « kalpa » dans ce sens, Shāntideva nous promet quand même une destruction de nos mérites pour cent vingt milles ans. Cela reste beaucoup, même si c'est très loin des milliards et des milliards d'années de la durée de vie d'un univers !
Je trouvais donc ces premières deux strophes écrasantes et démoralisantes. Avec le temps, je me suis dit qu'il fallait ajouter le verbe « pouvoir » dans cette phrase : « Un moment de colère peut détruire toutes les activités salutaires accumulées depuis très longtemps ». L'enseignement serait qu'il ne faut jamais sous-estimer un accès de colère : il peut engendrer une chaîne infernale d'actions et de réactions, de causes et de conséquences qui vont envenimer une situation et déclencher une guerre au final. Un peu comme une version monstrueuse de l'effet papillon : un battement d'ailes de papillon à New-York qui provoque in fine une tornade à Tokyo.
En Belgique, au Moyen-Âge, il y a eu ce qu'on appelle la « guerre de la vache » entre 1275 et 1280. Un paysan du nom d'Engoran avait volé une vache dans la petite ville de Ciney dans le Condroz. Il avait décidé de la vendre à la foire d'Andenne, une ville qui borde la Meuse et qui a vu naître quelques siècles plus tôt, Charles Martel. Rigaud de Corbion, le propriétaire lésé, reconnu la vache volée qui était en vente à cette foire. Et furieux, Rigaud demanda justice au bailli du Condroz qui était aussi présent à Andenne à ce moment-là. Le bailli du Condroz ne pouvait légalement rien faire car Andenne était en-dehors de sa juridiction ; néanmoins, il tenta un pourparler avec le voleur Engoran et lui dit que s'il ramenait la vache dans le Condroz, on serait quitte et aucune sanction ne serait appliquée à son encontre. Engoran se plia à cette demande et rapporta la vache. Mais dès qu'il mit un pied sur les terres du Condroz, Engoran fut pendu à un arbre sans autre forme de procès.
Cette forfaiture déplut fortement au seigneur de Goesnes d'où venait le voleur trucidé, Engoran. Et il attaqua le seigneur de Halloy qui vivait dans la bonne ville de Ciney. Le Seigneur de Halloy le prit très mal et partit en expédition pour incendier Goesnes et ses environs. Ce qui enclencha une mécanique infernale où tous les seigneurs de Namur et du Luxembourg s'allièrent pour faire le siège de Ciney et brûler tous les défenseurs de la ville dans l'église. Comme la ville de Ciney était inféodée au prince-évêque de Liège, celui-ci rentra dans le conflit, et toute la région s'embrasa durant cinq ans. On estime que la guerre de la vache a fait approximativement 15 000 morts et qu'une soixantaine de villages de la région ont été calcinés par les flammes, tout ça pour une vache volée que le voleur avait accepté de rendre à son propriétaire !
Au départ, la colère, même pas illégitime d'un fermier pour qui une vache est un bien précieux. Et puis une affaire qui s'envenime et qui rentre dans une mécanique infernale d'actions et de réactions.
Cela doit nous faire comprendre la valeur de la patience : abandonner ce cycle d'actions et de réactions, ne pas répondre aux vexations par la colère, ne pas répondre à la haine par la haine, et chercher constamment l'apaisement dans les conflits. Dans le bouddhisme, la colère est la pire des fautes morales du fait de son caractère destructeur et de l'embrasement catastrophique qu'il peut provoquer. A contrario, la patience est donc la plus grande des vertus. Et c'est à cette patience que Shāntideva va nous inviter à développer tout au long de ce chapitre.
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| Ruines du château de Poilvache (Yvoir, province de Namur, Belgique) |
Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva:
Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil
Chapitre II: Le dévoilement des fautes
Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil
Chapitre V: La garde de la vigilance
Chapitre VI : La patience
NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.



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