La patience (VI, 22 à 26) - 2ème partie
Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
En repensant à mon commentaire des strophes 22 à 26, je me suis dit qu'une objection allait peut-être se manifester : « C'est bien beau de faire preuve de patience en voyant que la personne qui nous fait du mal est animée par des émotions de colère qui sont produits par des causes et des conditions que cette personne ne contrôle pas, un peu comme si elle était frappée de la rage et que la rage conditionnait ses comportements agressifs à notre égard. Mais est-ce que cette vision des causes et des conditions est vraiment efficace pour dissiper notre propre colère et nous permettre de cultiver la patience à l'égard de cette personne ? Est- ce que, malgré cette vision des causes et des conditions, la colère ne sera pas irrépressible ? Et est-ce que notre volonté de comprendre la personne qui nous agresse ne va nous pousser à être un peu trop laxiste à son égard ? »
Sur la question de la vision de la production conditionnée, il faut bien être clair sur une chose : certes, la personne devant nous qui nous agresse est mue par un ensemble complexe de causes et de conditions qui font que sa colère, sa perception du monde et des autres et ses réactions ne sont pas du seul ressort de son libre-arbitre. Voilà un constat lucide, mais qui serait tout à fait incomplet si on ne reporte pas cette analyse sur notre propre personne : nous aussi sommes le produit complexe des causes et des conditions qui font qu'à certains moment où on éprouve de la colère et l'envie de nuire à ceux qui nous emmerdent et nous empêchent de mener une vie tranquille. Nous aussi, nous sommes le jouet de forces qui dépassent largement notre petit moi, quand bien même notre petit moi peut se bercer d'illusions sur le fait de se croire seul maître à bord !
Donc, je reviens à la question initiale : est-ce que la vision des causes et des conditions suffira à dissiper la colère devant les affronts, les coups ou les humiliations que certaines personnes nous fera subir ? Cela dépendra de vos propres causes et conditionnements : 1°) Est-ce que cette vision des causes et des conditions est superficielle ? Ou a-t-elle une véritable profondeur, une véritable compréhension fine des mécanismes psychologiques et sociologiques qui dirigent les êtres humains ? Avez-vous développé une véritable empathie tant émotionnelle que cognitive des personnes autour de vous ? 2°) À quel point sont forts vos propres conditionnements ? Si, par exemple, vous avez une colère profondément ancrée en vous, il vous faudra beaucoup de temps et beaucoup plus d'effort pour surmonter cette colère et être capable de développer une véritable patience dans les tourments de l'existence.
De manière générale, il est incroyablement naïf de croire qu'on va être extrêmement patient du premier coup sans avoir très longuement préparé la patience avec toutes les pratiques du bouddhisme comme la méditation shamatha, la vision pénétrante, l'amour bienveillant, la compassion, l'équanimité, l'esprit d’Éveil, l'observation du non-soi, le détachement, etc...
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Enfin, est-ce que le fait de chercher à comprendre les réactions des autres personnes, notamment les réactions problématiques, ne va nous conduire à tout excuser et à laisser faire les personnes méchantes ? On se souvient à cet égard des déclarations tonitruantes du président Sarkozy ou du premier ministre Manuel Valls sur la culture de l'excuse. Ainsi, Nicolas Sarkozy qui disait en 2007 : « À trop vouloir expliquer l'inexplicable, on finit par excuser l'inexcusable ». Ou Manuel Valls qui surenchérissait en parlant du jihadisme : « Expliquer, c’est déjà vouloir excuser ».
Je pense que ces déclarations sont emblématiques d'un malentendu coriace : le fait de chercher à comprendre ferait naître en nous une sorte de syndrome de Stockholm où on se rangerait au point de vue de notre agresseur. Je pense que ce n'est vraiment pas le cas. L'exercice spirituel de chercher à comprendre les causes et les conditions qui amènent une personne à se comporter comme elle se comporte sert à enrayer notre propre réaction épidermique de colère, de rage et d'énervement qui nous force à réagir d'une manière systématiquement brutale. Si on est libre de la colère, on est plus libre pour répondre librement à l'agression : parfois, ce sera en cherchant à apaiser la situation, mais parfois ce sera en répondant avec brutalité aussi !
On me dira : quelle différence alors si vous répondez avec brutalité à une situation d'agression ? Et bien, ce n'est pas du tout la même chose, même si l'acte peut sembler similaire ! D'abord, je peux répondre avec brutalité, mais souvent non, je répondrais autrement (par l'apaisement, le dialogue, etc...). La brutalité est une option, pas un comportement que me dicte la colère. Ensuite, dans cette situation où je réponds par la brutalité, l'intention diverge complètement, c'est ce qui est essentiel. Une personne mue par la colère cherchera à nuire à l'autre, à le frapper, à le blesser. Quelqu'un qui a développé la patience se montrera peut-être brutal dans une situation donnée, en assommant son agresseur par exemple, mais pas dans l'intention de nuire et de casser la gueule à l'autre, mais pour mettre fin à l'agression. Et il sera prêt à abandonner tout de suite cette brutalité quand elle n'aura plus d'utilité ou de raison d'être, contrairement à la personne sous l'effet de la colère qui s'acharnera sur son opposant jusqu'au bout.
Il faut dire que les moines du temps du Bouddha était soumis à une non-violence stricte (contrairement aux laïcs qui pouvaient prendre les armes et se battre si la situation l'exigeait). Mais il arrivait que le Bouddha soit brutal en parole et engueule sans ménagement ses disciples si ceux-ci déviaient trop de la Voie. Cela ne veut pas dire que le Bouddha était soumis à la colère, mais dans certaines circonstances, les paroles brutales coupaient court à une situation qui aurait amené le désordre et les troubles dans la communauté monastique.
Je pense aussi que Nicolas Sarkozy, avant d'être l'homme politique que l'on sait, était avocat. Un artifice bien connu des avocats est d'apitoyer le juge en disant : « Mon client a une enfance difficile, monsieur le juge. Tel et tel facteur explique son crime ou son délit. Soyez indulgent pour ce pauvre homme qui n'a vraiment pas eu de chance dans l'existence, monsieur le juge ». Tout cela pour réduire la peine du prévenu, voire le faire libérer avec un sursis. Dans ce cas-là effectivement, chercher à comprendre est une manière détournée pour excuser un malfaiteur. Mais tout ne doit pas être réduit à la rhétorique un peu bancale des avocats !
Chercher à comprendre nous aider à développer la patience. Souvent, cela nous permettra de calmer les conflits. Parfois, la meilleure solution rationnelle sera de trancher dans le vif et d'employer une violence physique et verbale, juste et proportionnée, dans le but d'apporter une solution à une situation donnée.
Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva:
Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil
Chapitre II: Le dévoilement des fautes
Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil
Chapitre V: La garde de la vigilance
Chapitre VI : La patience
NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.

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