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vendredi 11 septembre 2026

La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

 

La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


61. Esprit confus, pourquoi ne tiens-tu pas

À une figure de bois qui est propre ?

Quel est le sens de protéger

Cette machine, pourrissant amas d'impureté ?


62. En premier lieu, enlève par la pensée

Cette enveloppe de peau,

Puis, avec le scalpel de la sagesse,

Sépare la chair de l'armature des os.


63. Romps également les os,

Regarde jusqu'à la moelle,

Et, menant cet examen, demande-toi :

« Qu'y a-t-il d'essentiel ? »


64. Si, en dépit de cet effort de recherche,

Tu ne vois aucune essence,

Pourquoi, à présent, gardes-tu

Ce corps avec attachement ?


65. Que veux-tu faire de ce corps ?

On ne peut en manger les impuretés,

Ni en boire le sang,

Ni en sucer les entrailles.


66. En second, s'il est utile à garder,

C'est pour servir de pâture aux vautours et aux chacals.

Le corps des humains

Devrait être employé exclusivement pour le bien.


67. Quoique tu le préserves de la sorte,

Que ferais-tu quand l'impitoyable

Seigneur de la Mort s'en emparera

Et qu'il sera jeté aux chiens et aux oiseaux ?







Bodhisattva Kshitigarbha (Jizō en japonais),
en bois de cyprès du Japon, 1291 (MET Museum, New-York)





L'esprit s'attache au corps. Mais pourquoi l'esprit ne s'attache pas plutôt à une jolie statue en bois, qui est beaucoup plus propre que cette machine remplie de chair, d'entrailles et de liquides répugnants comme le sang ou l'urine ? Les gens qui disent aimer le corps aiment en fait l'apparence du corps, mais pas le corps lui-même. Qu'on fasse l'exercice spirituel d'enlever mentalement sa peau, et ce que notre corps écorché donne à voir n'a rien de plaisant ou d'attirant : toutes ces viscères, ces veines et ces artères nous inspirent un dégoût profond.


Si, en outre, on utilise le « scalpel de la sagesse », comme le dit Shāntideva, pour chercher l'essence de notre corps en ouvrant les os, allant voir au cœur de notre moelle, on se rend bien compte qu'il n'y a aucune essence, aucune substance permanente. Tout dans le corps est voué à la dissolution, à la putréfaction, à la désagrégation. Pourquoi nourrir de l'attachement à l'égard du corps dès lors qu'on garde à l'esprit cette manque d'essence et son inéluctable destin de charogne ?


Le corps en lui-même ne produit aucun élément qui puisse nous être utile comme le fraisier qui donne des fraises ou le pommier qui nous donne des pommes. On ne mange pas les excréments qui sortent du corps, on ne boit pas notre sang, et nos entrailles ne sont un plat de gourmet pour personne dans notre société. Notre corps sera surtout une nourriture appréciée par les vautours, les hyènes, les chacals, les mouches et les vers de terre.


Gardant cela en tête, on devrait conclure que notre corps doit se rendre utile aux autres comme principale raison d'exister. Notre obsession pour le corps est rendu assez absurde par la conscience de la mort qui s'approche toujours un peu plus et qui frappera plus rapidement qu'on ne le croit. Aider les autres, servir les autres est la meilleure façon de donner une dignité à ce corps qui n'a pas beaucoup de raison d'être admiré et honoré, une fois qu'on voit au-delà de l'apparence du corps.











Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)




Chapitre V: La garde de la vigilance






Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





Corps plastinés - exposition "Body World" -  Gunthers von Hagens








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