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lundi 7 septembre 2026

La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

 

La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



45. Si je me trouve mêlé

À des conversations futiles

Ou à des représentations spectaculaires,

J'abandonnerai l'attachement pour elles.


46. Quand, sans raison, j'entreprends de creuser la terre,

De couper des herbes ou de tracer des figures sur le sol,

Me rappelant les instructions des Allés-en-la-Joie,

Par crainte, j'y renoncerai.


47. Quand j'ai le désir

De bouger ou de parler,

Je commencerai par examiner mon esprit,

Puis, avec fermeté, j'agirai comme il convient.


48. Lorsque je vois l'attachement en mon esprit

Ou que je veux céder à la colère,

Je n'agirai, ni ne parlerai

Mais doit rester de bois.


49. Lorsque j'ai l'esprit agité,

Que je me révèle railleur, orgueilleux, fat,

Fourbe et dissimulateur,

Ou habité par la pensée d'exposer la faute d'autrui,


50. Lorsque je recherche les louanges,

Souhaitant abaisser autrui,

Être injurieux ou querelleur,

Je dois rester de bois.


51. Lorsque je souhaite gains, honneurs et renommée,

Suis en quête d'un entourage et de serviteurs,

Que mon esprit aspire aux hommages,

Je dois alors rester de bois.


52. Quand je néglige le bien des autres,

Aspire au mien propre

Et qu'animé par ces pensées, je désire parler,

Je dois alors rester de bois.


53. Quand je suis impatient, paresseux, timoré,

Et, de même, téméraire, futile en paroles

Ou que s'élèvent des pensées partiales,

Je dois alors rester de bois.







Troll restant de bois (Thomas Dambo)









Socrate avait un démon. Un démon dans la mythologie grecque est un esprit qui n'est pas nécessairement mauvais comme c'est le cas dans la religion chrétienne. Certains démons de la mythologie grecque étaient bons, d'autres étaient néfastes. Le démon de Socrate était bon. Et il ne prononçait qu'un mot : « non ». Non, tu ne feras pas ça ! La morale commence par un « non » : le « non » qu'on oppose aux petits enfants sur le point de faire une bêtise, le « non » qu'on oppose aux tentations, le « non » avec lequel on rejette le mal. Et la conduite éthique bouddhique commence également par une négation : les dix préceptes ont d'abord une formulation négative, ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir.... Ensuite seulement vient la formulation positive : « ne pas tuer » revient à « protéger la vie », « ne pas voler » revient à « faire preuve de générosité », « ne pas mentir » revient à « dire la vérité »...


Shāntideva reprend ici le même principe : plutôt que d'agir en commettant des fautes morales, il faut s'abstenir d'agir. Il faut rester de bois. Ne pas participer au bavardage intempestif qui n'amène que de la distraction et des commérages. Ne pas participer aux divertissements sans intérêt. Ne pas faire des choses insensées pour passer le temps comme tracer des formes sans signification au sol ou griffonner des traits ou des bonhommes dans un cahier pour faire passer le cours plus vite. Quand je n'ai rien à faire, au lieu de trépigner en tout sens ou de noircir nerveusement mon cahier, je devrai plutôt mettre à profit ce temps pour cultiver la pleine conscience et l'esprit d’Éveil.


Il faut examiner minutieusement son esprit avant d'agir et interroger sa motivation : est-ce une motivation altruiste ? Est-ce que j'agis sous l'emprise des émotions perturbatrices ? Est-ce que ce que je fais est honorable ou pas ? Si je vois de la colère ou de l'attachement dans cette motivation, il faut s'abstenir des paroles que je voulais prononcer ainsi que des actes que je voulais faire. Et c'est pareil pour les autres émotions perturbatrices comme l'agitation, le mépris, l'orgueil, la méchanceté, l'hypocrisie, la dissimulation, la propension à dire des mensonges, etc... Dans tous ces cas, je dois rester de bois.


Pareillement, lorsque je constate que ma motivation est entachée par des considérations de position en société, par exemple, quand je me fais mousser et que je mets en valeur devant les autres, quand je rabaisse les autres pour paraître plus intelligent ou plus brillant ou quand je cherche la discorde, je dois aussi rester de marbre et me retenir d'agir ou de raconter n'importe quoi.


Quand ma motivation est gouvernée par la recherche de mon seul intérêt personnel, quand je poursuis le gain, le prestige, des avantages, quand je cherche à étendre ma domination et faire des autres mes serviteurs, quand je poursuis mon bien aux dépens de celui des autres, là encore, je devrai stopper cet élan égoïste et me demander comment je peux être utile aux autres, comment je peux leur venir en aide efficacement.


Enfin, si je ne suis pas à la hauteur de la situation, étant trop impatient, trop paresseux, trop lâche ou inversement, si je prends trop de risques inconsidérés en étant trop téméraire, si ce que je raconte n'a vraiment aucun intérêt ou si ma partialité fait que j'analyse plus la situation avec justesse ou que je suis injuste, là encore, il convient de rester de bois et ne pas faire ce que nos mauvais penchants allaient me pousser à faire ou à dire. « Un homme, ça s'empêche », disait Albert Camus (dans son roman « Le premier homme »).














Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)




Chapitre V: La garde de la vigilance







Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.



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