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jeudi 17 septembre 2026

La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

 

La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


81. Sans cesse animé d'une haute aspiration

Et grâce aux antidotes, en œuvrant

Pour les champs de qualités, de bienfaits et de la misère,

De grandes vertus s'ensuivront.


82. Muni de sagesse et de foi,

J'agirai toujours moi-même ;

Je ne dépendrai de personne

Dans toutes les actions entreprises.


83. Les perfections telles que la générosité

Croissent en excellence comme l'on passe de l'une à l'autre ;

Mais je ne sacrifierai pas un grand don pour un aspect mineur de la moralité,

En considérant en priorité ce qui est le plus bénéfique pour les autres.


84. Cela étant bien compris,

Je m'appliquerai constamment au bien d'autrui.

Ceux dont la grande compassion porte loin

Ont permis (aux bodhisattvas) ce qui est interdit (à d'autres).














La grande aspiration qui devrait nous animer et dont parle Shantideva est tout simplement l'esprit d’Éveil. Je renvoie aux commentaires des chapitres 1, 2, 3 et 4 pour plus de précision ! Les antidotes sont les correctifs que l'on met en place pour affaiblir et faire disparaître nos tendances négatives : la bienveillance pour enrayer la malveillance, la patience pour venir à bout de la colère et de l'irritation, la générosité pour déraciner l'égoïsme et l'avarice, etc... Les 3 champs pour lequel il faut œuvrer muni de l'esprit d’Éveil et des antidotes sont :


  • 1°) le champ de qualités : les Trois Refuges, c'est-à-dire le Bouddha, le Dharma et la Sangha qui sont le but à atteindre pour un bouddhiste, la Voie qui mène à l'état de Bouddha et la communauté de ceux qui ont appris et pratiqué ce Dharma et ont atteint un grand degré de maîtrise spirituelle.

  • 2°) le champ de bienfaits : ce sont nos parents, nos enfants, notre famille, nos amis, la communauté autour de nous, tous ceux à qui on peut apporter une aide concrète,

  • 3°) le champ de misère : c'est l'ensemble des êtres qui errent dans le samsara et sont marqués par la souffrance sous toutes ses formes dans l'existence.


Par ailleurs, on ne doit pas toujours attendre que les autres nous demandent d'agir envers ces trois champs. On doit prendre l'initiative soi-même et ne pas constamment dépendre des autres. Si les gens autour de nous ne semblent pas vouloir œuvrer pour le bien, on doit sortir du conformisme ambiant et faire ce que la raison et la sagesse nous commande de faire.


Par ailleurs, il peut arriver que différents principes moraux s'opposent entre eux, il faut choisir celui qui est le plus bénéfique aux autres pour se sortir de ce dilemme. Par exemple, un moine bouddhiste n'est pas censé toucher une femme, mais si c'est pour sauver une demoiselle de la noyade, passer outre la discipline monastique se justifie totalement ! La rationalité de notre action devrait résider dans la question de ce qui est bénéfique à autrui. Comment mon action sera-t-elle la plus utile aux autres ?


Dans cet ordre d'idées, Shāntideva nous dit qu'on peut comprendre qu'un bodhisattva agisse en-dehors du cadre établi des règles communément admises qu'elles soient morales ou disciplinaires, parce qu'un bodhisattva voit plus l'intérêt du plus grand nombre et voit les moyens parfois contre-intuitifs pour parvenir à cet intérêt du plus grand nombre. C'est pourquoi on pourrait voir un bodhisattva dans une beuverie par exemple s'il estime que sa présence pourra apporter un plus grand bien que s'il restait sobre comme les règles morale du bouddhisme lui impose normalement.


Pour ma part, je précise tout de suite qu'il faut se méfier grandement de ce genre de justifications. Tant d'abus dans le bouddhisme ont été commis au nom de ce relativisme moral qui dit que les bodhisattvas et les maîtres spirituels peuvent s'affranchir des règles communes du fait de leur « esprit d’Éveil développé ». Certains maîtres spirituels sont des ivrognes, d'autres frappent leurs disciples, et tout ça serait justifié par une mystérieuse liberté spirituelle, acquise on ne sait comment. Faites vraiment attention à ce genre de justifications ! Dans des cas rares et marginaux, cela pourrait arriver, effectivement, mais cela doit rester exceptionnel ; et on ne doit pas être dupe du baratin pseudo-spirituel qui tend à justifier des comportements inacceptables de la part de maîtres spirituels prétendument éveillés, mais qui sont en fait en pleine perdition !








Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)

- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)

- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)

- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)

- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)

- La garde de la vigilance (V, 76 à 78)

- La garde de la vigilance (V, 79 & 80)



Chapitre V: La garde de la vigilance





Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.








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