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jeudi 21 juillet 2016

Plaidoyer pour la Belgique






   Tous les commentateurs belges ou étrangers s'accordent à dire que la Belgique vit ses dernières heures, tiraillée qu'elle est entre les Flamands et les francophones. En ce jour de fête nationale belge, je voudrais prendre la défense de la Belgique, non par patriotisme débordant ou par attachement à la famille royale, mais simplement pour rappeler que nous avons beaucoup plus à gagner à être ensemble qu'à se séparer et à être disloqué.


    Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, mais je vais être très bref. Je pense qu'il faudrait ressouder le sentiment d'unité nationale. On subit beaucoup trop le lavage de cerveau perpétrés par des gens haut placés qui disent que nous n'avons rien en commun, qui utilisent n'importe quel argument malhonnête pour diviser le pays. Si la pays se divise parce qu'il y a trois langues nationales, alors comment l'Europe avec un beaucoup plus grand nombre de langues pourraient-elles se former harmonieusement ? L'Europe des régions est une fadaise bonne seulement pour ceux qui ne veulent pas de l'Europe.



    Personnellement, je pense qu'il faudrait faire en sorte que les deux grandes communautés linguistiques du pays, Flamands et francophones, reparlent ensemble (sans oublier non plus les germanophones). Je pense notamment qu'il faudrait une télévision nationale en français, flamand et allemand un peu sur le modèle d'Arte, télévision culturelle franco-allemande. C'est une proposition parmi d'autres pour renouer les liens dans le pays.







Léon Spilliaert, Ostende, 1881






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Magritte - L'Empire des lumières - 1954












Réflexions sur le monde végétal - 2ème partie



    Suite à mes deux articles tournant autour du thème de la conscience des plantes (ici et ), Sb a amené quelques objections auquel je voudrais répondre brièvement ici. Rappelons en quelques mots ma position sur le sujet : je ne pense pas que les plantes soient douées de conscience, ne possédant pas de système nerveux. Mais même si les plantes avaient par miracle une conscience, on ne pourrait pas se servir de cet argument à l'encontre des véganes et des végétariens. Les mangeurs de viande causent la perte de beaucoup plus de végétaux que les véganes : en effet, les véganes ne causent la perte que des plantes qu'il mange, tandis que pour produire de la viande, il faut engraisser toute leur vie des animaux avec des végétaux. Donc le véganisme est moins nuisible aux plantes qu'un régime carné.



    1°) Sb fait tout d'abord référence à Dôgen Zenji, le fondateur de l'école Zen Sôtô : « Si l'on pratique la Voie avec un cœur sincère en se laissant transformer avec les herbes, les arbres, les tuiles et les cailloux, on doit obtenir la voie. Car les quatre éléments et les cinq agrégats vont ensemble avec les herbes, les arbres, les tuiles et les cailloux. Ils ont la même nature, ils ont le même cœur et la même vie et ils ont le même corps et la même dynamique ». Pour Sb, cela « incite à méditer sur l'absence de frontière entre le monde minéral, végétal et humain (et animal) ». Ce passage est une extrait du Sokushin Zebutsu (« L'esprit lui-même est Bouddha »). Il y aurait beaucoup à dire autour de ce passage, beaucoup de commentaires à faire, des gloses érudites comme des paroles de sagesse. Mais brièvement, je pense que le message de Dôgen n'est pas de dire que les plantes, les plantes ou les cailloux sont doués de conscience, mais que la méditation ne peut pas faire l'impasse sur le monde phénoménal. Souvent les méditations sur l'esprit font l'impasse sur ce qui est matériel autour de nous. Mais pour reprendre le langage de la phénoménologie, la conscience est toujours conscience de quelque chose.

     Dans ses Méditations Métaphysiques, Descartes envisage l'esprit indépendamment du monde environnant. C'est la formule célébrissime : « Je pense, donc je suis ». Ce n'est qu'après avoir fondé l'existence sur le sujet pensant et l'existence de Dieu à partir du sujet pensant que Descartes envisage l'existence du monde. C'est un beau raisonnement, mais un raisonnement fallacieux. Si on veut connaître véritablement la nature de l'esprit, il faut avoir intimement conscience des objets nous environnant. Des plantes, des murs, des tuiles et des cailloux comme dit Dôgen. Ces choses et ce monde naturel résonnent subtilement en nous. Chaque phénomène de ce monde trouve un écho en nous. C'est pourquoi en méditation il ne faut se fermer au monde autour de nous. Tout est interdépendant, le corps, l'esprit, les fleurs et les cailloux. C'est pourquoi accéder à la nature de l'esprit exige de faire ce pas vers la non-dualité. Dans la nature de l'esprit, pas de dualité entre moi et l'autre, entre le sujet pensant et les objets pensés.



     2°) Sb se demande aussi : « je tiens à préciser que l'enjeu de ce questionnement n'est pas théorique. Je m'en fiche de savoir si la plante à une conscience ou pas. Ma question c'est plutôt : devons-nous, d'un point de vue bouddhiste, faire preuve de compassion et de bienveillance à l'égard des plantes, du monde végétal et minéral (comme du monde animal) ? L'enjeu est pragmatique. Je ne me situe pas non plus sur un plan moral ». Ma réponse est oui, nous devons répandre la compassion partout, en tout point de l'univers, dans la terre, dans le ciel, dans les nuages, dans les maisons, partout, donc y compris dans les plantes. Pas parce que les plantes sont douées de conscience, mais parce que les plantes abritent toutes sortes de petits animaux : on peut penser aux oiseaux qui nichent dans ou sur les arbres... Les végétaux sont aussi une nourriture pour un nombre considérable d'animaux. Et nous dépendons immanquablement des plantes et des algues pour respirer de l'oxygène à la surface de la Terre. Donc en faisant rayonner la compassion sur les plantes, cela rejaillit sur les animaux et les humains.

     Une question que l'on pourrait se poser est : la compassion et la bienveillance peuvent-elles avoir un effet positif sur la plante elle-même ? Si la plante a une conscience, oui évidemment. Mais si elle n'en a pas ? Je serais tenté de répondre par la positive. La compassion et l'amour bienveillant envoient une énergie de douceur et de vitalité au monde. En tant qu'être vivant, il est probable que les plantes soient sensibles à cette énergie et soient affectées dans leur croissance par cette énergie.









       3°) Sur la question de Descartes, Sb me reproche d'avoir dit dans mon précédent article : « Descartes et ses disciples devaient aller à l'encontre de l'intuition commune ». J'ai dit cela par rapport au fait que Descartes et les cartésiens ont nié que les animaux étaient doués de conscience. Descartes a développé l'idée de l'animal-machine pour expliquer le fait que les animaux réagissent à leur environnement, se déplacent, font des choix, agissent de telle ou telle manière, tour en niant une conscience chez eux. Or quand on observe un animal, quand on voit cette réaction émotionnelle (les frétillements de queue d'un chien et sa joie devant la nourriture par exemple), on a tout de suite l'impression que les animaux ont une conscience. Ils n'ont peut-être pas d'âme comme le dit l’Église catholique. C'est là un sujet théologique et métaphysique au-delà de notre entendement. Mais selon notre expérience, on voit les animaux réagir tant au plaisir et à la souffrance tout comme nous le faisons. La conscience des animaux apparaît comme une évidence, évidence que les cartésiens ont combattu au nom de la théorie de l'animal-machine.

      Parfois, la science combat des évidences trop vite reçues : l'idée qui semble évidente que le Soleil tourne de la Terre. Il suffit de regarder le Soleil « se lever » le matin, accomplir « son voyage » dans le ciel comme tiré par les chariots d'Hélios et « se coucher » le soir pour considérer comme évident que le Soleil tourne autour de la Terre, et pas l'inverse. La science a mis à bas « cette évidence » du géocentrisme pour imposer l'héliocentrisme. Mais dans le cas de la théorie de l'animal-machine au contraire, les neurosciences et l'éthologie tendent à confirmer l'évidence de la conscience animale.

     Par contre, quand on regarde une plante, elle ne bougent pas, ne réagit pas émotionnellement, ne fait pas de choix. L'évidence populaire serait plutôt de ne pas accorder de conscience aux plantes. On peut néanmoins avoir différentes conceptions sur le sujet. Dans l'article sur l'argument de la conscience des plantes, j'avais parlé des Achuars qui vivent en Amazonie et qui parlent aux plantes quand ils prennent de l'ayahuasca, un très puissant hallucinogène. Néanmoins, dans notre culture, l'évidence qui est finalement une chose assez relative serait plutôt de s'accorder sur la conscience des animaux et sur l'absence de conscience pour les plantes. Je dis « plutôt » parce que je n'omets pas le cas des jardiniers qui parlent à leurs plantes.


     4°) Sb fait remarquer que la conscience elle-même est difficilement localisable dans le cerveau, au contraire des fonctions spécifiques comme le langage. Pourquoi dès lors les plantes n'auraient-elles pas une conscience non-localisables aussi ? C'est un débat métaphysique important : la conscience déborde-t-elle du cerveau ? Les matérialistes purs et durs comme Jean-Pierre Changeux qui avait écrit dans les années '80 « L'homme neuronal », pense que l'esprit n'est qu'un épiphénomène du cerveau. En clair, la conscience selon Changeux est entièrement produite par le cerveau et l'activité neuronale. L'esprit se réduit dès lors aux neurones et aux interactions entre eux. C'est ce qu'on appelle le « réductionnisme ». D'autres pensent que la conscience a un aspect immatériel qui existe indépendamment du cerveau. Pour ma part, c'est que je pense. La nature de l'esprit échappe au fonctionnement matériel du cerveau. Pour autant, tous nos actes conscients se produisent en dépendance du cerveau et du système nerveux. Si je vois une pomme devant moi, il faut l’œil pour voir, il faut que l'information puisse être traitée par le cerveau pour que je puisse prendre conscience de l'objet pomme. La conscience elle-même est immatérielle, mais j'ai besoin du cerveau et des facultés sensorielles pour voir, pour entendre, pour sentir, pour goûter, pour toucher et même pour penser. La nature de l'esprit toute seule ne peut pas produire de vision, d'audition, d'olfaction, de goût, de toucher, et même de pensée. Le système nerveux et le cerveau sont l'interface nécessaire entre le monde et l'esprit.

    C'est là où la conscience des plantes me semble peu crédible. À quoi servirait une conscience des plantes sans possibilité d'interagir avec le monde ? Une conscience enfermée inéluctablement dans la plante ? Peut-être y a-t-il d'autres interfaces que le système nerveux ? On ne peut pas écarter absolument cette hypothèse, sauf à vouloir imposer une vision dogmatique du monde. Ce n'est pas mon cas, mais la conscience des plantes m'apparaît pour autant une hypothèse extrêmement peu probable.




      5°) En conclusion, je ne crois pas que les plantes ont une conscience. Mais pour autant, il me semble qu'il y a dans le monde végétal une complexité et une diversité beaucoup plus étendue que dans le monde animal. On devrait faire preuve de plus de curiosité à l'égard de ce monde végétal. Sb cite ainsi les travaux de Francis Hallé sur les arbres, que d'une branche à l'autre, il peut y avoir des codes génétiques et qu'on devrait en conséquence considérer les arbres comme des colonies avec un intérêt mutuel mis en commun dans la figure de l'arbre. C'est en soi tout à fait fascinant. Je me rappelle d'un autre commentaire de Francis Hallé où il expliquait que 80% de la masse physique d'un arbre provient en fait du ciel, du CO2 qu'il absorbe et transforme par la photosynthèse. C'est là aussi quelque chose de très étonnant. Ce n'est pas seulement le monde des plantes, mais aussi celui des champignons qui est fascinant. Je renvoie notamment aux vidéos de Paul Stamets sur le sujet.









Voir les deux articles précédents : 





La conférence TedX de Paul Stamets : 6 manières de changer le monde avec les champignons





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samedi 16 juillet 2016

Une chose merveilleuse et grande




      Oui la détresse est grande, et pourtant il m'arrive souvent, le soir, quand le jour écoulé a sombré derrière moi dans les profondeurs, de longer d'un pas souple les barbelés, et toujours je sens monter en mon cœur – je n'y puis rien, c'est ainsi, cela vient d'une force élémentaire – la même incantation: la vie est une chose merveilleuse et grande. Après la guerre, nous aurons à construire un monde entièrement nouveau, et, à chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle cruauté, nous devrons opposer un petit supplément d'amour et de bonté à conquérir sur nous-mêmes. Nous avons le droit de souffrir mais non de succomber à la souffrance. Et si nous survivons à cette époque indemnes de corps et d'âme, d'âme surtout, sans amertume, sans haine, nous aurons aussi notre mot à dire après la guerre


Etty Hillesum, extrait de son journal, 1941






Roman Vishniac, Garçon se tenant sur une montagne de gravats, Berlin, 1947.







      Etty Hillesum était une juive néerlandaise qui a écrit son journal intime, un témoignage spirituel très fort, entre 1941 et 1943, année où elle mourut à Auschwitz. Je trouve ce passage de son journal très fort. Au fond, il n'est déjà pas aisé de parvenir à trouver la vie belle et magnifique quand on traverse un moment de déprime ou une situation difficile comme une perte d'emploi. Mais il y a une incroyable force à s'émerveiller encore de la vie quand l'étau se resserre inexorablement sur les juifs d'Europe en 1941. Et à trouver l'envie de déjà vouloir tout reconstruire alors que la guerre ne fait que commencer, et de penser l'après de cette guerre, et de se dire qu'il faudra apporter encore plus d'amour et de beauté à ce monde et s'opposer encore et encore à toutes les injustices futures, à toutes les exactions que la cruauté des hommes rend possible. « Nous avons le droit de souffrir mais non de succomber à la souffrance ». Voilà une très belle phrase qui désigne toute notre humanité : notre condition humaine assujettie souvent à la souffrance, mais aussi notre humanité en tant qu'idéal moral de bienveillance et de justice, de considération pour autrui qui doit faire une société meilleure. Nous souffrons, mais nous devons vaincre ce ressentiment qui naît de la souffrance et des injustices. Nous devons dépasser les vieilles haines et rancunes. Dépasser cela et construire quelque chose de meilleur. Voilà une exigence morale essentielle.  






Etty Hillesum







Voir également :







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vendredi 15 juillet 2016

La faucille et le chemin




      Nánquán Pǔyuàn 南泉普願 était un maître Zen qui a vécu en Chine au VIIIème et IXème siècle (748-835). (NB : il conviendrait d'ailleurs de dire « maître Chán » car l'idéogramme se dit Zen en japonais et Chán  en chinois, mais le mot est plus connu sous sa forme japonaise de Zen). Nánquán Pǔyuàn avait été le disciple de Mǎzŭ Dàoyī, un des très grands maîtres de la tradition Zen. Après avoir connu l'illumination auprès du maître Mǎzŭ, il alla s'installer dans les monts Nánquán, d'où il tira son nom.


                  Nánquán Pǔyuàn 南泉普願






     Le Recueil des Cinq Sources raconte cette anecdote en forme de kōan à son propos :

lundi 11 juillet 2016

Les 8 types d'empathie selon Daniel Batson






     L'empathie est la capacité de se mettre à la place de l'autre et de comprendre intimement ce qu'il ressent. L'empathie est essentielle dans les sociétés humaines pour communiquer et souder chaque membre de la communauté les uns aux autres. L'empathie est souvent décrite par les évolutionnistes comme la source de la morale et de l'altruisme. Pour autant, l'empathie ne conduit pas nécessairement à une conduite éthique remarquable et à l'altruisme désintéressé. Une personne manipulatrice peut avec l'empathie comprendre le désarroi d'une personne et utiliser cette compréhension de ses états mentaux pour mieux la contrôler. Il est donc important de comprendre ce phénomène de l'empathie et de comprendre quand l'empathie est un facteur propice à l'apparition de l'altruisme et la volonté de faire le bien autour de soi. Daniel Batson a découvert 8 types d'empathie. Je les expose tel que Matthieu Ricard les expose dans son ouvrage « Plaidoyer pour l'altruisme » (éditions NiL, Paris, 2013, pp. 56-60).

Ces 8 types d'empathie sont :
  • 1°) la connaissance de l'état intérieur de l'autre
  • 2°) l'imitation motrice et cérébrale
  • 3°) la résonance émotionnelle
  • 4°) se projeter intuitivement dans la situation de l'autre
  • 5°) se représenter le plus clairement possible les sentiments d'autrui
  • 6°) imaginer ce que nous ressentirions si nous étions à la place d'autrui
  • 7°) la détresse empathique
  • 8°) la sollicitude empathique


   1°) La connaissance de l'état intérieur d'une personne nous permet de comprendre ce que l'autre ressent grâce aux signes qu'il donne et qui indiquent cet état présent : grimace, pleurs, agitation.... Cette connaissance peut nous conduire à vouloir aider quelqu'un, mais pas nécessairement : on peut très bien croiser quelqu'un qui pleure dans la rue. On sait que cette personne est malheureuse, mais on peut très bien rester complètement indifférent au sort de cette personne.

samedi 9 juillet 2016

Compassion


     Imaginez que du cockpit d'un petit avion de tourisme volant à basse altitude, vous aperceviez un naufragé qui nage au milieu de l'Océan Pacifique : il vous est impossible de lui porter secours ou d'alerter qui que ce soit. Si vous pensez : « Quelle tristesse ! », votre pitié est caractérisée par un sentiment d'impuissance.

     Si, maintenant, vous apercevez une île que le naufragé ne peut voir à cause de la brume, mais qu'il pourrait atteindre s'il nageait dans la bonne direction, votre pitié se transformera en compassion : conscient de la possibilité de la survie du malheureux, vous souhaiterez du fond du cœur qu'il aperçoive cette île si proche, et vous tenterez par tous les moyens possibles de lui donner une indication.

Le Dalaï-lama, enseignement donné à Paris en 20031.



jeudi 7 juillet 2016

Réflexions sur le monde végétal




     J'ai récemment rédigé un article qui visait à démonter l'argument sans cesse avancé contre les véganes et les végétariens pour justifier la consommation de viande et de produits animaux : les plantes elles aussi ont une conscience. Pour résumer de manière très brève mon propos, je soutenais que :

1°) les végétaux n'ont très probablement pas de conscience, étant dépourvu de système nerveux.

2°) Et même si les plantes avaient une conscience, ce ne serait pas un argument en faveur de la consommation de viande, mais bien en faveur du véganisme. Puisque pour faire de la viande, il faut produire des végétaux qui vont nourrir pendant des années les animaux que l'on désire manger. Le végane, lui, ne mange rien d'autre que les végétaux qu'il absorbe. Au total, la consommation de viande consomme donc beaucoup plus de végétaux que le véganisme.

    Suite à cet article, un internaute, Sb, a émis quelques objections : « Les réflexions sur le monde végétal me semble beaucoup trop binaire comme si tu n'avais que 2 possibilités :
  • soit la plante est consciente, ce qui impliquerait que nous devrions la traiter comme les animaux et les êtres humains ;
  • soit la plante n'est pas consciente et elle est une ressource à notre disposition ».

  Je permettrai tout d'abord d'insister sur le fait qu'effectivement le problème se pose sous la forme d'une alternative :
  • soit les plantes ont une conscience,
  • soit elles n'en ont pas.

      Si les plantes ont une conscience, les couper, les arracher et atteindre à leur intégrité est quelque chose de mal. Si elles n'ont pas de conscience, couper ces plantes en vue de les manger n'a pas d'implication morale. La question doit donc être posée dans les termes de cette alternative. Néanmoins, il est possible de nuancer les réponses, tant le « non » que le « oui » sous la forme d'un « non, mais » et d'un « oui, mais ». On pourrait dire : « oui, les plantes ont une conscience, mais cette conscience est beaucoup moins développée que chez un animal ou chez un être humain ». C'est l'option défendue en Inde par les Jaïns et en Europe par Leibniz (qui concédait aussi une conscience minimale aux objets minéraux comme les cailloux et les rochers). Pour les Jaïns, il faut étendre la non-violence à tous les êtres, y compris les plantes. Manger pour eux est toujours un acte de prédation, mais comme il faut bien manger pour survivre, manger des légumes ou des fruits est un moindre mal par rapport au fait de manger des animaux.

    Dans le camp du « non, mais », il y a l'idée que non, les plantes n'ont pas de conscience, mais ce sont néanmoins des êtres vivants qui cherchent à se développer dans leur environnement. À ce titre effectivement, on ne peut pas les traiter de la même façon qu'un caillou ou une canette de Coca-Cola usagée. Non seulement, il y a la vie qui croit et se propage dans le monde végétal, mais notre vie animale dépend intégralement directement ou indirectement de ce monde végétal que ce soit pour se nourrir ou pour respirer, sans compter les autres usages des plantes, des fleurs, des arbres que les hommes ont pu avoir dans le cours de l'Histoire.

      Prenons un exemple : Roger écrase nerveusement des fleurs dans un jardin, avec un sourire sadique. Il a écrasé ces fleurs gratuitement pour le simple plaisir de fouler aux pieds et de casser ce qui est beau. Je pense que tout le monde s'accordera pour dire que c'est une action mauvaise et répréhensible. Mais à quel titre l'action de Roger est-elle mauvaise ?

  • Est-ce parce que Roger a brisé la vie de la fleur et fait souffrir cette petite fleur sans défense ?
  • Est-ce parce qu'il a détruit le bien de madame Michel qui avait planté ces fleurs dans son jardin ?
  • Est-ce parce que les passants perdent le plaisir esthétique qu'il y a à regarder cette fleur ?
  • Est-ce parce que des êtres conscients comme les abeilles perdent les bienfaits qu'elles pouvaient retirer de la fleur ?
  • Est-ce aussi parce que cette plante fait partie d'un écosystème et que sa destruction va avoir un impact sur tout l'écosystème ?
  • Est-ce parce que Roger a détruit le flux vital dans cette plante ?
  • Est-ce enfin parce qu'en faisant cela, Roger outrage une entité mystique que serait la Nature ou la Vie ?

  Personnellement, j'évacuerais d'emblée la première proposition, mais les autres sont recevables. La dernière et l'avant-dernière pose des questions éthiques et métaphysiques. Y a-t-il une grande fraternité dans le vivant ? En tant qu'être vivant, avons-nous une responsabilité envers les autres êtres vivants, les plantes, mais aussi d'autres règnes naturels comme les plantes, de la même façon que nous avons une responsabilité envers les autres êtres humains du fait que nous sommes des êtres humains et une responsabilité à l'égard des autres êtres conscients comme les animaux du fait que les autres êtres conscients ?

  Peut-on dégager une loi morale qui permettrait de considérer les végétaux nécessaires à notre subsistance, mais qui s'opposerait à ce que l'on détruise gratuitement les fleurs, les plantes et les arbres ou seulement pour satisfaire seulement la cupidité des hommes ? La question se pose avec acuité face à la déforestation en Amazonie ou dans d'autres forêts primaires de par le monde. Elle se pose aussi quand on bétonne à tout va dans nos régions. On sent quand on détruit la Nature qu'on perd quelque chose irrémédiablement, quelque choque qui nous est cher.


*****

    Enfin, l'internaute m'objecte que « les bouddhistes sont souvent les mieux placés, comme le soulignait Francisco Varela, pour savoir que la science a très peu accès à l'intériorité. La science n' a pas tant progressé depuis l'époque Descartes... Beaucoup de scientifiques pensent encore que les plantes sont des automates ». Dans le même ordre d'idée, on m'a objecté que, depuis Descartes, les scientifiques croient que les animaux n'ont pas de conscience, pas de sensibilité et donc qu'ils ne souffrent pas (voir à ce sujet : la 2ème mauvaise justification). Pourquoi n'aurait-on pas fait la même erreur avec les plantes ? Il y a quand même une différence de taille : Descartes et ses disciples devaient aller à l'encontre de l'intuition commune. Il suffit de regarder un animal dans une situation pénible pour voir qu'il souffre. Descartes devait donc aller à l'encontre du sens commun. Avec les animaux, on peut avoir des réactions empathiques évidentes qui, si elles ne sont pas des preuves absolues de l'existence, sont quand même des indices révélateurs.

      Avec les plantes, c'est le contraire qui est vrai : prouver que les plantes ont une conscience, c'est aller à contre-courant de l'intuition commune. Rien ne nous montre que les plantes auraient quelque chose qui s'apparente à une conscience : elles ne se déplacent pas, n'expriment aucune émotion et ne sont pas animées par une volonté. Quand les scientifiques essayent d'envisager cette conscience, c'est toujours en invoquant des phénomènes marginaux dans le monde végétal et réinterprétant de manière biscornue des propriétés du monde animal. On parlera de « communication » là où il n'y a qu'un échange biochimique qui influence éventuellement l'épigénétique des plantes ; on parle de « mouvement » pour évoquer ces arbres qui font croître certaines racines, ce qui a pour effet de déplacer l'arbre d'une vingtaine de centimètres par an (même pour un escargot, c'est une vitesse très lente) ; on parle « d'intelligence » pour parler de la capacité d'adaptation à un changement d'environnement, adaptation qui va se faire sur toute une lignée de plantes selon les lois de l'évolution par la sélection naturelle de Darwin, et pas par le comportement d'un seul individu. Évidemment, cela n'a pas grand-chose à voir avec l'intelligence humaine ou animale qui désigne la qualité de réflexion dans un esprit.


   Tout cela laisse douter fortement d'une existence d'une conscience au sein de la plante. Mais bien sûr, on ne peut pas le savoir absolument. Il y a peut-être une conscience cachée au plus profond de la plante, mais vraiment bien cachée alors.... Quand on regarde un autre humain ou un animal comme un chien ou un singe, on sent au plus profond qu'on est face à un corps dans lequel il y a une conscience. J'avais capturé une fois une souris chez moi. J'allais la libérer dans les bois. Mais regardant ses petits noirs, j'y lisais clairement la terreur. Je l'ai relâchée tout de suite pour la libérer de cette peur. Devant une fleur, un légume ou un arbre, je ne sens qu'une force vitale devant moi. 















On lira aussi la suite de cette réflexion ici : - Réflexions sur le monde végétal (2ème partie)





Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la libération animale ici.

Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour du végétarisme et du véganisme ici


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mardi 5 juillet 2016

Einstein et la non-dualité



    L'être humain est une partie du tout que nous appelons l'univers, une partie limitée par le temps et l'espace. Il fait l'expérience de lui-même, de ses pensées et de ses sentiments comme d'événements séparés du reste, c'est là une sorte d'illusion d'optique de sa conscience. Cette illusion est une forme de prison pour nous, car elle nous restreint à nos désirs personnels et nous contraint à réserver notre affection aux quelques personnes qui sont les plus proches de nous. Notre tâche devrait consister à nous libérer de cette prison en élargissant notre cercle de compassion de manière à y inclure toutes les créatures vivantes et toute la nature dans sa beauté.

Albert Einstein, lettre à Robert S. Marcus, 1950.
(Einstein a écrit cette lettre pour apporter une consolation à son ami Robert S. Marcus qui venait de perdre son fils)




Carl Gustav Carus,
chambre avec vue sur le golfe de Naple 1829-30






      La théorie de la relativité d'Einstein implique de changer complètement de point de vue sur le monde : le temps et l'espace ne sont pas deux choses séparées, nous dit la théorie restreinte de la relativité ; et la gravité déforme la structure de l'espace-temps, nous dit la théorie générale. Selon que l'observateur se déplace ou non à une vitesse proche de la vitesse de la lumière ou qu'il se situe ou non proche d'une objet extrêmement massif comme un trou noir, il aura une perception d'une autre personne située immobile à une autre point de l'univers.


     De la même façon, quand on observe le monde avec son simple point de vue de personne humaine, toutes les choses que l'on voit ou que l'on perçoit semblent être séparées et indépendantes du reste du monde. Mais c'est là une illusion d'optique de la conscience, nous dit Einstein. Tout est interconnecté : exister implique que l'univers en son entier existe. Notre corps occupe un tout petit segment de temps et d'espace dans l'univers ; mais la conscience ne devrait pas se sentir limitée par cette minuscule étendue du corps ainsi que cette minuscule durée, un éclair dans un océan de ténèbres. L'enjeu pour la conscience est d'abord d'élargir le cercle de sa compassion en embrassant le plus grand nombre d'êtres, et en ne se limitant pas aux quelques êtres proches que l'on peut chérir. Faire l'expérience grâce à la compassion. Voilà une grande consolation quand on est accablé par les maux de ce monde.










Voir aussi :



    Le bonheur est-il en nous ? Ou se trouve dans notre relation avec les autres ?


        On pense parfois que la compassion consiste à s'affliger soi-même de la détresse des autres, mais, dans la philosophie du Bouddha, rien de tout cela : la compassion est définie comme le souhait ardent que les autres soient libérés de la souffrance et des causes de la souffrance.



     Comment produire l'esprit d’Éveil ou bodhicitta? L'esprit d’Éveil est le souhait que tous les êtres soient libérés de la souffrance et deviennent des êtres pleinement éveillés. Les enseignements du lama tibétain Dza Patrül Rimpotché (XIXème siècle). 







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