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vendredi 29 septembre 2017

Écrire







     (...) Je sais pas, tu vois. Prends les poètes. Certains démarrent très fort. Il y a un éclair, une brûlure, un pari dans leur façon de coucher les mots sur le papier. Un bon premier livre ou un second, ensuite ils semblent se d i s s o u d r e. Tu jettes un œil alentour et tu découvres qu'ils enseignent l'ÉCRITURE CRÉATIVE à l'université. Maintenant ils s'imaginent qu'ils savent comment ÉCRIRE et qu'ils vont dire aux autres comment s'y prendre. Ceci est une maladie : ils se sont épris d'eux-mêmes. C'est incroyable qu'ils puissent faire ça. C'est comme si un type venait me voir et essayait de me dire comment on baise sous prétexte qu'il pense baiser décemment.


     S'il existe de bons écrivains, je ne pense pas que ces écrivains triment, marchent, discutent et s'accouplent en pensant, « Je suis un écrivain. » Ils vivent parce qu'il n'y a rien d'autre à faire. Ça s'empile : les abominations, les réjouissances, les pneus crevés, les cauchemars, les hurlements, les rires, les morts, les longues enfilades de zéros et tout le reste, ça commence à peser alors ils voient la machine à écrire et ils se posent devant et ça leur sort par les doigts, il n'y a pas de planning, ça leur tombe dessus : s'ils sont toujours en veine. (...)


Charles Bukowski, extrait d'une lettre adressée à Loss Pequeño Glazier, le 16 février 1983.








Charles Bukowski


samedi 20 février 2016

Si j'étais

Si j'étais




Si j’étais platane,  si je me reposais à son ombre
Si j’étais livre, que je lirais sans ennui dans mes nuits d’insomnie
Crayon, je ne voudrais pas l’être même pas entre mes propres doigts
Si j’étais porte, je m’ouvrirais aux bons, je me fermerais aux méchants
Si j’étais fenêtre, une fenêtre sans rideaux, grande ouverte
Si je faisais entrer la ville dans ma chambre
Si j’étais verbe, si je vous appelais au beau au juste au vrai
Si j’étais parole, si je disais mon amour tout doucement


Nazım Hikmet, 27 mai 1962.









    J'aime la façon dont le poète turc Nazım Hikmet exprime le processus de croissance de l'écriture qui va de l'état séminal qui est la matérialité vivante et concrète d'un arbre qui fera les pages d'un livre autant que le crayon à l'ouverture de la conscience au monde, au grouillement de la cité que l'on ressent dans l'intimité solitaire de sa chambre, et le surgissement du verbe qui appelle au beau, au juste, au vrai et à la parole qui murmure l'amour, l'origine et la fin de toute écriture.



Fan Ho, Hong Kong, 1950




Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.







Nazım Hikmet (1901-1963)