(...) Je sais pas, tu
vois. Prends les poètes. Certains démarrent très fort. Il y a un
éclair, une brûlure, un pari dans leur façon de coucher les mots
sur le papier. Un bon premier livre ou un second, ensuite ils
semblent se d i s s o u d r e. Tu jettes un œil alentour et tu
découvres qu'ils enseignent l'ÉCRITURE CRÉATIVE à l'université.
Maintenant ils s'imaginent qu'ils savent comment ÉCRIRE et qu'ils
vont dire aux autres comment s'y prendre. Ceci est une maladie :
ils se sont épris d'eux-mêmes. C'est incroyable qu'ils puissent
faire ça. C'est comme si un type venait me voir et essayait de me
dire comment on baise sous prétexte qu'il pense baiser décemment.
S'il existe de bons
écrivains, je ne pense pas que ces écrivains triment, marchent,
discutent et s'accouplent en pensant, « Je suis un écrivain. »
Ils vivent parce qu'il n'y a rien d'autre à faire. Ça s'empile :
les abominations, les réjouissances, les pneus crevés, les
cauchemars, les hurlements, les rires, les morts, les longues
enfilades de zéros et tout le reste, ça commence à peser alors ils
voient la machine à écrire et ils se posent devant et ça leur sort
par les doigts, il n'y a pas de planning, ça leur tombe dessus :
s'ils sont toujours en veine. (...)
Charles Bukowski,
extrait d'une lettre adressée à Loss Pequeño Glazier, le 16
février 1983.
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Charles Bukowski |