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lundi 11 août 2025

Posture



Posture


Petits conseils de méditation

(Quatrième partie)





Une question qui revient quand on aborde la méditation est : quelle est donc la posture de méditation correcte ?


D'abord, une remarque importante : au moins en principe, on peut pratiquer l'attention juste dans n'importe quelle position ! Il n'est pas absolument nécessaire d'être dans la posture du lotus pour s'adonner à la méditation, même si c'est cette position qui est retenue pour les statues des Bouddhas en méditation. On peut tout aussi bien être assis en tailleur, assis sur une chaise, debout, couché, à genoux, à cloche-pied, en faisant le poirier, dans une posture improbable de yoga, etc... Quelle que soit la position de votre corps, vous pouvez pratiquer la méditation. Quelle que soit la position de votre corps, vous pouvez développer l'attention au corps, l'attention aux sensations, l'attention à l'esprit, l'attention aux objets de l'esprit, les phénomènes.


C'est important de rappeler cela, car il y a parfois dans les milieux de la méditation, un certain fétichisme de la posture. Je pense par exemple au bouddhisme Zen qui tombe assez souvent, me semble-t-il dans ce travers. L'insistance sur la posture correcte me paraît y être franchement excessive. Je me rappelle d'un livre de Taizen Deshimaru où celui-ci racontait que sa posture était apparue si bonne aux maîtres de son temple qu'on avait commandé une statue en zazen à son effigie. Taizen Deshimaru expliquait qu'il avait toujours essayer de ressembler le plus parfaitement à cette statue. Sauf le respect que je dois à ce maître emblématique, cela me paraît complètement délirant. Vous n'êtes pas une statue, vous n'êtes pas fait de pierre, mais d'os, de muscle et de chair. Et donc, il n'y a rien de sensé à vouloir ressembler à une statue. Vous êtes un être vivant avec vos démangeaisons, vos crampes et vos douleurs articulaires. L'attention juste, c'est précisément en prendre conscience avec la plus grande des minuties, plutôt que de nier votre corps parfois crispé, parfois tendu en cherchant l'idéal d'une statue.


En conséquence, je dis : la posture de lotus, c'est très bien. Mais cherchez d'abord la posture qui vous convient et dans laquelle vous vous sentez suffisamment bien pour rester ainsi de nombreuses minutes, voire des heures. Quand j'étais plus jeune, la posture du lotus était OK. Maintenant je suis plutôt en demi-lotus, voire en tailleur. Mais je comprendrais tout à fait que d'autres personnes pratiquent la méditation sur une chaise, voire en position couchée ou à genou sur un petit tabouret prévu pour la méditation. Chacun fait avec son corps et c'est très bien comme cela !


Il y a bien une rationalité à la posture de lotus. Quand vous êtes debout, la tentation de bouger est beaucoup plus forte. Pareillement, sur une chaise, l'envie de se lever et de partir est plus forte. Inversement couché, vous êtes bien ancré au sol, peu d'envie de bouger, mais par contre, la tentation de s'assoupir et de glisser dans le sommeil est maximale ! La posture de lotus est considérée comme idéale : vous êtes bien droit, peu d'envie de somnoler, et les jambes entrecroisées vous arriment au sol. D'où d'ailleurs le nom même de posture de lotus, votre corps est comme une fleur de lotus qui pousse dans le marécage de la matérialité.


La posture de lotus est donc considérée comme idéale, mais il n'échappera pas à tous ceux qui l'ont essayée que le lotus est très difficile à maintenir pour le commun des mortels, douloureux pour les articulations, voire impossible pour beaucoup de monde ! Donc je réitère l'idée qu'il faut trouver la position qui convient le mieux à votre morphologie pour que votre séance de méditation ne tourne pas à une forme de pratique sado-maso ! Le but est de pratiquer l'attention juste ; pas de revivre les stations du calvaire du Christ le jour de sa crucifixion ! J'ai vu trop de gens dans les centres de méditation déclarer fièrement qu'ils avaient été plus forts que la douleur dans le dos, les genoux ou les articulations sans chercher à prendre conscience de ce genou ou de ce dos douloureux, sans observer minutieusement cette sensation corporelle douloureuse.




*****




Ceci étant dit, il ne faut sombrer non plus dans l'extrême inverse : le relâchement total, l'apathie, la mollesse caractérisée ! Ne soyez pas tendu comme une crampe, mais ne soyez pas effrayé non plus du moindre inconfort ! Tout est une question de milieu ! Un jour, un moine bouddhiste qui avait été auparavant joueur de luth vint trouver le Bouddha et lui demanda comment pratiquer la méditation. Le Bouddha lui demanda comment il accordait son instrument de musique. Le moine lui répondit : « Les cordes ne doivent être ni trop tendues, ni trop relâchées ». Le Bouddha rétorqua alors : « Et bien, dans la méditation, c'est la même chose : vous ne devez ni être trop tendu, ni trop relâché ».


Essayez donc d'avoir le dois le plus droit possible. Encore une fois : sans crispation, mais essayez quand même de vous redresser afin de ne pas finir courbé comme un bossu ! Quand je dis droit, ce n'est pas non plus une notion géométrique : certaines personnes ont un creux naturel dans le bas du dos. N'essayez pas de le résorber complètement. Et si le haut du dos est naturellement complètement voûté, ne vous acharnez pas non plus. Faites votre possible pour vous redresser sans entrer en guerre contre votre anatomie et votre physiologie


Dans le Zen, on donne cette image intéressante de pousser le ciel avec le crâne et de pousser le sol avec les genoux. Un coussin de méditation ou zafu est un accessoire tr ès recommandable pour cela : comme ça, votre bassin est plus haut que vos genoux. C'est un confort précieux, me semble-t-il, mais ce n'est complètement indispensable : dans la Nature, il m'arrive de pratiquer la méditation à même le sol. J'essaie alors de trouver des terrains légèrement en pente si c'est possible afin de retrouver cette situation où le bassin est au-dessus des genoux.


Rentrez également le menton tout en étirant votre colonne. Veillez régulièrement à cela car la somnolence peut nous faire piquer du nez. De manière générale, si vous êtes somnolent, raffermissez votre posture. Soyez plus souple et relâché par contre si vous êtes dans l'agitation et la nervosité.


Quant aux mains, vous avez le choix : vous pouvez poser simplement vos mains ou les poignets sur vos genoux. Ou alors adopter le mudra de la méditation : une main sur la paume de l'autre, les pouces se touchant l'un l'autre et étant parallèles grosso modo avec les paumes. On qualifie souvent cette position des pouces : « ni montagne, ni vallée ». Les pouces ne doivent pas être tombants et rabaissés, ce qui est un signe de somnolence, ni trop élevés, ce qui témoigne plutôt d'agitation interne. Précisons qu'il existe des variantes de cette position selon les écoles : dans le Zen Rinzai par exemple, les pouces sont écrasés sur les paumes. Dans le Zen Sôtô, on précise quelle main doit être sur quelle main, mais quand je fréquentais un centre Zen dans les années '90, j'avais remarqué que, dans les thangkas tibétaines (peintures sacrées) qui représentaient le Bouddha en méditation, c'était l'inverse. Ne soyez donc pas trop maniaque sur le sujet ! L'important est de cultiver l'attention, je ne le rappellerai jamais assez.


Enfin, n'oubliez pas de relâcher les épaules et d'avancer les coudes, qu'ils ne soient pas trop en arrière comme si vous étiez apeuré.


Voilà donc ces petits conseils pour une posture correcte en méditation. Reste à pratiquer encore et encore la méditation. Comme le dit le Bouddha : « Voici le pied des arbres, voici des endroits isolés. Engagez-vous dans la voie du progrès intérieur. Ne prenez pas de retard afin de n'avoir pas, plus tard, de regret. Cela est notre instruction pour vous tous1  ». Bonne méditation donc ! Cultivez bien l'attention et l'esprit d’Éveil !




1Majjhima Nikâya, III, 298 – 302. Mohan Wijayaratna, Sermons du Bouddha, Points / Sagesse, Paris, 2006, pp. 187-195.





















Sur la méditation : 





Pour un commentaire beaucoup plus détaillé des pratiques du Soûtra de l'Attention au Va-et-Vient de la Respiration, voir : 

- En compagnie du souffle :  

     





jeudi 7 août 2025

Encore et encore

 



Encore et encore


Petits conseils de méditation

(Troisième partie)




Une idée essentielle en méditation est qu'il faut y revenir encore et encore. Ce n'est pas une chose qu'on fait une fois dans sa vie, et puis on passe à autre chose. Il faut y revenir encore et encore. Il vaut mieux pratiquer tous les jours cinq minutes de méditation plutôt que faire chaque année une semaine intensive de méditation à dix heures par jour une semaine durant, et puis plus rien. Je ne minimise pas du tout l'intérêt d'une retraite de méditation intensive, mais cet intérêt, ce bénéfice est plus important encore que la méditation s'ancre dans le quotidien, même par petite touche.


Bien sûr, cela demande une certaine discipline de pratiquer la méditation régulièrement. Mais cela fait partie de ce qu'on appelle « l'effort juste » dans le Dharma : faire advenir ce qui est positif et bénéfique et renforcer ces tendances positives. Il y a donc un effort à fournir, une contrainte à s'imposer, une persévérance dans l'acte de revenir le plus souvent possible à la méditation.


Cela peut sembler pénible ou oppressant. Le découragement peut certes guetter, surtout quand on connaît à la longue ce que j'appelle la « traversée du désert » en méditation : on médite, mais on ne semble connaître aucun plaisir à rester assis là un temps qui semble s'étirer à l'infini, on ne ressent pas vraiment de bien-être ni pendant, ni après, et tout cela nous semble absurde, voire sans intérêt !


C'est là qu'il faut se souvenir du soûtra du Bouddha où le Bienheureux revient sur ce qu'il convient de faire encore et encore... Le contexte n'était pas celui de la méditation, mais du don à accomplir envers les moines bouddhistes qui vivaient de l'aumône de nourriture que les civils voulaient bien leur donner. Comme les moines revenaient tous les jours, cela a fini par agacer le brahmane Udaya qui se plaignait de voir ces moines revenir encore et encore. Ce à quoi le Bouddha a répondu :


« Les semences sont ensemencées encore et encore,

Le gros nuages donnent des pluies encore et encore.

Les cultivateurs labourent les champs encore et encore.

Les nouvelles graines apparaissent dans le pays encore et encore.


Les mendiants demandent encore et encore,

Les donateurs donnent encore et encore.

Ayant donné encore et encore,

Ils naissent dans un lieu céleste encore et encore.


On trait les vaches laitières encore et encore,

Le veau s'approche de sa mère encore et encore.

Il se fatigue et tremble encore et encore.


Le sot va dans une matrice encore et encore,

Il naît et il meurt encore et encore,

On le porte au cimetière encore et encore !


Cependant,

le sage qui a pris le chemin

par lequel on ne revient plus à l'existence

Ne naît plus encore et encore ».


Dans le contexte du soûtra, le principe d'encore et encore s'appliquait au fait de pratiquer un acte vertueux encore et encore malgré l'agacement, l'ennui et le manque de motivation qui peut s'emparer de nous. Mais le même principe vaut pour la méditation : pratiquer encore et encore, semer encore et encore des graines d'attention et de bienveillance dans le champ infini de notre conscience. Voilà ce à quoi il faut s'appliquer et ne pas se décourager en cours de route. Pratiquer encore et encore la méditation pour se libérer progressivement des conditionnements au malheur et aux tragédies.


Tout cela est très lent, incroyablement lent. On donne souvent la tortue comme symbole de la méditation : progresser très lentement, mais toujours pouvoir demeurer dans sa maison de l'ici et maintenant ! Je me souviens que, dans les années '90, j'étais dans la gare des bus de Delhi attendant mon car pour Dharamsala. J'avais eu une conversation avec lui dans un anglais approximatif. Il m'a à plusieurs reprises répété cette formule qui m'a accompagné comme un proverbe depuis tout ce temps : « Slowly, slowly, slowly », lentement, lentement, lentement...


N'ayez pas peur du temps long quand vous abordez la méditation, même si on essaye souvent de régler quelques problèmes personnels au travers de la méditation, en espérant que cette résolution vienne le plus rapidement possible ! Il y a cette histoire Zen où un disciple demande à son maître Zen : « Combien de temps avant que je n'atteigne l’Éveil ? ». Le maître répond « Vingt ans ». Et le disciple ajoute : « Et si je m'applique vraiment à fond et que je donne tout pour atteindre l’Éveil le plus rapidement possible ? ». Et le maître de répondre : « Ah, si vous êtes pressé, c'est 50 ans ! »


Et encore compter en dizaine d'années est en soi déjà très optimiste ! Dans le bouddhisme, on envisage de nombreuses vies à pratiquer le Dharma pour parvenir au plein Éveil d'un Bouddha ! Je me souviens d'une histoire hindouiste à ce sujet. Un disciple demande à son maître réputé pour ses dons de voyance la même question que le disciple zen : « Dans combien de temps vais-je atteindre l’Éveil ? » « 4 vies », lui répond le sage. « 4 vies !!! Mais c'est énorme !!! » Il escomptait un Éveil rapide en quelques années, voire quelques mois probablement. Cela fut un tel choc pour lui qu'il sombra dans le découragement, abandonna la pratique et se perdit dans le samsāra pour un nombre incalculable de vies... Un autre disciple vint trouver le sage et posa la même question. Ce dernier lui répondit : « Tu vois ce chêne majestueux avec toutes ses feuilles ? » Oui, lui répondit le disciple. « Et bien, tu renaîtras autant de fois que ce chêne porte de feuilles. » Le visage du disciple s'illumina. « Aussi peu de vies, mais c'est extraordinaire ! » Et il fut emplit de joie et d'enthousiasme, et il redoubla d'efforts dans sa pratique. Si bien qu'il se libéra en une seule vie.


Le Soûtra du Lotus évoque même des considérations de temps encore plus gigantesque : on y parle d'une pratique du Dharma qui s'étend sur autant de kalpas qu'il y a de grains de sable dans le lit du Gange. Un kalpa étant le temps que dure un univers. Un autre soûtra explique que, pour comprendre ce qu'est la durée d'un kalpa, il faut s'imaginer une énorme montagne, et tous les cent ans, un homme vient effleurer cette montagne avec un chiffon de la soie la plus fine de Bénarès. Et bien, un kalpa, c'est le temps qu'il faudra à cet homme pour éroder complètement la montagne. Maintenant, imaginez ce temps multiplié par le nombre de grains de sable dans le lit du Gange !


Imaginez tout ce temps à pratiquer la méditation sans se décourager et en se réjouissant même de ce gigantesque effort, cette gigantesque implication dans la méditation ! Voilà un exercice spirituel intéressant ! Mais il importe aussi un autre temps que ce temps long, voire très très long quand on pense à la méditation. Et cet autre dimension du temps, c'est l'instant présent. C'est ce que vous vivez quand vous êtes attentif à l'ici et maintenant et que vous n'êtes pas focus sur la durée ou le nombre des années.


Je me rappelle un sketch de l'humoriste Haroun où il demandait de frapper les gens qui vous conseillent de « profiter du moment présent ». Il disait que ce n'est pas possible de profiter du moment présent, puisque dès que vous le vivez, il est déjà passé. Et effectivement, la simple pensée : « je suis dans le moment présent » fait que vous n'y êtes plus. Le temps de penser cela, d'autres instants sont apparus et ont disparu tout aussi vite. Dans le textes bouddhistes, vous avez tout un questionnement : « Combien de temps dure une inspiration ? » certains parlent de 60 instants, d'autres de centaines, d'autres de milliers. Quelle est le plus petite unité du temps ? Je ne vais pas répondre à la question ici, mais il est vrai que vous ne pouvez vivre l'instant présent sans pouvoir le capter ou le saisir, parce qu'alors, il ne s'agit plus que de la mémoire de l'instant présent passé. La conscience d'un moment est déjà la conscience d'un moment qui est déjà passé au moment où se forme l'instant de conscience en question. N'est présent que la conscience, pas l'instant en lui-même !


Pour autant et n'en déplaise à l'humoriste Haroun, revenir à cet instant présent en acceptant d'être emporté par son flot est une exercice très utile. Et c'est là véritablement « profiter de l'instant présent ». Il y a de grandes expériences à y faire, et c'est là une grande joie pour autant qu'on se rappelle qu'une expérience n'est pas la réalisation : vous pouvez vivre des choses incroyables en méditation en terme de félicité, de calme, d'états modifiés de conscience, de ressenti étrange du temps et de l'espace, de pressentiment grisant d'une transcendance ou d'une non-dualité, etc... Cela est vrai, mais rappelez-vous que ces expériences ne sont pas nécessairement la réalisation. Vous vivez ces grands moments d'exaltations profondes, mais cela ne fait pas de vous quelqu'un de foncièrement plus sage, plus éveillé. Vous pouvez vivre une grande expérience d'absorption méditative sur votre coussin de méditation, puis vous reprenez votre voiture et vous enragez parce que le gars devant vous ne va pas assez vite !


L'expérience se passe dans l'instant présent pour autant qu'on se rappelle que l'instant n'est quelque chose de figé, mais un flot d'instants présents qui se succèdent continuellement comme les vaguelettes d'un torrent de montagnes. La réalisation se produit dans le temps long dont j'ai parlé où l'on gagne en sagesse, en maturité, en paix intérieure à rythme de tortue, voire d'escargot. Mais pour peu qu'on accepte la disparité des instants présents – des moments d'exaltation peuvent être suivis de moments d'ennuis – des pensées profondes peuvent être suivis de pensées vulgaires – des moments de paix peuvent être suivis de moments de conflit ou d'agitation, etc, etc... - la méditation est là qui s'ouvre à nous, sans effort à fournir. Et elle crée un appel à cette expérience toujours renouvelée. Ce n'est pas tant qu'on profite du moment présent, mais plutôt que le moment présent profite de nous.


Il y a donc un effort à fournir pour revenir encore et encore à la méditation au fil des semaines, des mois, des années, mais au fil du temps, on finit par s'ouvrir au non-effort et à la spontanéité de l'attention qui revient d'elle-même à l'instant présent, au corps, au sensation, à nos états d'esprit ainsi qu'aux objets de l'esprit. Comme le fait de se laisser emporter par une rivière sur un bateau ivre d’Éveil.










Louise V Durham, Shoreham by Sea







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samedi 2 août 2025

Voie du Milieu

 



La Voie du Milieu


Petits conseils de méditation

(Deuxième partie)




Très souvent dans la vie, on voudrait être la personne rêvée par notre idéal ou nos projets. On veut être « quelqu'un ». On veut « se sentir exister ». On veut aussi « se réaliser », littéralement advenir à la réalité, comme si on n'existait pas déjà, comme si on ne baignait pas déjà dans la réalité. Mais évidemment, ce n'est pas l'existence que l'on voulait, notre réalité banale n'est pas celle qu'on rêvait. Il se trouve que l'expérience de la réalité, l'expérience d'être est au cœur de la méditation. Qu'est-ce que la méditation si ce n'est se laisser être pendant un petit bout de temps ?


Voilà pourquoi je voudrais utiliser un soûtra du Bouddha pour éclairer cette question de l’Être dans la méditation. Ce soûtra est le « Kaccāyanagotta Sutta » (Samyutta Nikāya, II, 16-17), du nom de ce grand disciple du Bouddha, Kaccāyana en pâli ou Kātyāyana en sanskrit (on l'appelle aussi souvent dans les textes Mahākātyāyana, Grand Kātyāyana). C'est un texte très court, mais assez crucial dans l'exposition du Dharma par le Bouddha.


Dans ce soûtra, Kaccāyana pose une question au Bouddha : mais qu'est-ce donc que la vue juste ? Rappelons que la vue juste est une des huit branches du Noble Octuple Sentier. Pour rappel, le Noble Octuple Sentier se compose de :

  1. la Vue Juste

  2. la Pensée Juste

  3. l'Action Juste

  4. la Parole Juste

  5. les Moyens d'Existence Justes

  6. l'Effort Juste

  7. l'Attention Juste

  8. la Concentration Juste


La vue juste et la pensée juste relèvent de la sagesse (prajnā). L'action juste, la parole juste et les moyens d'existence justes relèvent de la discipline ou conduite éthique (shila). Et enfin l'effort juste, l'attention juste et la concentration juste relèvent de l'absorption méditative (samādhi). Par rapport à la méditation, l'effort juste, l'attention juste et la concentration juste permettent d'établir shamatha, la quiétude, l'apaisement de l'esprit ; tandis que la vue juste et la pensée juste relèvent plutôt de vipashyanā, la vision profonde, l'établissement de la conscience de la réalité telle qu'elle est au-delà des illusions et des obscurcissements.


Mais qu'est-ce donc alors que la vue juste ou vision juste de la réalité ? Dans le soûtra de Kaccāyana, le Bouddha définit cette vue juste comme un milieu entre ces deux extrêmes que sont d'un part l'existence, l'être, et d'autre part, l'inexistence, le non-être ; le néant. Deux visions fausses : la première, le monde existerait, le monde aurait une substance éternelle. Mais dans ce cas, pourquoi apparaît-il ? Pourquoi disparaît-il ? Il devrait venir du néant. Ou alors, il devrait être là depuis toujours. Mais alors pourquoi cet Être éternel change-t-il au gré des événements ? Où est sa substance éternelle ? Autre vision fausse : le monde n'existerait pas, le monde serait une bulle vide, une inconsistance. Mais alors les choses fantomatiques qui peuplent le monde n'ont pas de raison de disparaître. Des choses qui ont été existantes peuvent-elles devenir soudainement inexistantes ? L’Être peut-il passer au non-Être ?


La véritable nature du monde se situe donc entre l’Être et le non-Être, entre l'existence et le néant. C'est là la vue juste. Signalons que ce soûtra de Kaccāyana est important du point de vue de l'Histoire des idées. Il y a une idée très répandue que cette conception de la vision juste comme une Voie du Milieu entre existence et non-existence remonte aux théories du philosophe Nāgārjuna, grand penseur du bouddhisme du Grand Véhicule. On voit pourtant avec ce Kaccāyanagotta Sutta que ces idées ne sont pas étrangères au bouddhisme ancien.


Les phénomènes de ce monde apparaissent : ils ont une apparence, néanmoins, ils n'ont aucune substance qui pourraient leur donner une existence ultime. Le fait qu'il y ait cette apparence invalide l'idée qu'il n'y a rien : il y a au moins quelque chose qui apparaît. Le fait que ces apparences disparaissent invalide l'idée qu'il y a un Être, une existence ultime derrière ces apparences. C'est là la Voie du Milieu.


Voilà qui est bien. Mais c'est la suite qui est importante du point de vue de la méditation. Comme le dit le Bouddha à Kaccāyana : « Les gens, ô Kaccāyana, se réfugient les plus souvent dans des idées d’appropriation et ils sont habitués à s’attacher aux objets sensoriels. Cependant, l’Être Noble ne se réfugie pas dans des idées d’appropriation, ni ne s’attache aux objets sensoriels en disant : "Ceci est mon Soi", mais il réfléchit : "S’il y a quelque chose qui arrive à exister, ce n’est autre chose que le phénomène appelé souffrance. S’il y a quelque chose qui cesse d’exister, ce n’est autre chose que le phénomène appelé souffrance" »


Si on prend les choses pour réel, si on attribue un Être à ces choses, on aura d'autant plus la tendance à s'attacher à certaines de ces choses du monde. Les choses qui sont plaisantes, ces choses qui nous donnent du pouvoir sur ce monde, des choses qui nous mettent en sécurité. Nous créons de l'attachement à l'égard de ces choses. On veut les posséder, et quand on les a, on a peur de les perdre. Dans la méditation, la solution à cette tendance à la saisie et à l'attachement est le lâcher-prise. Si les choses sont au milieu entre l’Être et le non-Être, vous ne pouvez pas vraiment les posséder, c'est comme vouloir saisir de l'eau entre vos doigts, vous pouvez cesser de vous y agripper et relâcher la pression.


Enfin, cette phrase qui est peut-être le cœur du soûtra : « S’il y a quelque chose qui arrive à exister, ce n’est autre chose que le phénomène appelé souffrance. S’il y a quelque chose qui cesse d’exister, ce n’est autre chose que le phénomène appelé souffrance ». Cette phrase peut semble contre-intuitive : il y a bien des choses qui arrivent à exister et qui sont plaisantes, voire très plaisantes ! Et on est aussi très malheureux de voir disparaître ces choses. Ce qu'il faut bien comprendre de la philosophie du Bouddha, c'est que, dans le samsāra (le cycle des naissances et des morts), même l'existence la plus merveilleuse est conditionnée par la souffrance. Même connaissant un grand bonheur, il y a toutes sortes d'inconvénients majeurs : ce bonheur est d'abord impermanent, il ne dure pas pour toujours. Ce bonheur est relatif : il peut être traversé de toutes sortes de contrariétés, d'ennuis et d'accidents divers qui viennent l'entacher. Et ensuite, dans le bonheur, on crée les liens d'attachement qui viendront par la suite précipiter notre souffrance. Comme si, sur un bateau, on avait attaché la corde de l'ancre à notre jambe. Dans l'instant présent, cela n'a pas de conséquence, mais dès qu'on jette l'ancre, cela précipite notre chute vers les profondeurs.


C'est pourquoi le Bouddha demande à voir tous les phénomènes conditionnés comme étant souffrance. Ce n'est pas que tout soit une torture dans l'existence, loin s'en faut, mais les plaisirs étant imparfaits, fuyants et sources de distraction et d'aveuglements, il vaut mieux voir cela comme insatisfaisant et chercher à s'en détacher le plus tôt possible car le temps nous est compté. C'est pourquoi le Bouddha nous demande de voir chaque apparition de phénomènes comme étant souffrance et la disparition de celui-ci comme la cessation d'une souffrance. Peu importe ici que le phénomène soit agréable ou désagréable.


Cela permet aussi d'aller à l'encontre d'une certaine propension à vouloir être ou vouloir avoir telle ou telle chose. Par exemple, en méditation, je veux connaître la félicité, le calme, je veux atteindre l’Éveil, je veux augmenter mon pouvoir de concentration, je veux expérimenter des états modifiés de conscience, je veux avoir des visions, etc... Je veux être un grand méditant. Aux yeux du Bouddha, même si j'obtiens la félicité, le calme, la concentration, toutes ces belles choses qui apparaissent dans ma conscience sont encore souffrance !


Je devrais plutôt me réjouir de tout ce que je perds ! La cessation des phénomènes pleinement conscientisée est l'annonciation de la cessation de mon attachement à ce monde. Plutôt que chercher encore et encore telle ou telle réalisation, je devrais plutôt accompagner d'un léger sourire toute la colère qui me quitte, l'avidité du pouvoir qui me délaisse, l'animosité qui s'évanouit, le stress qui se relâche et ainsi de suite. Voici le véritable lâcher-prise : ne pas relancer la roue du samsāra indéfiniment, laisser les émotions conflictuelles et les affects négatifs me quitter un à un. En sanskrit, mot « nirvāna » signifie simplement « extinction » : laissons s'éteindre de lui-même ce feu terrible de l'existence !






Loïc Perron, Brumes d'automne en Toscane







Kaccāyanagotta Sutta (Soûtra de Katyayana)

https://lerefletdelalune.blogspot.com/2013/11/kaccayanagotta-sutta.html


Voir également : 


Méditer


- Rien de trop


- Le jeu de la lumineuse vacuité



Rien de certain (Pline l'Ancien & Montaigne)






Rosée que ce monde (Kobayashi Issa)


lundi 21 juillet 2025

L'attention au corps

 


L'attention au corps


Petits conseils de méditation

(Première partie)



D'ordinaire, la spiritualité est présentée comme l'accent mis sur l'esprit au détriment du corps et des choses matérielles. Le mot même de spiritualité vient du latin « spiritus », l'esprit. L'esprit est premier, au moins en importance dans la spiritualité. Il y a bien sûr toutes sortes de spiritualités différentes dans le monde, mais souvent la spiritualité cherche à conforter l'âme, l'esprit et la conscience face aux tentations auxquelles le corps nous soumet. La justification est le plus souvent que le corps est faillible, sujet à la maladie, à la mort, au pourrissement. Même vivant, le vivant ne manque pas de susciter le dégoût quand on voit le sang couler ou les entrailles d'une personne accidentée ou quand on voit toutes les substances impures qui en sortent, toutes les odeurs repoussantes qui en émanent. L'âme ou la conscience semble a contrario lumineuse et pure, une promesse d'éternité face à la mort et la putréfaction qui guette le corps.


Néanmoins, le Bouddha nous indique dans un court soûtra que l'on se tromperait grandement si l'homme spirituel ne nourrissait pas du même scepticisme face à l'esprit après avoir constaté tous les désavantages du corps :


« Même, un individu non-instruit pourrait avoir du dégoût envers son corps matériel, composé des quatre éléments principaux. Pourquoi ? Parce qu'il peut voir le changement, la détérioration et la destruction arrivant à ce corps matériel composé des quatre éléments principaux. Ainsi, il pourrait avoir du dégoût à propos de son corps, il pourrait arrêter son attachement au corps, il pourrait se libérer de son corps.


Cependant (...), un individu non-instruit est incapable d'avoir du dégoût à propos de ce qui est appelée « pensée », « mental » ou « conscience ». Pourquoi ? Parce que, depuis longtemps, l'individu non-instruit a pris l'habitude de chérir, d'admirer cette idée et de s'y attacher : « Ceci est à moi, je suis ceci, ceci est mon Soi ». » (Soûtra de l'homme non-instruit, Samyutta Nikāya, II, 94-95. Toutes les autres citations du Bouddha dans cet article sont tirées du même soûtra.)


Si on rejette le corps comme le centre de notre identité et qu'on rejette l'attachement à notre corps, c'est là une bonne chose pour le Bouddha, mais pas si c'est pour tout de suite après instaurer l'esprit ou la conscience comme centre de cette même identité. Se dire : « je suis cette conscience, cet esprit est Moi, mon âme est le véritable Je, etc... ». Pour le Bouddha, cet attachement à l'esprit est même pire que l'attachement au corps :


« Pourtant, il vaut mieux que cet individu non-instruit concède comme son soi ce corps matériel, composé des quatre éléments principaux au lieu de considérer ce qu'on appelle « pensée », « mental » ou « conscience » comme son Soi. Pourquoi ? Parce que ce corps matériel, composé des quatre éléments principaux persiste un an, deux ans, trois ans, quatre ans, vingt ans, trente ans, quarante ans, cinquante ans, et même il persiste cent ans ou encore plus. Cependant, ce qu'on appelle « pensée », « mental » ou « conscience » change sans cesse, jour et nuit, se produit comme une chose et se disperse comme une autre chose ».


Le corps est impermanent certes : il vieillit, il se dégrade avec l'âge et nous finissons tous par mourir. Cela, tout le monde peut le voir. Mais malgré durant sa période de vie, il conserve une apparence assez similaire : vous ne changez pas du tout au tout en un instant. Vous ne devenez pas très grand ou très petit d'une seconde à l'autre comme Alice au Pays des Merveilles. Vous conservez une apparence relativement stable, et donc le « moi » qu'on accolerait à un corps aurait une certaine durée dans le temps : quelques années, voire quelques dizaines d'années vraisemblablement.


La conscience, elle, change constamment d'apparence : vous pouvez penser à la Chine un moment puis imaginer la Tour Eiffel à Paris l'instant d'après. Vous pouvez philosopher un instant pour devenir la seconde qui suit ce que vous allez manger ce soir. Vous pouvez être très en colère un moment pour être très joyeux le moment d'après. Votre vie mentale est une succession d'instants de pensées très diverses, d'émotions diverses, de souvenirs très divers, d'anticipations de l'avenir diverses, d'images mentales variées. Un kaléidoscope baroque et fort incohérent.


Cette conscience ne peut donc pas être la base solide d'une identité, d'un moi, encore moins d'un Soi avec un grand S. La conscience est comme un singe un peu fou qui bondit de branche en branche et éprouve beaucoup de difficultés à rester en place ne serait-ce que deux instants consécutifs. C'est ce que l'on réalise quand on pratique la méditation : la difficulté à maintenir en place l'attention de notre esprit. Notre esprit part dans tous les sens : un souvenir par ci, une réflexion par là, une émotion qui nous traverse et nous envahit, une crainte qui s'exprime, un remords pour une faute passée, notre ego qui s'enfle d'un coup sous l'effet d'un orgueil démesuré. Et même quand on revient à l'attention, le mental commence à réfléchir sur à quel point on est bien attentif, comment on est un bon méditant, comme c'est génial la méditation... avant de repartir dans d'autres considérations, d'autres jugements, d'autres pensées captivantes, d'autres souvenirs lancinants, d'autres inflations de l'ego, d'autres commentaires sur notre genou qui fait mal, d'autres émotions perturbatrices. Et tout cela nous éloigne bien loin de l'attention encore et encore...



Comme le dit le Bouddha : « Tout comme, ô moines, un singe dans une forêt ou un bois, en se jetant d'arbre en arbre, saisit une branche, puis la laisse et en saisit une autre, de même ce qu'on appelle « pensée », « mental » ou « conscience » change sans cesse, jour et nuit, se produit comme une chose et se disperse comme une autre chose ».


Il en ressort que vous ne pouvez pas vous baser sur l'esprit sur échapper à l'esprit puisque vous êtes plongés dedans. Plongés dans ce flot impétueux et incessant de pensées conflictuelles. C'est pourquoi le Bouddha conseille de pratiquer l'attention au corps. Cette attention au corps pour avoir un piquet qui sera comme un point fixe face au déluge de pensées que provoque l'esprit. Certes, le corps n'est pas entièrement fixe et immuable, il change aussi, le sang coule dans vos veines, votre cœur bat, il se passe un nombre prodigieux de choses dans votre corps à chaque instant, votre corps change certes, mais beaucoup moins que l'esprit qui peut changer complètement d'un instant à l'autre, qui peut être une chose à un moment donné, et tout autre chose l'instant d'après. C'est comme être sur une falaise face à la mer déchaînée. Ce corps est un point fixe relativement au chaos produit par la conscience.


C'est pourquoi le premier des quatre établissements de l'attention prônés par le Bouddha est précisément l'attention au corps. Pour rappel, ces quatre établissements de l'attention sont :


  • 1°) l'attention au corps,

  • 2°) l'attention aux sensations,

  • 3°) l'attention à l'esprit,

  • 4°) l'attention aux objets de l'esprit, aux phénomènes.


L'image que l'on donne souvent en méditation est que l'attention au corps est comme le piquet auquel on attache la vache. La corde est plus ou moins longue selon votre degré de concentration, mais le point important est que l'attention au corps est le centre de la méditation à laquelle on peut revenir quand on s'est égaré dans toutes sortes de pensées et d'émotions.


L'attention au corps, elle-même, est diversifiée : on peut pratiquer par exemple l'attention au va-et-vient de la respiration qui a l'avantage d'associer l'attention à un mouvement, ce qui laisse envisager le flux, le changement, la transformation constante à l’œuvre dans l'univers et dans vous-mêmes tout en étant suffisamment répétitive pour être ce « piquer » dont je parle et qui sert à fixer l'attention. On peut aussi envisager tout le corps, ce qui a le mérite de mettre en valeur le fait que l'on est complètement inattentif, voire dans le déni par rapport à beaucoup de parties de notre corps. On peut aussi être attentif à certaines parties du corps, ce qui se passe au niveau du nombril ou légèrement en dessous, ce que les Japonais appellent le hara. Ce qui intéressant pour observer notre rapport émotionnel au monde. On peut aussi observer les éléments constitutifs de notre corps dans une démarche analytique. On peut observer chaque organe de notre corps, la peau, le sang, les poumons, la rate, etc... On peut aussi observer aussi le caractère mortel de ce corps, voir qu'il n'est finalement rien d'autre qu'un cadavre en devenir.


Mon but ici n'est pas d'être exhaustif concernant l'attention au corps telle que le Bouddha l'a enseignée. Mais de juste rappeler l'intérêt de cette attention au corps et combattre l'idée fausse que la spiritualité consiste à combattre le corps, à s'en détourner pour ne voir que l'esprit ou l'âme. Ce que le Bouddha nous a appris, c'est qu'on gagne à observer minutieusement le corps pour mieux connaître l'esprit. L'un n'est pas complètement séparé de l'autre.


Surtout l'attention au corps permet de prendre conscience d'une chose absolument essentielle : la production interdépendante des phénomènes dans le monde. Comme le dit le Bouddha :


« Le noble disciple bien instruit considère soigneusement et uniquement la production interdépendante en se rappelant :

Ceci est parce que cela est.

Ceci apparaît parce que cela apparaît.

Ceci n'est pas parce que cela n'est pas.

Ceci disparaît parce que cela disparaît. »


Votre corps a besoin d'air pour respirer, il ne peut exister sans toute l'atmosphère tout autour de lui, et les arbres, les végétaux qui produisent l'oxygène que vous respirez. Les arbres ne peuvent pas exister sans la lumière du soleil et l'eau de la pluie, et l'eau de pluie doit son existence aux nuages et aussi au vent qui apporte les nuages... Votre corps a besoin de manger pour subsister, et donc de la production de nourriture, de l'environnement, de la société, etc... Votre corps est, votre corps existe parce que telle ou chose existe qui lui permet d'exister. Votre corps est apparu parce que d'autres êtres ont permis son apparition en ce monde. Et toutes ces causes et conditions feront aussi que vous n'existerez plus un jour ou l'autre, et que la matière de votre corps se transformera en autre chose dans l'univers pour alimenter d'autres phénomènes qui apparaîtront et disparaîtront en vertu de la production interdépendante.


Votre corps est le lieu premier de cette prise de conscience de la production interdépendante. Et vous ne pourrez libérer votre être qu'en comprenant intimement cette gigantesque chaîne de causalité qu'est la production interdépendante. Voilà pourquoi je vous conseille chaudement de ne pas négliger cette attention au corps, mais au contraire, de la pratiquer le plus souvent possible, encore et encore, tout au long de votre existence.















Sur la méditation de manière générale :