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samedi 25 avril 2020

La sincérité




La sincérité est une ouverture de cœur. On la trouve en fort peu de gens ; et celle que l'on voit d'ordinaire n'est qu'une fine dissimulation pour attirer la confiance des autres.


François de la Rochefoucauld, maxime 61 des « Réflexions ou Sentences et maximes morales de monsieur de la Rochefoucauld » (1678).










"Cyrano de Bergerac" d'Edmond Rostand, réalisé par Jean-Paul Rappeneau (1990)
avec Gérard Depardieu (Cyrano) et Vincent Pérez (Christian)











Peut-on être entièrement authentique ? Dire tout ce que l'on pense ? Être intégralement sincère ? C'est un vieux débat de la morale. Et au temps de la Rochefoucauld, ce débat avait été aussi mis en scène de manière savoureuse par Molière dans le Misanthrope (1666), acte 1, scène 1 : la pièce s'ouvre sur Alceste et Philinthe qui se disputent, ou plutôt Alceste qui reproche amèrement à Philinthe d'avoir sympathisé avec quelqu'un qu'il connaît à peine et qu'il n'apprécie pas plus que cela. C'est insupportable aux oreilles d'Alceste. On ne peut pas appeler quelqu'un « mon ami » si on n'est véritablement ami avec cette personne de longue date :

samedi 29 août 2015

L'union de deux de ces êtres si imparfaits

   Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, 1834.


Robert Doisneau,
La dernière valse ou la valse du 14 juillet, rue des Canettes, 1949

mardi 5 mai 2015

Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches



William Shakespeare a interrogé dans sa pièce de théâtre « Hamlet » cette conscience morale qui, parfois, nous tiraille entre le bien et le mal, entre l’action et l’inaction et qui nous pousse constamment à nous interroger sur nous-mêmes et le monde.

Quelle est l’histoire d’Hamlet ? L’intrigue se déroule à la cour du roi du Danemark. Le père d’Hamlet était le roi du Danemark ; mais il est mort récemment. Claudius, le frère du roi, a pris le pouvoir et a épousé la femme de son frère, la mère d’Hamlet donc. Or il se trouve qu’Hamlet va être hanté par le fantôme de son père qui lui révèle qu’il a été assassiné par son frère Claudius. Hamlet se retrouve alors dans le désespoir et agit de manière de plus en plus étrange. Il veut se venger de son oncle, tout en n’étant pas absolument certain que le fantôme de son père n’est pas une grossière illusion.

Il tient alors un des cours les plus célèbres de la littérature qui commence par ces mots : « To be, or not to be: that is the question ».

HAMLET (monologue, acte III, scène 1)

- Être, ou ne pas être, c'est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et à l'arrêter par une révolte ?

Mourir... dormir, rien de plus... et dire que par ce sommeil, nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c'est là un dénouement qu'on doit souhaiter avec ferveur.

Mourir... dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l'embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter. C'est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d'une si longue existence.

dimanche 21 septembre 2014

Commentaires sur Alceste

Récemment, j'ai posté l'acte I, scène I du Misanthrope de Molière. En mettant en lien ce texte sur Facebook, j'ai eu le dialogue qui suit. La question est de savoir si le débat entre Alceste et Philinte est uniquement une question de franchise et d'authenticité, ou si Alceste y associe une dimension morale d'intégrité et d'honnêteté à la franchise que nous nous devons d'avoir avec nos contemporains. Evidemment, cela heurte nos propres conceptions d'intégrité, d'engagement et de militantisme.  


Alceste
Je veux que l'on soit homme, et qu'en toute rencontre
le fond de notre cœur dans nos discours se montre,
que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments
ne se masquent jamais sous de vains compliments.