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lundi 22 août 2016

Avec un ami

Avec un ami, passant la nuit

pour chasser la tristesse de mille années,
nous nous attardons à boire cent pichets
cette belle nuit est propice aux propos purs
la lune lumineuse ne nous laissera pas dormir
ivres nous nous allongeons sur la montagne vide,
le ciel pour couverture, la terre pour oreiller


Li Bo (ou Li Bai, 李白, Chine, 701-763)1





Michael Shainblum




     Beau poème de Li Bo déclinant la mélancolie et l'amitié sous les auspices de la terre et du ciel, de la lune et de la montagne. L'ivresse entre belles paroles et silence, joie et contemplation. On notera la confiance simple et évidente de Li Bo pour trouver la consolation de la tristesse de la vie dans l'amitié et la contemplation de la Nature. Je ne peux m'empêcher de penser que les gens aujourd'hui ont perdu le contact avec la Nature. Ils ne savent plus le bienfait que l'on peut retirer d'une promenade sous le ciel étoilé avec le calme et les bruits de la vallée. Et quand on sort avec des amis, la musique dans les bars et les boîtes de nuit est tellement assourdissante que l'on peine à échanger ne serait-ce que quelques mots en hurlant dans le creux de l'oreille des personnes avec qui on voudrait converser.










1 Li Po, « L'immortel banni sur terre buvant seul sous la lune », traduction de Cheng Wingfun et Hervé Collet, Albin Michel, Paris, 2010, p. 147. NB : Li Bo (transcrit en pinyin, transcription officielle de la langue chinoise) s'écrit « Li Po » en transcription Wades et EFEO.










Yuichi Takasaka - lac de Waterton, éclipse lunaire du 15 avril 2014









Li Bo  






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mardi 16 août 2016

Buvant seul sous la lune





un pichet de vin au milieu des fleurs,
je bois seul, sans compagnon
levant ma coupe, je convie la lune claire
avec mon ombre, nous voilà trois
la lune, hélas, ne sait pas boire,
et mon ombre ne fait que me suivre
compagnes d'un moment, lune et ombre,
réjouissons-nous, profitons du printemps
je chante, la lune musarde
je danse, mon ombre s'égare
encore sobres ensemble, nous nous égayons
ivres chacun s'en retourne
mais notre union est éternelle, notre amitié sans limite
sur le Fleuve céleste là-haut, nous nous retrouvons


Li Bo (ou Li Bai, 李白, 701-763)




jeudi 4 août 2016

Visite à un moine sans le rencontrer




Composé lors d'une visite à un moine de la montagne sans le rencontrer


le sentier pavé de pierres pénètre dans un val de cinabres
le portail en branchages de pin est bloqué par de la mousse verte
sur le perron désert, des traces d'oiseaux
dans la salle de méditation, personne pour ouvrir
je regarde par la fenêtre, une brosse blanche,
couverte de poussière, est accrochée au mur
vaine visite, je soupire
sur le point de repartir, je musarde un moment
des nuages parfumés s'élèvent de la montagne
une pluie de pétales de fleurs tombe du ciel
joyeuse est la musique céleste
plus encore, les cris plaintifs des gibbons
allègre, dégagé des affaires du monde,
ici, je me sens à l'aise


Li Bo (Chine, 701-762)1.








      Voilà un poème très intéressant d'un des plus grands poètes de la Chine ancienne, Li Bo2. Li Bo, à cette époque, voyageait par monts et par vaux pour rencontrer des maîtres Chán ainsi que des maîtres taoïstes. Il n'hésitait pas à faire la route jusque dans leur ermitage de montagne. Dans ce poème, c'est ce que fait Li Bo. Il va pour rencontrer un maître de sagesse et écouter leurs paroles spirituelles. Mais ce pèlerinage est vain puisque le maître en question est absent de son ermitage. « Vaine visite, je soupire ». Pourtant, cette absence n'est pas rien ; il reste une subtile présence en ce lieu, une ouverture à la méditation et à la contemplation, une invitation au lâcher-prise et à la joie de l'instant présent. Il arrive qu'un sage brille par son absence.








1 Li Po, « L'immortel banni sur terre buvant seul sous la lune », traduction de Cheng Wingfun et Hervé Collet, Albin Michel, Paris, 2010, pp. 40-41.

2 Li Po en transcription Wades et EFEO. 












Voir aussi  ces poèmes : 


Dôgen Zenji


Sanshô Doei : - la voix des gouttes de pluie

                          - Adoration

                          - Trésor de l'Œil du Véritable Dharma

                           Quand nous n'avons lieu où demeurer









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