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samedi 25 août 2018

L'idéal du bonheur - 1ère partie




L'idéal du bonheur

1ère partie





     Le concept de bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c’est-à-dire qu’ils doivent être empruntés à l’expérience, et que cependant pour l’idée du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future, est nécessaire. Or il est impossible qu’un être fini, si perspicace et en même temps si puissant qu’on le suppose, se fasse un concept déterminé de ce qu’il veut ici véritablement.

jeudi 5 juillet 2018

Hédonisme et eudémonisme




Hédonisme et eudémonisme



       Je viens de lire un article de Matthieu Ricard daté du 3 juillet 2018 et intitulé : « Hédonisme et eudémonisme, bonheur et plaisir : la grande confusion » (c'est la première partie, j'imagine que la seconde sera publiée les jours qui viennent). Matthieu Ricard y oppose l'hédonisme et l'eudémonisme, en donnant clairement le mauvais rôle à l'hédonisme et en faisant l'apologie de l'eudémonisme. Rappelons que l'hédonisme est une doctrine philosophique pour qui le plaisir est le souverain bien (le bien le plus important de tous) - hédoné en grec ancien signifiant simplement plaisir – tandis que l'eudémonisme est la doctrine philosophique pour qui le souverain bien est le bonheur – eudaimôn en grec signifiant bonheur.

mercredi 30 décembre 2015

Commentaire au Soûtra des Bénédictions




    Le Mangala Sutta ou Soûtra des Bénédictions est un enseignement bien connu du Bouddha. Il frappe autant par sa simplicité que par sa puissance. Le contexte dans lequel a eu lieu cet enseignement touche au merveilleux : un dieu d'une radieuse beauté vient trouver le Bouddha à minuit quand tout le monde dort pour lui poser une question relative à ce qui cause le bonheur. À l'époque, le fait que les dieux puissent demander conseil au Bouddha ne devait étonner personne, qu'on soit bouddhiste ou non. L'existence des dieux passait pour évidente dans l'Antiquité, et la plupart des gens ressentaient leur présence. C'est vrai pour l'Inde ancienne, mais la même mentalité prévalait dans la Grèce antique. Épicure que l'on range dans la catégorie des philosophes matérialistes disait dans la Lettre à Ménécée : « Les dieux existent : la connaissance que nous en avons est évidente ». Aujourd'hui, cette sentence résonne de manière étrange : s'il y a bien quelque chose qui n'est pas évident, c'est bien l'existence des dieux ou de Dieu. Mais à l'époque où la science était beaucoup plus rudimentaire qu'aujourd'hui, les dieux expliquaient les phénomènes physiques, la météorologie, les victoires ou les défaites, la réussite ou les échecs dans les affaires commerciales, etc...

vendredi 25 décembre 2015

Mushotoku – Sans but, ni profit




       On entend beaucoup parler ces temps-ci de méditation dans les entreprises, des bienfaits de la pleine conscience ou mindfulness dans le management. En soi, cela me paraît être une bonne chose : si les entrepreneurs s'enthousiasment pour la méditation et veulent organiser des séances de zazen au milieu de l'open space, pourquoi pas, en fait ? Néanmoins, quelque chose me laisse sceptique : est-il judicieux de réduire la méditation à une pratique prometteuse en terme d'augmentation de la productivité ? Est-on plus aware des objectifs quantitatifs fixés par l'entreprise quand on s'est livré à une séance de pleine conscience ? Est-ce qu'on est un meilleur employé quand on s'applique sagement à s'asseoir en lotus et à faire le vide dans son entreprise ?

lundi 9 novembre 2015

Il n'y a pas de mauvaise méditation




     Il n'y a pas de mauvaise méditation. Voilà un principe fondamental de la méditation : on ne devrait pas juger notre pratique de la méditation assise shamatha/vipashyanâ au point de dire que celle-ci a été inutile ou nulle en terme de progression spirituelle. On ne peut jamais savoir ce qu'il en est réellement. Dans la méditation, on peut être pris par la lassitude ou la torpeur, avoir l'esprit englué dans un brouillard épais. On peut être aussi très agité : nos pensées sont comme un tourbillon émotionnel qui nous empêche d'être centré. Parfois, c'est dans notre corps que nous ressentons irrésistiblement l'envie de bouger et de s'agiter. Parfois, au lieu de se sentir léger et plein de sérénité, nous sombrons dans un marasme existentiel, on est déprimé, morose ; seules des pensées noires et négatives viennent nous habiter. Tout cela peut arriver. Mais l'essentiel est de se rappeler qu'il n'y a pas de mauvaise méditation.

lundi 19 octobre 2015

Méditer sur ce qui procure le bonheur

 Il faut méditer sur ce qui procure le bonheur, puisque quand on l’a, on a tout, et lorsqu’il manque, nous faisons tout pour l’avoir.

Épicure, Lettre à Ménécée.




Antonio Dominguez, Iris total.



  Voilà une belle profession de foi d’Épicure dans l'eudémonisme. Qu'est-ce que l'eudémonisme ? Ce terme désigne toute philosophie qui privilégie le bonheur comme but suprême de l'existence et qui envisage les moyens de parvenir à ce bonheur stable et durable. L'épicurisme est un eudémonisme, le stoïcisme est un eudémonisme également, même si les moyens de parvenir au bonheur sont très différents des épicuriens. Le bouddhisme est par excellence puisque, dans son tout premier enseignement, le Bouddha envisage les Quatre Nobles Vérités : la souffrance, l'origine de la souffrance, la cessation de la souffrance et le chemin qui mène à la cessation de la souffrance. Toute la question du Dharma est de remédier à cette souffrance qui traverse l'existence comme une malédiction tenace, et donc en creux de trouver le bonheur que l'on désigne par sa négation : « l'extinction de la souffrance », le mot « extinction » se dit en sanskrit « nirvâna ».

jeudi 30 juillet 2015

En compagnie du souffle - 2ème partie

Commentaire au Soûtra de l'Attention au Va-et-vient de la Respiration  (Ānāpānasati Sutta)
2ème partie


Lire ici la première partie


Voir aussi : 3ème partie   4ème partie   5ème partie 6ème partie




    L'Ānāpānasati Sutta est donc le compte-rendu d'un enseignement qui a eu lieu dans la ville de Sāvatthi. Le soûtra donne des informations sur le moment où celui a été donné : c'était après la mousson où de nombreux moines étaient en retraite avec le Bouddha et ses grands disciples. La mousson était l'occasion pour les moines bouddhistes de rester en retraite afin de minimiser son impact sur la multitude de petits insectes qui surabondent à cette périodes de l'année du fait de la chaleur conjuguée aux abondantes pluies. Pour écraser le moins de petits animaux possibles, les moines ne circulaient pas et restaient en retraite. A la fin de cette mousson, le Bouddha dit qu'il va rester un mois de plus à Sāvatthi et prévient qu'il va donner un enseignement important. D'autres moines viennent alors d'autres cités et convergent vers Sāvatthi.

    Le soûtra insiste sur la ferveur avec laquelle les moines enseignent et propagent la philosophie du Bienheureux. Tout le soûtra est traversé par cette notion de progrès spirituel qui va en propageant et qui se développe tant dans la communauté, la Sangha, sur un plan collectif que sur un plan individuel, en chaque moine qui pratique avec diligence et perspicacité le Dharma.

     C'est donc par une nuit de pleine lune directement après la saison des pluies que le Bouddha donne son enseignement. Il commence donc par se féliciter de la qualité spirituelle des moines qui composent sa communauté : « Vénérables moines, notre communauté est pure et bonne. En son sein, il n’y a nul besoin de bavardages prétentieux et inutiles. Telle est, ô moines, cette communauté de moines; cette assemblée, ô moines, est le genre d'assemblée qui est digne de dons, digne d'hospitalité, digne d'offrandes, digne de salutations respectueuses, l'insurpassable champ de mérite pour le monde. Telle est, ô moines, cette communauté de moines; cette assemblée, ô moines, est le genre d'assemblée à qui même une petite offrande, lorsqu'elle est offerte, devient grande, et une grande offrande encore plus grande. Telle est, ô moines, cette communauté de moines; cette assemblée, moines, est le genre d'assemblée qu'il est rare de voir dans le monde. Telle est, ô moines, cette communauté de moines; cette assemblée, ô moines, est le genre d'assemblée telle qu'il vaudrait la peine de voyager sur des centaines de lieues, en emportant des provisions, pour venir la voir. Telle est, ô moines, cette communauté de moines ».

    Donc, 1°) la communauté est pure et bonne, toute entière dévouée à la pratique silencieuse de la méditation. Pas besoin de « de bavardages prétentieux et inutiles » pour la mettre en valeur ou pour combler le manque de qualités de ses moines. 2°) La Sangha, la communauté, est un champ de mérite. Aider une telle communauté qui travaille au bien-être et au bonheur d'un grand nombre d'êtres sensibles en faisant des dons de nourriture ou de biens matériels comme des vêtements ou faisant d'hospitalité, en accueillant les moines et en logeant les moines quelques temps, aider la communauté de telle sorte est la source de grands mérites pour cette vie et les suivantes. 3°) Il vaut la peine d'entreprendre un grand voyage pour aller à la rencontre d'une telle communauté. À l'époque du Bouddha, soit cinq siècles avant notre ère, voyager est considérablement plus difficile et aventureux qu'aujourd'hui. Néanmoins, cheminer sur la Voie du Bouddha permet d'atteindre de grands fruits ; et justement la dynamique d'enseignement au sein de la communauté bouddhique qu'il valait la peine de braver les dangers et les difficultés d'un long voyage pour apprendre auprès d'une telle communauté le chemin qui conduit à la cessation de la souffrance.

    Ensuite, le Bienheureux envisage ceux de ses adeptes qui sont parvenus à un des quatre fruits de la pratique du Dharma. Dans ce soûtra de l'Attention au Va-et-vient de la Respiration, ils sont présentés par un ordre décroissant d'importance :
  • l'état d'Arahant où on a vaincu toutes les illusions et où on s'est définitivement affranchi du samsāra ;
  • l'état de Sans-Retour où on est libéré des mondes inférieurs et où on renaît une seule fois, et encore dans un monde divin, afin de pratiquer et déraciner toute trace d'illusion et accèder à l'état d'Arahant ;
  • l'état de Retour Unique où il ne faut revenir qu'une seule fois en ce monde avant de se voir définitivement libéré soit dans un monde divin comme dans l'état de Sans-Retour, soit dans l'état d'Arahant ;
  • l'état d'Entrée-dans-le-Courant, l'état où on est spontanément appelé dans le sens du Dharma, libéré de toute mauvaise renaissance.

     « Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui sont des arahants, qui ont détruit les souillures mentales, qui ont vécu la Conduite Sublime, qui ont fait ce qui devait être fait, qui ont posé le fardeau, qui ont atteint le véritable but, qui ont détruit les liens du devenir, et sont libérés par la compréhension ultime : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines qui sont des arahants.
    Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui ont détruit les cinq liens inférieurs, renaîtront spontanément dans un monde où ils atteindront le Nirvâna final, sans jamais revenir de ce monde: Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines qui sont entrés dans le Sans-Retour.
Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui sont libérés des trois premiers liens de l’esclavage et ont pleinement réalisé l’état de Retour Unique. Ils ont coupé les principales racines de l’avidité, de la haine et de l’ignorance et n’ont besoin de retourner qu’une seule fois dans le cycle des naissances et des morts. Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines qui sont entrés dans le Retour Unique.
     Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui sont libérés des trois liens de l’esclavage et ont atteint l’état de l’Entrée-dans-le-courant, se dirigeant fermement vers l’état d’Éveillé. Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines qui sont Entrés-dans-le-courant ».

    Ces moines qui ont atteint un des quatre fruits sont importants pour la communauté car ils incarnent le fait d'avoir achevé le cheminement sur la Voie et le fait d'avoir franchi tous les obstacles. Les pratiquants qui ont atteint un de ces quatre fruits ou qui sont en passe d'atteindre un de ces quatre fruits sont appelés les Êtres Nobles. Quand on prend refuge dans le Bouddha, le Dharma et la Sangha, la Sangha est ici clairement définie comme la Sangha des Êtres Nobles, c'est-à-dire des personnes qui ont écouté les paroles du Bouddha, qui ont mis en pratique son Dharma et qui sont parvenus à un des quatre fruits (Arahant, Sans-Retour, Retour Unique, Entrée-dans-le-courant) ou qui sont en passe d'y parvenir. Cette Sangha des Êtres Nobles est donc pour nous un modèle puisque nous avons à écouter l'enseignement philosophique du Bouddha et à le mettre en pratique et d'enseigner à notre tour ce que nous avons appris en matière de sagesse aux générations suivantes.

     Ensuite, le Bouddha évoque toutes les pratiques mises en place par les moines afin d'atteindre un de ces quatre fruits. Il commence par évoquer ceux qui pratiquent les quatre établissements de l'attention, et ce n'est pas un hasard. L'attention est ici la qualité centrale du progrès spirituel ; le Soûtra des Quatre Établissements élève l'attention au rang de « véhicule unique » pour progresser sur la Voie du Bouddha.





    Ensuite le Bienheureux mentionne ceux qui s'adonnent aux quatre efforts. Les quatre efforts justes consistent à faire en sorte 1°) que les tendances négatives déjà apparues en nous disparaissent, 2°) que les tendances négatives qui ne sont pas encore apparues en nous n’apparaissent pas, 3°) que les tendances positives qui ne sont pas encore apparues en nous apparaissent, 4°) que les tendances positives qui sont déjà apparues en nous soient renforcées et atteignent l’excellence. Il s'agit de cultiver la mentalité d'être toujours prêt à se transformer dans le sens du meilleur que ce soit sur le plan des vertus morales, de la concentration méditative ou encore de la sagesse.

    Ensuite il y a ceux qui s'entraînent aux quatre bases des pouvoirs surnaturels. Ces quatre bases sont 1°) l’aspiration (de fixer son mental sur un seul point), 2°) l’effort (ou énergie pour le fixer sur ce point), 3°) l’esprit (la capacité à concentrer tout son esprit en un point), 4°) l’analyse (l’application des enseignements à la fixation sur un seul point). Ces quatre bases des pouvoirs surnaturels s'adressent aux pratiquants qui veulent développer l'influence de l'esprit sur la matière et le monde environnant. Cela suppose une capacité hors du commun de focaliser tout son esprit en un seul point. Mahā-Moggallāna ( Mahā-Maudgalyayāna en sanskrit) était le disciple du Bouddha le plus réputé dans cette discipline des pouvoirs psychiques extraordinaires. Ce sont deux attitudes possibles en méditation : soit se focaliser en un point, soit au contraire explorer la plus vaste ouverture de l'esprit possible. Dans le premier cas, on développe les pouvoirs psychiques, dans l'autre on développe surtout la sagesse dont Sāriputta (Shāriputra en sanskrit) était la meilleure incarnation.

   Ensuite il y a les moines qui demeurent en s’exerçant à développer les cinq facultés. Ces cinq facultés servent à développer la compréhension des Quatre Nobles Vérités du Bouddha. Ces cinq facultés sont 1°) la confiance (dans les enseignements du Bouddha), 2°) l’effort ou persévérance, 3°) l’attention ou vigilance, 4°) la concentration méditative, 5°) la sagesse. Pour rappel, les Quatre Nobles Vérités du Bouddha sont :
  • 1°) la Vérité de la souffrance,
  • 2°) la Vérité de l'Origine de la souffrance,
  • 3°) la Vérité de la Cessation de la souffrance,
  • 4°) la Vérité du Chemin qui mène à la Cessation de la souffrance.

    Ces Quatre Nobles Vérités ont été exposées par le Bouddha dans son tout premier enseignement. Résoudre ce problème universel est vraiment l'axe de la pensée bouddhique. Donc on ne s'étonnera pas de ce que s'armer en vue de réaliser ces Quatre Nobles Vérités soit un objet de méditation à part entière. On ne s'étonnera pas non plus de retrouver l'attention dans ces cinq facultés.

   Ensuite, on passe aux moines qui s'adonnent aux cinq forces. Les cinq forces sont les mêmes que les cinq facultés, mais à ce niveau, les forces servent à contrecarrer les errements et les obstacles que le moine rencontre dans sa découverte intime des Quatre Noble Vérités. 1°) la confiance vainc les vues fausses, 2°) l’effort vainc la stagnation et les mauvais penchants, 3°) l’attention vainc toute distraction quant aux Nobles Vérités, 4°) la concentration méditative vainc les passions et les émotions perturbatrices, 5°) la sagesse vainc les ténèbres de l’ignorance et permet de gagner la pleine compréhension des Quatre Nobles Vérités.

     Ensuite, le Bouddha mentionne les moines qui demeurent en s’exerçant dans le développement des sept facteurs de l’Éveil. Ces sept facteurs de l’Éveil sont 1°) l’attention, 2°) l’investigation des phénomènes, 3°) l’effort, 4°) la joie, 5°) la souplesse, 6°) la concentration méditative, 7°) l’équanimité. L'Ānāpānasati Sutta consacre une section importante à ces sept facteurs de l’Éveil. Je n'insisterai donc pas, si ce n'est pour pointer du doigt le fait que le premier des sept facteurs de l’Éveil est précisément l'attention.

  Ensuite, le Bienheureux parle de ceux qui sont plus spécifiquement focalisé sur le Noble Octuple Sentier, à savoir : 1°) la vue juste, 2°) la pensée juste, 3°) la parole juste, 4°) l’action juste, 5°) les moyens d’existence juste, 6°) l’effort juste, 7°) l’attention juste, 8°) la concentration juste. Dans son tout premier enseignement, le Bouddha explique que la 4ème Noble Vérité se condense dans le Noble Octuple Sentier. C'est donc tout ce qui sert à vaincre définitivement et totalement le problème universel de la souffrance. Personnellement, quand je médite sur le Noble Octuple Sentier, je visualise devant moi une roue à huit rayons, chacun des huit rayons symbolisant un des huit sentiers. Quelle que soit la situation, il y a toujours une branche ou plusieurs branches à mettre en place dans sa pratique quotidienne du Dharma et dans la méditation.

    Ensuite, le Bouddha évoque ceux qui pratique l'amour bienveillant, la compassion, la joie ou l'équanimité en tant que sujet de méditation. Dans d'autres soûtras, le Bouddha explique en ces termes ce genre de méditation : « Le méditant demeure faisant rayonner la pensée d'amour bienveillant dans une direction de l'espace et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité, en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée d'amour bienveillant, large, profonde, sans limite, sans haine et libérée d'inimitié ». La même formulation vaut pour la méditation sur la compassion, celle sur la joie et celle sur l'équanimité. Méditer sur une de ces quatre qualités ou sur les quatre est important car elle touche directement à notre relation aux autres et à la reconnaissance de la connexion qui lie tous les êtres ensembles dans l'univers.





    Ensuite, le Bouddha mentionne ceux qui contemplent le caractère impur des phénomènes. On peut, par exemple, être fasciné par la beauté des corps. Mais cela n'est qu'une belle apparence ; derrière cette apparence, derrière cette belle image, le corps n'est fait que de viscères, de boyaux, de chair, de sang, etc... Toutes choses qui suscitent plutôt le dégoût et la répugnance dès qu'on les voit. Tout le monde sait que c'est là ; pourtant tout le monde l'oublie dès qu'on aperçoit une belle personne. La méditation sur l'impureté tend justement à nous le faire rappeler et à voir d'un autre œil cette dynamique si particulière du désir. De manière générale, la méditation sur l'impureté est un moyen habile pour se détacher de la séduction des belles apparences en société. Derrière les motivations les plus nobles comme le courage ou la générosité se cachent souvent des aspirations nettement moins nobles comme l'envie de passer pour une belle personne ou l'envie de se présenter comme un sauveur à qui on ne pourra rien refuser plus tard....

  Ensuite, le Bienheureux évoque la méditation de l'impermanence. Rien dans l'univers n'est permanent, tout est amené à disparaître tôt ou tard. Comme le dit la formule répétée à de nombreuses reprises dans les soûtras : « Tout ce qui a la nature d'apparaître a la nature de disparaître ». Méditer sur l'impermanence, c'est précisément prendre conscience de cela. Mais c'est aussi prendre conscience de l'impermanence subtile à l’œuvre dans tous les phénomènes : d'instant en instant, les phénomènes se transforment même si leur apparence reste inchangée. Une table peut sembler identique d'un instant à l'autre, mais, au niveau moléculaire, il y a un mouvement des molécules (que l'on appelle le « mouvement brownien »). La table n'est donc pas figée dans son être, même si son apparence semble rester identique d'un instant à l'autre.

     Notre corps, non plus, n'est pas figé ; l'air va et vient dans les poumons, notre cœur bat, le sang circule dans nos veines. Notre perception, elle aussi, change d'un instant à l'autre. Le mot sanskrit pour faculté sensorielle est indriya, un mot qui, étymologiquement, est rattaché à Indra, le dieu de la foudre. Il y a là l'idée que notre perception est une suite d'éclairs qui font irruption dans le champ de notre conscience et qui semblent receler une continuité, comme quand on semble faire un cercle de feu en faisant tournoyer une torche dans les airs. La conscience elle-même est une série d'instants de conscience discontinus. Méditer l'impermanence, c'est donc s'accoutumer aux incessantes fluctuations qui ont cours d'instant en instant dans le monde et dans notre perception, même si ces fluctuations sont infinitésimales.

     Enfin, il y a des pratiquants qui s'adonnent à l'attention au va-et-vient de la respiration. Et c'est cette pratique que l'on va envisager maintenant. Bien sûr, toutes ces méditations ne sont pas isolées les unes d'avec les autres ; elles sont largement interconnectées. De la même façon, un moine qui s'adonne à une pratique ne doit pas être vu indépendamment d'un autre pratiquant qui s'adonnerait à une autre méditation. Un moine qui développe l'amour bienveillant illimité peut inspirer et stimuler un autre moine qui s'adonner à la conscience du va-et-vient de la respiration, et vice-versa.


    Une dernière chose : le soûtra est le compte-rendu d'un enseignement donné par le Bouddha à des moines. Il peut aussi bien s'adresser à des pratiquants laïcs ! Au départ, ces techniques n'étaient destinées qu'aux moines ; aux laïcs, on laissait des conseils de bonne conduite et la possibilité d'accumuler un bon karma en venant en aide aux moines et à la communauté monastique. Néanmoins, du temps du Bouddha, des laïcs ont insisté sur le fait que ces instructions sur la méditation pouvaient leur être utile, même si la possibilité de méditer avec autant de temps et autant d'ardeur que les moines. De fait, ces conseils de méditation peuvent être favorables à tous.     




 Voir ici la suite de ce commentaire : 3ème partie   4ème partie    5ème partie    6ème partie







Lire ici la première partie



Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.

Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.

samedi 13 juin 2015

Commentaire au Soûtra du Fardeau

Lire ici le Soûtra du Fardeau (Bhāra sutta).


       Combien d’hommes au cours de l’Histoire n’ont-ils pas éprouvé le sentiment très fort de devoir transporter un immense fardeau dans l’existence ? Albert Camus avait repris le mythe de Sisyphe où ce dernier est condamné par les dieux à remonter inlassablement un rocher au sommet de la plus haute montagne des enfers. Et ce dernier de retomber à chaque fois juste avant d’atteindre le sommet. Métaphore du poids que l’on doit porter encore et encore dans la vie et des devoirs à accomplir au sein de cette société, qui n’ont parfois aucun sens. Le Bouddha parle également de ce fardeau existentiel absurde dans ce très court soûtra.