En
tibétain, méditer se dit par le mot « gompa »
(sgom pa) qui signifie littéralement « habituer ».
L'idée est que la méditation consiste à s'habituer à un autre
mode de pensée, de comportement et de concentration de l'esprit.
Mais s'habituer à quoi exactement, voilà l'objet de cet article. En
fait, s'habituer dans le contexte de la méditation signifie
plusieurs choses, des choses qui peuvent très différentes les unes
des autres, voire qui peuvent sembler contradictoires. Et c'est ces
différentes significations et implications, parfois contradictoires,
mais toujours complémentaires de ce processus d'habituation qu'est
la méditation que je voudrais aborder ici.
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mercredi 6 décembre 2017
S'habituer
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dimanche 19 novembre 2017
Battement d'ailes d'un papillon
Battement d'ailes d'un papillon dans le ciel, le vent et le rêve
Quelques
citations poétiques et spirituelles incluant ce petit animal
gracieux qu'est le papillon.
Tout
d'abord, un petit texte très célèbre d'un des grands penseurs du
Tao en Chine, Tchouang-Tseu (莊子)1
où ce dernier nous raconte un rêve, et le trouble existentiel qui
s'en suit :
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dimanche 10 septembre 2017
La vie humaine comme nuage et eau
Le
ruisseau de montagne coule sans intention,
Le nuage dans la grotte
pénètre sans idée.
Que soit la vie humaine comme nuage et eau
Et des arbres de fer fleuriront au printemps.
Que soit la vie humaine comme nuage et eau
Et des arbres de fer fleuriront au printemps.
Ci'an Shoujing (XIIème siècle).
![]() |
Kilian Schönberger |
Nous
vivons dans une société toute entière sur les notions de
« projets », des « objectifs à atteindre »,
de « plans d'action », de « visions pour
l'avenir ». Tout cela s'arc-boute sur la volonté : il
faut avoir la volonté d'agir dans la direction voulue par la
société. La vie humaine ne vaut que par la réussite de ces projets
et de ces plans d'action. On ne se réalise qu'en se projetant dans
le temps et la durée. Mais le problème est que le temps passe et
réduit tous ces projets au néant. Ne reste plus alors qu'à
s'enthousiasmer pour de nouveaux projets et de nouveaux plans
d'action. Constante fuite en avant vers un futur qui sera toujours
ravalé par le passé. De nous, il ne restera que quelques souvenirs
qui finiront par s'effilocher dans l'oubli ; et de nos
réalisations concrètes, quelques traces comme les ruines d'un
château qui fut un jour le projet ambitieux d'un bâtisseur de
l'époque.
Le
poète chinois et maître Chan, Ci'an Shoujing, ne partage pas cette
vision des choses. Pourquoi vouloir agir et forcer tout le temps les
choses ? Le ruisseau coule sans qu'on lui demande, l'arbre
pousse sans avoir fait au préalable un projet d'avenir pour sa
croissance verte. Le nuage rencontre la montagne sans avoir pris
rendez-vous. Votre cœur bat et pompe la sang dans vos veines et vos
artères sans avoir fait de plans. Il bat, c'est tout. À
chaque instant, il bat. On peut et on devrait, selon Ci'an Shoujing,
se laisser aller au non-agir, wuwei en chinois : 無爲.
Vivre dans l'instant présent, renoncer à vivre dans le futur d'un
projet à réaliser, sans intention d'influer sur le cours des
choses. Se laisser aller à ce qui est et laisser la créativité de
la vie apporter les plus beaux fruits de la vie. « Que
soit la vie humaine comme nuage et eau / Et des arbres de fer
fleuriront au printemps ».
Même un arbre desséché ou a fortiori un arbre de fer peut
engendrer la vie dès lors qu'on laisse la puissance créatrice qui
est cachée en nous se manifester au grand jour.
Il
en découle un débat : faut-il privilégier une vie où la
maturité consiste à se projeter dans le futur, à avoir des plans
de carrière, des objectifs à plus ou moins long terme ? Ou
faut-il vivre là où est la vie : dans l'instant présent, sans
se soucier du lendemain ? Je n'ai pas l'ambition d'essayer
d'apporter ici une réponse maintenant à cette grande question.
J'avais juste envie de partager ce court poème de Ci'an Shoujing.
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mercredi 16 mars 2016
Détachement et amour
La
Mystique du Détachement et de l’Amour chez Maître Eckhart.
Maître
Eckhart accorde dans son œuvre une place prépondérante à la vertu
du détachement (abegescheidenheit).
Ce détachement s’articule comme une pièce maîtresse de sa
pensée, et qui ouvre à cette relation mystique avec un Dieu
dépouillé de tous les déguisements ou travestissements conceptuels
grâce à la méthode apophatique, un « Dieu
au-delà de Dieu ». Cette
approche audacieuse de Dieu a suscité quelques remous, c’est le
moins que l’on puisse dire, dans ce début de XIV siècle déjà en
pleine effervescence religieuse et mystique dans un contexte
historique et politique troublé par les guerres et l’affrontement
entre le pape et l’Empereur d’Allemagne. Les sermons de maître
Eckhart en allemand allaient ainsi connaître un engouement intense
au sein de mouvements comme celui des béguines et des bégards et
marquer ce qu’on appelé par la suite la « mystique
rhénane ». Cette liberté
d’esprit octroyée au bon peuple a fait frémir les autorités
ecclésiastiques qui ont finir par réagir en lançant une procédure
d’Inquisition contre le Maître de Théologie allemand, cas unique
dans l’Histoire du catholicisme médiéval où un professeur
d’université s’est vu traîné dans un procès en hérésie et
finalement condamné alors qu’il était déjà décédé depuis un
an, en 1329 dans la ville d’Avignon.
*****
Aux
yeux de maître Eckhart, la plus haute des vertus chrétiennes est
sans conteste le détachement. Dans un sermon en allemand qui a
justement pour nom « Du
détachement1 »,
notre théologien place explicitement le détachement au-dessus de
l’amour, de l’humilité et de la miséricorde : « Et
lorsque j’approfondis tous les écrits autant que mon intellect
peut en venir à bout et en connaître, je ne trouve rien d’autre
que le limpide détachement qui tout surpasse, car toutes les vertus
ont quelque regard sur les créatures alors que le détachement est
dépris de toutes les créatures2 ».
Se préoccuper charitablement des créatures est un bien évidemment,
mais à ce niveau, on reste dans la multiplicité, et donc dans un
certain dispersement de l’âme. Le problème de ce dispersement est
qu’il n’empêche de s’imprégner de la seule unicité, unicité
qui n’est autre bien sûr que Dieu. C’est pourquoi maître
Eckhart cite les paroles de Jésus à Marthe : « Unum est
necessarium », ce qui veut dire selon Eckhart : « Marthe,
celui qui veut être sans trouble et limpide, celui-là doit avoir
une chose – le détachement3 ».
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samedi 13 juin 2015
Commentaire au Soûtra du Fardeau
Combien
d’hommes au cours de l’Histoire n’ont-ils pas éprouvé le
sentiment très fort de devoir transporter un immense fardeau dans
l’existence ? Albert Camus avait repris le mythe de Sisyphe où
ce dernier est condamné par les dieux à remonter inlassablement un
rocher au sommet de la plus haute montagne des enfers. Et ce dernier
de retomber à chaque fois juste avant d’atteindre le sommet.
Métaphore du poids que l’on doit porter encore et encore dans la
vie et des devoirs à accomplir au sein de cette société, qui n’ont
parfois aucun sens. Le Bouddha parle également de ce fardeau
existentiel absurde dans ce très court soûtra.
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