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samedi 20 juin 2020

Ces trois choses



Le corps, aussi impermanent que la brume printanière ;

L'esprit, aussi immatériel que le ciel vide ;

Les pensées, aussi évanescentes que la brise qui passe :

À ces trois choses songe continûment.


Godrakpa Sonam Gyaltsen

(né selon les sources en 1170 ou 1182 dans la région de Tingri au Tibet, mort en 1249 ou 1261)






Georges Souche, Saint-Saturnin en Terrasses Du Larzac et vallée de l'Hérault.







Nous avons tendance à figer la réalité des choses comme le froid fige l'eau en glace. Pourtant, la réalité est beaucoup plus fluide et évanescente que ce qu'on veut bien croire. C'est pourquoi le lama tibétain Godrakpa conseillait ces trois choses : voir notre corps physique comme un brouillard dont la présence semble très tangible et compacte, mais qui se dissipe très rapidement avec les lueurs du soleil, voir l'esprit comme l'immensité du ciel et non comme ce processus d'identification à notre nom, notre personne, notre maison, notre métier et les quelques événements qui jalonnent notre vie, voir enfin les pensées et tous les états d'esprit comme le vent qui pousse les nuages dans l'immensité du ciel, vent qui ne fait que passer sans s'arrêter à notre position.



Ne faites pas cela une seule fois, mais imprégnez-vous de ces trois choses le plus souvent possible. Nos processus d'identification sont puissants et ancrés dans notre être et nos réactions, le progrès spirituel, lui, vient lentement, lentement, lentement. Il faut élargir sa vision encore et encore, pour ne plus dépendre de cette identification à des choses très limitées dans le temps et l'espace. Vous avez un corps, un nom, une personnalité, une position sociale plus ou moins haute, une fortune plus ou moins grosse et une vie sociale qui vous définit aux yeux des autres. C'est vrai, mais vous n'êtes pas que cela. Vous êtes aussi l'ouverture à cette immensité sans même qu'il soit nécessaire d'ouvrir quoi que ce soit, et votre corps est en relation avec le cosmos tout entier. C'est pourquoi il est nécessaire de se rappeler encore et encore de ces trois choses.





vendredi 19 juin 2020

L'utilité de la philosophie


Je suis tombé récemment sur un article sur la philosophe Adèle Van Reeth pour la sortie de son nouveau bouquin. Dans cette interview, elle se prononce assez clairement sur l'inutilité de la philosophie : « La vie ordinaire est une vie d’hypocrite. On fait comme si c’était “déjà ça” de vivre “tranquillement”, comme si on ne voulait pas d’aventure. Comme s’il suffisait de se la couler douce dans les plis du laisser être pour atteindre la tranquillité tant recherchée. Sauf que la plupart du temps, on n’y arrive pas ». Selon elle, la philosophie ne sert à rien, surtout pas à mieux vivre sa vie.



C'est en fait une position assez banale dans les facultés de philosophie, presque un lieu commun : la philosophie n'est pas là pour servir à quelque chose, et c'est précisément dans cette gratuité de la philosophie que s'y trouve sa beauté et son intérêt. Cette position m'a toujours laissé extrêmement sceptique. Si la philosophie ne sert à rien, pourquoi alors l’État finance-t-il des départements de philosophie dans les universités ? Pourquoi paie-t-on des professeurs pour enseigner la philosophie ? Pourquoi les étudiants perdent-ils des heures et des heures à étudier cette philosophie ? Pourquoi organise-t-on des colloques de philosophie avec l'argent du contribuable ?



Pour moi, la philosophie sert à quelque chose : essentiellement à développer sa sagesse afin d'avoir une vie plus heureuse. En tant que philosophe eudémoniste, trouver le bonheur est pour moi le but principal qui devrait occuper notre esprit. Ce n'est pas le seul toutefois : la philosophie cherche la vérité et s'interroge sur les obstacles qui nous empêchent d'accéder à la vérité ainsi que sur nos croyances fausses qui nous font prendre une idée fausse ou une idée trop grossière comme étant la vérité. Du coup, la philosophie devrait avoir pour fonction de nous encourager à développer notre esprit critique. La philosophie peut aussi nous amener à cultiver notre sens de la beauté et à rendre notre existence plus belle. Ce ne sont que quelques unes des fonctions de la philosophie ; on pourrait évoquer le fait de contribuer à une société plus juste, le fait de clarifier certaines questions ou le fait de mettre un peu de sens dans notre existence, mais je ne compte pas ici être exhaustif dans la liste des choses pour lesquelles la philosophie peut s'avérer utile.



Adèle Van Reeth nous dit que, la plupart du temps, on échoue à « se la couler douce dans les plis du laisser être pour atteindre la tranquillité tant recherchée ». C'est parfaitement vrai : malgré tous nos efforts, nous ne parvenons pas à trouver la sérénité et la paix de l'âme. Mais ce n'est pas une raison pour abandonner ces efforts. Il faut dépasser ce modèle de la philosophie où il y aurait une marche à suivre comme un mode d'emploi qui nous permettrait d'atteindre « l'ataraxie » avec deux ou trois exercices de pensée du premier coup.



Vous avez peut-être entendu l'argument d’Épicure pour ne plus avoir peur de la mort : « Si vous êtes vivant, c'est que vous n'êtes pas encore mort. Si vous êtes mort, c'est que vous n'êtes plus là pour craindre la mort ». Le raisonnement est élégant, mais il n'est pas suffisant pour dissiper toute angoisse. Vous avez peut-être aussi entendu les arguments des stoïciens pour distinguer ce qui dépend de vous (votre volonté) et ce qui ne dépend pas de vous (les événements de la vie), et l'idée qu'il faut rester imperturbable face aux calamités qui vous accablent puisque celles-ci ne dépendent pas de vous. Là encore l'argumentation est éloquente, mais ces quelques raisonnements ne vous éviteront pas l'anxiété et l'angoisse.



En fait, le laisser-être ne vient qu'avec un long chemin spirituel où la philosophie doit s'incarner dans la vie de tous les jours. Et cela vient lentement, lentement, lentement. Il ne faut pas s'attendre à devenir du jour au lendemain un être imperturbable et d'une sérénité à toute épreuve. Parfois, nous sommes sensibles même à de très petites choses qui viennent perturber notre tranquillité. Adèle Van Reeth explique : « Ces sons en apparence anodins du bercement du lave-vaisselle, le vrombissement du frigo, le bruit d’une cuillère contre la tasse, par moments vont être lestés et chargés d’une grande violence. Soudain, ce bruit familier va avoir quelque chose d’absolument insolent par son caractère répétitif et va provoquer en nous un malaise qui nous donnera l’envie de nous échapper sur une autre planète ». Et c'est vrai, parfois la philosophie, c'est simplement apprendre à vivre plus sereinement le vrombissement du frigo ou le tic-tac d'une horloge. Il ne s'agit pas de faire l'impasse sur nos faiblesses ou nos fragilités. Il s'agit de mieux vivre avec ces faiblesses et ces fragilités.



La philosophie a au moins cette utilité-là. Cela me paraît très contestable de le nier au prétexte que l'on ne répondrait pas parfaitement aux critères d'un Sage de l'Antiquité imperturbable en toutes circonstances. En fait, il me semble que nier l'utilité de la philosophie est d'abord une attitude bourgeoise de celui qui a le loisir d'alimenter sa conversation de bons mots seulement pour briller en société. Un philosophe devrait se demander toujours en quoi il peut améliorer les choses et être utile aux autres et à la société.




Frédéric Leblanc, 

le 15 juin 2020.











Aaron Joel Santos en Sicile









Voir aussi : 


- Une cure d'extraordinaire


- Un bien véritable


- Méditer sur ce qui procure le bonheur


Joie 


- Le bonheur est-il une compétence ? 


- L'idéal du bonheur








Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.



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dimanche 17 mai 2020

Peu doué pour la sagesse





- Mais ce qu'il y a de grand, ce qu'il y a d'exceptionnel convient peut-être à d'autres, à Socrate et aux individualités de sa trempe. Pourquoi donc si nous sommes aptes par nature à de telles prouesses, tous les hommes ou la plupart des hommes ne leur ressemblent-ils pas ?


- Est-ce que tous les chevaux sont rapides ? Ou tous les chiens habiles à suivre une piste ? Non ! Mais après ? Parce que je ne suis pas bien doué, devrai-je pour cela renoncer à faire de mon mieux ? À Dieu ne plaise ! Moi, Epictète, je ne serai pas meilleur que Socrate, mais même si je n'arrive pas à son niveau, je m'en contente. Je ne serai pas non plus Milon, mais je ne néglige pas pour autant de mon corps, ni Crésus, et pourtant je ne me désintéresse pas de ma fortune. En un mot, il n'est aucune autre chose dont nous ne renoncions à prendre soin sous prétexte que nous désespérions d'atteindre le plus haut niveau dans ce domaine.


Épictète, Entretiens, Livre I, chapitre II.





jeudi 7 mai 2020

Empathie et compassion





La semaine passée, sur les réseaux sociaux, lors d'un débat sur l'empathie, un ami a eu la gentillesse de partager un de mes articles : « L'empathie est-elle une calamité ? » . Une intervenante a réagi à mon article en affirmant : « C’est quand même déroutant cette automatisme d’utiliser empathie à la place de compassion ou au préalable de la compassion ». Je voudrais réagir à cela.


Pour moi, non, l'empathie n'est pas la même chose que la compassion même si beaucoup assimilent les deux notions, un peu trop vite à mon goût. Par contre, je pense effectivement que l'empathie est une condition préalable à la compassion. C'est une condition qui favorise son apparition, mais peut-être pas non plus une condition absolument nécessaire. S'il n'y avait pas l'empathie, peut-être que la compassion serait encore possible, même s'il y a peu de chance qu'elle puisse se répandre dans une population qui serait complètement privée d'empathie.


Tout d'abord, définissons ces deux termes : empathie et compassion. L'empathie est la capacité de se mettre à la place des autres. Très grossièrement, on peut voir deux types d'empathie : 1°) une empathie affective où, intuitivement, on peut comprendre ce que perçoit l'autre, parfois en se mettant à sa place et en éprouvant ce qu'il éprouve, 2°) une empathie cognitive où on utilise la réflexion pour comprendre ce que l'autre ressent. Pour moi, l'empathie est une disposition mentale pré-morale. Qu'est-ce que j'entends par là ? Simplement le fait que l'empathie nous prédispose à être attentif aux autres et donc à veiller à leur bien-être, mais ce n'est pas non plus une disposition complètement morale, car l'empathie peut être utilisée à des fins qui ne sont pas morales.


Prenons un tueur à gage ou un chasseur : avec l'empathie cognitive, ce sombre individu peut se mettre à la place de sa victime et anticiper l'endroit où il sera le plus facile de l'abattre. Une personne manipulatrice peut utiliser une certaine forme d'empathie pour séduire et manipuler une autre personne : comprendre où sont ses faiblesses, ses manques, ses fragilités pour pouvoir mieux faire pression sur cette personne et l'exploiter à sa guise.


Donc l'empathie n'est pas nécessairement morale : elle peut être utilisée à mauvais escient, et elle peut nous tromper de temps en temps. Par exemple quand l'empathie nous met dans la situation d'éprouver la détresse d'un alcoolique en manque d'alcool et à qui on va donner de l'alcool pour combler la détresse du moment présent, ce qui n'est pas très sage vu que donner de l'alcool ne lui sera pas une aide très propice. Néanmoins, malgré ces usages déviants ou erronés de l'empathie, on peut dire que l'empathie nous prédispose à des comportements moraux d'entraide et de solidarité, ce qui est précieux dans une société. La balance bénéfice/risque de l'empathie me semble très en faveur de l'empathie. Rien d'ailleurs que la sagesse ne puisse corriger.


Et un des avantages majeurs de l'empathie, c'est de nous aider à percevoir et comprendre la souffrance des autres. Et parfois on perçoit la tristesse ou le désespoir des autres comme si c'était NOTRE tristesse et NOTRE désespoir. Et comme on ne veut pas souffrir nous-mêmes, l'empathie devient comme un moteur pour développer la compassion. La compassion est définie comme le souhait ardent de voir une personne libérée de la souffrance qui l'accable ainsi que des causes de cette souffrance. Souhaiter l'absence de souffrance ne suffit pas parce qu'on peut ne pas souffrir maintenant, mais travailler activement à son malheur : pour prendre un exemple simple, une personne qui fume des cigarettes ne souffre peut-être pas aujourd'hui, elle apprécie peut-être sincèrement inhaler la fumée d'une cigarette, mais elle contribue maintenant à un cancer futur. Il faut souhaiter pas seulement l'absence de souffrance, mais le fait de mettre en place les causes et les conditions d'une absence durable de souffrance. Ces causes et conditions sont résumées par la Bouddha de la façon suivante : éviter de faire le mal, contribue au bien et développer la sagesse.


Par ailleurs, dans le bouddhisme, une compassion simple devient une compassion incommensurable ou compassion illimitée si cette compassion se tourne vers l'ensemble des êtres sensibles dans l'univers, si elle est inconditionnelle, impartiale et si son essence de vouloir éteindre toutes les souffrances de ces êtres de manière définitive. C'est un exercice spirituel fondamental dans le bouddhisme que de développer et d'étendre le rayon de cette compassion encore et encore.


La compassion est donc quelque chose de beaucoup plus vaste que l'empathie, et elle ne se produit pas nécessairement en dépendance de cette empathie. Imaginez que vous preniez l'avion et que la personne assise à vos côtés souffrent sévèrement de phobie concernant les vols d'avion. Vous, vous n'avez aucune peur ou aucune inquiétude prenant l'avion. Vous ne ressentez absolument pas ce que cette personne ressent ; pourtant, vous êtes capable d'éprouver de la compassion à son endroit. Vous souhaitez qu'elle ne ressente pas cette peur et vous essayez de lui adresser quelques paroles de réconfort : tout va bien se passer, l'avion est un moyen sûr de voyager, etc...


L'empathie est un outil au service de la compassion : elle vous aide à reconnaître qu'une personne souffre, et la compassion prend alors le relais en souhaitant que cette souffrance cesse. Si vous n'aviez aucune empathie, vous passeriez à côté des gens sans jamais voir ou comprendre que ces personnes souffrent. Ce ne serait pas par méchanceté, mais ce serait perçu par les autres comme une indifférence ou de la condescendance. Donc, dans les grandes lignes, l'empathie est effectivement un préalable à la compassion. Dans l'Histoire naturelle de l'évolution des êtres humains, je pense que l'empathie a été première, une évolution biologique que l'on partage avec beaucoup d'animaux eux aussi capables d'empathie, et la compassion est venu ensuite comme une évolution de notre morale.


Maintenant, on pourrait se poser la question : est-ce qu'il en est nécessairement ainsi ? L'empathie est-elle un passage obligé ? Imaginons un être à l'apparence humaine et dotée par des scientifiques d'une intelligence artificielle. Appelons cet être « Dolorès ». Dolorès ressemble en tout point à une jeune femme, elle bouge, elle parle, elle manipule des objets et peut observer le monde, mais elle n'est pas humaine. Les concepteurs de Dolorès n'ont pas jugé bon de la doter de faculté d'empathie, mais elle est capable de produire des raisonnements complexes comme un être humain, voire peut-être plus développés qu'un être humain. Dolorès va-t-elle pouvoir développer une capacité de compassion par elle-même, par sa propre réflexion ? Elle va peut-être constater que les humains décrivent la souffrance comme un problème, et Dolorès va peut-être estimer que c'est son devoir moral de résoudre les problèmes des humains. Dolorès va dès lors inventer la compassion pour résoudre les problèmes de souffrance des humains. Peut-être. Ou peut-être pas. Elle sera peut-être éternellement incapable de voir la souffrance comme un problème et ne souciera jamais de ce que ressentent les humains... Ou peut-être que la faculté de raisonnement de Dolorès la mènera à considérer l'humanité comme le principal problème à éliminer...


On peut se poser la question. Mais nous qui sommes des êtres humains, l'empathie fait partie de notre nature. Ce n'est pas un outil parfait certes, mais nous sommes plein d'imperfections... L'empathie est pour une grande part une bonne chose, mais elle devient une meilleure chose si celle-ci se développe avec la compassion et la sagesse. Elle peut alors s'étendre plus facilement aux inconnus, aux étrangers ou aux autres espèces animales, et elle est moins susceptible de nous tromper.




mardi 5 mai 2020

Une certaine obsolescence des relations humaines




« Le coronavirus, au contraire, devrait avoir pour principal résultat d'accélérer certaines mutations en cours depuis pas mal d'années. L'ensemble des évolutions technologiques, qu'elles soient mineures – les vidéos à la demande, le paiement sans contact – ou majeures – le télétravail, les achats par internet, les réseaux sociaux – ont eu pour principale conséquence, pour principal objectif, de diminuer les contacts matériels et surtout humains. L'épidémie de coronavirus offre une magnifique raison d'être à cette tendance lourde, une certaine obsolescence qui semblent frapper les relations humaines ».


Michel Houellebecq dans une tribune intitulée dans « En un peu pire. Réponse à quelques amis » (lue sur France Inter, le 4 mai 2020).







Peter Stewart - Yellow Passages (Hong-Kong, Kennedy Town)







Je ne suis pas un fan de Michel Houellebecq, je n'ai lu aucun de ses romans. Je sais que c'est un écrivain encensé et adulé, mais j'avoue que ses livres ne m'ont jamais attiré. À tort peut-être. Il est souvent décrit comme l'écrivain majeur de notre temps. Je ne sais donc pas si ses livres manquent à ma culture, ou si je fais bien de m'en passer. Toujours est-il que je suis tombé sur cette lettre de Houellebecq lue à France Inter où il tempère quelque peu l'enthousiasme de ses collègues écrivains. Non, il n'y aura pas un monde « d'après » le coronavirus, juste le même monde un peu en pire.


Ce qui m'intéresse le plus dans cette lettre, c'est justement le passage que j'ai cité plus haut. Cette idée que le monde dérive toujours un peu plus vers la distanciation sociale me parle. Et cela a commencé bien avant le coronavirus. Les réseaux sociaux ont remplacé la vie sociale, les centres historiques se désertent de ses habitants au profit des grands centres commerciaux, quand ce n'est pas au profit désormais d'Amazon et de ses livraisons impersonnelles que bientôt une armée de drones accomplira. Ces drones auront aussi bientôt remplacé nos oiseaux dans le ciel. Plus question aujourd'hui de rencontrer une charmante personne dans une fête ou un bistrot, les applications de rencontre sont là en façade pour assouvir nos désirs de la proximité momentanée d'un autre corps, mais surtout pour garder nos distances la majeure partie du temps.


Au début de la crise du coronavirus, on ne parlait pas encore de distanciation sociale. On n'employait que l'expression anglaise « social distancing ». Ce terme m'a beaucoup dérangé, pas parce qu'il me dérangeait de faire barrière au virus, mais parce qu'il sonnait trop comme un mot d'ordre de la Start-Up Nation. Un mot d'ordre qui s'insérait trop bien dans une mentalité pré-existante d'atomisations des individus, qui n'attendait qu'une crise pour faire son chemin dans les cerveaux et s'imposer un peu plus dans les attitudes et les mentalités.


Vers où ira le monde ? Je ne peux pas le dire. Vers quelque chose d'un peu pire ? Ou de beaucoup pire ? Vers moins de chaleur humaine, certainement. Et c'est à cela qu'il faut résister. Et mettre toute notre joie et notre humanité dans la bataille. Le côté dépressif de Houellebecq qui contemple désabusé un monde décadent n'est franchement pas ma tasse de thé. Il faut résister à cette marche du monde qui voudrait faire de nous des machines et nous mettre comme dans des petites cases. Il faut plus de bienveillance, plus de camaraderie, plus de solidarité et plus d'amitié. Un apéro-skype n'est pas un apéro. Un fil d'actualité n'est pas une fête. J'aime la solitude, mais j'apprécie aussi la compagnie. Faites en sorte que votre compagnie soit agréable. Faites-en sorte que le monde soit un peu meilleur chaque jour. On ne peut pas se penser séparément du monde sans aller vers la catastrophe. Pensons alors à être solidaire et fraternel, pas « après », mais maintenant et à tout moment de notre vie.



Frédéric Leblanc, 
le 5 mai 2020.






lundi 27 avril 2020

Distinguer les quatre qualités





La semaine passée, j'ai parlé des quatre qualités incommensurables dans le bouddhisme : l'amour bienveillant, la compassion, la joie et l'équanimité. Un internaute m'a fait cette objection : « Compassion, joie, équanimité sont toutes contenues dans l'Amour. L'Amour au sens d'Agapé inclut absolument tout ». On peut défendre cette idée, pourquoi pas. L'amour bienveillant, illimité, inconditionné engloberait les autres qualités dans quelque chose de transcendant qu'on appellerait Amour, Agapé pour reprendre le mot grec qui désigne l'amour de charité ou Maitri. On pourrait appeler cela la « Grande Compassion », Maha Karuna, comme on le fait dans le bouddhisme du Grand Véhicule, la volonté de ne pas quitter sans monde de souffrance tant que tous les êtres n'auront pas connu l'extinction totale et définitive de la souffrance.


Pour moi, l'amour et la compassion sont les deux faces d'une même pièce. L'amour est le souhait d'ardent que tous les êtres sensibles soient heureux et connaissent les causes du bonheur. La compassion est le souhait ardent que tous les êtres soient sensibles soient libérés de la souffrance et des causes de la souffrance. La joie est le fait que cette pièce soit fait d'or et qu'on puisse acheter beaucoup de belles choses pour le bonheur du monde. L'équanimité est le fait que cette pièce d'or n'appartient à personne et enrichit le monde sans distinction et sans condition, au contraire de l'argent de ce monde qui suscite tous les égoïsmes, toutes les avidités.



Il serait peu pertinent de traiter ces quatre qualités, amour, compassion, joie et équanimité comme des entités distinctes et complètement séparées. Ces quatre qualités ont bien sûr un lien profond. Néanmoins, il me semble nécessaire de les distinguer d'un point de vue psychologique. Si on ne parlait que de l'amour ou que de la compassion, on pourrait tomber dans certains travers, confondre l'amour avec une illusion d'amour et confondre la compassion avec une illusion de compassion.


Pour prendre l'exemple de l'amour :
  • L'amour sans l'équanimité peut conduire à la partialité et à l'attachement : on confondrait l'amour impartial et inconditionnel avec l'amour passionnel ou l'amour pour sa famille qui se concentrent sur une ou quelque personnes, là où l'amour inconditionnel s'étend à l'ensemble de l'humanité, voire même à l'ensemble des êtres doués de conscience et de sensibilité dans le bouddhisme.

  • L'amour sans la compassion peut conduire à une béatitude indifférente aux misères du monde : on ne voit plus que le bonheur des êtres sans voir la face sombre de l'existence et sans être solidaire de ceux qui sont dans le tourment.

  • l'amour sans la joie est trop statique et sans communion. La joie se réjouit des potentialités de chacun pour s'améliorer et améliorer le monde. La joie donne l'enthousiasme de changer les choses et de faire tous les efforts qui vont contribuer à cela.


Cela vaut aussi pour la compassion. On ne peut pas la penser indépendamment des autres qualités qui la complètent :


  • La compassion sans l'amour conduirait à ce que les psychologues appellent la détresse empathique : on ne verrait plus que le côté négatif de l'existence et on serait englouti dans le malheur des autres.

  • La compassion sans la joie serait une sorte de marasme et de complaisance dans la fatalité : l'impression ou la conviction que les êtres ne sortiront jamais du marécage de l'existence où l'on s'enfonce inexorablement, comme ces films noirs qui n'entrevoient aucune issue, aucun happy end à leurs (anti)héros.

  • La compassion sans l'équanimité nous ferait tomber dans la partialité : estimer qu'une catégorie de personnes mériteraient d'être aidées et pas les autres. La compassion sans l'équanimité conduirait aussi à ne pas relativiser les choses, à voir tout comme une catastrophe indépassable.



La joie a aussi besoin des autres qualités sur lesquelles elle peut s'appuyer et pour faire sens :


  • La joie sans l'amour viserait de mauvais buts : elle ne contribuerait pas au bonheur de tous. Comme des fêtards qui ne pensent qu'à la fête du soir sans soucier du lendemain et sans se soucier des voisins de l'étage en-dessous qui essaient de dormir.

  • La joie sans la compassion serait une sorte d'euphorie sans aucun réalisme. Ce serait une fuite des problèmes : comme le fêtard qui fait la fête pour oublier tous les problèmes qui s'accumulent et auxquels il n' a pas la force de faire face.

  • La joie sans l'équanimité serait comme un coureur qui démarrerait sa course avec un sprint alors qu'il a un marathon à courir. La joie a besoin de la paix de l'équanimité pour ne pas s'épuiser tout de suite.


Enfin, l'équanimité a également besoin de s'appuyer sur les autres qualités pour être cohérentes :


  • L'équanimité sans l'amour manquerait considérablement de chaleur humaine et de luminosité.

  • L'équanimité sans la compassion dériverait en une complète indifférence aux sorts des autres. Tout serait égal, bonheur et souffrance. Et on ne se soucierait pas des problèmes et des tragédies des autres.

  • L'équanimité sans la joie conduirait à une forme d'inertie où peu importerait la libération, l'effort vers le bonheur et le bien-être puisque tout serait égal, indifférent.




Frédéric Leblanc, 
le 27 avril 2020.






samedi 25 avril 2020

La sincérité




La sincérité est une ouverture de cœur. On la trouve en fort peu de gens ; et celle que l'on voit d'ordinaire n'est qu'une fine dissimulation pour attirer la confiance des autres.


François de la Rochefoucauld, maxime 61 des « Réflexions ou Sentences et maximes morales de monsieur de la Rochefoucauld » (1678).










"Cyrano de Bergerac" d'Edmond Rostand, réalisé par Jean-Paul Rappeneau (1990)
avec Gérard Depardieu (Cyrano) et Vincent Pérez (Christian)











Peut-on être entièrement authentique ? Dire tout ce que l'on pense ? Être intégralement sincère ? C'est un vieux débat de la morale. Et au temps de la Rochefoucauld, ce débat avait été aussi mis en scène de manière savoureuse par Molière dans le Misanthrope (1666), acte 1, scène 1 : la pièce s'ouvre sur Alceste et Philinthe qui se disputent, ou plutôt Alceste qui reproche amèrement à Philinthe d'avoir sympathisé avec quelqu'un qu'il connaît à peine et qu'il n'apprécie pas plus que cela. C'est insupportable aux oreilles d'Alceste. On ne peut pas appeler quelqu'un « mon ami » si on n'est véritablement ami avec cette personne de longue date :

jeudi 23 avril 2020

Ne pas jeter les masques et les gants dans la Nature !



Ne pas jeter les masques et les gants dans la Nature !




Ceux qui suivent la page « Sortez masqué » savent que je défends l'intérêt des masques et des gants pour enrayer la pandémie du covid-19. Ces masques et ces gants sont un des moyens pour réduire le R(0) de la maladie, son taux de reproduction de base, c'est-à-dire sa capacité à se propager dans la population. C'est donc très bien de porter un masque et des gants quand vous faites vos courses ou quand vous allez travailler.


MAIS s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît, ne jetez pas ces gants et ces masques dans la Nature. Hier, j'ai retrouvé un gant usagé devant le seuil de ma porte, puis je suis allé faire une petite balade en forêt où les sentiers étaient jonchés de ces masques et de ces gants.


Il faudrait arrêter de faire cela. Voici que j'aurais envie de dire à tous ceux qui jettent masques et gants n'importe où :

  • 1°) C'est dégueulasse. Il faudrait être un peu plus civilisé. Cela ne se fait pas de jeter les choses par terre au lieu de les mettre dans la poubelle. C'est une question de savoir-vivre.
  • 2°) C'est dégueulasse. Si vous êtes infecté par le coronavirus (ou une autre maladie), les personnes qui vont devoir ramasser votre gant ou votre masque vont peut-être contaminés à leur tour. Sans parler des enfants en bas-âge qui vont le ramasser pour jouer avec.
  • 3°) C'est dégueulasse. Tous ces masques et ces gants que vous jetez n'importe où contribuent à aggraver la pollution dans cette Nature qui agonise déjà de la pollution.



Il faudrait interroger le caractère jetable des gants et des masques. Si on peut comprendre cela pour le personnel hospitalier, ne faudrait-il pas privilégier pour la population des masques et des gants réutilisables ? On peut utiliser des masques en tissu qu'on peut mettre à la machine et, donc, ne pas envoyer sur les montagnes de déchets que produit notre société de consommation. Pareillement, j'utilise des gants en latex pour le ménage et la vaisselle. Quand je rentre chez moi, je me lave les mains AVEC mes gants, puis j'enlève ces gants. Et je me lave les mains nues ensuite. Cela me permet de réutiliser ces gants et de ne pas utiliser une nouvelle paire tous les jours.


Pensons à lutter contre la pandémie, mais pensons aussi à protéger l'environnement. Car si on ne fait rien et qu'on continue dans cette voie aberrante, la prochaine crise, ce sera la crise environnementale, et elle sera autrement plus violente que l'actuelle crise. Dans l'écologie, on parle des 3 « R » : réduire, réutiliser, recycler. Il faut d'abord chercher à réduire sa consommation de matériaux, de ressources, d'énergie et de produits manufacturés. Il faut réutiliser, réemployer tout ce qui peut l'être au lieu d'acheter de nouvelles choses. Et c'est le cas, je pense, pour les masques et les gants. Je pense aussi qu'il faut aussi encourager la conception de masques ffp2 réutilisables. Des initiatives existent, mais elles tardent à être développées à vaste échelle. Enfin, il faut recycler quand on ne peut pas réutiliser tel quel. Ce qui demande un processus industriel, mais c'est toujours mieux que d'aller puiser toujours plus dans les ressources naturelles de notre bonne vieille Terre.






Frédéric Leblanc,
le 23 avril 2020.



dimanche 19 avril 2020

Paradoxes de l'amour impartial





Dans son livre consacré à l'amour 1, le philosophe analytique français Ruwen Ogien (1947 – 2017), il y a un chapitre sur la question de savoir si l'amour est moral, s'il est est « par-delà le bien et le mal », évocation du livre de Nietzsche et de son aphorisme : « Tout ce qui se fait par amour se fait par-delà le bien et le mal ». Je ne m'étendrai pas sur la partie du chapitre où il traite de l'amour au sens sentimental et romantique du terme ou de l'amour filial. Pour faire bref, Ruwen Ogien constate les apories de l'amour sur un plan moral : soit l'amour est partial, soit l'amour est impartial. Si l'amour est partial, il n'est pas moral puisqu'il favorise les personnes aimées en-dehors de tout principe moral d'équité et de justice. Et si l'amour est impartial, on arrive à des choses manifestement très étrange : que penser de cet amoureux transi qui voit sa compagne, sa dulcinées se noyer dans un fleuve en compagnie d'une femme quelconque qui lui est totalement inconnue, et qui déciderait de tirer à pile ou face pour savoir qui il va sauver afin d'être impartial et de ne pas favoriser indûment son amoureuse adorée ?



Je reviendrai prochainement sur cette question plus tard ainsi que sur le livre « Philosopher ou faire l'amour » tout entier une prochaine fois. Ce qui m'intéresse ici, c'est ce qu'il dit de l'amour universel ou amour de bienveillance. Pour Ruwen Ogien, c'est le seul type d'amour qui puisse revendiquer de manière pertinente l'idéal d'impartialité. Mais cela ne va pas sans poser de problème non plus !


« C’est le sens de l’amour de charité, l’amour de bienveillance, celui qui est censé pouvoir être distribué équitablement à tous les humains. Mais cette conception impartialiste de l’amour (l’amour de charité ou de bienveillance) pose des problèmes conceptuels qui semblent insurmontables. Dans la mesure où l’amour est une valeur, il présente des degrés comme toute valeur. On peut être plus ou moins libre, plus ou moins heureux, etc. On peut aimer une personne un peu, beaucoup, passionnément, à la folie.


On peut donc aimer une personne plus qu’une autre puisqu’on peut aimer l’une juste un peu et l’autre énormément. C’est ce qu’on pourrait appeler le « gradualisme amoureux ». Il conduit à toutes sortes de paradoxes : « Ce gradualisme de l’amour, qui est déjà déconcertant en tant que tel, déconstruit aussi l’idée ou l’impératif d’aimer tout le monde équitablement : car ce serait aimer tout le monde à quel degré ? “À la folie” serait absurde et même inconvenant. “Un tout petit peu” léger et ridicule ! Et on imagine des problèmes moraux bizarres : mieux vaudrait-il aimer un tout petit peu tout le monde et personne à la folie, ou être indifférent à tout le monde et n’aimer qu’une personne à la folie ? 2 »

samedi 18 avril 2020

Les étoiles, les louanges et les blâmes




Il semble que nos actions aient des étoiles heureuses ou malheureuses à qui elles doivent une grande partie de la louange et du blâme qu'on leur donne.


François de la Rochefoucauld, maxime 58 des « Réflexions ou Sentences et maximes morales de monsieur de la Rochefoucauld » (1678).











Carlos Fairbairn, Constellation d'Orion, Brésil 2019.







Toute la Bhagavad Gitâ est arc-boutée sur ce principe moral : agis, mais renonce aux fruits de tes actions. Si Arjuna est sur le champ de bataille, il doit livrer le combat, peu importe les résultats de la bataille. Si vous travaillez dans les affaires, faites ce que vous avez à faire, que votre commerce gagne en prospérité ou que vous finissiez au bord de la faillite. Si vous êtes écrivain, écrivez ce que vous avez à écrire, que votre manuscrit soit édité dans une maison prestigieuse et soit un best-seller ou que votre livre tombe dans l'oubli le plus total. Faites ce qu'il vous semble juste de faire indépendamment de la réussite. Et soyez égal dans la réussite comme dans l'échec, dans l'approbation générale ou l'opprobre la plus totale.


Ce n'est pourtant pas ce que font les gens ! Toute leur action converge vers les fruits de cette action : gagner de l'argent, connaître la gloire, gravir les échelons hiérarchiques de la boîte, que sais-je... Et s'ils connaissent dans la réussite, tout le mérite leur en revient, s'ils échouent, c'est la faute des autres. Sans penser que le hasard, la fortune, les conditions de départ déterminent plus sûrement les hauts et les bas de nos entreprises. Cet oubli de la chance et du hasard brouille notre vision du monde : qu'on réussisse et on veut des leçons au monde entier sur comment réussir et bien entreprendre, que quelqu'un échoue et soit trop pauvre, on condamne automatiquement sa paresse et son manque d'esprit d'entreprise. On gagnerait à adopter une perspective plus large et voir ce que l'on doit au hasard et à la chance.





vendredi 17 avril 2020

Le mépris des richesses





Le mépris des richesses était dans les philosophes un désir caché de venger leur mérite de l'injustice de la fortune par le mépris des mêmes biens dont elle les privait ; c'était un secret pour se garantir de l'avilissement de la pauvreté ; c'était un chemin détourné pour aller à la considération qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses.


François de la Rochefoucauld, maxime 54 des « Réflexions ou Sentences et maximes morales de monsieur de la Rochefoucauld » (1678).









Vincent Van Gogh, Les souliers, 1886.











La pauvreté, la frugalité, la simplicité, le dénuement parfois que se sont imposés les philosophes serait en fait une façon de contourner le manque de richesse en en faisant une voie de salut. On pense à Socrate qui hantait les rues d'Athènes toujours avec la même tunique, on pense à Diogène qui vivait carrément à la rue. On pense aussi aux ascètes, aux ordres mendiants, capucins, franciscains. On pense aussi à Milarépa, l'ascète tibétain (que la Rochefoucauld ne connaissait certainement pas) et aux sadhus en Inde. On pense à Ryôkan, ce moine zen japonais, poète et calligraphe, qui vivait une vie frugale dans les montagnes japonaises (un siècle après La Rochefoucauld, donc là on est sûr qu'il n'en a pas entendu parler!).


Pour toutes ces figures, je ne sais pas. En fait, je peux même être plus affirmatif que cela : je ne crois pas que le vœu de pauvreté soit une façon de contourner le manque de fortune. Néanmoins, la Rochefoucauld pointe du doigt quelque chose de vrai : le mépris des richesses est souvent une réaction d'orgueil face à la pauvreté ou une condition modeste qui nous est imposée. Une manière de garder la noblesse dans la déchéance, et même une noblesse morale qui permet d'insulter l'indécence de ceux qui réussissent par mille coups bas et acquièrent leur fortune avec avarice aux dépens des plus faibles. Il faut être vigilant à cela : ne pas s'imposer une vie austère avec plein de ressentiment et de jalousie cachée envers les personnes plus riches et cette médisance à l'encontre des signes extérieurs de richesse qu'au fond, on aurait voulu pour soi-même et qu'on regarde avec envie.


Personne ne se grandit par le ressentiment et les pensées noires. Cela ne fera que rendre notre vie plus triste, avec plein d'aigreur. Il vaut mieux se détacher des richesses avec juste un idéal de renoncement et de simplicité et trouver son bonheur dans le partage. Et si on n'est pas capable de renoncer à tout et vivre comme un ascète, qu'on en soit conscient et qu'on essaye de vivre le plus simplement possible sans sacrifice, mais sans dépense excessive non plus. C'est le principe de la simplicité volontaire. Privilégier les liens humains sur les biens matériels, les voyages lointains, les activités coûteuses et les signes ostentatoires de richesse.