Pages

Affichage des articles dont le libellé est Tom Regan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tom Regan. Afficher tous les articles

dimanche 3 février 2019

Paul Ariès raconte n'importe quoi - 4ème partie




Paul Ariès raconte n'importe quoi

(4ème partie)





Paul Ariès continue sa tribune du Monde du 7 janvier avec une nouvelle accusation complètement fantaisiste : les véganes ne voudraient pas aider les animaux. Il affirme « J’accuse les végans d’abuser celles et ceux qui aiment les animaux et s’opposent avec raison aux mauvaises conditions de l’élevage industriel car, comme le clame Tom Regan, le but n’est pas d’élargir les cages mais de les vider. Ils s’opposent donc à tout ce qui peut adoucir le sort des animaux puisque toute amélioration serait contre-productive en contribuant à déculpabiliser les mangeurs de viande, de lait, de fromages, les amateurs de pulls en laine et de chaussures en cuir et retarderait donc l’avènement d’un monde totalement artificiel ».


Ariès fait cette fois-ci référence à un penseur antispéciste, Tom Regan qui prône le « droit des animaux », encore appelée « approche abolitionniste ». Selon une formule célèbre, Tom Regan ne veut pas agrandir les cages des animaux pour améliorer le bien-être des animaux exploités par les hommes, mais bien vider les cages et abolir cette exploitation honteuse des animaux. Or Paul Ariès qui se présente un spécialiste du véganisme puisqu'il y consacre des livres (hostiles) fait mine d'ignorer qu'il y a un débat qui divise depuis longtemps la communauté végane : d'un côté, les « abolitionnistes » comme Tom Regan et Gary Francione, de l'autre, les « welfaristes » ou « neo-welfaristes » à la tête desquels on trouve notamment Peter Singer.

samedi 21 mai 2016

Tante Béa





  Dans la cause animale, on compte deux courants philosophiques majeurs : le courant utilitariste et le courant du droit des animaux. La figure principale de l'utilitarisme est Peter Singer à qui on doit la Libération Animale rédigé en 1975. L'utilitarisme prône qu'il faut prendre compte l'intérêt du maximum d'individus capables de ressentir du bien-être et de la douleur pour établir ce qui est juste ou injuste. Or les animaux ressentant plaisir et douleur rentre dans cette catégorie. Manger ces animaux procure un plaisir dérisoire par rapport à la douleur considérable occasionnée aux animaux, alors que les humains peuvent très bien vivre en s'abstenant de manger des animaux. Quand on met dans la balance de la justice ces deux « utilités », l'utilité de manger de la viande ou des produits animaux et l'utilité de vivre sa vie sans crainte et sans connaître la violence, on parvient à la conclusion qu'il est juste de s'abstenir de manger de la viande et des produits animaux et il est donc juste d'adopter un régime végane.

   Les tenants de l'approche du droit des animaux comme Tom Regan (ou Gary Francione pour une version plus radicale et plus vindicative) estiment qu'il ne suffit pas d'évaluer les différentes utilités humaines ou animales et de faire un « calcul des intérêts » pour reprendre l'expression de Jeremy Bentham, fondateur du courant utilitariste au XVIIIème siècle. Il faut fonder son action en faveur des animaux sur des principes moraux solides, et notamment un respect fondamental pour la vie des animaux. Tout comme la déclaration Universelle des Droits de l'Homme accorde des droits inaliénable aux êtres humains comme le droit de vivre, le droit de s'éduquer, de s'exprimer et de bénéficier de conditions justes d'existence (peu importe que cela soit utile ou non au plus grand nombre de l'humanité). Tom Regan voit ainsi dans l'animal le « sujet d'une vie », ce qui lui donne des droits au même titre que les humains. Les droits ne sont pas absolument identiques : il n'y a aucune raison d'accorder le droit de vote aux animaux, car ils ne peuvent avoir aucune idée de ce que cela signifie. Néanmoins, il est juste et raisonnable d'accorder aux animaux le droit de vivre, de ne pas être exploité et de ne pas voir son intégrité physique menacée.

mercredi 1 juillet 2015

Une passion disciplinée


    Tom Regan est un philosophe américain impliqué dans la cause de la libération animale. Sa thèse est de considérer l'animal comme un sujet de droit. Dans cet extrait, il donne une image intéressante du travail intellectuel et philosophique afin de justifier et d'argumenter en faveur des animaux et de faire avancer la cause : l'image d'une danseuse étoile qui vit une passion disciplinée.


  La conception des devoirs indirects, l'utilitarisme, le néo-contractualisme, etc., ne sont pas précisément la matière dont sont faites les passions profondes. Mais qu'on me permette d'évoquer cette image qu'un autre ami me montra un jour : l'image d'une danseuse de ballet, exprimant la passion disciplinée. De longues heures passées à transpirer et à travailler dur, de longues heures de solitude et d'entraînement, de doute et de fatigue – voilà en quoi consiste la discipline de l'art de la danse. Mais la passion ne fait pas défaut ici, le désir intense d'excellence, la volonté de s'exprimer à travers son corps, de le faire comme cela doit être fait, et de marquer notre esprit. C'est l'image que j'aimerais vous donner de la philosophie : une image non pas trop « cérébrale », mais plutôt une image de passion disciplinée. Nous avons assez parlé de la disciple ; voyons maintenant la passion. Il arrive, et même assez souvent, que les larmes me viennent aux yeux quand je vois, lis ou entends parler du sort misérable des animaux aux mains des êtres humains. Leur douleur, leur souffrance, leur solitude, leur innocence, leur mort. Colère. Rage. Pitié. Chagrin. Dégoût. La création toute entière gémit sous le poids du mal que nous, êtres humains, imposons à ces créatures muettes et sans défense. C'est aussi notre cœur, et pas seulement notre raison, qui demande la fin de tout cela, qui exige que nous surmontions, par égard pour eux, les habitudes et les forces qui sont la cause de leur oppression systématique. Il a été dit que tous les grands mouvements passent par trois étapes : celle du ridicule, celle de la discussion et celle de l'adoption. La réalisation de la troisième étape, l'adoption, exige à la fois notre passion et notre discipline, nos cœurs et nos esprits. Le sort des animaux est entre nos mains.

Tom Regan, « Pour les droits des animaux », dans « Philosophie animale » (textes réunis par Hicham-Stéphane Afeissa et Jean-Baptiste Jeangène Vilmer), librairie Vrin, Paris, 2010, pp. 182-183.