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vendredi 4 novembre 2022

Les bienfaits de l'Esprit d'Éveil (I, 12)

 

Les bienfaits de l'Esprit d'Éveil (I, 12)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


12. Tel un bananier qui a donné des fruits,

Toutes les autres vertus s'épuisent.

Mais l'arbre de l'esprit d'Éveil toujours fructifie

Et croît sans s'épuiser.



Il est difficile de maintenir une qualité morale sur le long terme. Par exemple, la générosité peut s'exercer une fois sans trop de problème. Mais quand on est constamment sollicité, notre générosité s'épuise, nos moyens ne sont pas illimités. Pareillement, persévérer dans nos efforts conduit à un moment ou un autre à l'épuisement. L'esprit d'Éveil ou bodhicitta ne répond pas à cette logique : le souhait ardent que tous les autres êtres sensibles soient libérés de toute souffrance et de toute confusion existentielle peut constamment être renouvelé encore et encore et s'intensifier. Et même quand on s'est suffisamment imprégné de cet esprit d'Éveil, celui-ci se manifeste spontanément sans qu'aucun effort ne soit nécessaire.








Hidenobu Suzuki







Voir aussi : 

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 1 à 3)

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 4)

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 5)

Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,6)

Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,7)

Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,8)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 9, 10 & 11)








jeudi 3 novembre 2022

Les bienfaits de l'Esprit d'Éveil (I,9, 10 & 11)

 

Les bienfaits de l'Esprit d'Éveil (I,9, 10 & 11)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


9. À l'instant ou l'esprit d'Éveil se lève en eux,

Les faibles enchaînés dans la prison du samsāra

Reçoivent le nom de Fils-Allés-en-la-Joie

Et sont vénérés par le monde des hommes et des dieux.


10. Tel le suprême élixir qui transforme en or,

Il fait de ce corps impur assumé

Le joyaux sans prix de la forme d'un Vainqueur.

Saisissez fermement ce qu'on appelle l'esprit d'Éveil !


11. Puisque l'esprit sans limite du Guide unique des migrants,

Après une complète investigation, a vu sa grande valeur,

Vous qui désirez vous séparer des états mondains,

Saisissez fermement le précieux esprit d'Éveil !




Quand l'esprit d'Éveil ou bodhicitta prend racine et se développe en vous pleinement, vous devenez, nous dit Shāntideva, un « fils de Ceux-Allés-en-la-Joie », un fils des Bouddhas, entendez : un bodhisattva. Là où ce texte me laisse perplexe ; c'est quand Shāntideva nous explique qu'une fois l'esprit d'Éveil s'est levé en nous, on va être vénéré par le monde des hommes et des dieux. Je ne suis pas certain que votre pratique extrêmement vertueuse soit systématiquement reconnu par la société autour de vous. La plupart des qualités spirituelles passent complètement inaperçues des gens. Des charlatans, par contre, sont vénérés et encensés par une foule de gens extrêmement crédules.


Il est vrai que Shāntideva vivait dans l'Inde du VIIIème siècle-, une époque où le bouddhisme était une religion reconnue et respectée, même si l'hindouisme avait politiquement pris le dessus depuis au moins quelques siècles. Shāntideva a vécu à Nalanda, une université célèbre à l'époque. Il devait vivre entouré de bodhisattvas, et ces statues devaient être particulièrement vénérées par les fidèles. Pour lui, il ne devait pas faire de doute qu'un bodhisattva serait reconnu et admiré par la société autour de lui. Moi qui n'ai pas grandi dans ce contexte, je trouve cela nettement plus douteux.


Ensuite, Shāntideva nous explique que l'esprit d'Éveil est comme le processus alchimique qui transforme le plomb en or : cet esprit d'Éveil transforme le « corps impur » en corps pur d'un Bouddha. Dans le bouddhisme, le corps est considéré comme « impur » dans la mesure où les entrailles d'un corps nous dégoûtent : on a envie de voir l'apparence corporelle d'une belle femme ou d'un bel homme, mais personne n'a envie de voir l'intérieur de ce corps, les viscères, le sang, les excréments, les os qui sont contenus dans cette limite qu'est la peau. Par ailleurs, le corps est voué aux maladies, aux infirmités, aux blessures et finalement à la mort.


Selon la mythologie bouddhiste, le corps du Bouddha serait tout autre, incomparable avec le corps des simples mortels humains, il serait doté de trente-deux marques majeures et quatre-vingt signes mineurs. Je ne vais pas énumérer tous ceux-ci, seulement dire qu'on y trouve des critères de beauté qui ont influencé la statuaire : une grande taille, de longues et belles mains, une tête ronde, des épaules larges, la voix mélodieuse, des dents bien blanches, etc... On y trouve aussi des caractéristiques beaucoup plus étranges comme un teint doré, des doigts palmés, un sexe caché dans une gaine, quarante dents au lieu de 32 pour une personne normale, une protubérance sur le crâne, les paumes de mains et de pieds marqués de la roue du Dharma.


Avec le temps, la légende a pris le pas sur la réalité biologique du corps du Bouddha, de toute façon disparu depuis des siècles. Je me souviens d'un enseignement d'un lama où celui-ci expliquait que le Bouddha faisait 4 mètres de haut, qu'il flottait sur un petit nuage, que sa peau était semblable à de l'or et que seul Devadatta, le disciple félon, était incapable de voir ces marques extraordinaires du Bouddha Shākyamuni. Évidemment, ce genre d'affirmations n'est rien d'autre que de la superstition. J'en veux pour preuve un soûtra du canon pâli1 où un jeune ascète Pukkusati adepte du Dharma demande l'autorisation de passer la nuit dans un hangar à un moine errant qui s'y était installé. Ce que ne sait pas Pukkusati, c'est que le moine errant en question n'est autre que le Bouddha en personne. S'il avait eu des doigts palmés, un teint d'or et une taille de 4 mètres, je pense que Pukkusati aurait reconnu immédiatement le Bouddha. Le Bouddha avait donc l'apparence d'un être humain normal, peut-être très beau, peut-être avec beaucoup de prestance et de charisme, mais sans caractéristique extraordinaire qui aujourd'hui le ferait passer pour un extra-terrestre !


La phrase de Shāntideva « Tel le suprême élixir qui transforme en or, il fait de ce corps impur assumé le joyaux sans prix de la forme d'un Vainqueur », je ne peux la comprendre qu'au sens figuré, c'est-à-dire cette alchimie de la transformation personnelle qui fait de nous une meilleure personne, une transformation de notre psychologie, une transformation de notre attitude et de notre personnalité, une transformation de notre rapport au corps. Mais je ne peux pas l'entendre au sens où l'entendait Shāntideva et ses contemporains ainsi que beaucoup de bouddhistes très religieux encore de nos jours qui pensent que le Bouddha est un être matériellement à part. Biologiquement parlant, un bouddha est comme chacun d'entre nous. Il ne se distingue que spirituellement de nous. Je pense que les personnes religieuses ont besoin de miracles, ils ont besoin de parler du « joyaux sans prix de la forme d'un Vainqueur » pour parler du Bouddha Shākyamuni ne comprenant pas que le véritable miracle est dans la sagesse, ce miracle est dans l'amour infini, ce miracle est dans la sérénité, ce miracle est dans la vision pénétrante.







1 Soûtra de la Distinction des Eléments, Dhatuvibhangasutta, Majjhima Nikâya, III, 237-247 : Môhan Wijayaratna, Le Bouddha et ses disciples, éd. Cerf, Paris, 1990, pp. 232-240.









Buddha Shâkyamuni  accompagné de Shariputra et Maudgalyayana, ses grands disciples
 Thangka de Tashi Dhargyal.
On reconnaît le teint doré, les bras très longs, la roue sur la plante des pieds,
et la protubérance crânienne comme marques majeures d'un bouddha 








Voir aussi : 

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 1 à 3)

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 4)

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 5)

Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,6)

Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,7)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,8)







jeudi 27 octobre 2022

Les bienfaits de l'Esprit d'Éveil (I,8)

 

Les bienfaits de l'Esprit d'Éveil (I,8)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



8. Ceux qui veulent détruire les milliers de maux de l'existence,

Ceux qui veulent écarter l'insatisfaction chez les êtres

Et ceux qui veulent jouir de multiples joies,

Ceux-là ne devraient jamais abandonner l'esprit d'Éveil.



Shāntideva recommande d'engendrer l'esprit d'Éveil ou bodhicitta pour tous ceux qui sont animés par la compassion et l'envie de venir en aide à autrui. L'esprit d'Éveil va donner de l'ampleur et de l'inspiration à votre sentiment de compassion. Mais plus étonnant, Shāntideva s'adresse aussi à ceux et celles qui veulent en premier lieu jouir de multiples joies, qui veulent profiter de la vie dans tout ce qu'elle a à offrir. Pour eux aussi, l'esprit d'Éveil est tout recommandé, car il est de nature à vous apporter beaucoup de moments d'exaltation et de joies euphoriques. Quand la bodhicitta vous envahit et résonne dans votre être, alors vous connaîtrez ces moments de joie intense, et cela vaudra bien les moment de fêtes, les moments de gloire ou de gains que vous pourrez connaître dans cette vie. Et de plus, ces moments de joies mondaines s'évanouiront bien vite et seront remplacés par toute une série de tracas et d'embarras, tandis que la joie de l'esprit d'Éveil échappera au temps et son œuvre. Entrainez-vous donc à garder cette bodhicitta dans un coin de votre esprit quoi que vous fassiez : « Puissent tous les êtres connaître l'Éveil ! Puissent le monde devenir un lieu propice à l'Éveil ! »









Louise V Durham,  Shoreham by Sea, UK






Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





Voir aussi : 

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 1 à 3)

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 4)

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 5)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,6)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,7)
















mardi 25 octobre 2022

Les bienfaits de l'Esprit d'Éveil (I,7)

 

Les bienfaits de l'Esprit d'Éveil (I,7)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



7. Des âges durant, les Puissants Seigneurs ont réfléchi

Et perçu que l'esprit d'Éveil est salutaire,

Car, grâce à lui, la masse illimitée des êtres

Atteindra sans peine la suprême félicité.



Comme je l'ai dit dans le commentaire de la strophe précédente, le bouddhisme du Petit Véhicule adopte une position réaliste en ce que la seule personne capable de vous apporter l'Éveil n'est autre que vous-même. Personne d'autre ne vous éveillera à votre place. Ceci étant dit, si on ne peut pas éveiller quelqu'un d'autre, on peut néanmoins faciliter les conditions qui favorisent l'Éveil d'une personne ou d'une société. Si tout le monde vous dénigre quand vous pratiquez la méditation et la conduite éthique, cela ne vous encouragera pas à pratiquer le Dharma et à progresser spirituellement. Cela ne rend pas impossible l'accès à l'Éveil, mais cela le complique fortement. Inversement, tout est fait dans une société pour vous faciliter la vie quand vous pratiquez le Dharma, cela crée une formidable motivation.


Cela est l'intérêt de l'esprit d'Éveil ou bodhicitta : aspirer encore et encore à créer des conditions favorables à l'Éveil pour tous les êtres. Faire en sorte que le Dharma soit comme un toboggan où il suffit de se laisser glisser plutôt qu'une montagne escarpée aux chemins sinueux et glissants. Bien sûr, c'est un idéal que je décris là : cela ne se fait pas tout de suite d'un claquement de doigts. Ce changement prend des échelles de temps considérables : des vies, des générations de pratiquants qui s'attèlent à engendrer encore et encore cet esprit d'Éveil dans toutes les circonstances de la vie.


C'est pourquoi certains jugeront que la perspective du Petit Véhicule est plus directe : se transformer soi-même, apaiser son mental, cultiver sa sagesse. On en voit les fruits beaucoup plus vite. Cela se comprend, mais j'encourage à ne pas perdre de vue l'esprit d'Éveil pour autant. Car l'esprit d'Éveil plantera des graines de changement vraiment importantes sur le long terme. Ce n'est pas quelque chose de négligeable. Loin s'en faut.















Le Bouddha Akshobya entouré de milliers de bouddhas








Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





Voir aussi : 

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 1 à 3)

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 4)

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 5)

Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,6)


- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I,8)














Voir également à propos de l'Esprit d'Eveil : 










samedi 22 octobre 2022

Les bienfaits de l'Esprit d'Éveil (I,4)

 

Les bienfaits de l'Esprit d'Éveil (I,4)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



4. Les libertés et les richesses très difficiles à obtenir,

Accomplissent le propos de la vie humaine.

Si, les ayant atteints, je n'en tire pas profit maintenant,

Comment une telle occasion parfaite se présenterait-elle encore ?




Shāntideva évoque ici le principe bouddhiste des huit libertés et des dix richesses (ou « conditions favorables » dans d'autres traductions). Ces huit libertés et ces dix richesses sont nécessaires pour avoir la chance de pratiquer le Dharma, la voie du Bouddha. Les huit libertés sont d'abord la liberté de ne pas être né dans une existence inférieure, états d'existence plongés dans la souffrance et la détresse.


- 1°) Ne pas être né dans les enfers.

- 2°) Ne pas être né en tant qu'esprit avide (des êtres qui souffrent sans cesse des affres du manque et du besoin, et que rien ne peut vraiment satisfaire. Dans l'iconographie, on les représente avec un ventre énorme et une toute petite bouche et un très long cou très fin).

- 3°) Ne pas être né dans une existence animale dominée par l'ignorance, la peur et la prédation.


-4°) Ne pas être dans les mondes divins.


Plus étonnant, le monde des dieux est a contrario aussi considéré come un piège. Car le bien-être y est trop important. Rappelons que dans la cosmologie bouddhiste, les dieux ont une vie très longue, merveilleuse sous bien des aspects et incroyablement stimulante, mais c'est quand même une vie enfermée dans le samsāra, l'illusion d'une existence en soi et impermanente, même si elle dure des milliers d'années. Ce confort et cet enchantement des sens décourage la persévérance nécessaire à la pratique du Dharma


- 5°) Ne pas entretenir les vues fausses et se détourner du Dharma.

- 6°) Ne pas être né dans un pays où le Dharma n'est pas enseigné ou est interdit.

- 7°) Être né dans un pays où le Dharma existe.

- 8°) Être né sans déficience mentale majeure.


Ces quatre libertés se rapportent à notre condition humaine que le bouddhisme appelle « précieuse existence humaine », car il y a dans cet existence un potentiel énorme de développement spirituel. Mais faut-il encore que les conditions sociale permettent de pratiquer le Dharma et de mettre à profit cette précieuse existence humaine. Si on vit dans un pays qui ignore le message du Bouddha ou interdit sa diffusion, cela est une énorme restriction sur notre liberté.


Les dix richesses ou conditions favorables sont pour les cinq premières d'ordre personnel :

- 1°) Être né humain.

- 2°) Être né dans un endroit du monde où le Dharma est enseigné.

- 3°) Jouir de ses facultés pour comprendre le dhamra et le mettre en pratique.

- 4°) Être libre d'un karma d'empêchement (c'est-à-dire ne pas avoir des conditions d'existence trop chaotiques qui détournent de l'étude et de la conduite éthique propre au Dharma).

- 5°) Avoir la foi dans le Dharma.


Et pour les cinq dernières des richesses émanant de la situation dans laquelle on évolue :


- 6°) Un Bouddha doit être apparu.

- 7°) Ce Bouddha doit avoir enseigné.

- 8°) Cet enseignement doit persister.

- 9°) Cet enseignement doit être pratiqué et ne pas péricliter.

- 10°) Il doit y avoir des êtres compatissants disposés à aider autrui. Ce qui fait qu'une entraide dans la Sangha, la communauté, est possible.


Ces libertés et ces richesses permettent de développer pleinement le potentiel de la « précieuse existence humaine ». C'est pourquoi Shāntideva enjoint à ne pas perdre de temps : cette précieuse existence humaine est une chance rare de manifester l'Éveil. « Si, ayant atteints (les libertés et les richesses), je n'en tire pas profit maintenant, comment une telle occasion parfaite se présenterait-elle encore ? » L'existence humaine n'est pas quelque chose d'anodin dans le cycle des existences. C'est une formidable opportunité qui se produit rarement. Le Bouddha explique cela avec une métaphore. Imaginons une tortue marine à la durée de vie prodigieuse qui ne remonte à la surface des océans qu'une fois tous les siècles. La chance de renaître en tant qu'être humain est la même que la chance pour cette tortue de réapparaître à la surface dans un cerceau qui voguerait là au gré des vagues dans cet immense océan. C'est une chance rare d'être né humain avec les libertés et les richesses. Dès lors, tirons profit de cette situation et orientons dès à présent notre vie vers la conduite juste, vers la contemplation et la sagesse !











Voir aussi : 

- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 1 à 3)


Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I,5) 



Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.










Roue du Samsâra à Dazu en Chine







jeudi 20 octobre 2022

Les bienfaits de l'Esprit d'Éveil (I,1 – I,2 et I,3)

 

Les bienfaits de l'Esprit d'Éveil (I,1 – I,2 et I,3)


Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



1. Je m'incline avec respect devant Ceux-Allés-en-la-Joie

qui possèdent le Corps du Dharma,

Devant leurs fils et devant toutes les personnes dignes de vénération.

Je vais exposer brièvement, en accord avec les écritures,

L'engagement dans les vœux des Fils de Ceux-Allés-en-la-Joie.


2. Il n'y a rien ici qui n'ait été expliqué auparavant,

Et je ne suis pas habile dans l'art de la rhétorique.

Ce n'est donc pas avec la pensée du bien d'autrui,

Mais pour y accoutumer mon esprit que j'ai composé ceci.


3. Il est possible qu'en raison de cette accoutumance au bien

La force de ma foi croisse pour un temps grâce à cette composition.

Et si d'autres dont la fortuen égale la mienne

La voient, elle leur sera peut-être profitable.





Shāntideva commence son texte en se situant dans le sillage des Bouddhas – Ceux-Allés-en-la-Joie (Sugata en sanskrit) et de tous ceux qui ont suivi avec fruit les enseignements du Bouddha, essentiellement les Arahants et les Bodhisattvas ainsi que toutes les personnes qui ont développé une véritable sagesse en eux et qui ont incarné cette sagesse dans le monde.


Il est à noter que Shāntideva ne revendique aucune innovation, aucune théorie personnelle : « Il n'y a rien ici qui n'ait été expliqué auparavant ». Il n'est finalement qu'un passeur d'un enseignement beaucoup plus ancien que sa petite personne. Et il n'est pas là non plus pour briller en société en faisant de beaux discours pleins d'éloquence et de panache. Enfin, il n'est pas là pour se faire passer pour un docte sage qui inculque sa sagesse à des ignorants, mais en fait cet exercice de mettre en mots ce qu'il a compris du message du Bouddha est en lui-même un exercice spirituel pour l'encourager à cultiver la « pensée du bien d'autrui ». En parlant de la pensée du bien d'autrui, on développe cette même pensée : c'est donc une pensée tournée vers la transformation intérieure. On ne pense pas qu'on est sage, mais on essaye de tendre vers un petit peu plus de sagesse dans chaque instant de notre vie.


On est donc très loin de la philosophie moderne où chaque philosophe essaye de développer son propre système en contradiction avec les autres, en essayant de dire quelque chose de nouveau qui n'a pas déjà été dit, et où ce système brillant et séduisant s'arrête aux limites du discours, sans jamais essayer de se traduire dans un mode de vie ou dans un effort de transformation intérieure.


Je me souviens d'un camarade à la faculté de philosophie qui me demandait inquiet : « Tu crois qu'il faut absolument créer son propre système philosophique ? » Ce n'était pas vraiment une inquiétude pour moi. Ce qui me préoccupait beaucoup plus et qui me préoccupe toujours, c'est d'orienter sa vie vers plus de sagesse, vers plus de bienveillance et vers plus de bonheur. À quoi bon un système philosophique tarabiscoté si cela ne transforme pas votre vie dans le sens du mieux ? À quoi bon un système philosophique tarabiscoté si ce n'est rien d'autre que du bavardage ? Pour ma part, j'essaye d'être profitable à mon prochain.













Voir également : 

Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 4)

- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I,5)