Sur
son blog « Éveil
et philosophie », le 25 mars 2016, José Le Roy évoque la
figure de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir, figure avec il
ne peut que prendre ses distances, car pour eux deux, l'homme est
marqué son irréductible fracture d'avec le monde. Inacceptable pour
un philosophe qui a mis la non-dualité au cœur de son expérience.
Selon Sartre, l'homme se caractérise par son manque d'être, son
néant qui l'empêche de coïncider avec le monde. Dans la
philosophie sartrienne, l'homme est condamné à être arraché au
monde, sans réconciliation avec lui. Il y aura toujours la
conscience qui tend à être, mais n'est pas, le pour-soi et le
monde, cet en-soi qui se contente platement d'être ce qu'il est sans
jamais avoir rien demandé. Le monde, la Nature, tout cela n'est
poisseuse inertie pour Sartre, rien qui puisse éveiller en l'homme
une forêt de correspondances, de contemplatives communications
silencieuses.
José
Le Roy évoque un texte de Simone de Beauvoir : « Par
son arrachement au monde, l'homme se rend présent au monde et se
rend le monde présent. Je voudrais être le paysage que je
contemple, je voudrais que ce ciel, cette eau calme se pensent en
moi, que ce soit moi qu'ils expriment en chair et en os, et je
demeure à distance ; mais aussi est-ce par cette distance que le
ciel et l'eau existent en face de moi ; ma contemplation n'est un
déchirement que parce qu'elle est aussi une joie. Je ne peux pas
m'approprier le champ de neige sur lequel je glisse : il demeure
étranger, interdit ; mais je me complais dans cet effort même vers
une possession impossible, je l’éprouve comme un triomphe, non
comme une défaite. C'est dire que, dans sa vaine tentative pour être
Dieu, l'homme se fait exister comme homme, et s'il se satisfait de
cette existence, il coïncide exactement avec soi. Il ne lui est pas
permis d'exister sans tendre vers cet être qu'il ne sera jamais ;
mais il lui est possible de vouloir cette tension même avec l'échec
qu'elle comporte. Son être est manque d'être, mais il y a une
manière d'être de ce manque qui est précisément l'existence1 ».