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lundi 1 juillet 2019

Comme une olive mûre






Considérer sans cesse combien de médecins sont morts, qui ont si souvent froncé les sourcils sur leurs malades; combien d’astrologues, après avoir prédit, comme chose d’importance, la mort d’autrui; combien de philosophes, après mille discussions sur la mort ou l’immortalité; combien de chefs, qui ont fait mourir beaucoup d’hommes; combien de tyrans, qui, avec un terrible orgueil, ont usé, comme des dieux, de leur pouvoir sur la vie des hommes; combien de villes entières sont, pour ainsi dire, mortes: Hélice, Pompéi, Herculanum et d’autres sans nombres. Ajoutes-y tous ceux que tu as connus, l’un après l’autre; l’un rend les honneurs funèbres à un autre; puis, il est lui-même étendu par un autre, qui reçoit les honneurs d’un autre encore; et tout cela en peu de temps. Bien voir toujours au total combien sont éphémères et sans valeur les choses humaines; hier un peu de morve; demain une momie ou des cendres. Ce petit instant du temps de la vie, le traverser en se conformant à la nature, partir de bonne humeur, comme tombe une olive mûre, qui bénit celle qui l’a portée et rend grâce à l’arbre qui l’a fait pousser.

Marc-Aurèle, Pensées, IV, 48, trad. Emile Bréhier.



jeudi 26 février 2015

Souviens-toi quand tu temporises



Souviens-toi quand tu temporises et combien de fois, ayant obtenu des dieux des dates d’échéance, tu ne les mets pas à profit. Il te faut désormais bien sentir de quel cosmos tu es une partie, de quel gouverneur du cosmos tu es l’émanation, et qu’une borne temporelle te circonscrit. Si tu ne profites pas de cet instant pour jouir du ciel pur, il passera, tu passeras toi aussi, et il ne reviendra plus.


Marc-Aurèle, Pensées à soi-même, III, 2
(Traduction de Pierre Maréchaux, éditions Payot & Rivages, Paris, 2003)







mercredi 25 février 2015

Nés pour collaborer




            Dès l’aurore, se dire d’avance : je vais rencontrer un indiscret, un ingrat, un violent, un fourbe, un envieux, un égoïste. Tous ces défauts leur sont venus de ce qu’ils ignoraient la distinction entre les biens et les maux. Mais moi, ayant jugé par mes observations que la nature intrinsèque du bien, c’est la rectitude et celle du mal, le faux, et que par ailleurs la nature intrinsèque de l’homme faillible est d’être mon parent, non point de même sang ou d’une même semence, mais un être participant de la Raison et possédant une parcelle de divinité, je ne puis être lésé par aucun de ces hommes, car nul ne saurait me couvrir de honte, et je ne peux encore moins m’irriter contre mon parent, et le vouer à mon exécration. En effet, nous sommes nés pour collaborer, comme les pieds, les mains, les paupières ou les deux rangées de dents, supérieures ou inférieures. En conséquence, s’opposer les uns aux autres est contre-nature. Or c’est s’opposer à quelqu’un de s’emporter contre lui ou de s’en détourner.


Marc-Aurèle, Pensées à soi-même, II, 1.
(Traduction de Pierre Maréchaux, éditions Payot & Rivages, Paris, 2003)





Marc-Aurèle (121-180)

samedi 21 février 2015

Les craquelures du pain

« Il faut aussi surveiller les détails de ce genre : même les phénomènes insignifiants qui affectent accessoirement les phénomènes naturels ont un je-ne-sais-quoi de gracieux et d’attachant. Par exemple, lorsque le pain cuit, certaines parties se crevassent à sa surface ; et pourtant, ce sont précisément ces fissures qui, en quelques sortes, semble avoir échappé aux intentions qui président à la confection du pain, ce sont ces fentes mêmes qui, en quelques sortes, nous plaisent et excitent notre appétit d’une manière si particulière.

Ou encore les figues : quand elles sont bien mûres, elles se fendillent. Et dans les olives mûres, c’est justement l’approche de la pourriture qui rehausse le fruit d’une beauté singulière. Et les épis courbés vers la terre, et le front plissé du lion et la bave qui file au groin du sanglier : ces choses et beaucoup d’autres encore, si on les considérait isolément et en elles-mêmes, seraient loin d’être belles.

Pourtant, parce que ces aspects secondaires accompagnent des phénomènes naturels, ils adjoignent à leur beauté un effet supplémentaire, et ils nous séduisent ; en sorte qui si quelqu’un possède l’expérience et la connaissance approfondie des phénomènes universels, il n’y aura presque pas un seul des phénomènes qui accompagnent par voie de conséquence les processus naturels, qui ne lui paraissent se présenter, sous un certain angle, d’une manière charmante.

Cet homme n’éprouvera pas moins de plaisir à contempler, dans leur réalité nue, les gueules béantes des bêtes féroces, que toutes celles que lui offrent les imitations des peintres et des sculpteurs. Ses yeux purs seront capables de voir une sorte de maturité et de floraison chez la vieille femme ou le vieillard, une sorte de grâce aimable chez les bambins. Beaucoup de cas de ce genre seront plausibles : ce n’est pas le premier venu qui y trouvera son plaisir, mais celui qui est intimement familiarisé avec la Nature et avec ses œuvres. »

            Marc-Aurèle, Pensées à soi-même, III, 2

mercredi 26 novembre 2014

Ce cosmos dont tu es une partie


Les œuvres des dieux sont pleines de providence, celles de la fortune ne vont pas sans la Nature, sans une trame et un entrelacement d’événements gouvernés par la providence. Tout découle de là. Il y a de surcroît le nécessaire et l’utilité à l’ensemble du cosmos dont tu es une partie. Or pour toute partie de la nature, le bien est ce que comporte la nature du Tout et ce qui contribue à sa conservation. (…) Que ces considérations te suffisent, si ce sont des principes de vie.

Marc-Aurèle, Pensées à soi-même, livre II, 3.



mercredi 8 octobre 2014

Marc-Aurèle : l'entrelacement des événements


    Les œuvres des dieux sont pleines de providence, celles de la fortune ne vont pas sans la Nature, sans une trame et un entrelacement d’événements gouvernés par la providence. Tout découle de là. Il y a de surcroît le nécessaire et l’utilité à l’ensemble du cosmos dont tu es une partie. Or pour toute partie de la nature, le bien est ce que comporte la nature du Tout et ce qui contribue à sa conservation. (…) Que ces considérations te suffisent, si ce sont des principes de vie.

Marc-Aurèle, Pensées à soi-même.