Ne
pas jeter les masques et les gants dans la Nature !
Ceux
qui suivent la page « Sortez
masqué » savent que je défends l'intérêt des masques et
des gants pour enrayer la pandémie du covid-19. Ces masques et ces
gants sont un des moyens pour réduire le R(0) de la maladie, son
taux de reproduction de base, c'est-à-dire sa capacité à se
propager dans la population. C'est donc très bien de porter un
masque et des gants quand vous faites vos courses ou quand vous allez
travailler.
MAIS
s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît, ne jetez pas
ces gants et ces masques dans la Nature. Hier, j'ai retrouvé un gant
usagé devant le seuil de ma porte, puis je suis allé faire une
petite balade en forêt où les sentiers étaient jonchés de ces
masques et de ces gants.
Il
faudrait arrêter de faire cela. Voici que j'aurais envie de dire à
tous ceux qui jettent masques et gants n'importe où :
1°)
C'est dégueulasse. Il faudrait être un peu plus civilisé. Cela ne
se fait pas de jeter les choses par terre au lieu de les mettre dans
la poubelle. C'est une question de savoir-vivre.
2°) C'est dégueulasse. Si vous êtes infecté par le coronavirus (ou
une autre maladie), les personnes qui vont devoir ramasser votre
gant ou votre masque vont peut-être contaminés à leur tour. Sans
parler des enfants en bas-âge qui vont le ramasser pour jouer avec.
3°)
C'est dégueulasse. Tous ces masques et ces gants que vous jetez
n'importe où contribuent à aggraver la pollution dans cette Nature
qui agonise déjà de la pollution.
Il
faudrait interroger le caractère jetable des gants et des masques.
Si on peut comprendre cela pour le personnel hospitalier, ne
faudrait-il pas privilégier pour la population des masques et des
gants réutilisables ? On peut utiliser des masques en
tissu qu'on peut mettre à la machine et, donc, ne pas envoyer sur
les montagnes de déchets que produit notre société de
consommation. Pareillement, j'utilise des gants en latex pour le
ménage et la vaisselle. Quand je rentre chez moi, je me lave les
mains AVEC mes gants, puis j'enlève ces gants. Et je me lave les
mains nues ensuite. Cela me permet de réutiliser ces gants et de ne
pas utiliser une nouvelle paire tous les jours.
Pensons
à lutter contre la pandémie, mais pensons aussi à protéger
l'environnement. Car si on ne fait rien et qu'on continue dans cette
voie aberrante, la prochaine crise, ce sera la crise
environnementale, et elle sera autrement plus violente que l'actuelle
crise. Dans l'écologie, on parle des 3 « R » :
réduire, réutiliser, recycler. Il faut d'abord chercher à réduire
sa consommation de matériaux, de ressources, d'énergie et de
produits manufacturés. Il faut réutiliser, réemployer tout ce qui
peut l'être au lieu d'acheter de nouvelles choses. Et c'est le cas,
je pense, pour les masques et les gants. Je pense aussi qu'il faut
aussi encourager la conception de masques ffp2 réutilisables. Des
initiatives existent, mais elles tardent à être développées à
vaste échelle. Enfin, il faut recycler quand on ne peut pas
réutiliser tel quel. Ce qui demande un processus industriel, mais
c'est toujours mieux que d'aller puiser toujours plus dans les
ressources naturelles de notre bonne vieille Terre.
Cette
semaine, je suis tombé, via les réseaux sociaux, sur une interview
de l'ancien parlementaire Yves Cochet qui nous explique
tranquillement que l'humanité va disparaître en 2050 des suites de
l'effondrement biologiques. Cela me rappelle qu'il y a un mois et
demi, dans une des écoles où je travaille, un géographe était
venu faire une conférence sur le réchauffement climatique. Son
message était qu'on allait droit vers la catastrophe. J'avais
l'impression qu'il se croyait très provocateur. Mais le problème
est qu'il ne l'était absolument pas : il se contentait
d'énoncer une idée que les jeunes partagent depuis longtemps.
De
manière générale, quand je pose la à mes élèves: « Est-ce
qu'on va vers l'effondrement ? Ou l'humanité va-t-elle trouver
les ressources morales, scientifiques ou technologiques pour y
échapper ? ». La réponse est en très grande majorité :
oui, la société va vers l'effondrement, et non, on n'y échappera
pas. Il y a quelques années, je parlais d'écologie à des jeunes de
douze ans à peu près, et ils m'ont répondu très agressivement que
cela ne servait à rien de parler d'écologie et de défense de
l'environnement puisqu'on est de toute façon foutu !
Je
pense donc que le catastrophisme ambiant, loin de susciter un
électrochoc salutaire dans la conscience des citoyens et des jeunes,
est le meilleur moyen de neutraliser tout changement de cap de la
société vers une transition écologique. On me rétorquera
certainement toutes ces manifestations de jeunes pour le climat ces
derniers temps. Mais je constate que l'enthousiasme ne s'est pas
propagé au point que les jeunes se soient investis en masse dans des
actions concrètes en faveur de la Nature. En fait, l'enthousiasme
était, me semble-t-il, surtout du à la perspective joyeuse
d'échapper à quelques ennuyeuses journées de cours... Je pense que
la catastrophisme mine les forces naissantes en les plongeant dans
l'aquoibonisme ambiant. Il y a quelques années, le philosophe
Jean-Pierre Dupuy, pour parer à ces effets regrettables du
catastrophisme, prônait un « catastrophisme éclairé ».
Pour lui, il faut avoir la conscience aiguë que la catastrophe est
inévitable, mais que la raison ne doit pas pour autant abdiquer
devant la peur, l'angoisse ou la terreur que peut susciter
l'imminence de cette catastrophe. Mais force est de constater que le
catastrophisme éclairé n'a jusqu'à présent pas éclairé
grand-monde...
Paul
Ariès continue son texte : « J’accuse
les végans de mentir en faisant croire au grand public qu’ils
seraient des écolos et même des superécolos, alors qu’ils
haïssent l’écologie et les écologistes, puisque les écolos
aiment la nature et qu’eux la vomissent, car elle serait
intrinsèquement violente donc mauvaise. David Olivier, un des pères
des Cahiers antispécistes, signait, dès 1988, un texte intitulé
"Pourquoi
je ne suis pas écologiste".
Il confirme en 2015 : "Nous
voyons l’antispécisme et l’écologisme comme largement
antagonistes"».
Là
encore, on est dans l'amalgame, je dirai même du
« super-amalgame »... Certains antispécistes sont
effectivement très critiques à l'encontre de l'écologie. C'est
vrai, et notamment David Olivier. Mais là encore, cela ne veut pas
dire que tous les antispécistes sont contre l'écologie. J'ai
moi-même écrit une série d'articles pour contrer les thèses de
David Olivier et de son camarade Yves Bonnardel : « Penser
l'homme et l'animal au sein de la Nature ».
Je me revendique personnellement de l'écologie et ne me reconnaît
pas dans la pensée d'Olivier et Bonnardel sur ce point. Néanmoins,
un intellectuel comme Paul Ariès devrait être soucieux de ne pas
réduire une pensée au point où elle ne veut plus rien dire. David
Olivier et Yves Bonnardel défendent un point de vue un peu plus
subtil qu'un simple anti-écologisme primaire.
Dans
son article « Faire des enfants est-il immoral ? 1 »,
Ruwen Ogien envisage les réticences morales que l'on pourrait avoir
vis-à-vis de la procréation. Bien sûr, c'est là une activité
tout à fait naturelle ; mais le caractère naturel de la
procréation n'est pas en soi une justification morale. Perpétuer
l'espèce est-ce intrinsèquement une bonne chose ?
Nous
sommes à l'heure où les chasseurs de France font une campagne
publicitaire où ils affirment être des « écologistes de
terrain », et même : « les premiers écologistes de France » (sic). On peut cependant se poser la question de
savoir si la chasse est vraiment bénéfique à la Nature, à défaut
d'être d'être bénéfique aux animaux. Il y aurait beaucoup de
choses à dire sur ce sujet, mais je voudrais aborder un sujet dont
on parle peu : la toxicité des munitions d'armes de chasse. Une
cartouche de fusil de chasse pèse grosso modo 35g et contient 200 à
300 petites billes de métal (le plus souvent de la grenaille de
plomb). On estime que plus de 250 millions de cartouches sont tirées
chaque année sur le territoire français. Cela équivaut à 6000
tonnes de métaux répandus dans la nature chaque année en France.
Ce
18 mars 2018 paraissait dans le journal « Libération »
une tribune très agressive à l'encontre des véganes, intitulé
« Pourquoi les véganes
ont tout faux », rédigé
par Paul Ariès, Jocelyne Porcher et Frédéric Denhez. Je voudrais
ici apporter une réponse argumentée à ce texte.
Ce
18 mars 2018 paraissait dans le journal « Libération »
une tribune très agressive à l'encontre des véganes, intitulée « Pourquoi les véganes
ont tout faux », rédigée par Paul Ariés, Jocelyne Porcher et Frédéric Denhez. Je voudrais
ici apporter une réponse argumentée à ce texte. Les auteurs se
disent « convaincus de la
nécessité d’en finir au plus vite avec les conditions imposées
par les systèmes industriels et d’aller vers une alimentation
relocalisée, préservant la biodiversité et le paysan, moins
carnée, aussi ». Les
véganes qui veulent en finir avec l'élevage et l'exploitation
animale les insupportent car ceux-ci s'opposent à la viande, alors
qu'eux ne s'opposent qu'à la « mauvaise
viande » et aux
« mauvais fruits ».
Passons
en revue ces arguments à l'encontre des véganes :
Dans un précédent article sur la
figure du papillon dans la philosophie et la spiritualité, j'avais
évoqué un haïku du poète japonais Kobayashi Issa (小林
一茶, 1763 –
1828). Mais la figure du papillon se manifeste dans d'autres haïkus
de ce maître. En voici deux occurrences.
Le papillon bat des ailes
Comme
s'il désespérait
De
ce monde.
Dans
un monde absurde où l'on a souvent l'impression que les choses ne
peuvent aller mieux, que rien ne changera, ou alors en pire, y a-t-il
une grâce de l'effort ? Comme le papillon qui s'acharne à
battre frénétiquement des ailes pour amener de ci, de là sa beauté
colorée au monde. Que le monde soit absurde et qu'il n'apporte aucun
espoir, est-ce une raison pour se laisser à la veulerie et à la
vulgarité ? Ne devons-nous pas insuffler quelques instants fragiles
de beauté à ce monde ?
Francis Bruguière, Au-delà de ce point, 1929
*****
Couvert
de papillons
L'arbre
mort
Est
en fleurs !
J'aime
beaucoup ce moment de contemplation. Cette juxtaposition de la vie et
de la mort dans une image frappante. Cela nous aide à rappeler que,
dans la nature, la vie n'est pas l'opposé de la mort, mais que tout
n'est que transformation de l'un vers l'autre : la vie se
transforme inévitablement en mort, mais la mort des êtres
organiques permet à d'autres êtres organiques de se développer et
de se propager dans le monde.
L'homme
pollue. L'homme pollue beaucoup. Ce n'est pas un scoop. Mais on sait
moins que même après la mort, on continue à polluer. De manière
assez évidente, la crémation pollue car elle nécessite de brûler
en plus du corps l'équivalent d'une trentaine de litres de pétrole,
tout cela à une température de 850° C. Ce processus de la
crémation envoie dans l'atmosphère de la dioxine, du CO2, ainsi que
toutes les prothèses ou plombage dentaire qui étaient intégrés au
corps du défunt. Mais l'enterrement n'est pas neutre écologiquement
parlant non plus. Il faut déjà construire les cercueils la plupart
du temps en bois. On estime qu'il faut en moyenne 1m³ de
bois pour fabriquer 6 cercueils. Dans un pays comme la France où
plus ou moins 600 000 personnes sont enterrées chaque années, cela
fait 100 000 stères de bois qui sont nécessaires à la fabrication
de tous ces cercueils. Soit une forêt toute entière à raser pour
nos morts : la mort qui s'ajoute à la mort. Par ailleurs, les
pratiques de thanatopraxie pour embaumer nos morts rendent la
décomposition de ces mêmes corps particulièrement difficiles et
ces produits chimiques finissent par se répandre dans la Nature.
Sans compter la production des pierres tombales et l'entretien des
cimetières coûteux en pesticides et en énergie.
La
mort n'est plus quelque chose de naturel. Et c'est bien dommage que
l'humanité soit si en rupture avec le cycle de la vie et de la mort.
L'être humain s'est vécu lui-même comme un long et processus
d'arrachement à la culture en créant la culture, la civilisation,
l'architecture et les constructions de plus en plus imposantes qui
empiètent sur la Nature. La conséquence en est une humanité qui
détruit les écosystèmes à grande vitesse et contribue
dangereusement au réchauffement climatique. Et si la mort était
l'occasion d'un retour à la Nature, la possibilité de contribuer à
nouveau à la vie. C'est le pari que font les partisans de
l'humusation.
L'idée
de l'humusation se base sur le compost. Le compost est l'endroit du
jardin où la matière organique redevient par un long processus de
transformation naturelle du terreau fertile sur lequel les plantes et
les végétaux vont pouvoir croître et se développer. Tout comme on
peut peut composter vos trognons de pommes, vos pelures de légumes
et les feuilles de l'arbre dans votre jardin. On peut aussi composter
un être humain en prenant certaines précautions pour rendre le
processus sain et inodore.
L'obsolescence
programmée est vraiment un problème fondamental dans notre société
de consommation : tous les objets, tous les produits que nous
achetons s'usent à une vitesse effroyable. Parfois, c'est simplement
le constructeur qui a économisé sur la qualité des matériaux pour
minimiser son prix de revient et accroître ses marges. Mais souvent,
c'est une stratégie délibérée des constructeurs qui demandent à
leurs ingénieurs de concevoir des engins qui tiendront le temps de
la garantie, mais qui tomberont en panne le plus tôt possible pour
qu'on soit obligé d'en racheter et donc alimenter le système
économique à nos dépens. Ce phénomène a très bien été décrit
dans le documentaire « Prêt à jeter ». On peut
le constater tous les jours avec nos smartphone, nos ordinateurs, nos
imprimantes prévues pour s'enrayer après deux mille ou cinq mille
copies, nos machines à laver, etc...
Je
me demande dans quelle mesure l’État ne devrait pas créer des
entreprises publiques qui produiraient ces objets, mais sans toute
l'obsolescence programmée et en cherchant même un but de
durabilité. Ces entreprises publiques existeraient à côté des
entreprises privées. Tout ce serait conçu pour que les objets
technologiques soient ouverts et compréhensibles par le
consommateur. Par exemple, la plupart des smartphones des marques
privées ont une batterie à laquelle le consommateur ne peut pas
accéder, parce qu'on a collé la coque. En cas de panne de la
batterie, il faut casser le smartphone pour changer de batterie. Et
encore, uniquement dans le cas où la batterie serait disponible sur
la marché... Les pièces de rechange des objets technologiques sont
souvent soit non-disponibles, soit vendues à un prix prohibitifs.
Tout est fait pour qu'on rachète un nouveau smartphone : c'est
plus rentable pour la multinationale qui les manufacture en Chine ou
en Asie du Sud-Est, mais ce n'est pas rentable pour le citoyen, et ce
n'est pas rentable pour l'environnement, parce qu'on épuise les
ressources de la planète, sans parler de la production de gaz à
effet de serre.
L'entreprise
publique à laquelle je pense faciliteraient le remplacement des
pièces défectueuses. Elles organiseraient même des ateliers pour
apprendre aux consommateurs à repérer et à réparer toutes les
avaries du système. Les objets technologiques seraient eux-mêmes
conçus pour repérer et identifier les sources de problèmes tant au
niveau des matériaux que du code des programmes et applications qui
font tourner l'engin. Pour bien faire, ces codes devraient être en
open-source pour que les problèmes soient plus facilement
identifiables. Nos smartphones, ordinateurs, imprimantes ne devraient
pas être des boîtes noires totalement hermétiques pour le citoyen,
et que les multinationales contrôleraient en faisant ce qu'ils en
veulent, en extrayant les données de vie privée qui les intéresse
à des fins qui nous restent inconnues. Les citoyens ou des groupes
de citoyens devraient avoir la possibilité d'observer, de
comprendre, voire de modifier les codes des machines qui sont
omniprésentes dans notre vie quotidienne.
L'entreprise
publique devrait produire des objets ouverts, qui n'enchaînent pas
le consommateur à la marque. Je pense par exemple aux imprimantes
qui exigent que l'on achète un encre hors de prix. Certains se mis à
produire une encre meilleure marché, mais les multinationales ont
trouvé la parade en imposant que l'encre soit de la même marque que
leur machine. Tout cela n'est pas sain. La plupart des options sur
une imprimantes ne sont que de la frime. Pourquoi ne pourrais-je pas
acheter une imprimante à un prix raisonnable avec une encre à un
prix minime ? Franchement, je ne demande pas à mon imprimante
qu'elle soit capable de reproduire un tableau de Michel-Ange !
Cette
entreprise publique ne serait pas dans un logique de vente à tout
prix, où tous les bobards sont bons pour leurrer le gogo, où on
vous raconte que « telle produit de lessive lave plus blanc que
blanc ». Au contraire, cette entreprise publique veillerait à
délivrer l'information la plus objective possible au consommateur :
quelles sont les caractéristiques réelles de l'appareil ?
Quelle est son espérance de vie ? Sa solidité ? Où
a-t-il été produit ? Comment ? Dans quelle condition ?
Il faudrait qu'un plan détaillé accompagne la notice.
Ce
ne serait pas peut-être les appareils les plus performants du
marché, ni ceux avec le design le plus à la mode. Mais au moins,
ils rendraient un service certain à la population qui n'a pas
nécessairement envie ou moins du dernier machin à la mode !
Voilà.
Je pense que c'est une idée intéressante à creuser. À
ce stade, ce n'est qu'une idée. Je ne fais aucune étude de
faisabilité, que ce soit sur plan technique, un plan économique ou
même un plan juridique et politique. Je pense tout d'abord que les
multinationales qui contrôlent le marché ne vont pas franchement
être ravies de voir débarquer un concurrent potentiel qui ne joue
pas les mêmes règles et les mêmes stratégies. Les multinationales
jettent constamment de la poudre aux yeux du consommateur et
cherchent systématiquement à le rendre passif. Ce projet de rendre
à ce consommateur un pouvoir d'action et de lui fournir un appareil
qui ne serait pas assujetti à l'obsolescence programmée risque donc
d'être combattu impitoyablement. Mais l'idée vaut quand même la
peine d'être avancée !
Ces
derniers jours, je repense à cette caricature qu'on retrouve dans
les revues d'écologie radicale et de décroissance. On y voit un
homme qui dit détester la voiture, mais qui en a besoin pour aller
travailler. Et puis, on voit le même homme qui dit qu'il déteste
son boulot, mais qu'il doit travailler pour payer sa voiture. Cercle
particulièrement vicieux. C'est dans ce cercle vicieux dans lequel
j'ai vraiment l'impression d'être enfermé ces derniers temps.
Depuis un an et demi, j'ai une voiture et je multiplie les
difficultés financières pour la payer. Or si j'ai acheté une
voiture, c'est pour pouvoir me rendre au boulot parce que je
travaille dans plusieurs écoles et qu'il est difficile de faire la
jonction en temps et en heures sans une voiture... Cercle vicieux et
infernal....
Avant,
j'allais en vélo et en train au boulot. Je faisais de l'effort
physique et je prenais l'air. Ce n'était pas toujours commode,
surtout pas temps de grand vent, par temps de pluie ou de neige (le
vent étant le pire des trois en fait). Mais j'étais heureux d'avoir
accompli l'effort et heureux de vivre en accord avec mes principes
écologiques.Comme je me bouge moins qu'avant, je fréquente
désormais une salle de sport. C'est très bien de faire de
l'exercice physique, mais là encore, c'est complètement absurde. Je
passe une heure à pédaler sur des vélos immobiles alors qu'avant,
je passais nettement plus de temps à pédaler sur un vrai vélo.
La
voiture pollue, la voiture coûte cher, la voiture fait un bruit
d'enfer, la voiture prend des vies. Pourquoi a-t-on un tel culte de
la voiture dans notre société ? Parfois, c'est certainement
utile, mais on devrait partager la voiture à plusieurs au lieu de la
prendre tout le temps et d'en faire le rempart ultime de l'existence
individualiste.
Conclusion :
vive le vélo ! Vive la mobilité douce ! (Et je vais
commencer à réfléchir à revendre cette putain de bagnole).
Voir également ce documentaire de la série "Data Gueule" : ne voiture rien venir ?
Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.
Fernand Flausch, La mort de l'automobile, Sart-Tilman (Liège, Belgique), 1980 Dans les années '80, quelqu'un a malicieusement tagué sur le toit de la voiture : "La voiture, c'est la liberté"
Je
suis récemment tombé sur cette vidéo très bien faite qui expose
un débat au sein de la communauté végane : est-il pertinent
d'avancer des arguments de santé et des arguments d'écologie pour
faire avancer la cause des véganes ? Certains véganes avancent
que les arguments avancés devraient uniquement tourner autour des
animaux, de leur bien-être et de leur droit à ne pas êtres
exploités, massacrés et torturés pour le plaisir des hommes. C'est
ce qu'on appelle l'approche « zoocentrée ». Delphine La
Belette explique très bien dans sa vidéo que c'est
vraisemblablement un faux débat. Les gens sont souvent plus
préoccupés par leur intérêt égoïste que par les problèmes
rencontrées par des personnes à l'autre bout du monde ou par les
souffrances qui subit le monde animal. Invoquer des problématiques
de santé ou d'écologie peut donc les inciter à s'intéresser au
véganisme beaucoup plus que les seuls arguments « zoocentrés ».
Delphine
explique très bien aussi en quoi cela ne contredit pas
l'abolitionnisme. Pour elles, les arguments éthiques concernant le
bien-être et le droit des animaux sont les arguments qui vont faire
que l'on va restervégane.
Je pense qu'on ne peut pas mieux dire. Moi-même, j'étais végétarien
depuis longtemps, mais ce qui m'a fait venir au véganisme, c'est un
argument écologique. Si l'élevage est la cause de quantité
monstrueuse d'émissions de gaz à effet de serre (CO2,
méthane,...) et que je reste végétarien (que je fais donc appel à
l'élevage pour le lait, les œufs, le fromage...), je participe
encore à ces productions monstrueuses de gaz à effet de serre
(peut-être moins qu'un mangeur de viande, mais quand même de
manière très significative). Cette prise de conscience m'a obligé
à admettre que si je voulais rester en phase avec mes idéaux
écologiques, je devais adopter un régime végane.
Donc,
dans un premier temps, je suis devenu végane pour des raisons
environnementales. Et c'est seulement après que les arguments
purement éthiques concernant les animaux ont commencé à me
toucher. En fait, il faut bien comprendre un ressort de la
psychologie humaine. On a souvent l'idée fausse (défendue par
Descartes dans le champ de la philosophie) que l'on évalue une
situation avec sa raison et puis qu'on agit en conséquence avec sa
volonté. En réalité, c'est souvent le contraire qui se passe :
on change de comportement pour une raison x et y, et puis une fois le
comportement modifié, on modifie sa vision du monde et ses arguments
rationnels en conséquence. « On ne désire pas ce qu'on
juge bon ; on juge bon ce qu'on désire », disait
Spinoza. Concrètement, une fois que vous êtes devenu végane pour
une raison x ou y (soit anthropocentrée, soit biocentrée, soit
encore théocentrée), vous allez adopter beaucoup plus facilement
les arguments zoocentrés : il est mal d'exploiter les animaux,
les animaux sont des êtres sentients (doués de conscience et de
sensibilité), il faut prendre en compte les droits des animaux,
etc...
Dans
un commentaire de la vidéo sur YouTube, quelqu'un émettait
l'objection qu'une personne devenant végane pour des raisons de
santé ou écologiques pourrait très bien continuer à aller au
cirque. Aller au cirque en effet ne nuit pas à votre santé ;
et aller en voiture jusqu'au cirque pollue peut-être un peu, mais
beaucoup moins que partir en voyage en Espagne ou au Mexique. Deux
remarques contre cet argument : d'abord, le phénomène
psychique dont je viens de parler. Une fois que l'on est devenu
végane, même pour de « mauvaises raisons », on va être
beaucoup plus perméable aux idées qui défendent l'intérêt des
animaux, puisque notre mode de consommation est devenu soudain
compatible avec la cause de la libération animale. Tant qu'on est
pas végane, notre psychisme aura tendance à minimiser, voire à
nier la tragédie vécue par les animaux. Par exemple, quand j'étais
encore avec végétarien, une amie qui vivait dans une ferme en
biodynamie m'avait expliqué que les veaux étaient séparés de leur
mère pour qu'elles produisent du lait à destination des humains, et
que, très souvent, le veau était envoyé à l'abattoir. J'avais
l'information, mais je minimisais l'affaire. Je me disais que c'est
parce qu'on tue les animaux qu'on se comporte de cette manière.
C'est seulement une fois devenu végane que cet argument des veaux
qui sont écartés de leur mère est devenu un argumentqui a renforcé
et consolidé mon véganisme.
Seconde
remarque : ne vaut-il pas mieux un végane ou végétalien qui
va encore au cirque qu'un mangeur invétéré de viande qui va aussi
au cirque, qui chasse et qui aime la corrida ? Chez les
défenseurs de la position « zoocentrée », il y a une
certaine logique déplorable du « tout ou rien ». Soit
vous êtes végane à 100 %, soit vous êtes un partisan de
l'exploitation animale à 100%. Le philosophe américain Gary
Francione résume cette position par une formule très douteuse :
« Il
n'y a pas de troisième choix ». Et bien en fait si. Il y
a un troisième choix, il y a même toutes sortes de choix. En
l'occurrence, entre le véganisme pur et le carnisme pur, il y a tout
un éventail de possibilités. L'idéal étant de se rapprocher le
plus possible du véganisme pur. Je rappelle au passage que le
véganisme pur, absolu n'existe pas concrètement : même un
végane très rigoureux qui n'achète rien qui contiendrait des
traces de cruauté à l'encontre des animaux mange des légumes. Et
ces légumes ont été produits par l'agriculture qui tue chaque
années toutes sortes de petits animaux comme des insectes ou des
mulots au moment de la moisson ou du labourage. En conséquence, on
peut juste se rapprocher d'un idéal qui est le véganisme pur sans
jamais l'atteindre à 100%.
*****
En
outre, l'approche zoocentrée a cette faiblesse de ne pas voir que
tout est lié dans ce monde, tout est interconnecté. Si le
réchauffement climatique continue à s'intensifier, ce n'est
seulement l'humanité qui va en pâtir, mais bien l'ensemble des
espèces animales. Combien d'animaux ne connaissent pas actuellement
une détresse horrible, du fait que les ressources naturelles
viennent à se tarir, que leur milieu de vie se transforme sans
qu'ils aient le temps de s'adapter à cette transformation ? Une
végane qui prendrait plaisir à rouler en hummer, qui prendrait sans
cesse l'avion, qui ferait l'apologie des gaz de schistes seraient un
végane qui fait du mal aux animaux, même s'il est « zoocentré ».
De
la même façon, l'approche végane de la santé peut paraître trop
égoïste, encore plus l'idée de garder la ligne ou d'être dans une
forme athlétique. Mais ce sont là des choses qui apparaissent aux
yeux des gens dans la société. Un régime va-t-il me permettre de
rester en bonne santé ? Va-t-il me permettre de garder la
ligne ? Est-ce que j'aurai de la force physique si je deviens
végane ? Est-ce que je ne vais pas devenir un gringalet si je
ne mange plus que des carottes et du tofu ?
On
le voit bien avec la récente demande d'une députée italienne de
mettre en prison les parents véganes qui imposeraient leur véganisme
à leurs enfants. Face à cette menace, on ne peut pas répondre
dogmatiquement avec l'approche zoocentrée. En fait, l'approche
zoocentrée est typiquement ce qui semble extrêmement dogmatique et
fanatique aux yeux de non-véganes. Les animaux y semblent plus
importants que les enfants. Aux yeux du grand public, cette approche
ressemble à l'attitude d'une secte dangereuse.
Justement,
en ayant une approche plus ouverte, les véganes apparaîtront comme
ayant un rôle positif à jouer dans la société. Les véganes
doivent communiquer beaucoup plus qu'ils ne le font sur la nutrition
et les bienfaits d'un régime végane. Il ne suffit pas dire qu'on
peut être en bonne santé, de répéter pour la millième fois qu'on
n'a pas pas de carence en protéines et en calcium. Mais il faut
montrer, études scientifiques à l'appui, que le véganisme est une
bonne chose pour la santé et que des parents carnistes consciencieux
se devraient de donner une nourriture végane pour les enfants dans
le souci constant de leur bien-être et de leur santé.
Il
faudrait dire à cette députée italienne : OK, peut-être que
le véganisme est dangereux pour la santé. Faisons donc des études
scientifiques neutres et objectives, financées par le gouvernement
italien, pour vérifier cette assertion, et dégageons le vrai du
faux sur les conséquences d'une alimentation 100% végétale sur la
santé. En fait, ils se rendront que c'est pas nocif pour la santé,
et que c'est même bon pour le développement des enfants. Il y a
déjà des études significatives qui vont dans ce sens, mais plus
d'études ne fera pas de mal et enfoncera le clou que le véganisme
est bon pour la santé. Au fond, cette proposition de loi de la
députée italienne risque de se retourner contre les carnistes qui
emmènent leurs enfants aux McDo et qui les gavent de produits
animaux !
Stratégiquement,
les véganes ne peuvent pas faire l'impasse sur la santé. Sauf à
accepter le fait de ne pas avoir d'enfants et de laisser les enfants
aux mains des carnistes. L'attitude éthique qui consisterait à dire
que : « je serai végane, même cela devait nuire à ma
santé » peut susciter l'admiration devant tant d'abnégation,
un peu comme devant le martyr qui accepte de mourir pour sa cause
religieuse, mais elle ne fait pas avancer la cause végane auprès du
grand public qui va associer véganisme à une vie sainte, mais pas à
une vie saine !
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Dernière
remarque par rapport à la vidéo de Delphine La Belette : il n'
y a pas que la dimension de santé et la dimension écologique. Il y
a aussi toute la dimension humanitaire de la problématique de
l'élevage. Comme il faut bien nourrir le bétail, on utilise des
superficies extrêmement importantes de champs agricoles pour faire
pousser du maïs, du soja ou d'autres végétaux qui vont nourrir le
bétail, alors qu'on pourrait nourrir les humains avec ces champs.
Par ailleurs, en mettant en concurrence les champs destinés à
nourri les animaux et les champs destinés à nourrir les humains, on
met une pression considérable sur les prix des ressources
alimentaires, sur lesquels les spéculateurs jouent de plus en plus
au détriment des consommateurs des pays pauvres, qui ont de plus en
plus de difficultés de à nouer les deux bouts et à nourrir leurs
enfants et leurs familles. Dans les cas les plus sévères, tous les
jours, des personnes humaines, dont beaucoup d'enfants, meurent de
cette famine et cette malnutrition. Le véganisme permet de soulager
cette faim dans le monde. Et c'est encore une raison de mettre en
avant le véganisme.
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Voilà.
Je pense qu'on peut faire la promotion du véganisme en adoptant une
approche anthropocentrique (la dimension sociale et humanitaire dont
je viens de parler ici, la santé des êtres humains, l'écologie en
tant que préservation d'abord de l'espèce humaine) ou l'approche
biocentrique (la défense de la Nature en elle-même, indépendamment
du sort de cette espèce nuisible invasive que les scientifiques
appellent homo sapiens sapiens) sans nécessairement trahir la
cause abolitionniste. Bien sûr, il ne faut pas perdre de vue
l'intérêt des animaux. Les arguments éthique en faveur des animaux
ont toute leur pertinence, mais ce n'est pas parce qu'on développe
certains arguments anthropocentrés ou biocentrés que l'on va perdre
de vue la noble cause de la libération animale.
Pour Gary Francione, la seule position morale cohérente par rapport à l'exploitation animale est le véganisme éthique (dans l’intérêt des animaux). Il refuse tout approche du véganisme qui prendrait en compte l'homme soit dans ses intérêts, soit dans sa psychologie. Que faut-il penser de cette approche ?
Yves Bonnardel et David Olivier, deux contributeurs des Cahiers Antispécistes, ont critiqué l'idée de Nature dans une perspective antispéciste. D'une part, parce que l'idée de Nature suppose une hiérarchie naturelle où les animaux sont considérés comme inférieurs aux être humains. Et d'autre part, parce que l'idée de Nature suppose de voir une harmonie qui régit les écosystèmes, là où il n'y a qu'une lutte infernale pour la survie. Cet article se propose de considérer ces arguments et de se demander si une mystique de la Nature est tout de même possible.
Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la libération animale ici.
Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour du végétarisme et du véganisme ici.
Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.