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dimanche 17 mai 2020

Peu doué pour la sagesse





- Mais ce qu'il y a de grand, ce qu'il y a d'exceptionnel convient peut-être à d'autres, à Socrate et aux individualités de sa trempe. Pourquoi donc si nous sommes aptes par nature à de telles prouesses, tous les hommes ou la plupart des hommes ne leur ressemblent-ils pas ?


- Est-ce que tous les chevaux sont rapides ? Ou tous les chiens habiles à suivre une piste ? Non ! Mais après ? Parce que je ne suis pas bien doué, devrai-je pour cela renoncer à faire de mon mieux ? À Dieu ne plaise ! Moi, Epictète, je ne serai pas meilleur que Socrate, mais même si je n'arrive pas à son niveau, je m'en contente. Je ne serai pas non plus Milon, mais je ne néglige pas pour autant de mon corps, ni Crésus, et pourtant je ne me désintéresse pas de ma fortune. En un mot, il n'est aucune autre chose dont nous ne renoncions à prendre soin sous prétexte que nous désespérions d'atteindre le plus haut niveau dans ce domaine.


Épictète, Entretiens, Livre I, chapitre II.





lundi 1 juillet 2019

Comme une olive mûre






Considérer sans cesse combien de médecins sont morts, qui ont si souvent froncé les sourcils sur leurs malades; combien d’astrologues, après avoir prédit, comme chose d’importance, la mort d’autrui; combien de philosophes, après mille discussions sur la mort ou l’immortalité; combien de chefs, qui ont fait mourir beaucoup d’hommes; combien de tyrans, qui, avec un terrible orgueil, ont usé, comme des dieux, de leur pouvoir sur la vie des hommes; combien de villes entières sont, pour ainsi dire, mortes: Hélice, Pompéi, Herculanum et d’autres sans nombres. Ajoutes-y tous ceux que tu as connus, l’un après l’autre; l’un rend les honneurs funèbres à un autre; puis, il est lui-même étendu par un autre, qui reçoit les honneurs d’un autre encore; et tout cela en peu de temps. Bien voir toujours au total combien sont éphémères et sans valeur les choses humaines; hier un peu de morve; demain une momie ou des cendres. Ce petit instant du temps de la vie, le traverser en se conformant à la nature, partir de bonne humeur, comme tombe une olive mûre, qui bénit celle qui l’a portée et rend grâce à l’arbre qui l’a fait pousser.

Marc-Aurèle, Pensées, IV, 48, trad. Emile Bréhier.



samedi 21 octobre 2017

La question du libre-arbitre (2ème partie)




La question du libre-arbitre (2ème partie)


Voir la 1ère partie




    Suite à mon article « Choix et liberté », il y a eu toutes sortes de commentaires, questions et objections auquel je voudrais répondre ici partie par partie. Dans cette deuxième partie, je voudrais évoquer une réflexion de Tara :


mercredi 18 octobre 2017

La question du libre-arbitre (1ère partie)



La question du libre-arbitre (1ère partie)




    Suite à mon article « Choix et liberté », il y a eu toutes sortes de commentaires, questions et objections auquel je voudrais répondre ici partie par partie. Pour commencer, Tara disait : « Nous sommes ici face à un véritable paradoxe dans le bouddhisme. Le bouddhisme affirme à la fois le déterminisme de l’esprit avec la loi du karma et en même temps le pouvoir de transformer ce karma dans le présent. Si nous sommes déterminés à chaque moment par les empreintes de nos actions (karma antérieur), comment est-il possible de s’en affranchir pour transformer nos actes présents ? Car si la totalité de l'existence est conditionnée, relative et interdépendante, comment seule, la volonté, elle même conditionnée pourrait-elle être libre ?

jeudi 26 février 2015

Souviens-toi quand tu temporises



Souviens-toi quand tu temporises et combien de fois, ayant obtenu des dieux des dates d’échéance, tu ne les mets pas à profit. Il te faut désormais bien sentir de quel cosmos tu es une partie, de quel gouverneur du cosmos tu es l’émanation, et qu’une borne temporelle te circonscrit. Si tu ne profites pas de cet instant pour jouir du ciel pur, il passera, tu passeras toi aussi, et il ne reviendra plus.


Marc-Aurèle, Pensées à soi-même, III, 2
(Traduction de Pierre Maréchaux, éditions Payot & Rivages, Paris, 2003)







mercredi 25 février 2015

Nés pour collaborer




            Dès l’aurore, se dire d’avance : je vais rencontrer un indiscret, un ingrat, un violent, un fourbe, un envieux, un égoïste. Tous ces défauts leur sont venus de ce qu’ils ignoraient la distinction entre les biens et les maux. Mais moi, ayant jugé par mes observations que la nature intrinsèque du bien, c’est la rectitude et celle du mal, le faux, et que par ailleurs la nature intrinsèque de l’homme faillible est d’être mon parent, non point de même sang ou d’une même semence, mais un être participant de la Raison et possédant une parcelle de divinité, je ne puis être lésé par aucun de ces hommes, car nul ne saurait me couvrir de honte, et je ne peux encore moins m’irriter contre mon parent, et le vouer à mon exécration. En effet, nous sommes nés pour collaborer, comme les pieds, les mains, les paupières ou les deux rangées de dents, supérieures ou inférieures. En conséquence, s’opposer les uns aux autres est contre-nature. Or c’est s’opposer à quelqu’un de s’emporter contre lui ou de s’en détourner.


Marc-Aurèle, Pensées à soi-même, II, 1.
(Traduction de Pierre Maréchaux, éditions Payot & Rivages, Paris, 2003)





Marc-Aurèle (121-180)

samedi 21 février 2015

Les craquelures du pain

« Il faut aussi surveiller les détails de ce genre : même les phénomènes insignifiants qui affectent accessoirement les phénomènes naturels ont un je-ne-sais-quoi de gracieux et d’attachant. Par exemple, lorsque le pain cuit, certaines parties se crevassent à sa surface ; et pourtant, ce sont précisément ces fissures qui, en quelques sortes, semble avoir échappé aux intentions qui président à la confection du pain, ce sont ces fentes mêmes qui, en quelques sortes, nous plaisent et excitent notre appétit d’une manière si particulière.

Ou encore les figues : quand elles sont bien mûres, elles se fendillent. Et dans les olives mûres, c’est justement l’approche de la pourriture qui rehausse le fruit d’une beauté singulière. Et les épis courbés vers la terre, et le front plissé du lion et la bave qui file au groin du sanglier : ces choses et beaucoup d’autres encore, si on les considérait isolément et en elles-mêmes, seraient loin d’être belles.

Pourtant, parce que ces aspects secondaires accompagnent des phénomènes naturels, ils adjoignent à leur beauté un effet supplémentaire, et ils nous séduisent ; en sorte qui si quelqu’un possède l’expérience et la connaissance approfondie des phénomènes universels, il n’y aura presque pas un seul des phénomènes qui accompagnent par voie de conséquence les processus naturels, qui ne lui paraissent se présenter, sous un certain angle, d’une manière charmante.

Cet homme n’éprouvera pas moins de plaisir à contempler, dans leur réalité nue, les gueules béantes des bêtes féroces, que toutes celles que lui offrent les imitations des peintres et des sculpteurs. Ses yeux purs seront capables de voir une sorte de maturité et de floraison chez la vieille femme ou le vieillard, une sorte de grâce aimable chez les bambins. Beaucoup de cas de ce genre seront plausibles : ce n’est pas le premier venu qui y trouvera son plaisir, mais celui qui est intimement familiarisé avec la Nature et avec ses œuvres. »

            Marc-Aurèle, Pensées à soi-même, III, 2

mercredi 26 novembre 2014

Ce cosmos dont tu es une partie


Les œuvres des dieux sont pleines de providence, celles de la fortune ne vont pas sans la Nature, sans une trame et un entrelacement d’événements gouvernés par la providence. Tout découle de là. Il y a de surcroît le nécessaire et l’utilité à l’ensemble du cosmos dont tu es une partie. Or pour toute partie de la nature, le bien est ce que comporte la nature du Tout et ce qui contribue à sa conservation. (…) Que ces considérations te suffisent, si ce sont des principes de vie.

Marc-Aurèle, Pensées à soi-même, livre II, 3.



mercredi 8 octobre 2014

Marc-Aurèle : l'entrelacement des événements


    Les œuvres des dieux sont pleines de providence, celles de la fortune ne vont pas sans la Nature, sans une trame et un entrelacement d’événements gouvernés par la providence. Tout découle de là. Il y a de surcroît le nécessaire et l’utilité à l’ensemble du cosmos dont tu es une partie. Or pour toute partie de la nature, le bien est ce que comporte la nature du Tout et ce qui contribue à sa conservation. (…) Que ces considérations te suffisent, si ce sont des principes de vie.

Marc-Aurèle, Pensées à soi-même.

mardi 10 décembre 2013

Blaise Pascal, Epictète, Montaigne et la question du stoïcisme au XVIIe siècle



           L'article qui va suivre est une étude d'un dialogue entre des jansénistes au XVIIème siècle. Le jansénisme est ce courant intégriste chrétien qui a occupé une place importante dans la vie intellectuelle et spirituelle du XVIIème siècle. Il s'agit d'une doctrine résolument anti-humaniste qui refuse la possibilité pour l'homme de s'améliorer de lui-même et qui insiste de manière centrale sur la grâce que Dieu peut donner ou pas à l'homme empli de foi. Blaise Pascal avec Jean Racine ont été certainement parmi les jansénistes les plus célèbres.

           Le dialogue de Blaise Pascal avec un autre janséniste a pour thème l'opposition frontale des jansénistes aux thèses de l'humanisme symbolisé ici par deux de ses deux courants: d'une part, le courant  de Juste Lipse et La Mothe Le Vayer qui remet au goût du jour le stoïcisme et défend l'idée d'un homme fort, volontaire, maître de lui-même et de ses passions, grandiose dans ses aspirations philosophiques et spirituelles, et d'autre part, le courant de Michel de Montaigne où l'homme se retrouve face à ses contradictions et ses faiblesses et tente de développer un art de vivre simple et joyeux.    

         Donc, au-delà de ces considérations chrétiennes sur le salut et la misère de l'homme, le dialogue entre monsieur de Sacy et Blaise Pascal nous laisse une réflexion sur l'humanisme et l'anti-humanisme ainsi que sur les différentes façons de considérer l'homme et la nature humaine au sein de l'humanisme.