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jeudi 23 août 2018

La boîte de Pandore




La boîte de Pandore




     Voilà un des mythes les plus célèbres de la mythologie grecque. Tout commence avec Prométhée qui, décidément, agissait un peu trop en faveur des humains aux yeux de Zeus, le roi de l'Olympe. Quand Prométhée et son frère Épiméthée avaient été chargés de créer et d'ordonner le monde des mortels, alors qu'Épiméthée avaient oublié de donner des dons et des qualités aux êtres humains tel qu'il l'avait fait pour le reste des animaux, Prométhée avait rattrapé le coup en allant voler le feu dans la forge d'Héphaïstos, le dieu forgeron, et les savoirs techniques dans la bibliothèque d'Athéna. Pour éviter que l'utilisation du feu et des armes ne se retournent contre les humains, il avait intercédé auprès de Zeus et Hermès pour inscrire dans le cœur des hommes le sens de la justice et le sens de la honte afin que les mauvaises actions ne prolifèrent pas et rendent impossible toute fondation d'une Cité, un État politiquement organisé qui permet aux hommes de dépasser leurs faiblesses individuelles.

vendredi 6 juillet 2018

La délivrance





La délivrance


Soûtra du Nirvāna - Nibbāna Sutta

Udana, VIII, 3.




      Ainsi ai-je entendu. Le Bienheureux séjournait alors dans le parc d'Anāthapindika, dans le bois de Jeta près de Sāvatthi. En cette occasion, le Bienheureux instruisit, conseilla, stimula et encouragea les moines avec des enseignements du Dharma tournant autour de la délivrance. Les moines, réceptifs, ouverts, se focalisant de manière soutenue et prêtant une oreille attentive.

     En en réalisant toute la signification, le Bienheureux à cette occasion s'exclama :

     «  Il y a, ô disciples, un non-né, un non-créé, un non-devenu et un non-composé.

       S'il n'y avait pas ce non-né, ce non-créé, ce non-devenu, ce non-composé, il n'y aurait pas de délivrance de ce monde pour ce qui est né, créé, devenu et composé.


        Mais puisque, ô disciples, il y a le non-né, le non-créé, le non-devenu et le non-composé, il peut y avoir une délivrance pour ce qui est né, créé, devenu et composé »



mercredi 4 juillet 2018

Transcendance et rationalité - 1ère partie





Transcendance et rationalité

1ère partie



    Je voudrais revenir ici sur certaines réflexions et commentaires suscités par l'article « Laisser tomber les divinités bouddhiques? » où j'exposais certaines thèses de Stephen Batchelor sur ce que devrait être le bouddhisme selon lui : une philosophie qui devrait abandonner toute notion de transcendance ainsi que la vénération religieuse pour les panthéons des divinités bouddhiques.


samedi 23 juin 2018

Analyse de l'asservissement et de la libération




Le Traité du Milieu


Nāgārjuna


Chapitre XVI : Analyse de l'asservissement et de la libération



1. Et si les agrégats transmigraient ?
S'ils sont permanents, ils ne transmigrent pas.
S'ils sont impermanents, ils ne transmigreront pas.
Le même raisonnement s'applique aux êtres animés.

2. Et si l'individu transmigrait ?
Si on le cherche avec le quintuple examen,
Dans les agrégats, les sphères de la connaissance et les éléments
Sans le trouver, qu'est-ce qui transmigrera ?

3. S'il transmigre d'existence
En existence, il passera par l'inexistence.
Qu'est-ce qui, donc, privé d'existence
Et d'agrégats, transmigrera ?

4. Les agrégats ne peuvent en aucune manière
Passer au-delà de la souffrance.
En aucune manière, l'être animé
Ne peut passer au-delà de la souffrance.

5. Sujets à la naissance et à la destruction,
Les agrégats ne sont ni liés, ni libérés.
Comme précédemment, les êtres
Ne sont ni liés, ni libérés.

6. Si l'appropriation enchaîne,
Celui qui a cette appropriation n'est pas enchaîné.
Si la non-appropriation n'enchaîne pas,
Dans quel état sera-t-on enchaîné ?

7. Si l'enchaînement précède ce qui est enchaîné,
Celui-ci dépendra de celui-là :
Ce qui n'est pas le cas.
Le reste de la réfutation a été enseignée lors des trois moments du mouvement.

8. Tout d'abord, ce qui est enchaîné n'est pas libéré
Et ce qui n'est pas enchaîné ne l'est pas non plus ;
Si ce qui est enchaîné se trouvait en cours de libération,
Il serait simultané à la libération.

9. « Sans attachement, je passerai dans le Nirvāna,
Le Nirvāna est mien »
Ceux qui prennent ainsi les choses
Tombent dans la plus grande appropriation !

10. Pour qui n'existe ni production du Nirvāna,
Ni cessation du samsāra,
Pour celui-là, comment le samsāra serait-il ?
Comment le Nirvāna serait-il ?


jeudi 21 juin 2018

Tous les êtres sont dans le Nirvāna




Tous les êtres sont dans le Nirvāna,
Et, ici-bas, les racines de bien ne sont jamais des objets d'appréhension.
Qui aspire à cette doctrine,
Je déclare qu'il est dans le Nirvāna sans reste.
Les centaines de bouddhas du passé
N'ont cependant discipliné aucun être.
Si des êtres devaient naître ici-bas,
Ils ne passeraient jamais dans le Nirvāna.
Ainsi cette Voie ne présente pas d'obstacles,
Il n'y a jamais en elle de liens.
Ceux qui aspirent à cette doctrine
N'auront pas l'esprit asservi par la soif.

Les Questions d'Upali (Upalipariprccha)

mardi 19 juin 2018

Les trois dimensions temporelles de la méditation





Ô Seigneur Milarépa,

Accordez-moi votre grâce afin que moi-même et tous les êtres tournions notre esprit vers le Dharma,
Accordez-moi votre grâce afin que nous cheminions dans la voie du Dharma,
Accordez-moi votre grâce afin que soient dissipées les illusions du chemin,
Accordez-moi votre grâce afin que l'illusion s'élève en tant que sagesse primordiale.

Accordez-moi votre grâce afin que mes voiles, ceux du karma et des émotions perturbatrices, le voile du connu et celui des tendances inconscientes, soient purifiés.
Accordez-moi votre grâce afin que ces voiles soient purifiés à l'instant même.
Accordez-moi votre grâce qu'ils soient purifiés ici-même.
Accordez-moi votre grâce qu'ils soient purifiés durant cette même session.

Accordez-moi votre grâce afin que que mon être soit libéré.
Accordez-moi votre grâce afin que mon être soit libéré à l'instant même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'il soit libéré ici-même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'il soit libéré durant cette même session.

Accordez-moi votre grâce afin que naisse en moi le suprême samadhi sans erreur.
Accordez-moi votre grâce afin que ce suprême samadhi naisse à l'instant même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'il naisse ici-même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'il naisse durant cette même session.

Accordez-moi votre grâce afin que naisse en moi la suprême sagesse primordiale.
Accordez-moi votre grâce afin que cette sagesse primordiale naisse à l'instant même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'elle naisse ici-même.
Accordez-moi votre grâce afin qu'elle naisse durant cette même session.



Extrait du : « Guru-yoga du Grand Yogin Milarépa et le festin d'offrande intitulé : "Le Glorieux Flamboiement de la Gnose". »
(Traduction de l'institut Karma Migyur Ling, 1981)








Milarépa
(en haut à droite, Vajrayogini)



mercredi 18 octobre 2017

La question du libre-arbitre (1ère partie)



La question du libre-arbitre (1ère partie)




    Suite à mon article « Choix et liberté », il y a eu toutes sortes de commentaires, questions et objections auquel je voudrais répondre ici partie par partie. Pour commencer, Tara disait : « Nous sommes ici face à un véritable paradoxe dans le bouddhisme. Le bouddhisme affirme à la fois le déterminisme de l’esprit avec la loi du karma et en même temps le pouvoir de transformer ce karma dans le présent. Si nous sommes déterminés à chaque moment par les empreintes de nos actions (karma antérieur), comment est-il possible de s’en affranchir pour transformer nos actes présents ? Car si la totalité de l'existence est conditionnée, relative et interdépendante, comment seule, la volonté, elle même conditionnée pourrait-elle être libre ?

dimanche 11 juin 2017

Liberté et sagesse










    Cet article fait directement suite à l'article précédent « Liberté morale », réflexion sur la liberté à partir de la citation de Jean-Jacques Rousseau : « L'impulsion du seul appétit est esclavage et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté ». J'en recommande la lecture d'avant d'aborder cet article-ci.


lundi 5 juin 2017

Bardo





Bardo





     En tibétain, le mot « bardo » signifie « intervalle », « état intermédiaire ». Il est surtout connu dans un titre célèbre de la littérature mystique tibétaine : le « Bardo Thödröl Chenmo », littéralement « La Grande Libération par l’Écoute dans l'Intervalle » (sous-entendu, l'intervalle qui va de la mort à la renaissance de l'individu). Le « Bardo Thödröl » est plus connu en Occident sous le nom de « Livre des Morts Tibétains ». Le « Bardo Thödröl » est un recueil de prières et de pratiques méditatives qui doivent être récitées aux personnes mourantes et aux morts pour que ceux-ci passent plus facilement le cap difficile de la mort. Dans la pensée bouddhiste tibétaine, la mort n'est pas la finalité ou le terme final de l'existence, mais bien un passage, un intervalle de temps dans lequel notre existence va connaître un grand bouleversement, un changement radical et va s'aiguiller vers d'autres existences possibles. Dans la vision spirituelle du Dzogchen, le bardo de la mort est aussi un moment privilégié pour se libérer de ce cycle des existences, la samsâra, et demeurer dans la claire lumière de l'esprit, la véritable nature de la conscience, sans être le prisonnier des hallucinations de l'existence conditionnée et individuelle.

      Donc un « bardo » est en ce sens un intervalle de temps que l'on peut mettre à profiter pour se libérer des conditionnements malsains de l'existence, n'importe quel intervalle de temps, pas seulement celui qui court du moment de la mort à la renaissance vers une autre existence. Dans le bouddhisme tibétain, on parle habituellement des six bardos :
  • le bardo de vie,
  • le bardo de la méditation,
  • le bardo du rêve,
  • le bardo du moment de la mort,
  • le bardo de la réalité absolue,
  • le bardo du devenir.

mercredi 5 avril 2017

Libre-arbitre et déterminisme




Notes sur les dialogues du cerveau


4ème partie






Je voudrais m'arrêter sur « Cerveau & Méditation » l'ouvrage de dialogue entre le moine bouddhiste Matthieu Ricard et le neurobiologiste Wolf Singer. Je voudrais ici rédiger dans ces notes les quelques commentaires épars que m'inspire ce livre.


MATTHIEU RICARD


     Lorsque tu affirmes que l'agent qui délibère est un réseau neuronal, on pourrait alors se dire : « Ce n'est pas moi qui ai pris la décision, c'est mon réseau neuronal ». De cette façon, tu te dissocies de tes propres actes et tu ne peux plus en assumer la responsabilité au niveau de la perspective de la première personne (« Je suis responsable de ce que j'ai fait »). Une telle position est loin d'être neutre puisqu'elle risque de peser lourdement sur notre prise de décision et sur notre propre comportement. Des études ont montré que de sujets qui lisent un texte affirmant que notre comportement est totalement déterminé par le fonctionnement cérébral ont un comportement très différent de ceux qui lisent un texte défendant l'existence du libre-arbitre1. Il est intéressant de constater que les gens à qui l'on a inculqué la connaissance du libre-arbitre se comportaient de façon beaucoup plus intègre que ceux que l'on a convaincus de l'existence d'un déterminisme cérébral. Ces derniers avaient davantage tendance à bafouer les règles morales et à tricher. Ce qui s'explique sans doute sans doute par le fait qu'ils estimaient qu'après tout, ils n'étaient pas vraiment responsables.


Matthieu Ricard et Wolf Singer, « Cerveau & Méditation », éd. Allary, Paris, 2017, pp. 307-308.



lundi 16 mai 2016

Liberté


      « Être libre, c'est être maître de soi-même. Pour beaucoup de gens, une telle maîtrise concerne la liberté d'action, de mouvement et d'opinion, l'occasion de réaliser les buts qu'on s'est fixés. Ce faisant, on situe principalement la liberté à l'extérieur de soi, sans prendre conscience de la tyrannie des pensées. De fait, une conception répandue en Occident consiste à penser qu'être libre revient à pouvoir faire tout ce qui nous passe par la tête et traduire en actes le moindre de nos caprices. Étrange conception, puisque nous devenons ainsi le jouet des pensées qui agitent notre esprit, comme les vents courbent dans toutes les directions les herbes au sommet d'un col.

      « Pour moi, le bonheur serait de faire tout ce que je veux sans que personne m'interdise quoi que ce soit », déclarait une jeune Anglaise interrogée par la BBC. La liberté anarchique, qui a pour seul but l'accomplissement immédiat des désirs, apportera-t-elle le bonheur ? On peut en douter. La spontanéité est une qualité précieuse à condition de ne pas la confondre avec l'agitation mentale. Si nous lâchons dans notre esprit la meute du désir, de la jalousie, de l'orgueil ou du ressentiment, elle aura tôt fait de s'approprier les lieux et de nous imposer un univers carcéral en expansion continue. Les prisons s'additionnent et se juxtaposent, oblitérant toute joie de vivre. En revanche, un seul espace de liberté intérieure suffit pour embrasser la dimension tout entière de l'esprit. Un espace vaste, lucide et serein, qui dissout tout tourment et nourrit toute paix.

       La liberté intérieure, c'est d'abord l'affranchissement de la dictature du « moi » et du « mien », de l'« être asservi » et de l'« avoir » envahissant, de cet ego qui entre en conflit avec ce qui lui déplaît et tente désespérément de s'approprier ce qu'il convoite. Savoir trouver l'essentiel et ne plus s'inquiéter de l'accessoire entraîne un profond sentiment de contentement sur lequel les fantaisies du moi n'ont aucune prise. « Celui qui éprouve un tel contentement, dit le proverbe tibétain, tient un trésor au creux de sa main. »

        Être libre revient donc à s'émanciper de la contrainte des afflictions qui dominent l'esprit et l'obscurcissent. C'est prendre sa vie en main, au lieu de l'abandonner aux tendances forgées par l'habitude et à la confusion mentale. Ce n'est pas lâcher la barre, laisser les voiles flotter au vent et le bateau partir à la dérive, mais barrer en mettant le cap vers la destination choisie. »

Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur, NiL Editions, 2003.










Photographie de Matthieu Ricard








     C'est à une intéressante réflexion sur la liberté que se livre ici Matthieu Ricard. L'idée générale la plus souvent admise de la liberté est « de faire ce qu'on veut ». On serait libre si on pouvait aller à la plage plutôt qu'au boulot, se lever à pas d'heure plutôt que se lever tôt aux aurores, parler plutôt que de se taire et aller boire un verre avec ses amis plutôt qu'assister à un repas de famille en présence de sa grand-mère acariâtre. Mais dans tous ces cas, cette « liberté » consisterait à être sous l'emprise de nos désirs : désir de nouveaux horizons, désir de sommeil, désir d'interactions sociales avec lesquelles on éprouve le plus de plaisir. À chaque fois, le désir devient notre maître et nous oblige à adopter tel ou tel comportement.

      La véritable liberté serait une liberté intérieure où l'on serait capable d'accepter les choses telles qu'elles sont et où on ne se lamenterait plus parce qu'elles ne sont pas comme on aurait souhaité qu'elles soient. Un esprit libre se dégage du désir, de l'ignorance et des passions qui enténèbrent l'esprit et fait l'expérience de la liberté fondamentale de l'esprit. Cela suppose tout un cheminement spirituel où l'on va dissiper l'illusion du « moi » et de tout ce qui découle du « moi » : le « mien », le « je » et l' « autre » qui entrent dans une dualité conflictuelle. Au bout du chemin, il y a la liberté absolue. Et c'est cette liberté absolue qu'il nous faut conquérir en se rendant maître de soi-même et en s'affranchissant de toutes les illusions.

       Néanmoins, cette liberté absolue ne doit pas occulter le fait qu'il existe des libertés relatives. Si on ne cherchait que la liberté absolue, on pourrait arriver à la conclusion qu'il est indifférent à un Sage de se promener en liberté ou d'être en prison ; parce que se promener en liberté signifie simplement aller là où on le désire et ne pas vraiment être libre puisqu'on est soumis au désir de se mouvoir dans tel ou tel endroit. Or un Sage dans la liberté absolue de l'esprit est complètement indifférent s'il se trouve présentement dans une cellule de prison ou à l'ombre d'un chêne dans la forêt. Son esprit est libre, alors peu lui importe où il se trouve : les conditions de vie qu'il endure ne pourront atteindre sa liberté spirituelle. À partir de là, on pourrait se mettre à justifier un régime dictatorial ou féodal où on n'accorde aucune liberté aux individus puisque la véritable liberté est une liberté intérieure. Pourquoi se permettre alors le luxe d'accorder de fausses libertés de se mouvoir, de faire ce qu'on veut, de dire ce qu'on veut et de contester les puissants qui règnent sur le pays ?

       Or quand on observe l'Histoire du bouddhisme au Tibet, en Chine et au Japon, c'est exactement ce qu'il s'est passé ! Au Tibet régnait un régime féodal où les dalaï-lamas régnaient en maître avec les abbés des monastère et des seigneurs féodaux qui n'avaient que faire des libertés individuelles. Ils ne savaient même pas ce que c'était ! Pareillement, les empereurs chinois de la dynastie Tang ont instrumentalisé le bouddhisme pour servir d'idéologie d’État. Au Japon, les samouraïs et les shoguns ont embrassé le bouddhisme Zen pour servir leur idéologie totalitaire.

      Pour moi, croire qu'on aura la liberté quand on pourra faire ce qu'on veut est une illusion, parce que c'est effectivement être soumis à ses désirs, à ses caprices, que cette liberté suppose des moyens financiers qui nous enchaîne au monde peu ragoûtant de la finance et de la lutte sociale ; mais il ne faut pas seulement définir la liberté comme une liberté intérieure au risque de cautionner des régimes liberticides. Il y a des libertés relatives, liberté de mouvement, liberté de travailler, liberté de pensée, liberté d'action, liberté de parole, et penser ces libertés est aussi important pour contribuer au bonheur des gens. Jouir de ces libertés fait partie des conditions pour connaître une vie heureuse et épanouie. Peut-être qu'un Sage est heureux dans le régime totalitaire de la Corée du Nord puisque son esprit est en paix et complètement libre : peu lui importe les brimades, la famine ou la répression... Mais enfin, même pour un Sage, il est plus facile de vivre dans une société où on accorde des libertés individuelles et sociales.

     Ces libertés relatives sont donc par définition limitées, voire se contredisent. Par exemple, les libéraux prônent le « libre-marché » où les investisseurs peuvent créer librement des entreprises, en acheter des parts, en revendre, spéculer, faire des profits ou des pertes, etc... C'est la liberté économique. Mais en général, ceux qui défendent la liberté économique qui permet aux biens matériels de transiter à travers le monde entier dans le grand marché globalisé sont contre la liberté des individus à se déplacer et à migrer là où ils veulent aller, là où ils estiment qu'ils auront une vie plus heureuse. C'est toute l'histoire de l'actuelle crise des migrants en Europe, avec cette Europe si fière de ses libertés qui se retranche derrière de hauts remparts, des barbelés et des miradors. La forteresse-Europe. En 1989, on était si fier en Europe de la chute du Mur à Berlin et de la suppression du Rideau de Fer, symboles de la liberté retrouvée et de la fin de l'oppression communiste. Mais aujourd'hui, les libéraux mondialisés sont les premiers au nom de notre modèle de libertés individuelles à supprimer cette liberté individuelle fondamentale : celle de fuir la guerre en Syrie et de chercher un avenir meilleur pour les enfants.

       Je suis donc d'accord avec Matthieu Ricard de voir la liberté intérieure comme la liberté fondamentale qu'il faut conquérir par la pratique du Dharma : cultiver la conduite éthique, s'adonner à la méditation et cultiver la sagesse à travers l'étude, la réflexion. Mais développer cette liberté intérieure ne doit pas nous faire oublier qu'il y a une réflexion à produire sur les libertés relatives que sont les droits individuels, la liberté économique, la liberté de parole, la liberté de pensée, la liberté de mouvement....Il s'agit de penser la société dans laquelle on a plus de chances de s'épanouir, dans laquelle on pourra le plus facilement être heureux et contribuer aux causes réelles du bonheur. Je pense aussi qu'il faut penser les résonances entre liberté intérieure et ces libertés relatives « extérieures ». Faire ce qu'on veut, c'est le désir fondamental de l'ego, la tyrannie du « moi ». Mais quand on est libre intérieurement, on sait que notre bonheur ne se limite pas à notre bonheur, mais inclut aussi le bonheur des autres. La véritable liberté prend en compte ce que ressentent les autres. D'un plaidoyer pour le bonheur, il n'y a qu'un pas à un plaidoyer pour l'altruisme ! Et c'est la liberté qui nous fera faire ce pas.









Photographie de Matthieu Ricard





À propos de Matthieu Ricard, voir aussi : 


renouer avec la nature  

s'occuper aussi des animaux

Un mouton n'est pas un tabouret qui se déplace

- Liberté

- Commentaires sur « L’Art de la Méditation » de Matthieu Ricard : voir le texte
     Pourquoi les enseignements du Bouddha sont-ils si rarement cités par les lamas du bouddhisme tibétains ? Est-ce que la méditation sur la nature de l'esprit n'occulte pas l'établissement de l'attention portée sur le corps (telle que le Bouddha l'enseigne dans le Soutra des Quatre Etablissements de l'Attention) ? Les soutras du Petit Véhicule ont-ils un intérêt dans la méditation sur la vacuité telle que l'expriment les soutras de la Perfection de Sagesse ? Comment intégrer les différents Véhicules du bouddhisme ?

Empathie et altruisme



   Le psychologue serge Tisseron critique le moine bouddhiste Matthieu Ricard  sur la question de l'empathie. Celui-ci ne distingue pas suffisamment les différents types d'empathie. Et face à la détresse émotionnelle qui peut survenir à cause d'un trop-plein d'empathie, il oppose la compassion au sens bouddhiste du terme. Mais comment le bouddhisme pense-t-il vraiment des notions telles que l'empathie, l'altruisme et la compassion ?



Voir tous les articles et les essais autour de la philosophie bouddhique  du "Reflet de la Lune" ici.




Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.





jeudi 7 avril 2016

Soûtra d'Udaya


Soûtra d'Udaya

Udaya Sutta

Samyutta Nikāya, I, 173-174



    Ainsi ai-je entendu. Le Bienheureux séjournait alors à Sāvatthi. En ce temps-là, un jour, s'étant habillé de bon matin, le Bienheureux prit son manteau et son bol à aumône, puis s'approcha de la maison du brahmane Udaya. Le brahmane Udaya remplit alors le bol à aumônes du Bienheureux avec du riz bouilli.

    Le jour suivant aussi, s'étant habillé de bon matin, le Bienheureux prit son manteau et son bol à aumône, puis s'approcha de la maison du brahmane Udaya. Le brahmane Udaya remplit alors le bol à aumônes du Bienheureux avec du riz bouilli.

       Le troisième jour également, s'étant habillé de bon matin, le Bienheureux prit son manteau et son bol à aumône, puis s'approcha de la maison du brahmane Udaya. Le brahmane Udaya remplit alors le bol à aumônes du Bienheureux avec du riz bouilli et dit : « Ce religieux Gotama est vraiment ennuyant. Il revient encore et encore ».

mardi 21 juillet 2015

Soutra de l’Attention au Va-et-vient de la Respiration

Ānāpānasati Sutta

Soutra de l’Attention au Va-et-vient de la Respiration

Commentaire du soûtra ici.



Ainsi ai-je entendu.

En ce temps-là, le Bouddha séjournait encore dans la grande demeure construite par Migāra-Mātā située dans le parc de l’est, près de la ville de Sāvatthi et il demeurait dans le Parc de l’est avec ses principaux disciples comme le Vénérable Sāriputta, le Vénérable Mahā-Moggallāna, le Vénérable Mahā-Kassapa, le Vénérable Mahā-Kaccāyana, le Vénérable Mahā-Kotthita, le Vénérable Mahā-Kappina, le Vénérable Mahā-Cunda, le Vénérable Anuruddha, le Vénérable Rèvata et le Vénérable Ānanda1.

Dans la communauté, les moines2 plus anciens s’occupaient d’instruire et de conseiller les plus jeunes ; certains moines anciens s’occupaient d’instruire et de conseiller une dizaine d’entre eux, d’autres moines anciens s’occupaient d’instruire et de conseiller une vingtaine, d’autres encore à une trentaine, voire à une quarantaine. Les jeunes moines, étant instruits par les moines anciens, étant conseillés par les moines plus anciens, faisaient ainsi beaucoup de progrès en atteignant des résultats extraordinaires et majestueux, au-delà des états préliminaires3 .

C’était le jour d’Uposatha du quinzième jour, la nuit de pleine lune de la cérémonie de Pavāraa, et cette nuit-là le Bienheureux était assis sous la voûte céleste, entouré de la communauté des moines. Parcourant du regard la communauté des moines assis là dans un silence profond, il s'adressa aux moines : 

« Je suis satisfait, moines, de ce progrès ; mon esprit est satisfait de ce progrès. En conséquence, moines, appliquez un effort encore plus intense pour atteindre ce qui n'a pas encore été atteint, pour parvenir à ce à quoi vous n'êtes pas parvenus, pour réaliser ce qui n'a pas été réalisé. Je resterai ici à Sāvatthi pendant le mois de la fleur Komudi4, le quatrième mois des pluies ».

Ayant entendu dire que le Bouddha resterait à Sāvatthi jusqu’au jour de la pleine lune du quatrième mois de la retraite, les moines qui étaient partis pour enseigner le Dhamma à travers le pays commencèrent à revenir à Sāvatthi pour étudier avec lui. A cette occasion, les moines les plus anciens redoublèrent d’attention envers les plus jeunes ; certains moines anciens s’occupaient d’instruire et de conseiller une dizaine d’entre eux, d’autres moines anciens s’occupaient d’instruire et de conseiller une vingtaine, d’autres encore à une trentaine, voire à une quarantaine. Les jeunes moines, étant instruits par les moines anciens, étant conseillés par les moines plus anciens, faisaient ainsi beaucoup de progrès en atteignant des résultats extraordinaires et majestueux, au-delà des états préliminaires.




C’était le jour d’Uposatha du quinzième jour, la nuit de pleine lune du mois pendant le mois de la fleur Komudi, le quatrième mois des pluies, et cette nuit-là aussi, le Bienheureux était assis sous la voûte céleste, entouré de la communauté des moines. Parcourant du regard la communauté des moines assis là dans un silence profond, il s'adressa aux moines : 

« Vénérables moines, notre communauté est pure et bonne. En son sein, il n’y a nul besoin de bavardages prétentieux et inutiles. Telle est, ô moines, cette communauté de moines; cette assemblée, ô moines, est le genre d'assemblée qui est digne de dons, digne d'hospitalité, digne d'offrandes, digne de salutations respectueuses, l'insurpassable champ de mérite pour le monde. Telle est, ô moines, cette communauté de moines; cette assemblée, ô moines, est le genre d'assemblée à qui même une petite offrande, lorsqu'elle est offerte, devient grande, et une grande offrande encore plus grande. Telle est, ô moines, cette communauté de moines; cette assemblée, moines, est le genre d'assemblée qu'il est rare de voir dans le monde. Telle est, ô moines, cette communauté de moines; cette assemblée, ô moines, est le genre d'assemblée telle qu'il vaudrait la peine de voyager sur des centaines de lieues, en emportant des provisions, pour venir la voir. Telle est, ô moines, cette communauté de moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui sont des arahants, qui ont détruit les souillures mentales, qui ont vécu la Conduite Sublime, qui ont fait ce qui devait être fait, qui ont posé le fardeau, qui ont atteint le véritable but, qui ont détruit les liens du devenir, et sont libérés par la compréhension ultime : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines qui sont des arahants.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui ont détruit les cinq liens inférieurs, renaîtront spontanément dans un monde où ils atteindront le Nirvâna final, sans jamais revenir de ce monde: Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines qui sont entrés dans le Sans-Retour.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui sont libérés des trois premiers liens de l’esclavage et ont pleinement réalisé l’état de Dernier retour (Sakadāgāmin). Ils ont coupé les principales racines de l’avidité, de la haine et de l’ignorance et n’ont besoin de retourner qu’une seule fois dans le cycle des naissances et des morts. Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines qui sont entrés dans le Retour Unique.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui sont libérés des trois liens de l’esclavage et ont atteint l’état de l’Entrée-dans-le-courant (Sotāpatti), se dirigeant fermement vers l’état d’Éveillé. Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines qui sont Entrés-dans-le-courant.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent dans les quatre établissements de l’attention (satipatthana)5 : Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en s’exerçant dans les quatre efforts juste6 : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en s’exerçant aux quatre bases des pouvoirs surnaturels7 : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en s’exerçant à développer les cinq facultés8 : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en s’exerçant dans les cinq forces9 : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en s’exerçant dans le développement des sept facteurs de l’Éveil10 : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en s’exerçant dans le Noble Octuple Sentier11 : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en s’exerçant au développement de l’amour bienveillant : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en s’exerçant au développement de la compassion : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en s’exerçant au développement de la joie : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en s’exerçant au développement de l’équanimité : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en méditant sur le concept d’impureté : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en méditant sur le concept d’impermanence : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.


« Il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, des moines qui demeurent en s’exerçant à l’attention au va-et-vient de la respiration : il y a, ô moines, dans cette communauté de moines, de tels moines.




*****




« Ô moines, la méthode qui consiste à prêter attention au va-et-vient de sa respiration, apportera de grands bénéfices et de grands avantages si elle est développée et pratiquée régulièrement. Elle amènera le succès dans la pratique des Quatre Établissements de l’Attention. Quant à cette méthode des Quatre Établissements de l’Attention, elle apportera de grands bénéfices et de grands avantages si elle est développée et pratiquée régulièrement. Si la méthode des Quatre Établissements de l’Attention est développée et pratiquée régulièrement, cela amènera à la réussite dans la pratique des Sept facteurs de l’Éveil. Quant à ces Sept facteurs de l’Éveil, ils apporteront de grands bénéfices et de grands avantages si elle est développée et pratiquée régulièrement. Les Sept facteurs de l’Éveil, s’ils sont développés et pratiqués régulièrement, feront naître la compréhension et engendreront la libération de l’esprit.




*****




« Comment développer et pratiquer régulièrement la méthode de l’Attention de la Respiration afin que la pratique porte ses fruits et soit source de grands bienfaits ? Cela se passe ainsi, moines : le moine va dans la forêt ou au pied d’un arbre dans un endroit désert; il s’assied dans la posture du lotus, le corps stable et droit, son attention fixée devant lui. Lorsqu’il inspire, il sait qu’il inspire ; lorsqu’il expire, il sait qu’il expire.
1. En inspirant longuement, il sait : ‘J’inspire longuement’. En expirant longuement, il sait : ‘J’expire longuement’.
2. En inspirant brièvement, il sait : ‘J’inspire brièvement’. En expirant brièvement, il sait ‘J’expire brièvement’.
3. ‘J’inspire et je suis conscient de tout mon corps. J’expire et je suis conscient de tout mon corps’. C’est ainsi qu’il pratique.
4. ‘J’inspire et j’apaise mon corps tout entier. J’expire et j’apaise mon corps tout entier’. Ainsi pratique-t-il.
5. ‘J’inspire et je me sens joyeux. J’expire et je me sens joyeux’. Ainsi pratique-t-il.
6. ‘J’inspire et je me sens heureux. J’expire et je me sens heureux’. Ainsi pratique-t-il.
7. ‘J’inspire et je suis conscient de mes formations mentales. J’expire et je suis conscient de mes formations mentales’. Ainsi pratique-t-il.
8. ‘J’inspire et je calme mes formations mentales. J’expire et je calme mes formations mentales’. Ainsi pratique-t-il.
9. ‘J’inspire et je suis conscient de mon esprit. J’expire et je suis conscient de mon esprit’. Ainsi pratique-t-il.
10. ‘J’inspire et je rends mon esprit heureux. J’expire et je rends mon esprit heureux’. Ainsi pratique-t-il.
11. ‘J’inspire et je concentre mon esprit. J’expire et je concentre mon esprit’. Ainsi pratique-t-il.
12. ‘J’inspire et je libère mon esprit. J’expire et je libère mon esprit’. Ainsi pratique-t-il.
13. ‘J’inspire et j’observe la nature impermanente de tous les phénomènes. J’expire et j’observe la nature impermanente de tous les phénomènes’. Ainsi pratique-t-il.
14. ‘J’inspire et j’observe l’extinction. J’expire et j’observe l’extinction’. Ainsi pratique-t-il.
15. ‘J’inspire et je contemple la cessation. J’expire et je contemple la cessation’. Ainsi pratique-t-il.
16. ‘J’inspire et je contemple le lâcher-prise. J’expire et je contemple le lâcher-prise’. Ainsi pratique-t-il.


« Pratiquée et développée régulièrement selon ces instructions, l’Attention au Va-et-Vient de la Respiration portera ses fruits et sera source de grands bénéfices et de grands avantages.


*****


« De quelle manière pouvons-nous développer et pratiquer régulièrement l’attention à la respiration pour réussir à pratiquer les Quatre Établissements de l’Attention pour que, pratiquée et développée régulièrement selon ces instructions, elle porte ses fruits et soit source de grands bénéfices et de grands avantages?


« A ce propos, quand le moine sait quand il inspire longuement, il : ‘J’inspire longuement’ et qu’en expirant longuement, il sait : ‘J’expire longuement’, quand, en inspirant brièvement, il sait : ‘J’inspire brièvement’ et qu’en expirant brièvement, il sait ‘J’expire brièvement’, quand le moine s’exerce en se disant ‘J’inspire et je suis conscient de tout mon corps. J’expire et je suis conscient de tout mon corps’, quand il s’exerce en se disant ‘J’inspire et j’apaise mon corps tout entier. J’expire et j’apaise mon corps tout entier’, il s’établit paisiblement dans l’observation du corps dans le corps, persévérant, pleinement éveillé, comprenant clairement son état, ayant abandonné tout attachement et toute aversion pour cette vie. Ces exercices de respiration avec pleine attention appartiennent au Premier Etablissement de l’Attention : l’attention au corps. Je dis que c’est par le corps que se produit le va-et-vient de la respiration. Ô moines, c’est pourquoi ce moine s’établit paisiblement dans l’observation du corps dans le corps, persévérant, pleinement éveillé, comprenant clairement son état, ayant abandonné tout attachement et toute aversion pour cette vie.


« En outre, quand le moine s’exerce en se disant ‘J’inspire et je me sens joyeux. J’expire et je me sens joyeux’, quand il s’exerce en se disant ‘J’inspire et je me sens heureux. J’expire et je me sens heureux’, quand il s’exerce en se disant ‘J’inspire et je suis conscient de mes formations mentales. J’expire et je suis conscient de mes formations mentales’, quand il s’exerce en se disant ‘J’inspire et je calme mes formations mentales. J’expire et je calme mes formations mentales’, il s’établit paisiblement dans l’observation des sensations dans les sensations, persévérant, pleinement éveillé, comprenant clairement son état, ayant abandonné tout attachement et toute aversion pour cette vie. Ces exercices de respiration avec pleine attention appartiennent au Second Etablissement de l’Attention : l’attention aux sensations. Je dis que c’est par l’attention au va-et-vient de la respiration que l’on se montre capable d’éprouver les sensations dans les sensations. Ô moines, c’est pourquoi ce moine s’établit paisiblement dans l’observation des sensations dans les sensations, persévérant, pleinement éveillé, comprenant clairement son état, ayant abandonné tout attachement et toute aversion pour cette vie.


« En outre, quand le moine s’exerce en se disant ‘J’inspire et je suis conscient de mon esprit. J’expire et je suis conscient de mon esprit’, quand il s’exerce en se disant ‘J’inspire et je rends mon esprit heureux. J’expire et je rends mon esprit heureux’, quand il s’exerce en se disant ‘J’inspire et je concentre mon esprit. J’expire et je concentre mon esprit’, quand il s’exerce en se disant ‘J’inspire et je libère mon esprit. J’expire et je libère mon esprit’, il s’établit paisiblement dans l’observation de l’esprit dans l’esprit, persévérant, pleinement éveillé, comprenant clairement son état, ayant abandonné tout attachement et toute aversion pour cette vie. Ces exercices de respiration avec pleine attention appartiennent au Troisième Etablissement de l’Attention : l’attention au mental. Je dis qu’il n’y a pas de progrès de l’attention au va-et-vient de la respiration chez celui qui inattentif et négligent. Ô moines, c’est pourquoi ce moine s’établit paisiblement dans l’observation de l’esprit dans l’esprit, persévérant, pleinement éveillé, comprenant clairement son état, ayant abandonné tout attachement et toute aversion pour cette vie.


«En outre, quand le moine s’exerce en se disant ‘J’inspire et j’observe la nature impermanente de tous les phénomènes. J’expire et j’observe la nature impermanente de tous les phénomènes’, quand il s’exerce en se disant ‘J’inspire et j’observe l’extinction. J’expire et j’observe l’extinction’, quand il s’exerce en se disant ‘J’inspire et je contemple la cessation. J’expire et je contemple la cessation’, quand il s’exerce en se disant ‘J’inspire et je contemple le lâcher-prise. J’expire et je contemple le lâcher-prise’, il s’établit paisiblement dans l’observation des objets du mental dans les objets du mental, persévérant, pleinement éveillé, comprenant clairement son état, ayant abandonné tout attachement et toute aversion pour cette vie. Ces exercices de respiration avec pleine attention appartiennent au Quatrième Etablissement de l’Attention : l’attention aux objets de l’esprit12. Ayant vu par la sagesse, le rejet des désirs et des soucis concernant le monde. Ô moines, c’est pourquoi ce moine s’établit paisiblement dans l’observation des objets de l’esprit dans les objets de l’esprit, persévérant, pleinement éveillé, comprenant clairement son état, ayant abandonné tout attachement et toute aversion pour cette vie.


« La pratique de l’Attention au Va-et-vient de la Respiration, si elle est développée et régulière, conduira à l’accomplissement parfait des Quatre Établissements de l’Attention.


*****


« De plus, si les Quatre Établissements de l’Attention sont développés et pratiqués de manière régulière, ils conduiront à l’établissement dans les Sept Facteurs de l’Éveil. Comment, ô moines, doit-on pratiquer les Quatre Établissements de l’Attention pour qu’ils épanouissent les sept facteurs de l’Éveil jusqu’à la perfection ?
I.1. « Quand le moine peut maintenir, sans être distrait, la pratique de l’observation du corps dans le corps, persévérant, pleinement éveillé, comprenant clairement son état, ayant abandonné tout attachement et toute aversion pour cette vie, avec une stabilité méditative, sans défaut, résolu et imperturbable, il atteindra le premier facteur d’Éveil, c’est-à-dire l’Attention. Quand cette attention sera stable, sans égarement, résolue et imperturbable, ce facteur d’Éveil de l’attention atteindra la perfection.


I.2. « Quand le moine peut demeurer attentif sans être distrait et peut analyser avec sagesse tout objet de l’esprit, tout phénomène qui apparaît et poursuivre cette investigation en profondeur, alors le second facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de l’investigation des dharmas. Quand, demeurant attentif, il examine tout objet de l’esprit qui apparaît et poursuivre cette investigation jusqu’à son terme, ce facteur d’Éveil de l’investigation des dharmas atteindra la perfection.


I.3. « Quand le moine, demeurant attentif, peut observer et analyser tout objet de l’esprit, tout phénomène de manière continue, persévérant et résolu, sans être distrait, le troisième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : l’Effort. Quand le moine, demeurant attentif, pourra observer et analyser complètement tout objet de l’esprit, tout phénomène de manière continue, persévérant et résolu, sans être distrait, ce facteur d’Éveil de l’Effort atteindra la perfection.


I.4. « Chez celui en qui l’effort énergique s’est réveillé se produit une joie immatérielle, le quatrième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de la Joie. Quand cette joie immatérielle se sera pleinement épanouie, ce facteur d’Éveil de la Joie atteindra la perfection.


I.5. « Quand le moine s’établit sans distraction dans l’état de joie, il sentira son corps et son mental légers et paisibles. A ce moment, le cinquième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de la Souplesse. Quand cette souplesse s’épanouira pleinement dans le corps et le mental, ce facteur d’Éveil de la Souplesse atteindra la perfection.


I.6. « Quand corps et mental sont sereins et souples, le moine peut entrer facilement dans la concentration. A ce moment, le sixième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de la Concentration. Quand cette concentration sera pleinement épanouie, ce facteur d’Éveil de la Concentration atteindra la perfection.


I.7. « Quand le moine établit l’esprit en concentration dans un calme profond, il arrêtera de discriminer et de comparer. A ce moment, le septième facteur d’Éveil est produit, naît et se développe en lui : le facteur de l’Équanimité. Quand cette équanimité se sera pleinement épanouie, ce facteur d’Éveil de l’Équanimité atteindra la perfection.


II.1. « Quand le moine peut maintenir, sans être distrait, la pratique de l’observation de la sensation dans la sensation, persévérant, pleinement éveillé, comprenant clairement son état, ayant abandonné tout attachement et toute aversion pour cette vie, avec une stabilité méditative, sans défaut, résolu et imperturbable, il atteindra le premier facteur d’Éveil, c’est-à-dire l’Attention. Quand cette attention sera stable, sans égarement, résolue et imperturbable, ce facteur d’Éveil de l’attention atteindra la perfection.


II.2. « Quand le moine peut demeurer attentif sans être distrait et peut analyser avec sagesse tout objet de l’esprit, tout phénomène qui apparaît et poursuivre cette investigation en profondeur, alors le second facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de l’investigation des dharmas. Quand, demeurant attentif, il examine tout objet de l’esprit qui apparaît et poursuivre cette investigation jusqu’à son terme, ce facteur d’Éveil de l’investigation des dharmas atteindra la perfection.


II.3. « Quand le moine, demeurant attentif, peut observer et analyser tout objet de l’esprit, tout phénomène de manière continue, persévérant et résolu, sans être distrait, le troisième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : l’Effort. Quand le moine, demeurant attentif, pourra observer et analyser complètement tout objet de l’esprit, tout phénomène de manière continue, persévérant et résolu, sans être distrait, ce facteur d’Éveil de l’Effort atteindra la perfection.


II.4. « Chez celui en qui l’effort énergique s’est réveillé se produit une joie immatérielle, le quatrième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de la Joie. Quand cette joie immatérielle se sera pleinement épanouie, ce facteur d’Éveil de la Joie atteindra la perfection.


II.5. « Quand le moine s’établit sans distraction dans l’état de joie, il sentira son corps et son mental légers et paisibles. A ce moment, le cinquième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de la Souplesse. Quand cette souplesse s’épanouira pleinement dans le corps et le mental, ce facteur d’Éveil de la Souplesse atteindra la perfection.


II.6. « Quand corps et mental sont sereins et souples, le moine peut entrer facilement dans la concentration. A ce moment, le sixième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de la Concentration. Quand cette concentration sera pleinement épanouie, ce facteur d’Éveil de la Concentration atteindra la perfection.


II.7. « Quand le moine établit l’esprit en concentration dans un calme profond, il arrêtera de discriminer et de comparer. A ce moment, le septième facteur d’Éveil est produit, naît et se développe en lui : le facteur de l’Équanimité. Quand cette équanimité se sera pleinement épanouie, ce facteur d’Éveil de l’Équanimité atteindra la perfection


III.1. « Quand le moine peut maintenir, sans être distrait, la pratique de l’observation de l’esprit dans l’esprit, persévérant, pleinement éveillé, comprenant clairement son état, ayant abandonné tout attachement et toute aversion pour cette vie, avec une stabilité méditative, sans défaut, résolu et imperturbable, il atteindra le premier facteur d’Éveil, c’est-à-dire l’Attention. Quand cette attention sera stable, sans égarement, résolue et imperturbable, ce facteur d’Éveil de l’attention atteindra la perfection.


III.2. « Quand le moine peut demeurer attentif sans être distrait et peut analyser avec sagesse tout objet de l’esprit, tout phénomène qui apparaît et poursuivre cette investigation en profondeur, alors le second facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de l’investigation des dharmas. Quand, demeurant attentif, il examine tout objet de l’esprit qui apparaît et poursuivre cette investigation jusqu’à son terme, ce facteur d’Éveil de l’investigation des dharmas atteindra la perfection.


III.3. « Quand le moine, demeurant attentif, peut observer et analyser tout objet de l’esprit, tout phénomène de manière continue, persévérant et résolu, sans être distrait, le troisième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : l’Effort. Quand le moine, demeurant attentif, pourra observer et analyser complètement tout objet de l’esprit, tout phénomène de manière continue, persévérant et résolu, sans être distrait, ce facteur d’Éveil de l’Effort atteindra la perfection.


III.4. « Chez celui en qui l’effort énergique s’est réveillé se produit une joie immatérielle, le quatrième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de la Joie. Quand cette joie immatérielle se sera pleinement épanouie, ce facteur d’Éveil de la Joie atteindra la perfection.


III.5. « Quand le moine s’établit sans distraction dans l’état de joie, il sentira son corps et son mental légers et paisibles. A ce moment, le cinquième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de la Souplesse. Quand cette souplesse s’épanouira pleinement dans le corps et le mental, ce facteur d’Éveil de la Souplesse atteindra la perfection.


III.6. « Quand corps et mental sont sereins et souples, le moine peut entrer facilement dans la concentration. A ce moment, le sixième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de la Concentration. Quand cette concentration sera pleinement épanouie, ce facteur d’Éveil de la Concentration atteindra la perfection.


III.7. « Quand le moine établit l’esprit en concentration dans un calme profond, il arrêtera de discriminer et de comparer. A ce moment, le septième facteur d’Éveil est produit, naît et se développe en lui : le facteur de l’Équanimité. Quand cette équanimité se sera pleinement épanouie, ce facteur d’Éveil de l’Équanimité atteindra la perfection


IV.1. « Quand le moine peut maintenir, sans être distrait, la pratique de l’observation des objets de l’esprit dans les objets de l’esprit, persévérant, pleinement éveillé, comprenant clairement son état, ayant abandonné tout attachement et toute aversion pour cette vie, avec une stabilité méditative, sans défaut, résolu et imperturbable, il atteindra le premier facteur d’Éveil, c’est-à-dire l’Attention. Quand cette attention sera stable, sans égarement, résolue et imperturbable, ce facteur d’Éveil de l’attention atteindra la perfection.


IV.2. « Quand le moine peut demeurer attentif sans être distrait et peut analyser avec sagesse tout objet de l’esprit, tout phénomène qui apparaît et poursuivre cette investigation en profondeur, alors le second facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de l’investigation des dharmas. Quand, demeurant attentif, il examine tout objet de l’esprit qui apparaît et poursuivre cette investigation jusqu’à son terme, ce facteur d’Éveil de l’investigation des dharmas atteindra la perfection.


IV.3. « Quand le moine, demeurant attentif, peut observer et analyser tout objet de l’esprit, tout phénomène de manière continue, persévérant et résolu, sans être distrait, le troisième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : l’Effort. Quand le moine, demeurant attentif, pourra observer et analyser complètement tout objet de l’esprit, tout phénomène de manière continue, persévérant et résolu, sans être distrait, ce facteur d’Éveil de l’Effort atteindra la perfection.


IV.4. « Chez celui en qui l’effort énergique s’est réveillé se produit une joie immatérielle, le quatrième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de la Joie. Quand cette joie immatérielle se sera pleinement épanouie, ce facteur d’Éveil de la Joie atteindra la perfection.


IV.5. « Quand le moine s’établit sans distraction dans l’état de joie, il sentira son corps et son mental légers et paisibles. A ce moment, le cinquième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de la Souplesse. Quand cette souplesse s’épanouira pleinement dans le corps et le mental, ce facteur d’Éveil de la Souplesse atteindra la perfection.


IV.6. « Quand corps et mental sont sereins et souples, le moine peut entrer facilement dans la concentration. A ce moment, le sixième facteur d’Éveil naîtra et se développera en lui : le facteur de la Concentration. Quand cette concentration sera pleinement épanouie, ce facteur d’Éveil de la Concentration atteindra la perfection.


IV.7. « Quand le moine établit l’esprit en concentration dans un calme profond, il arrêtera de discriminer et de comparer. A ce moment, le septième facteur d’Éveil est produit, naît et se développe en lui : le facteur de l’Équanimité. Quand cette équanimité se sera pleinement épanouie, ce facteur d’Éveil de l’Équanimité atteindra la perfection


« Voici comment les Quatre Établissements de l’Attention, s’ils sont développés et pratiqués régulièrement, conduiront à l’établissement parfait dans les Sept Facteurs d’Éveil.


*****


« Comment, ô moines, les Sept Facteurs d’Éveil, lorsqu’ils sont développés et pratiqués régulièrement, conduisent-ils à l’accomplissement parfait de la compréhension vraie et de la Libération complète ?


« Dans ce cas, ô moines, le moine épanouit pleinement le facteur d’Éveil de l’Attention, fondé sur la solitude, fondé sur le détachement, fondé sur la cessation, qui va vers la plénitude de l’abandon.


« En outre, ô moines, le moine épanouit pleinement le facteur d’Éveil de l’Investigation des Dharmas, fondé sur la solitude, fondé sur le détachement, fondé sur la cessation, qui va vers la plénitude de l’abandon.


« En outre, ô moines, le moine épanouit pleinement le facteur d’Éveil de l’Effort, fondé sur la solitude, fondé sur le détachement, fondé sur la cessation, qui va vers la plénitude de l’abandon.


« En outre, ô moines, le moine épanouit pleinement le facteur d’Éveil de la Joie fondé sur la solitude, fondé sur le détachement, fondé sur la cessation, qui va vers la plénitude de l’abandon.


« En outre, ô moines, le moine épanouit pleinement le facteur d’Éveil de la Souplesse, fondé sur la solitude, fondé sur le détachement, fondé sur la cessation, qui va vers la plénitude de l’abandon.


« En outre, ô moines, le moine épanouit pleinement le facteur d’Éveil de la Concentration, fondé sur la solitude, fondé sur le détachement, fondé sur la cessation, qui va vers la plénitude de l’abandon.


« En outre, ô moines, le moine épanouit pleinement le facteur d’Éveil de l’Équanimité, fondé sur la solitude, fondé sur le détachement, fondé sur la cessation, qui va vers la plénitude de l’abandon.


« C’est de cette façon, ô moines, que doivent progresser et s’épanouir les sept facteurs de l’Éveil au point qu’ils portent la compréhension et la Libération à leur point de perfection et de complétude. »


Ainsi parla le Bienheureux. Les moines, heureux, se réjouirent des paroles du Bienheureux.


Majjhima Nikāya, 118.




Commentaire au Soûtra de l'Attention au Va-et-vient de la Respiration : En compagnie du souffle

1ère partie     2ème partie      3ème partie    4ème partie    5ème partie    6ème partie
     







NB: j'ai rajouté les numérotations pour plus de lisibilité.

On trouvera une traduction de ce Soûtra du Va-et-Vient de la Respiration dans la traduction complète du Majjhima-Nikāya par Môhan Wijayaratna (tome IV) aux éditions LIS, Paris, 2011, pp. 1589-1600.


Une version simplifiée et abrégée de ses redondances existe aussi dans un ouvrage de Thich Nhat Hanh, « La respiration essentielle », Albin Michel / Spiritualités vivates, Paris, 1996, pp. 13-24. On trouvera des versions de cette traduction du Soûtra en ligne ici et .


Par ailleurs, sur le site Buddha Vacana, on trouvera un autre traduction de ce Soûtra de l’Attention au Va-et-Vient de la Respiration avec la version en langue pâlie ici.









1 Vénérable : Āyasmanta en pâli.
2 Moine : en pâli bhikkhu, en sankrit bhikshu.
3 Les états préliminaires consister à maîtriser ses sens, à respecter la discipline monastique, etc…
4 La fleur Komudi est un grand nénuphar blanc.
5 Les quatre établissements de l’attention (satipatthana) sont l’attention au corps, l’attention aux sensations, l’attention à l’esprit et l’attention aux objets de l’esprit.
6 Les quatre efforts justes consistent à faire en sorte 1°) que les tendances négatives déjà apparues en nous disparaissent, 2°) que les tendances négatives qui ne sont pas encore apparues en nous n’apparaissent pas, 3°) que les tendances positives qui ne sont pas encore apparues en nous apparaissent, 4°) que les tendances positives qui sont déjà apparues en nous soient renforcées et atteignent l’excellence.
7 Les quatre bases des pouvoirs surnaturels sont quatre auxiliaires de l’absorption méditative qui permettent de développer des pouvoirs supranormaux. Ces quatre bases sont 1°) l’aspiration (de fixer son mental sur un seul point), 2°) l’effort (ou énergie pour le fixer sur ce point), 3°) l’esprit (la capacité à concentrer tout son esprit en un point), 4°) l’analyse (l’application des enseignements à la fixation sur un seul point).
8 Les cinq facultés servent à développer la compréhension des Quatre Nobles Vérités du Bouddha. Ces cinq facultés sont 1°) la confiance (dans les enseignements du Bouddha), 2°) l’effort ou persévérance, 3°) l’attention ou vigilance, 4°) la concentration méditative, 5°) la sagesse.
9 Les cinq forces sont les mêmes que les cinq facultés, mais à ce niveau, les forces servent à contrecarrer les errements et les obstacles que le moine rencontre dans sa découverte intime des Quatre Nobles  Vérités. 1°) la confiance vainc les vues fausses, 2°) l’effort vainc la stagnation et les mauvais penchants, 3°) l’attention vainc toute distraction quant aux Nobles Vérités, 4°) la concentration méditative vainc les passions et les émotions perturbatrices, 5°) la sagesse vainc les ténèbres de l’ignorance et permet de gagner la pleine compréhension des Quatre Nobles Vérités.
10 Les sept facteurs de l’Éveil sont 1°) l’attention, 2°) l’investigation des phénomènes, 3°) l’effort, 4°) la joie, 5°) la souplesse, 6°) la concentration méditative, 7°) l’équanimité.
11 Le Noble Octuple Sentier est composé de 1°) la vue juste, 2°) la pensée juste, 3°) la parole juste, 4°) l’action juste, 5°) les moyens d’existence juste, 6°) l’effort juste, 7°) l’attention juste, 8°) la concentration juste.

12 Les objets de l’esprit se dit « dharma » en sanskrit ou « dhamma » en pâli. Dans ce contexte, ce terme très polysémique pourrait se traduire par « phénomène », tout ce dont l’esprit peut prendre conscience.




Morgan Maassen











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