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vendredi 1 février 2019

Paul Ariès raconte n'importe quoi - 3ème partie





Paul Ariès raconte n'importe quoi

(3ème partie)





Paul Ariès ne s'arrête pas là dans sa critique rancunière contre Peter Singer. Dans sa tribune du Monde du 7 janvier, il reproche à lui et aux antispécistes de réinstaller une nouvelle hiérarchie entre les êtres : « Trier l’ensemble des animaux (humains ou non) en fonction d’un critère quelconque (caractère « sentient ») revient toujours à recréer la hiérarchie. Proclamer l’égalité animale c’est signifier que certains animaux seront plus égaux que d’autres, donc que certains humains seront moins égaux que d’autres humains et même que certains animaux non humains ».


Alors là, c'est très emblématique d'un malentendu que beaucoup de détracteurs entretiennent à l'encontre de l'antispécisme : l'idée de la croyance à une égalité totale entre tous les animaux. La vie d'un être humain aurait autant importance que la vie d'une vache ou la vie d'un coléoptère. Non, je ne dis pas ça ; et les antispécistes ne disent pas ça. La vie d'un être humain me semblera toujours plus importante que la vie d'une vache ; et la vie d'une vache me semblera plus importante que la vie d'un coléoptère. Ce que disent les antispécistes, c'est qu'on devrait envisager les intérêts de tout être sentient (doué de sensibilité et de conscience) et les respecter. Je suis peut-être supérieur (intellectuellement, spirituellement, moralement,...) à une vache ; mais cette supériorité réelle ou supposée ne me donne pas le droit moral de maltraiter cette vache, d'exploiter cette vache ou de manger cette vache. Je n'ai pas le droit moral de découper les pattes du coléoptère pour mon seul plaisir.

lundi 28 janvier 2019

Paul Ariès raconte n'importe quoi - 2ème partie




Paul Ariès raconte n'importe quoi



Paul Ariès continue son texte : « J’accuse les végans de mentir en faisant croire au grand public qu’ils seraient des écolos et même des superécolos, alors qu’ils haïssent l’écologie et les écologistes, puisque les écolos aiment la nature et qu’eux la vomissent, car elle serait intrinsèquement violente donc mauvaise. David Olivier, un des pères des Cahiers antispécistes, signait, dès 1988, un texte intitulé "Pourquoi je ne suis pas écologiste". Il confirme en 2015 : "Nous voyons l’antispécisme et l’écologisme comme largement antagonistes"».


Là encore, on est dans l'amalgame, je dirai même du « super-amalgame »... Certains antispécistes sont effectivement très critiques à l'encontre de l'écologie. C'est vrai, et notamment David Olivier. Mais là encore, cela ne veut pas dire que tous les antispécistes sont contre l'écologie. J'ai moi-même écrit une série d'articles pour contrer les thèses de David Olivier et de son camarade Yves Bonnardel : « Penser l'homme et l'animal au sein de la Nature ». Je me revendique personnellement de l'écologie et ne me reconnaît pas dans la pensée d'Olivier et Bonnardel sur ce point. Néanmoins, un intellectuel comme Paul Ariès devrait être soucieux de ne pas réduire une pensée au point où elle ne veut plus rien dire. David Olivier et Yves Bonnardel défendent un point de vue un peu plus subtil qu'un simple anti-écologisme primaire.

samedi 21 mai 2016

Tante Béa





  Dans la cause animale, on compte deux courants philosophiques majeurs : le courant utilitariste et le courant du droit des animaux. La figure principale de l'utilitarisme est Peter Singer à qui on doit la Libération Animale rédigé en 1975. L'utilitarisme prône qu'il faut prendre compte l'intérêt du maximum d'individus capables de ressentir du bien-être et de la douleur pour établir ce qui est juste ou injuste. Or les animaux ressentant plaisir et douleur rentre dans cette catégorie. Manger ces animaux procure un plaisir dérisoire par rapport à la douleur considérable occasionnée aux animaux, alors que les humains peuvent très bien vivre en s'abstenant de manger des animaux. Quand on met dans la balance de la justice ces deux « utilités », l'utilité de manger de la viande ou des produits animaux et l'utilité de vivre sa vie sans crainte et sans connaître la violence, on parvient à la conclusion qu'il est juste de s'abstenir de manger de la viande et des produits animaux et il est donc juste d'adopter un régime végane.

   Les tenants de l'approche du droit des animaux comme Tom Regan (ou Gary Francione pour une version plus radicale et plus vindicative) estiment qu'il ne suffit pas d'évaluer les différentes utilités humaines ou animales et de faire un « calcul des intérêts » pour reprendre l'expression de Jeremy Bentham, fondateur du courant utilitariste au XVIIIème siècle. Il faut fonder son action en faveur des animaux sur des principes moraux solides, et notamment un respect fondamental pour la vie des animaux. Tout comme la déclaration Universelle des Droits de l'Homme accorde des droits inaliénable aux êtres humains comme le droit de vivre, le droit de s'éduquer, de s'exprimer et de bénéficier de conditions justes d'existence (peu importe que cela soit utile ou non au plus grand nombre de l'humanité). Tom Regan voit ainsi dans l'animal le « sujet d'une vie », ce qui lui donne des droits au même titre que les humains. Les droits ne sont pas absolument identiques : il n'y a aucune raison d'accorder le droit de vote aux animaux, car ils ne peuvent avoir aucune idée de ce que cela signifie. Néanmoins, il est juste et raisonnable d'accorder aux animaux le droit de vivre, de ne pas être exploité et de ne pas voir son intégrité physique menacée.

jeudi 10 décembre 2015

Y a-t-il un troisième choix ?



     Dans un article très récent daté du 4 décembre intitulé « There is no third choice », l'activiste et philosophe abolitionniste Gary Francione nous explique qu'il n'y a que deux choix possibles : soit on se participe au système qui exploite les animaux, soit on n'y participe pas. En clair, soit on est végane abolitionniste et on est un gentil, soit on n'est pas végane abolitionniste et on est donc un méchant. Évidemment, « ne pas être végane abolitionniste » ouvre un champ très vaste de personnes dans la société : cela va du mangeur de viande invétéré, de l'aficionado qui ne raterait pour rien au monde une corrida au flexitarien qui essaye de manger moins de viande. Mais dans la tête de Gary Francione, cela comprend également les végétariens qui n'ont pas encore cessé de manger des œufs et des produits laitiers, mais aussi les véganes welfaristes. Tous sont logés à la même enseigne : ils participent honteusement à l'exploitation animale. On navigue dans l'extrémisme pur et dur, et je pense qu'il est important de dénoncer le discours de Francione parce qu'il est très en vogue dans les milieux de la libération animale et qu'il crée des dissensions inutiles et néfastes au sein de ces mouvances.

       Tout l'article de Francione repose sur la dénonciation du « welfarisme » et l'accusation que ce welfarisme contribue à l'exploitation animale, même si le but est d'aider les animaux. Mais d'abord répondons à une question qui viendra de celui qui n'est pas accoutumé au langage de la libération animale : qu'est-ce que le « welfarisme » ? Ce terme vient du mot anglais « welfare », bien-être. Le welfarisme est donc l'idée qu'il faut agir pour le bien-être des animaux par tous les moyens possibles, y compris en composant avec le monde de l'élevage, des abattoirs, des cirques, des zoos, les laboratoires scientifiques qui font de l'expérimentation animale, etc... Pour prendre un exemple tout à fait typique de l'action des welfaristes, ceux-ci feront pression sur le grand public (qui n'est pas nécessairement acquis à la cause végane, c'est le moins que l'on puisse dire) et sur le monde de l'élevage industriel (qui est franchement opposé à la cause végane) pour augmenter la taille des cages des poules. Parfois cette augmentation n'est que de cinq centimètres, autant dire pas grand chose... Mais l'idée est qu'après une progression lente certes, mais certaine, les animaux verront une amélioration substantielle de leur condition.

dimanche 16 novembre 2014

Je ne suis pas un amoureux des animaux...

Je ne suis pas un amoureux des animaux,
Et pourtant je suis vegan...

Extrait de la préface de 1975 de la « Libération animale » de Peter Singer.
(éd. Grasset, traduit par Louise Rousselle, 1993, pp. 9-11)

Peter Singer
    J'avais depuis peu entrepris cet ouvrage lorsque nous fûmes invités, mon épouse et moi, à prendre le thé - nous vivions à l'époque en Angleterre - par une dame qui avait entendu que je projetais d'écrire au sujet des animaux. Elle-même s'intéressait beaucoup aux animaux, nous dit-elle, et elle avait une amie qui avait déjà écrit sur eux et qui serait si heureuse de nous rencontrer.

   Quand nous arrivâmes, l'amie de notre hôtesse nous attendait, et elle était très impatiente effectivement de parler des animaux. « Je les aime tant, commença-t-elle. J'ai un chien et deux chats et savez-vous qu'ils s'entendent à merveille ? Vous connaisez Mrs Scott ? Elle tient un petit hôpital pour chiens et chats malades... » - et la voilà lancée. Elle s'interrompit lorsqu'on servit les rafraîchissements, prit un sandwich au jambon, et nous demanda quels animaux nous avions.