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vendredi 28 février 2020

Rien de trop






La formule grecque ΜΗΔΕΝ ΑΓΑΝ (Méden Agan) figurait sur le fronton de l'oracle de Delphes. Elle signifie littéralement « rien de trop ». C'était une formule très célèbre durant l'Antiquité, et c'était pour les Grecs de l'époque une parole de sagesse, comme l'autre formule figurant sur le fronton de l'oracle de Delphes : « Connais-toi toi-même ». « Rien de trop » est pour moi aussi un adage important qui compte dans ma vie et que j'essaye de mettre en pratique dans la vie de tous les jours. J'avais d'ailleurs consacré un article à cette antique sentence, mais pas plus tard que hier, on m'a reproché d'être trop compliqué dans mes explications : « Quelqu'un peut expliquer plus simplement, SVP ?... »

mercredi 5 juin 2019

Les deux extrémités de la connaissance





Le monde juge bien des choses, car il est dans l'ignorance naturelle, qui est le vrai siège de l'homme. Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant. L'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien et se rencontrent en cette même ignorance d'où ils étaient partis. Mais c'est une ignorance savante, qui se connaît. Ceux d'entre-eux, qui sont sortis de l'ignorance naturelle et n'ont pu arriver à l'autre, ont quelque teinture de cette science suffisante et font les entendus. Ceux-là troublent le monde et jugent mal de tout. Le peuple et les habiles composent le train du monde, ceux-là le méprise et sont méprisés. Ils jugent mal de toutes choses, et le monde en juge bien.

Blaise Pascal, Pensées, fragment 118 de l'édition Sellier
(fr. 79 dans l'éd. Brunschvicg, fr. 84 dans l'éd. Lafuma)


lundi 3 juin 2019

Un nomade de la raison - Conclusion




Un nomade de la raison sur les chemins d’Élis à Taxila

13ème partie


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mardi 25 décembre 2018

Qui était le Bouddha ?




Qui était le Bouddha ?




Je voudrais réagir à un ouvrage de Bernard Faure récemment paru : « Les milles et une vies du Bouddha » (éd. du Seuil, Paris, 2018). Bernard Faure y interroge notre connaissance de la personne du Bouddha d'après les textes anciens du bouddhisme. Il y distingue deux grandes tendances chez les érudits occidentaux depuis qu'ils étudient le phénomène du bouddhisme depuis le XIXème siècle : l'historicisme et le mythologisme. La lecture de Bernard Faure se place résolument du côté des mythologistes. Il s'ingénie donc dans son livre à saper toute preuve historique concernant la vie du Bouddha.

samedi 3 novembre 2018

L'espace d'un doute






Une question philosophique qui fait rarement consensus chez les philosophes est la question de la définition même de la philosophie. « Qu'est-ce que la philosophie ? » On pourrait s'attendre à ce que les avis s'accordent sur cette base, quitte à diverger plus tard sur des questions plus existentielles. Mais même sur ce qu'il faut entendre derrière le terme de « philosophie », les philosophes peinent à s'entendre. Or cette discipline fait l'objet d'un enseignement, notamment dans les écoles du secondaire. Et la nécessité des programmes fait qu'il faut bien imposer une définition au moins minimale de la démarche philosophique afin de préciser ce qui va être enseigné dans ce cours. La philosophie y est alors généralement présenté comme une « problématisation de notions » ou encore « non comme un savoir, mais un questionnement des savoirs ».

jeudi 1 novembre 2018

Un nomade de la raison - 11ème partie






Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

11ème partie


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L'indifférence de Pyrrhon


mercredi 31 octobre 2018

Un nomade de la raison - 10ème partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

10ème partie


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La nature des choses



mardi 30 octobre 2018

Un nomade de la raison - 9ème partie



Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

9ème partie


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Le compte-rendu d'Aristoclès de Messène sur la philosophie de Pyrrhon

vendredi 19 octobre 2018

Un nomade de la raison - 8ème partie



Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

8ème partie


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Pyrrhon d’Elis, sa vie



    On se souvient que Platon a dit de Diogène que c’était « Socrate devenu fou ». On pourrait pareillement voir en Pyrrhon un Socrate extravagant1. Victor Brochard explique : « On pourrait trouver d’assez frappantes analogies entre Pyrrhon et Socrate. (…) Et nous verrons que Pyrrhon, comme Socrate, s’est proposé avant tout de trouver le secret du bonheur. Comme lui, il renonce à la science théorique pour tourner toutes les préoccupations du côté de la vie pratique. Comme lui aussi, il prêche l’exemple, et fait plus impressions sur ses disciples par sa conduite que par ses discours2 ». Cependant, là où Socrate s’inscrit dans la logique de la Cité, vivant comme un citoyen à plein titre d’Athènes et jouant un rôle dans les murs de celle-ci, Pyrrhon vit en marge de cette Cité, préférant le silence de la nature et s’abstenant de jouer un rôle d’influence dans la Cité.


     Rentré en Grèce vers 322 avant notre ère, Pyrrhon eut une vie fort calme, très retiré de l’agitation de la Cité, ne se souciant aucunement d’argent et de biens matériels, s’occupant de sa ferme avec sa sœur Philista. Pyrrhon a fondé en cette cité d’Elis son école philosophique, même si tout porte à croire que ce n’était pas un centre d’enseignement très structuré comme pouvait être l’Académie de Platon ou le Lycée d’Aristote. Cela devait plutôt ressembler à un centre informel de discussion et d’échanges. La volonté de fonder une école pérenne préoccupait peu Pyrrhon. Ce qui a surtout frappé ses contemporains, c’est sa grande dignité morale. Il était tellement apprécié que ses concitoyens d’Elis le nommèrent grand-prêtre de leur Cité3 ! Destin étrange pour un philosophe sceptique !

dimanche 9 septembre 2018

Un nomade de la raison - 7ème partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

7ème partie





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L’hindouisme


samedi 8 septembre 2018

Un nomade de la raison - 6ème partie



Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

6ème partie




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Le Bouddhisme



     Le Bouddha a eu deux très grands disciples : Shâriputra et Maudgalyâyana. Il serait intéressant de se pencher sur le parcours spirituel de ces deux-là parce que leur évolution est emblématique d’une relation au doute et au scepticisme et du dépassement de ceux-ci. Shâriputra et Maudgalyâyana1, tous deux issus d’une famille de brahmanes, avaient décidé de quitter la vie laïque pour devenir ascètes errants dans la quête résolue de trouver la vérité. Après avoir écouté toutes sortes de doctrines de différents maîtres, les deux se rallièrent à un maître qui s’appelait Sanjaya Belatthiputta. 

jeudi 6 septembre 2018

Un nomade de la raison - 5ème partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

5ème partie




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Les trois courants philosophiques les plus importants de l’Inde




     Voilà donc pour les remarques généra les concernant les gymnosophistes. Passons maintenant aux principaux courants de la pensée indienne : jaïnisme, bouddhisme et brahmanisme, en sachant bien qu’à cette époque, existaient toutes sortes d’écoles et de sectes soit brahmaniques, soit non-brahmaniques dont certaines étaient loin d’être négligeables par la taille et l’influence. 

lundi 3 septembre 2018

Un nomade de la raison - 3ème partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

3ème partie



Voir la première partie et la 2ème partie



Les influences grecques de Pyrrhon

dimanche 2 septembre 2018

Un nomade de la raison - 2ème partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

2ème partie






Le voyage de Pyrrhon


    Au tout début de la préface de sa « Critique de la Raison pure », Emmanuel Kant oppose les dogmatiques qui s’affrontent entre eux pour la conquête du pouvoir de la raison sur ce champ de bataille qu’est la métaphysique, aux sceptiques, « une espèce de nomades, qui ont en horreur tout établissement stable sur le sol, rompant de temps en temps le lien social1 ». 

samedi 1 septembre 2018

Un nomade de la raison - 1ère partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila


Le scepticisme antique en Grèce et en Inde



1ère partie




    Voici une étude sur le philosophe antique Pyrrhon d’Élis et les influences possibles des philosophies indiennes sur sa pensée, que j'avais rédigée en 2007. 



Introduction


     Pyrrhon, le fondateur de l’école sceptique, a connu une expérience qui a bouleversé sa vie. Il a voyagé en compagnie des armées d’Alexandre le Grand et ce voyage l’a conduit jusqu’en Inde. Là-bas, il a rencontré les ascètes indiens que les Grecs appelaient gymnosophistes, et dont l’étymologie signifie littéralement « sages nus ». Ceux-ci ont considérablement marqué Pyrrhon. Diogène Laërce, dans sa « Vies et doctrines des philosophes illustres », témoigne de cette influence que ces ascètes indiens ont exercé sur Pyrrhon : « Il faisait retraite, et vivait en solitaire, se montrant rarement à ses proches. Il agissait ainsi pour avoir entendu un Indien faire des reproches à Anaxarque, en lui disant qu’il ne saurait enseigner à un autre comment être homme de bien, puisqu’il fréquentait lui-même la cour des rois1 ». 

samedi 19 août 2017

Rien de certain




Rien de certain




La seule chose certaine, c'est que rien n'est certain ; et rien n'est à la fois plus pitoyable et plus prétentieux que l'homme.

(Solum certum, nihil esse certi, et homine nihil miserius aut superbius)

Pline l'Ancien, Histoire naturelle.





La formule de Pline "Solum certum, nihil esse certi"
sur les poutres de la librairie du château de Montaigne en Dordogne




    Je regardais récemment une émission de tourisme à la télévision à propos des châteaux de la région de Bordeaux. À un moment donné, les présentateurs allaient visiter le château de Montaigne où le philosophe Michel Eyquem de Montaigne a vécu et a écrit ses Essais. Ils ont montré le haut de la tour dans laquelle se trouvait la chambre où il dormait et sa bibliothèque où il rédigeait ses réflexions sur la vie et lui-même, sa Librairie comme il l'appelait. La particularité de cette pièce est que Montaigne avait fait graver des sentences de sagesses en grec et en latin de ses philosophes favoris sur les poutres du plafond. Et notamment cette formule de Pline : « La seule chose certaine, c'est que rien n'est certain ». Dans tous les domaines et dans toutes les choses, le doute est de mise. On ne peut jamais être certain d'avoir une connaissance véritable et complète de ces domaines et ces choses que nous essayons de connaître. La sagesse est de reconnaître l'ampleur de ce doute au lieu de toujours vouloir s'accrocher à des certitudes ou vouloir imposer sa conviction contre vents et marées.

dimanche 26 mars 2017

Nano-bonhomme et baleine cosmique




Notes sur les dialogues du cerveau


3ème partie







Je voudrais m'arrêter sur « Cerveau & Méditation » l'ouvrage de dialogue entre le moine bouddhiste Matthieu Ricard et le neurobiologiste Wolf Singer. Je voudrais ici rédiger dans ces notes les quelques commentaires épars que m'inspire ce livre.





Wolf Singer


    La vie s'est développée dans une dimension du monde extrêmement étroite : l'échelle mésoscopique. Les plus petits organismes, qui ne mesurent que quelques microns et sont capables de maintenir de façon autonome leur intégrité structurelle et de se reproduire, sont constitués d'un assemblage de molécules interagissant entre elles et recouvertes par une membrane. La bactérie est l'un des exemples de ces micro-organismes. Les organismes multicellulaires, les plantes et les animaux, atteignent des tailles qui se mesurent en mètres. Tous ces organismes ont développé des récepteurs sensoriels qui captent les signaux essentiels à leur survie et à leur reproduction. Par conséquent, ces récepteurs ne sont sensibles qu'à une gamme de signaux extrêmement réduite.

mercredi 15 mars 2017

Commentaire au Soûtra des Kālāmas




Commentaire au Soûtra des Kalamas








      Le Soûtra des Kālāmas est un texte important, car c'est là que se manifeste de la façon la plus éclatante l'absence de dogmatisme du Bouddha et sa confiance dans le libre-arbitre raisonné des hommes. L'occasion dans laquelle le Bienheureux va pouvoir donner cet enseignement est importante, car cela se passe dans un bourg de l'Inde antique qui se trouve sur une route très fréquentée où de nombreuses ascètes errants et d'érudits font une halte. Le peuple des Kālāmas se voit donc souvent visité par toutes sortes de prêcheurs et d'érudits qui exposent leurs thèses métaphysiques. Or très souvent ces thèses s'opposent entre elles.

lundi 6 mars 2017

Soûtra des Kālāmas





Kālāma Sutta

Le Soûtra des Kālāmas




Voir le commentaire de ce soûtra ici.



    Ainsi ai-je entendu:

    Une fois, le Bouddha, en voyageant dans le pays de Kosala, avec un grand groupe de disciples, arriva dans une ville appelée Kesaputta. Les Kālāmas, habitants de Kesaputta, apprirent que : « L'ascète1 Gotama, fils des Sakyas, ayant abandonné sa famille des Sakyas et quitté son foyer pour entrer dans la vie sans foyer, voyageant dans le pays de Kosala, était parvenu à Kesaputta ». Or, une bonne réputation se propageait à propos de ce Gotama en ces termes :

lundi 5 septembre 2016

Mr Robot et le Malin Génie

Mr Robot et le Malin Génie


Attention ! Cet article contient des spoilers. Vous voilà prévenu !



   J'ai récemment rédigé un article intitulé « La Nef des Fous » qui évoquait notamment la controverse entre Michel Foucault et Jacques Derrida sur le rôle de René Descartes dans l'Histoire de la folie à l'âge classique. Pour résumer très schématiquement l'opposition entre Derrida et Foucault, Foucault pense que Descartes a exclu la folie du champ de la philosophie dans ses Méditations. Notamment la formule sans appel selon Foucault que Descartes emploie pour congédier les fous de la méthode du doute hyperbolique : « Mais quoi, ce sont des fous ! Et je serais bien extravagant de me régler sur leur exemple ». Et cette exclusion de la folie du champ philosophique correspond à ce phénomène social que Foucault décrit comme le Grand Enfermement, le fait qu'au XVIIème siècle la mentalité envers les fous a complètement changé, et ce changement s'est traduit par la politique d'enfermer et brider le plus possible les personnes considérées comme folles. Derrida pense au contraire que la folie n'a pas été exclue du champ philosophique par Descartes, mais qu'elle s'est manifestée sous sa forme la plus puissante dans la personne du Malin Génie.