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Mais ce qu'il y a de grand, ce qu'il y a d'exceptionnel convient
peut-être à d'autres, à Socrate et aux individualités de sa
trempe. Pourquoi donc si nous sommes aptes par nature à de telles
prouesses, tous les hommes ou la plupart des hommes ne leur
ressemblent-ils pas ?
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Est-ce que tous les chevaux sont rapides ? Ou tous les chiens
habiles à suivre une piste ? Non ! Mais après ?
Parce que je ne suis pas bien doué, devrai-je pour cela renoncer à
faire de mon mieux ? À Dieu ne plaise ! Moi, Epictète,
je ne serai pas meilleur que Socrate, mais même si je n'arrive pas à
son niveau, je m'en contente. Je ne serai pas non plus Milon, mais je
ne néglige pas pour autant de mon corps, ni Crésus, et pourtant je
ne me désintéresse pas de ma fortune. En un mot, il n'est aucune
autre chose dont nous ne renoncions à prendre soin sous prétexte
que nous désespérions d'atteindre le plus haut niveau dans ce
domaine.
Épictète,
Entretiens, Livre I, chapitre II.
