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jeudi 25 mai 2017

Requiem pour Twin Peaks





Requiem pour Twin Peaks






     Quand j'étais adolescent, j'étais un grand fan de la série américaine « Twin Peaks » produite par David Lynch. Twin Peaks était un bouleversement total dans le code bien établi des séries de l'époque. Il y avait les séries policières aux enquêtes bien cadrées qui ne dépassaient pas le format d'un épisode. Il y avait les séries mièvres comme « Les feux de l'amour » avec leurs intrigues improbables. Il y avait des séries qui s'ancraient dans un lieu donné et dans un milieu social donné, je pense notamment à « Dallas » avec ses conflits familiaux incessants, ses ranchs, ses tours d'immeuble, ses cigares et ses chapeaux de cow-boys ringards... Et puis il y avait Twin Peaks qui ne ressemblait à rien de ce qu'on avait vu précédemment...

vendredi 16 septembre 2016

Narcos



      J'ai regardé cette semaine la série Narcos réalisée par José Padhilha. La série se propose de montrer la vie du plus célèbre des narco-trafiquants colombiens, Pablo Escobar, le chef du Cartel de Medellin. La série met donc en scène des personnages réels et recèle ainsi un aspect de film documentaire : plusieurs scènes sont entrecoupées de photos et de vidéos d'époque. De manière plus large, la série montre la guerre à mort que les Américains ont livré contre les cartels de la drogue en Colombie, the War on Drugs. J'ai trouvé la série bien faite, plaisante à regarder et addictive (sans mauvais jeu de mot). L'acteur principal, Wagner Moura, qui incarne Pablo Escobar, est très impressionnant dans sa façon de jouer la multiplicité du baron de la drogue, dévoilant un père aimant et sensible doublé d'un tueur implacable prêt à tout pour parvenir à ses fins, un narco-terroriste sanguinaire sans foi, ni loi, mais aussi un stratège qui joue avec le système en place et un homme proche du peuple qui a investi dans des logements et des installations pour les pauvres et les démunis.


lundi 5 septembre 2016

Mr Robot et le Malin Génie

Mr Robot et le Malin Génie


Attention ! Cet article contient des spoilers. Vous voilà prévenu !



   J'ai récemment rédigé un article intitulé « La Nef des Fous » qui évoquait notamment la controverse entre Michel Foucault et Jacques Derrida sur le rôle de René Descartes dans l'Histoire de la folie à l'âge classique. Pour résumer très schématiquement l'opposition entre Derrida et Foucault, Foucault pense que Descartes a exclu la folie du champ de la philosophie dans ses Méditations. Notamment la formule sans appel selon Foucault que Descartes emploie pour congédier les fous de la méthode du doute hyperbolique : « Mais quoi, ce sont des fous ! Et je serais bien extravagant de me régler sur leur exemple ». Et cette exclusion de la folie du champ philosophique correspond à ce phénomène social que Foucault décrit comme le Grand Enfermement, le fait qu'au XVIIème siècle la mentalité envers les fous a complètement changé, et ce changement s'est traduit par la politique d'enfermer et brider le plus possible les personnes considérées comme folles. Derrida pense au contraire que la folie n'a pas été exclue du champ philosophique par Descartes, mais qu'elle s'est manifestée sous sa forme la plus puissante dans la personne du Malin Génie.

samedi 7 novembre 2015

De l'art de la paix en temps de zombification massive

De l'art de la paix en temps de zombification massive

(Attention : cet article est tout entier un spoiler de l'épisode 4 de la 6ème saison!)

    Récemment, j'ai publié un article sur la série télévisée américaine « The Walkind Dead » où je parlais de l'idéologie qui sous-tend toute la série : L'homme est un zombie pour l'homme. J'essayais de mettre en valeur la mentalité conservatrice et religieuse, l'idée que l'homme représente toujours une menace pour son prochain et que le port des armes à feu est une nécessité vitale pour contrer tout le mal que les morts et les vivants pourraient nous faire. Je n'avais pas vu à ce moment-là le dernier épisode où l'on peut sentir comme une inflexion idéologique dans le discours.




lundi 2 novembre 2015

L'homme est un zombie pour l'homme

L'homme est un zombie pour l'homme
Réflexions philosophique sur la série « The Walking Dead »


    « The Walking Dead » est une série américaine à succès qui, je dois l'avouer, m'a happé et tenu en haleine ces dernières semaines. Au départ, ce sont mes élèves qui m'ont palé de cette série, et par curiosité, je voulais regarder quelques épisodes, question de me faire une idée et de comprendre les raisons du succès. Mais une fois que vous commencez à regarder un épisode, il faut absolument regarder les suivants ! La première saison fonctionnant beaucoup sur le mode du « cliffhanger » (le principe du cliffhanger est que le héros se retrouve « accroché à une falaise », d'où cliffhanger en anglais, ou dans toute situation périlleuse imprévue à la toute fin de l'épisode ; et vous voulez donc irrésistiblement regarder l'épisode suivant pour connaître la suite). Dans les autres saisons, on suit avec intérêt l'évolution de la communauté de survivants, dirigée par l'ex-shériff Rick Grimes.

    Pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler de « The Walking Dead », la série imagine un monde où la quasi-entièreté de l'humanité s'est zombifiée. Seuls subsistent quelques survivants, notamment dans l'état américain de Géorgie dont Rick, sa femme, son fils Carl, Shane, collègue et meilleur ami de Rick, Glenn, ex-livreur de pizza d'origine coréenne, Darryl, un redneck asocial mais loyal toujours muni de son arbalète et quelques autres personnages qui vont et meurent au fil de l'histoire. Les zombies ne sont jamais appelés « zombies », mais plutôt walkers, littéralement « marcheurs », mais qu'on traduit par « rôdeurs » en version française. Il me semble qu'il y a quelque chose que l'on perd dans la traduction : « walker » implique l'idée d'une chose qui marche, sans nécessairement d'esprit doté d'une intention pour diriger cette marche vers un but quelconque, « rôdeur » implique plus l'idée de quelqu'un qui traîne dans les parages de manière inquiétante, mais avec une intention : rôder afin de repérer des maisons vides que l'on pourra cambrioler ou faire un guet-apens à un honnête citoyen afin de le dévaliser. Or les zombies n'ont plus aucune intelligence : ils ont juste envie de manger de la chair fraîche, et sinon ils se dirigent vers tout ce qui fait du bruit ainsi que les objets lumineux. S'ils sont dangereux, c'est par leur nombre, et aussi par le fait qu'une seule morsure vous contamine et vous transforme en zombie après une grosse fièvre.




    Une fois acceptées ces prémisses, l'intrigue peut prendre place. Cet article, je me dois de le dire, contiendra beaucoup de « spoilers », pour celui qui n'aura pas vu toute la série. Et c'est problématique pour une série qui fonctionne énormément sur le suspense. D'un autre côté, cette série est tellement glauque et violente que ce n'est pas nécessairement une perte que de ne pas la regarder. En tous cas, je me suis maintes fois posé la question en regardant la série : « Mais est-ce que je n'aurais pas mieux fait de pratiquer la méditation au lieu de regarder cette série horrible ? ». « The Walking Dead » est une série aussi lourdement chargée en contenu hautement idéologique. Et c'est ce contenu idéologique que je voudrais analyser ici dans cet article.