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samedi 2 août 2025

Voie du Milieu

 



La Voie du Milieu


Petits conseils de méditation

(Deuxième partie)




Très souvent dans la vie, on voudrait être la personne rêvée par notre idéal ou nos projets. On veut être « quelqu'un ». On veut « se sentir exister ». On veut aussi « se réaliser », littéralement advenir à la réalité, comme si on n'existait pas déjà, comme si on ne baignait pas déjà dans la réalité. Mais évidemment, ce n'est pas l'existence que l'on voulait, notre réalité banale n'est pas celle qu'on rêvait. Il se trouve que l'expérience de la réalité, l'expérience d'être est au cœur de la méditation. Qu'est-ce que la méditation si ce n'est se laisser être pendant un petit bout de temps ?


Voilà pourquoi je voudrais utiliser un soûtra du Bouddha pour éclairer cette question de l’Être dans la méditation. Ce soûtra est le « Kaccāyanagotta Sutta » (Samyutta Nikāya, II, 16-17), du nom de ce grand disciple du Bouddha, Kaccāyana en pâli ou Kātyāyana en sanskrit (on l'appelle aussi souvent dans les textes Mahākātyāyana, Grand Kātyāyana). C'est un texte très court, mais assez crucial dans l'exposition du Dharma par le Bouddha.


Dans ce soûtra, Kaccāyana pose une question au Bouddha : mais qu'est-ce donc que la vue juste ? Rappelons que la vue juste est une des huit branches du Noble Octuple Sentier. Pour rappel, le Noble Octuple Sentier se compose de :

  1. la Vue Juste

  2. la Pensée Juste

  3. l'Action Juste

  4. la Parole Juste

  5. les Moyens d'Existence Justes

  6. l'Effort Juste

  7. l'Attention Juste

  8. la Concentration Juste


La vue juste et la pensée juste relèvent de la sagesse (prajnā). L'action juste, la parole juste et les moyens d'existence justes relèvent de la discipline ou conduite éthique (shila). Et enfin l'effort juste, l'attention juste et la concentration juste relèvent de l'absorption méditative (samādhi). Par rapport à la méditation, l'effort juste, l'attention juste et la concentration juste permettent d'établir shamatha, la quiétude, l'apaisement de l'esprit ; tandis que la vue juste et la pensée juste relèvent plutôt de vipashyanā, la vision profonde, l'établissement de la conscience de la réalité telle qu'elle est au-delà des illusions et des obscurcissements.


Mais qu'est-ce donc alors que la vue juste ou vision juste de la réalité ? Dans le soûtra de Kaccāyana, le Bouddha définit cette vue juste comme un milieu entre ces deux extrêmes que sont d'un part l'existence, l'être, et d'autre part, l'inexistence, le non-être ; le néant. Deux visions fausses : la première, le monde existerait, le monde aurait une substance éternelle. Mais dans ce cas, pourquoi apparaît-il ? Pourquoi disparaît-il ? Il devrait venir du néant. Ou alors, il devrait être là depuis toujours. Mais alors pourquoi cet Être éternel change-t-il au gré des événements ? Où est sa substance éternelle ? Autre vision fausse : le monde n'existerait pas, le monde serait une bulle vide, une inconsistance. Mais alors les choses fantomatiques qui peuplent le monde n'ont pas de raison de disparaître. Des choses qui ont été existantes peuvent-elles devenir soudainement inexistantes ? L’Être peut-il passer au non-Être ?


La véritable nature du monde se situe donc entre l’Être et le non-Être, entre l'existence et le néant. C'est là la vue juste. Signalons que ce soûtra de Kaccāyana est important du point de vue de l'Histoire des idées. Il y a une idée très répandue que cette conception de la vision juste comme une Voie du Milieu entre existence et non-existence remonte aux théories du philosophe Nāgārjuna, grand penseur du bouddhisme du Grand Véhicule. On voit pourtant avec ce Kaccāyanagotta Sutta que ces idées ne sont pas étrangères au bouddhisme ancien.


Les phénomènes de ce monde apparaissent : ils ont une apparence, néanmoins, ils n'ont aucune substance qui pourraient leur donner une existence ultime. Le fait qu'il y ait cette apparence invalide l'idée qu'il n'y a rien : il y a au moins quelque chose qui apparaît. Le fait que ces apparences disparaissent invalide l'idée qu'il y a un Être, une existence ultime derrière ces apparences. C'est là la Voie du Milieu.


Voilà qui est bien. Mais c'est la suite qui est importante du point de vue de la méditation. Comme le dit le Bouddha à Kaccāyana : « Les gens, ô Kaccāyana, se réfugient les plus souvent dans des idées d’appropriation et ils sont habitués à s’attacher aux objets sensoriels. Cependant, l’Être Noble ne se réfugie pas dans des idées d’appropriation, ni ne s’attache aux objets sensoriels en disant : "Ceci est mon Soi", mais il réfléchit : "S’il y a quelque chose qui arrive à exister, ce n’est autre chose que le phénomène appelé souffrance. S’il y a quelque chose qui cesse d’exister, ce n’est autre chose que le phénomène appelé souffrance" »


Si on prend les choses pour réel, si on attribue un Être à ces choses, on aura d'autant plus la tendance à s'attacher à certaines de ces choses du monde. Les choses qui sont plaisantes, ces choses qui nous donnent du pouvoir sur ce monde, des choses qui nous mettent en sécurité. Nous créons de l'attachement à l'égard de ces choses. On veut les posséder, et quand on les a, on a peur de les perdre. Dans la méditation, la solution à cette tendance à la saisie et à l'attachement est le lâcher-prise. Si les choses sont au milieu entre l’Être et le non-Être, vous ne pouvez pas vraiment les posséder, c'est comme vouloir saisir de l'eau entre vos doigts, vous pouvez cesser de vous y agripper et relâcher la pression.


Enfin, cette phrase qui est peut-être le cœur du soûtra : « S’il y a quelque chose qui arrive à exister, ce n’est autre chose que le phénomène appelé souffrance. S’il y a quelque chose qui cesse d’exister, ce n’est autre chose que le phénomène appelé souffrance ». Cette phrase peut semble contre-intuitive : il y a bien des choses qui arrivent à exister et qui sont plaisantes, voire très plaisantes ! Et on est aussi très malheureux de voir disparaître ces choses. Ce qu'il faut bien comprendre de la philosophie du Bouddha, c'est que, dans le samsāra (le cycle des naissances et des morts), même l'existence la plus merveilleuse est conditionnée par la souffrance. Même connaissant un grand bonheur, il y a toutes sortes d'inconvénients majeurs : ce bonheur est d'abord impermanent, il ne dure pas pour toujours. Ce bonheur est relatif : il peut être traversé de toutes sortes de contrariétés, d'ennuis et d'accidents divers qui viennent l'entacher. Et ensuite, dans le bonheur, on crée les liens d'attachement qui viendront par la suite précipiter notre souffrance. Comme si, sur un bateau, on avait attaché la corde de l'ancre à notre jambe. Dans l'instant présent, cela n'a pas de conséquence, mais dès qu'on jette l'ancre, cela précipite notre chute vers les profondeurs.


C'est pourquoi le Bouddha demande à voir tous les phénomènes conditionnés comme étant souffrance. Ce n'est pas que tout soit une torture dans l'existence, loin s'en faut, mais les plaisirs étant imparfaits, fuyants et sources de distraction et d'aveuglements, il vaut mieux voir cela comme insatisfaisant et chercher à s'en détacher le plus tôt possible car le temps nous est compté. C'est pourquoi le Bouddha nous demande de voir chaque apparition de phénomènes comme étant souffrance et la disparition de celui-ci comme la cessation d'une souffrance. Peu importe ici que le phénomène soit agréable ou désagréable.


Cela permet aussi d'aller à l'encontre d'une certaine propension à vouloir être ou vouloir avoir telle ou telle chose. Par exemple, en méditation, je veux connaître la félicité, le calme, je veux atteindre l’Éveil, je veux augmenter mon pouvoir de concentration, je veux expérimenter des états modifiés de conscience, je veux avoir des visions, etc... Je veux être un grand méditant. Aux yeux du Bouddha, même si j'obtiens la félicité, le calme, la concentration, toutes ces belles choses qui apparaissent dans ma conscience sont encore souffrance !


Je devrais plutôt me réjouir de tout ce que je perds ! La cessation des phénomènes pleinement conscientisée est l'annonciation de la cessation de mon attachement à ce monde. Plutôt que chercher encore et encore telle ou telle réalisation, je devrais plutôt accompagner d'un léger sourire toute la colère qui me quitte, l'avidité du pouvoir qui me délaisse, l'animosité qui s'évanouit, le stress qui se relâche et ainsi de suite. Voici le véritable lâcher-prise : ne pas relancer la roue du samsāra indéfiniment, laisser les émotions conflictuelles et les affects négatifs me quitter un à un. En sanskrit, mot « nirvāna » signifie simplement « extinction » : laissons s'éteindre de lui-même ce feu terrible de l'existence !






Loïc Perron, Brumes d'automne en Toscane







Kaccāyanagotta Sutta (Soûtra de Katyayana)

https://lerefletdelalune.blogspot.com/2013/11/kaccayanagotta-sutta.html


Voir également : 


Méditer


- Rien de trop


- Le jeu de la lumineuse vacuité



Rien de certain (Pline l'Ancien & Montaigne)






Rosée que ce monde (Kobayashi Issa)


samedi 26 janvier 2019

Paul Ariès raconte n'importe quoi




Paul Ariès raconte n'importe quoi


(1ère partie)



Paul Ariès est un politologue d'extrême-gauche connu pour passer souvent sur les plateaux de télévision. Paul Ariès n'aime pas les véganes, et ce n'est pas nouveau. Cela fait maintenant plus de vingt ans qu'il multiplie les prises de position douteuses à leur encontre. Vingt ans de contresens, d'amalgames foireux et de thèses haineuses. En 1996, il écrivait un livre fumeux intitulé « Le retour du diable » où il accusait les véganes et les antispécistes d'être des suppôts de Satan, en plus de tenir des propos complètement homophobes sur les nazis qui sont forcément des gays et Hitler qui était bisexuel1. Ou encore il pratiquait allégrement la calomnie en insinuant que les antispécistes inciteraient à la zoophilie dans des propos qui a largement anticipé le discours réactionnaire de la Manif pour Tous : « Sera-t-il possible de dire aux enfants (...) lorsque vous serez grands vous pourrez choisir entre la vie à deux avec un individu de sexe opposé, du même sexe ou pourquoi pas (à suivre certains antispécistes) avec un animal ? » (sic, p. 90).

jeudi 23 août 2018

La boîte de Pandore




La boîte de Pandore




     Voilà un des mythes les plus célèbres de la mythologie grecque. Tout commence avec Prométhée qui, décidément, agissait un peu trop en faveur des humains aux yeux de Zeus, le roi de l'Olympe. Quand Prométhée et son frère Épiméthée avaient été chargés de créer et d'ordonner le monde des mortels, alors qu'Épiméthée avaient oublié de donner des dons et des qualités aux êtres humains tel qu'il l'avait fait pour le reste des animaux, Prométhée avait rattrapé le coup en allant voler le feu dans la forge d'Héphaïstos, le dieu forgeron, et les savoirs techniques dans la bibliothèque d'Athéna. Pour éviter que l'utilisation du feu et des armes ne se retournent contre les humains, il avait intercédé auprès de Zeus et Hermès pour inscrire dans le cœur des hommes le sens de la justice et le sens de la honte afin que les mauvaises actions ne prolifèrent pas et rendent impossible toute fondation d'une Cité, un État politiquement organisé qui permet aux hommes de dépasser leurs faiblesses individuelles.

mercredi 15 août 2018

Bonheur et non-être




Bonheur et non-être


     Suite à mon article « Hédonisme et eudémonisme (2ème partie) », l'internaute Degun m'a objecté ceci : « Je me pose une question : la cessation de la souffrance implique-t-elle un état de bonheur comme tu le postules ? Peut-être, d'une certaine manière, mais je ne vois pas vraiment les choses comme ça, je vois plutôt la cessation de la souffrance comme une dissolution du moi et/ou de l'être personnel (je sais pas trop comment appeler ça à vrai dire), après la mort du moins (je ne sais pas si le plein éveil peut se produire durant la vie et j'ai en fait du mal à entrevoir comment un être pleinement éveillé serait vraiment en ce monde, certes il existe des êtres "relativement" éveillés qui vivent en ce monde mais je ne sais pas à quoi ressemble leur "monde intérieur"). En somme, la cessation de la souffrance va de pair dans ma pensée avec un "non-être", bonheur et malheur n'ayant plus de sens dans ce cas, et qui exclut bien entendu de facto toute incarnation. En gros, c'est plutôt la libération totale que le bonheur qui me motive ». Ce présent article est donc une réponse à cette objection.


    Mais avant même de développer, je veux réaffirmer catégoriquement : oui, la cessation de la souffrance implique un état de bonheur. Oui, il ne s'agit pas seulement d'être débarrassé de telle ou telle sensation désagréable, mais résider durablement dans le bonheur. Quand le Bouddha parle de cessation de la souffrance, c'est pour éviter une confusion concernant toutes les représentations possibles concernant le bonheur : une personne considérera que le bonheur, c'est être riche ; pour une autre, le bonheur, c'est connaître la gloire ; certains estimeront que c'est la bonne santé, d'autres encore la famille qui fait le bonheur, et ainsi de suite... Le bonheur dont on parle ici une disposition intérieure qui s'affranchit des événements et des situations et qui nous permet de mieux apprécier l'existence.


     Par rapport à l'argument de Degun : « Je vois plutôt la cessation de la souffrance comme une dissolution du moi et/ou de l'être personnel (...) En somme, la cessation de la souffrance va de pair dans ma pensée avec un "non-être", bonheur et malheur n'ayant plus de sens dans ce cas, et qui exclut bien entendu de facto toute incarnation », il faut bien constater que certains éléments de langage de la philosophie bouddhique peuvent faire penser cette thèse qui veut que le problème de la souffrance se réglerait purement et simplement par le « non-être », le fait de régler le problème en supprimant celui qui éprouve le problème : plus personne pour éprouver le problème, donc plus de problème ! Dans les soûtras anciens, l'accès au Nirvāna par la méditation est appelé « sphère de cessation des sensations et des perceptions ». Cette cessation des sensations et des perceptions laisse envisager la suppression de tout ressenti comme si on devenait une pierre.


       Mais je suis convaincu que cette cessation des sensations et des perceptions n'est pas une coupure du bonheur, mais un bonheur au-delà du bonheur, un bonheur, une béatitude qui n'est pas enchaînée dans la dualité du bonheur et du malheur. Quand on observe la progression de la méditation dans le bouddhisme ancien, on voit que les états de méditation commencent par s'élever vers des états divins de félicité toujours plus élevés. La cosmogonie bouddhique compte trois types de dieux par ordre d'élévation : les dieux du monde du désir, les dieux du monde de la forme et les dieux du monde de la sans-forme.


    Les dieux du monde du désir vivent comme nous des expériences de plaisir, mais c'est un plaisir beaucoup plus intense, beaucoup plus durable, beaucoup plus subtil et raffiné, mais sans la contrepartie des déplaisirs : un vin divin vous envoie dans une griserie envoûtante des jours entiers, sans lendemains vaseux.


     Dans le monde divin de la forme, on se détache de cette obsession pour les objets extérieurs, on s'installe dans son être qu'on raffine jusqu'à obtenir un corps de lumière. C'est à ce niveau que correspondent dans la méditation les 4 jhānas, les absorptions méditatives qui sont un stade important à franchir : dans un premier stade, on continue à éprouver des pensées et des raisonnements, de la joie et du bonheur. Dans le second stade, les pensées et les raisonnements s'évanouissent pour laisser place à une expérience pure. Dans le troisième, la joie s'évanouit, ne reste que le bonheur et l'équanimité. Et dans le quatrième jhāna, le bonheur s'évanouit à son tour, ne laissant qu'une attention et une équanimité parfaite. On voit qu'on a déjà là les prémisses d'une libération du bonheur. On n'est plus assujetti à la recherche du bonheur, mais en soi, ce n'est pas « rien » : cet état d'équanimité et de sérénité est une plus grande béatitude, qu'on en peut pas reporter dans nos termes d'être humain.


      Dans les états du monde divin de la sans-forme, on fait l'expérience de l'infini : espace infini, puis conscience infinie. Puis on s'abolit soi-même dans la sphère du Néant avant de faire l'expérience de l'état paradoxal de la sphère de ni perception, ni non-perception. Quand on a franchi toutes ces expériences de l'infini et qu'on voit la véritable nature des phénomènes, c'est alors qu'on fait l'expérience de la « sphère de cessation des sensations et des perceptions », soit l'entrée dans le Nirvāna.


    Au fond, ce que dit ce parcours dans les états de concentrations méditatives, ce qu'on va toujours vers un bonheur plus profond, plus rayonnant, des états de béatitudes toujours plus élevés. Par ailleurs, la « cessation des sensations et des perceptions » n'est pas seulement une disparition totale du sujet conscient ; c'est une immersion dans l'interdépendance de tous les phénomènes. Il en résulte que le bonheur n'est pas un bonheur strictement individuel, qu'on garde égoïstement pour soi-même, mais un bonheur partagé.


     C'est pourquoi la compassion et le vœu altruiste d'aider tous les êtres est si important dans la philosophie bouddhique. Cette compassion infinie s'accompagne des 3 autres des quatre qualités incommensurables : l'amour bienveillant, l'équanimité, mais ici surtout, de la joie qui consiste à s'émerveiller encore et encore de la possibilité de ce que les êtres ont en eux-mêmes la capacité de résoudre tous ces problèmes, toutes ces souffrances.


     Bien sûr, le tableau de ce monde peut sembler sombre, empli de cruauté et de misères incessantes. Mais nous avons la possibilité de trouver des solutions diverses et variées et d'apporter du réconfort au monde. C'est pourquoi la joie est ici une énergie fondamentale à mettre en œuvre dans la pratique du Dharma. Non pas une joie naïve qui évoluerait la fleur au chapeau dans un monde d'illusions et d'arc-en-ciel, mais la joie qui se sait dans les ténèbres et donne la force d'en sortir. C'est pourquoi le Bouddha insiste souvent sur la notion de pratiquer le Dharma comme si nos cheveux avaient pris feu. Le monde entier est dans le feu de la douleur ; et c'est ici et maintenant qu'il faut aider soi-même et les autres pour sortir de cette douleur.



*****




        Donc, même si nous n'avons pas atteint le stade ultime de la « sphère de cessation des sensations et des perceptions », le fait de pratiquer le Dharma - d'adopter une conduite éthique bienveillante envers autrui et soi-même, de pratiquer régulièrement la méditation et de développer la sagesse – contribue à nous rendre plus heureux. Attention ! Je ne veux pas faire de fausse promesse : je ne dis pas que notre conception particulière du bonheur sera satisfaite. Si, par exemple, vous voulez réussir à tout prix dans votre carrière, je ne dis pas que la pratique du Dharma soit une garantie de cette réussite. On entend trop souvent des « coachs en pleine conscience » qui vante l'augmentation des performances au boulot grâce à la méditation. Je n'ai personnellement aucune certitude à vous vendre sur le sujet. Peut-être que votre carrière sera un brillant succès, peut-être que ce sera un plantage intégral, peut-être plus probablement que ce sera un résultat grisâtre entre ces deux extrêmes. 


       Mais quel que soit l'état de votre carrière, la pratique du Dharma transformera votre disposition d'esprit, votre manière d'appréhender les phénomènes, et cela améliora votre existence, d'une manière parfois inattendue. Je ne peux pas non plus vous garantir que la pratique du Dharma vous conférera une humeur toujours rayonnante : la pratique du Dharma n'immunise pas contre les coup de blues, les moments de dépression et de désespoir, mais elle donne la capacité de traverser ces états négatifs et retrouver une joie profonde de vivre.













Masao Yamamoto







Voir également : 


- Hédonisme et eudémonisme : 1ère partie - 2ème partie


Joie (Qu'est-ce que la joie spirituelle prônée par le Bouddha ?)


La douleur d'un arahant (Nāgasena) et son commentaire



Esprit d’Éveil

     Comment produire l'esprit d’Éveil ou bodhicittaL'esprit d’Éveil est le souhait que tous les êtres soient libérés de la souffrance et deviennent des êtres pleinement éveillés. Les enseignements du lama tibétain Dza Patrül Rimpotché (XIXème siècle). 








Un bien véritable (Spinoza)




Si c'est le bonheur que tu cherches (Chengawa Lodrö Gyaltsen)


Sans savoir pourquoi (Sōseki Natsume)




En repos dans une chambre (Blaise Pascal)


Une fête en larmes (Jean d'Ormesson)














"Emma at Red Canyon"
(près de Las Végas, USA)
Photographie de Tamara Lichtenstein













Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.


Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.




mardi 10 juillet 2018

C'est beaucoup et c’est l’ombre d’un rêve





Ne dites pas : la vie est un joyeux festin ;
Ou c’est d’un esprit sot ou c’est d’une âme basse.
Surtout ne dites point : elle est malheur sans fin ;
C’est d’un mauvais courage et qui trop tôt se lasse.

Riez comme au printemps s’agitent les rameaux,
Pleurez comme la bise ou le flot sur la grève,
Goûtez tous les plaisirs et souffrez tous les maux ;
Et dites : c’est beaucoup et c’est l’ombre d’un rêve.


Jean Moréas, Les Stances, 1899.

vendredi 18 mai 2018

mercredi 16 mai 2018

Certains me sont chers




Certains me sont chers,
d'autres me sont odieux,
parce que vainement
ce monde occupe ma pensée,
moi qui suis toujours tourmenté.


Empereur Go-Toba ( 後鳥羽 ), Japon, 1180-1239.


(La traduction est de la rédactrice du blog Sukinanihongo).









Takeuchi Seihō (1864 - 1942)









Je viens de trouver ce poème inspirant sur ce blog très intéressant, Sukinanihongo tournant autour de la culture japonaise. J'invite tout le monde à y jeter un œil. En plus de la version japonaise et de la traduction proprement dite, il y a là une analyse sérieuse qui décortique le poème et chacun des termes employés.


    On sent dans ce poème une influence bouddhique : nos attachements et nos répulsions envers les êtres et les choses de ce monde nous perturbent, nous égarent et nous jettent dans des conflits émotionnels incessants. S'ensuit l'invitation de renoncer au monde et de mener une vie plus spirituelle détachée du monde.


    L'empereur Go-Toba était contemporain de Dōgen Zenji (1200 – 1253) ; la sœur de Dōgen a d'ailleurs épousé Go-Toba. Son règne a particulièrement été troublé : le shogun Yoritomo régnant à Kamakura l'a obligé à se retirer et à abandonner le pouvoir à leur pouvoir. Go-Toba avait bien tenté de se rebeller après la mort de Yoritomo ; mais les forces du shogunat ont emporté et vaincu les forces soutenant Go-Toba, envoyant ce dernier en exil. Peut-être le sentiment d'inquiétude qui se dégage de ce poème vient de ces préoccupations politiques ; mais en même temps, nul besoin d'être empereur du Japon pour éprouver les tracas de la vie mondaine ainsi que les troubles que suscitent tant les personnes aimées que les personnes détestées.


    De manière générale, la philosophie bouddhique dénombre huit préoccupations mondaines qui viennent troubler la sérénité de l'esprit, huit préoccupations vaines dont il conviendrait de se dégager le plus vite possible, même si ce n'est pas facile. Ces préoccupations mondaines vont toujours par paires, comme le couple du positif et du négatif qui traverse et polarise notre existence :

  • 1°) le gain et 2°) la perte ;
  • 3°) le plaisir et 4°) le déplaisir, la souffrance ;
  • 5°) la bonne réputation, la gloire et 6°) la mauvaise réputation, le fait de tomber en disgrâce ;
  • 7°) la louange et 8°) le blâme.























Concernant Dōgen Zenji :



Sanshô Doei : - la voix des gouttes de pluie
                          - Adoration
                          - Trésor de l'Œil du Véritable Dharma
                           - Quand nous n'avons lieu où demeurer
                           - Une goutte d'eau


Poèmes chinois de l'Eihei Kôroku:
     - Sur mon portrait




Voir aussi : 


- Sans savoir pourquoi (Sōseki Natsume)


- Rosée que ce monde (Kobayashi Issa)


- Espérant le cri du coucou (Bashō)


j'habite une forêt profonde (Ryokan)


- La vie humaine comme nuage et eau (Ci'an Shoujing)


Choses qui ne font que passer (Sei Shōnagon)


- Pour toi mon amour (Prévert)


- Une fête en larmes (Jean d'Ormesson)


Il faut beaucoup aimer les hommes


- Lotobiographie (Claude Pélieu)


Nanti d'un seul œil (Jim Harrison)


- Il n'y a pas d'amour heureux (Aragon)







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