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mercredi 10 avril 2019

Développement personnel et philosophie eudémoniste



Développement personnel et philosophie eudémoniste




Il y a une dizaine de jours, j'ai regardé une vidéo du youtubeur d'extrême-gauche Usul intitulée « Développements personnels : pensez positif » où il critique vertement la culture individualiste du développement personnel. Je n'aurai pas grand-chose à ajouter à cette vidéo si la personne qui figure sur la vignette de la vidéo n'était autre que le moine bouddhiste français, Matthieu Ricard. Usul le place comme l'un des exemples de l'idéologie du développement personnel. Cela m'a mis fort mal à l'aise : il y a beaucoup de choses à dire sur Matthieu Ricard, mais certainement pas qu'il faille le ranger dans la catégorie des coachs en développement personnel. Les livres de Matthieu Ricard exposent la doctrine bouddhique qui, certes, parlent de transformation de soi-même afin de mieux vivre, mais pas dans l'optique du développement personnel, me semble-t-il. C'est pourquoi il m'apparaît utile de faire ici une distinction entre le développement personnel et l'eudémonisme, « eudémonisme » désignant toute philosophie dont le but central est d'atteindre le bonheur.

samedi 19 janvier 2019

Estimer le bonheur





Ce matin, j'écoutais la radio belge dans ma douche, et il y a un radio-trottoir où l'on demandait aux gens de noter leur bonheur sur une échelle de 1 à 10. L'animateur a expliqué ensuite que le Belge moyen avait en moyenne une note de 7,5 sur 10 en bonheur. Cela m'a semblé stupide comme démarche.

samedi 25 août 2018

L'idéal du bonheur - 2ème partie




L'idéal du bonheur

2ème partie



Voir la 1ère partie




      On pourrait se demander dès lors ce qu'il faut penser de ces arguments d'Emmanuel Kant du point de vue de l'eudémonisme. Est-ce que le bonheur n'est qu'une création fantaisiste de notre esprit ? Est-ce que la Raison ne peut pas quand même approfondir cette notion du bonheur ? Ce qui me frappe surtout en tant que philosophe bouddhiste, c'est que Kant n'aborde le bonheur qu'en tant que causé par un objet extérieur au sujet conscient : la richesse, la connaissance, la longue vie, la santé. Je ne suis heureux que dans la mesure où je rencontre de suffisamment près ces objets extérieurs ardemment désirés dans ma quête de bonheur. Mon état psychique est toujours lié à ces objets extérieurs : heureux quand je les ai, malheureux quand j'en suis privé. Mais ne faudrait-il pas considéré plutôt le bonheur comme une disposition de l'esprit qui, idéalement, se produirait même en l'absence de ces objets extérieurs ? N'est-il pas souhaitable de trouver un bonheur qui puisse se libérer de l'emprise des conditions extérieures ? Un bonheur qui soit une libération par rapport aux entraves émotionnelles de ce monde ?

L'idéal du bonheur - 1ère partie




L'idéal du bonheur

1ère partie





     Le concept de bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c’est-à-dire qu’ils doivent être empruntés à l’expérience, et que cependant pour l’idée du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future, est nécessaire. Or il est impossible qu’un être fini, si perspicace et en même temps si puissant qu’on le suppose, se fasse un concept déterminé de ce qu’il veut ici véritablement.

jeudi 23 août 2018

La boîte de Pandore




La boîte de Pandore




     Voilà un des mythes les plus célèbres de la mythologie grecque. Tout commence avec Prométhée qui, décidément, agissait un peu trop en faveur des humains aux yeux de Zeus, le roi de l'Olympe. Quand Prométhée et son frère Épiméthée avaient été chargés de créer et d'ordonner le monde des mortels, alors qu'Épiméthée avaient oublié de donner des dons et des qualités aux êtres humains tel qu'il l'avait fait pour le reste des animaux, Prométhée avait rattrapé le coup en allant voler le feu dans la forge d'Héphaïstos, le dieu forgeron, et les savoirs techniques dans la bibliothèque d'Athéna. Pour éviter que l'utilisation du feu et des armes ne se retournent contre les humains, il avait intercédé auprès de Zeus et Hermès pour inscrire dans le cœur des hommes le sens de la justice et le sens de la honte afin que les mauvaises actions ne prolifèrent pas et rendent impossible toute fondation d'une Cité, un État politiquement organisé qui permet aux hommes de dépasser leurs faiblesses individuelles.

mercredi 15 août 2018

Bonheur et non-être




Bonheur et non-être


     Suite à mon article « Hédonisme et eudémonisme (2ème partie) », l'internaute Degun m'a objecté ceci : « Je me pose une question : la cessation de la souffrance implique-t-elle un état de bonheur comme tu le postules ? Peut-être, d'une certaine manière, mais je ne vois pas vraiment les choses comme ça, je vois plutôt la cessation de la souffrance comme une dissolution du moi et/ou de l'être personnel (je sais pas trop comment appeler ça à vrai dire), après la mort du moins (je ne sais pas si le plein éveil peut se produire durant la vie et j'ai en fait du mal à entrevoir comment un être pleinement éveillé serait vraiment en ce monde, certes il existe des êtres "relativement" éveillés qui vivent en ce monde mais je ne sais pas à quoi ressemble leur "monde intérieur"). En somme, la cessation de la souffrance va de pair dans ma pensée avec un "non-être", bonheur et malheur n'ayant plus de sens dans ce cas, et qui exclut bien entendu de facto toute incarnation. En gros, c'est plutôt la libération totale que le bonheur qui me motive ». Ce présent article est donc une réponse à cette objection.


    Mais avant même de développer, je veux réaffirmer catégoriquement : oui, la cessation de la souffrance implique un état de bonheur. Oui, il ne s'agit pas seulement d'être débarrassé de telle ou telle sensation désagréable, mais résider durablement dans le bonheur. Quand le Bouddha parle de cessation de la souffrance, c'est pour éviter une confusion concernant toutes les représentations possibles concernant le bonheur : une personne considérera que le bonheur, c'est être riche ; pour une autre, le bonheur, c'est connaître la gloire ; certains estimeront que c'est la bonne santé, d'autres encore la famille qui fait le bonheur, et ainsi de suite... Le bonheur dont on parle ici une disposition intérieure qui s'affranchit des événements et des situations et qui nous permet de mieux apprécier l'existence.


     Par rapport à l'argument de Degun : « Je vois plutôt la cessation de la souffrance comme une dissolution du moi et/ou de l'être personnel (...) En somme, la cessation de la souffrance va de pair dans ma pensée avec un "non-être", bonheur et malheur n'ayant plus de sens dans ce cas, et qui exclut bien entendu de facto toute incarnation », il faut bien constater que certains éléments de langage de la philosophie bouddhique peuvent faire penser cette thèse qui veut que le problème de la souffrance se réglerait purement et simplement par le « non-être », le fait de régler le problème en supprimant celui qui éprouve le problème : plus personne pour éprouver le problème, donc plus de problème ! Dans les soûtras anciens, l'accès au Nirvāna par la méditation est appelé « sphère de cessation des sensations et des perceptions ». Cette cessation des sensations et des perceptions laisse envisager la suppression de tout ressenti comme si on devenait une pierre.


       Mais je suis convaincu que cette cessation des sensations et des perceptions n'est pas une coupure du bonheur, mais un bonheur au-delà du bonheur, un bonheur, une béatitude qui n'est pas enchaînée dans la dualité du bonheur et du malheur. Quand on observe la progression de la méditation dans le bouddhisme ancien, on voit que les états de méditation commencent par s'élever vers des états divins de félicité toujours plus élevés. La cosmogonie bouddhique compte trois types de dieux par ordre d'élévation : les dieux du monde du désir, les dieux du monde de la forme et les dieux du monde de la sans-forme.


    Les dieux du monde du désir vivent comme nous des expériences de plaisir, mais c'est un plaisir beaucoup plus intense, beaucoup plus durable, beaucoup plus subtil et raffiné, mais sans la contrepartie des déplaisirs : un vin divin vous envoie dans une griserie envoûtante des jours entiers, sans lendemains vaseux.


     Dans le monde divin de la forme, on se détache de cette obsession pour les objets extérieurs, on s'installe dans son être qu'on raffine jusqu'à obtenir un corps de lumière. C'est à ce niveau que correspondent dans la méditation les 4 jhānas, les absorptions méditatives qui sont un stade important à franchir : dans un premier stade, on continue à éprouver des pensées et des raisonnements, de la joie et du bonheur. Dans le second stade, les pensées et les raisonnements s'évanouissent pour laisser place à une expérience pure. Dans le troisième, la joie s'évanouit, ne reste que le bonheur et l'équanimité. Et dans le quatrième jhāna, le bonheur s'évanouit à son tour, ne laissant qu'une attention et une équanimité parfaite. On voit qu'on a déjà là les prémisses d'une libération du bonheur. On n'est plus assujetti à la recherche du bonheur, mais en soi, ce n'est pas « rien » : cet état d'équanimité et de sérénité est une plus grande béatitude, qu'on en peut pas reporter dans nos termes d'être humain.


      Dans les états du monde divin de la sans-forme, on fait l'expérience de l'infini : espace infini, puis conscience infinie. Puis on s'abolit soi-même dans la sphère du Néant avant de faire l'expérience de l'état paradoxal de la sphère de ni perception, ni non-perception. Quand on a franchi toutes ces expériences de l'infini et qu'on voit la véritable nature des phénomènes, c'est alors qu'on fait l'expérience de la « sphère de cessation des sensations et des perceptions », soit l'entrée dans le Nirvāna.


    Au fond, ce que dit ce parcours dans les états de concentrations méditatives, ce qu'on va toujours vers un bonheur plus profond, plus rayonnant, des états de béatitudes toujours plus élevés. Par ailleurs, la « cessation des sensations et des perceptions » n'est pas seulement une disparition totale du sujet conscient ; c'est une immersion dans l'interdépendance de tous les phénomènes. Il en résulte que le bonheur n'est pas un bonheur strictement individuel, qu'on garde égoïstement pour soi-même, mais un bonheur partagé.


     C'est pourquoi la compassion et le vœu altruiste d'aider tous les êtres est si important dans la philosophie bouddhique. Cette compassion infinie s'accompagne des 3 autres des quatre qualités incommensurables : l'amour bienveillant, l'équanimité, mais ici surtout, de la joie qui consiste à s'émerveiller encore et encore de la possibilité de ce que les êtres ont en eux-mêmes la capacité de résoudre tous ces problèmes, toutes ces souffrances.


     Bien sûr, le tableau de ce monde peut sembler sombre, empli de cruauté et de misères incessantes. Mais nous avons la possibilité de trouver des solutions diverses et variées et d'apporter du réconfort au monde. C'est pourquoi la joie est ici une énergie fondamentale à mettre en œuvre dans la pratique du Dharma. Non pas une joie naïve qui évoluerait la fleur au chapeau dans un monde d'illusions et d'arc-en-ciel, mais la joie qui se sait dans les ténèbres et donne la force d'en sortir. C'est pourquoi le Bouddha insiste souvent sur la notion de pratiquer le Dharma comme si nos cheveux avaient pris feu. Le monde entier est dans le feu de la douleur ; et c'est ici et maintenant qu'il faut aider soi-même et les autres pour sortir de cette douleur.



*****




        Donc, même si nous n'avons pas atteint le stade ultime de la « sphère de cessation des sensations et des perceptions », le fait de pratiquer le Dharma - d'adopter une conduite éthique bienveillante envers autrui et soi-même, de pratiquer régulièrement la méditation et de développer la sagesse – contribue à nous rendre plus heureux. Attention ! Je ne veux pas faire de fausse promesse : je ne dis pas que notre conception particulière du bonheur sera satisfaite. Si, par exemple, vous voulez réussir à tout prix dans votre carrière, je ne dis pas que la pratique du Dharma soit une garantie de cette réussite. On entend trop souvent des « coachs en pleine conscience » qui vante l'augmentation des performances au boulot grâce à la méditation. Je n'ai personnellement aucune certitude à vous vendre sur le sujet. Peut-être que votre carrière sera un brillant succès, peut-être que ce sera un plantage intégral, peut-être plus probablement que ce sera un résultat grisâtre entre ces deux extrêmes. 


       Mais quel que soit l'état de votre carrière, la pratique du Dharma transformera votre disposition d'esprit, votre manière d'appréhender les phénomènes, et cela améliora votre existence, d'une manière parfois inattendue. Je ne peux pas non plus vous garantir que la pratique du Dharma vous conférera une humeur toujours rayonnante : la pratique du Dharma n'immunise pas contre les coup de blues, les moments de dépression et de désespoir, mais elle donne la capacité de traverser ces états négatifs et retrouver une joie profonde de vivre.













Masao Yamamoto







Voir également : 


- Hédonisme et eudémonisme : 1ère partie - 2ème partie


Joie (Qu'est-ce que la joie spirituelle prônée par le Bouddha ?)


La douleur d'un arahant (Nāgasena) et son commentaire



Esprit d’Éveil

     Comment produire l'esprit d’Éveil ou bodhicittaL'esprit d’Éveil est le souhait que tous les êtres soient libérés de la souffrance et deviennent des êtres pleinement éveillés. Les enseignements du lama tibétain Dza Patrül Rimpotché (XIXème siècle). 








Un bien véritable (Spinoza)




Si c'est le bonheur que tu cherches (Chengawa Lodrö Gyaltsen)


Sans savoir pourquoi (Sōseki Natsume)




En repos dans une chambre (Blaise Pascal)


Une fête en larmes (Jean d'Ormesson)














"Emma at Red Canyon"
(près de Las Végas, USA)
Photographie de Tamara Lichtenstein













Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.


Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.




jeudi 19 juillet 2018

Hédonisme et eudémonisme - 2ème partie




Hédonisme et eudémonisme


(Seconde partie)



Voir la première partie de cet article




       Je réagis ici à la seconde partie d'un article de Matthieu Ricard intitulé « Hédonisme et eudémonisme, plaisir et bonheur : la grande confusion ». Tout comme la première partie, je suis d'accord avec le fond de l'article : différencier la recherche du plaisir et la recherche du bonheur, et mettre la priorité sur le bonheur. Ma seule réticence est que le contraste opéré par Matthieu Ricard me semble un peu trop caricatural. Dans la première partie, j'avais expliqué que l'hédonisme est multiple et ne se réduit pas à la recherche aveugle et effrénée du plaisir. J'avais distingué plusieurs formes de l'hédonisme : hédonisme consumériste, hédonisme festif, hédonisme sportif et enfin l'hédonisme du philosophe Épicure qui me paraît évidemment beaucoup plus pertinente que les autres formes de l'hédonisme. Pareillement pour cette seconde partie, Matthieu Ricard ne parle que d'une forme d'eudémonisme : un eudémonisme aux colorations très nettement bouddhistes. Même s'il ne le dit pas clairement, on devine, ne serait-ce qu'avec les termes employés, que c'est de l'eudémonisme bouddhiste dont il veut parler.

lundi 2 avril 2018

Aimer et souffrir




Aimer c’est souffrir.
Pour éviter de souffrir, il faut éviter d’aimer.
Mais alors on souffre de ne pas aimer.
Par conséquent,
aimer c’est souffrir,
ne pas aimer c’est souffrir,
et souffrir c’est souffrir.

Woody Allen



mercredi 17 janvier 2018

Si c'est le bonheur que tu cherches



Si c'est le bonheur que tu cherches,
Supporte d'abord la souffrance.
Sans avoir goûté aux larmes,
Tu n'apprécierais pas le rire.


Chengawa Lodrö Gyaltsen, Tibet, 1402-1472 1


jeudi 4 janvier 2018

Un oiseau rebelle






Carmen :

« L'amour est un oiseau rebelle
Que nul ne peut apprivoiser
Et c'est bien en vain qu'on l'appelle
S'il lui convient de refuser
Rien n'y fait, menace ou prière
L'un parle bien, l'autre se tait
Et c'est l'autre que je préfère
Il n'a rien dit, mais il me plaît
L'amour (× 4)
L'amour est enfant de bohème
Il n'a jamais, jamais, connu de loi
Si tu ne m'aimes pas, je t'aime
Et si je t'aime, prends garde à toi
Prends garde à toi
Si tu ne m'aimes pas, si tu ne m'aimes pas, je t'aime
Prends garde à toi
Mais si je t'aime, si je t'aime, prends garde à toi
L'amour est enfant de bohème
Il n'a jamais jamais connu de loi
Si tu ne m'aimes pas, je t'aime
Et si je t'aime, prends garde à toi
Prends garde à toi
Si tu ne m'aimes pas, si tu ne m'aimes pas, je t'aime
Prends garde à toi
Mais si je t'aime, si je t'aime, prends garde à toi

lundi 14 août 2017

Tragique




Tragique




     Quant à Pascal, Kierkegaard ou Camus, j'en ai moins retenu ce qui annonce ou rejoint l'existentialisme qu'une certaine orientation tragique de leur pensée : le refus de se consoler trop vite ou trop facilement, une sensibilité intacte à la souffrance, à l'angoisse, au malheur, à tout ce qui, dans notre vie, est à peu près le contraire de ce qu'on pourrait espérer. Loin d'être l'affirmation joyeuse de tout, comme le veulent Nietzsche ou Rosset, le tragique, au sens où je prends le mot, est plutôt la prise en compte inconsolée de ce qu'il y a d'effrayant, de décevant ou de désespérant dans la condition humaine : la mort, la solitude, l'insatisfaction – trois formes de la finitude, qui ne sont tragiques que par la conscience, en l'homme, d'un infini au moins pensable. Misère de l'homme sans Dieu... Cette tradition-là fut bien la mienne, dès le départ. Je crus un temps y échapper, par le matérialisme (Épicure et Marx), le rationalisme (Spinoza), peut-être par la sagesse... Montaigne et la vie n'ont cessé de m'y ramener. Si nous étions des sages, aurions-nous besoin de philosopher ?


André Comte-Sponville, « C'est chose tendre que la vie » (Entretiens avec François L'Yvonnet), Albin Michel, Paris, 2015, chap. I, pp. 62-63.







Dorothea Lange - Florence Owens Thompson, camp de Nipomo, en Californie - 1936








        Ce passage que je viens de lire dans un des derniers livres d'André Comte-Sponville m'a rappelé tous les doutes et les réticences envers le concept de « sagesse tragique » que l'on retrouve sous la plume de plusieurs philosophes français assez divers, mais qui ont tous en commun d'être des adeptes de Friedrich Nietzsche. Cela comprend notamment pour les plus connus Clément Rosset, Michel Onfray ou Marcel Conche. La sagesse tragique, c'est la pleine acceptation du caractère douloureux et désespérant de l'existence, c'est le fait de dire joyeusement « oui » à la vie, quand bien même la vie serait faite de douleurs et de déchirements. On reconnaît là l'amor fati de Nietzsche, l'amour du destin quoiqu'il arrive. C'est une approche très viriliste et assez romantique des choses.

lundi 31 juillet 2017

Les cent fleurs









Les cent fleurs au printemps, la lune en automne,
Le vent frais en été, la neige en hiver,
Si le cœur s'affranchit de tout souci futile,
Ce sont des moments plaisants dans le monde des hommes.

Wumen Huikai (無門慧開, 1163 – 1260)







Wu Guanzhong, bosquet de jujubiers.


mardi 16 mai 2017

L'appétit et la joie de vivre





L'appétit et la joie de vivre





   « Tu as le droit de tuer un animal pour t'en nourrir à condition que ta joie de le manger soit plus grande que la joie qu'il avait à vivre ».


dimanche 23 avril 2017

Le rythme de l'amour

Être heureux, rendre heureux, voilà le rythme de l'amour.

Sri Nisargadatta Maharaj

samedi 31 décembre 2016

Faire rayonner les quatre qualités



Faire rayonner les quatre qualités



     Une dimension importante de la méditation bouddhique est la pratique des quatre qualités incommensurables. Ces quatre qualités incommensurables sont l'amour bienveillant incommensurable, la compassion incommensurable, la joie incommensurable et l'équanimité incommensurable. On appelle également cette pratique « les quatre demeures de Brahmā » parce que le monde divin de Brahmā est dépourvu d'éléments grossiers comme la terre, l'eau, le feu ou l'air comme dans notre monde physique, mais est entièrement composé d'amour, de compassion, de joie et d'équanimité qui s'étendent à l'infini.

      Je pense vraiment que c'est là une pratique essentielle que d'accoutumer sans cesse notre esprit à ces quatre qualités incommensurables, et je voudrais ici inviter tout le monde à découvrir à cette dimension de la méditation. Dans les soûtras, le Bouddha revient souvent avec la même formulation de la méditation des quatre qualités incommensurables :

vendredi 29 juillet 2016

Le bonheur, un état ou une compétence ?





     J'ai récemment critiqué dans un de mes articles « Le bonheur est-il une compétence ? » un slogan du moine bouddhiste Matthieu Ricard qui figure sur une affiche en faveur de Karuna Shechen (son association caritative) et Imagine – Clarity (une application de smartphone pour apprendre la méditation). Ce slogan affirme vaillamment : « Le bonheur n'est pas quelque chose qui nous arrive, mais une compétence que nous développons ». Je critiquais notamment la connotation très libérale de ce terme « compétence », surtout quand on sait que Matthieu Ricard est proche des milieux de la finance, du business et des multinationales. J'ai insisté aussi sur le fait que le bonheur est un état, et pas une compétence. L'internaute Sb a objecté ceci à mon article :

     « Le bonheur, un état et pas une compétence? La fatigue est un état. Je constate que je suis un peu fatigué ou en pleine forme. Si je suis fatigué je peu influer sur cet état en allant dormir de bonne heure. Est-ce que je peux en dire de même du bonheur? Puis-je constater mon état de bonheur? Oui... Je suis en bonne santé, le monde ne va pas très bien mais moi ça va plutôt bien. Puis-je influer sur cet état? Oui par une hygiène de vie et en m'efforçant d'être gentil avec mon entourage qui en retour sera gentil avec moi. Dire que c'est une compétence, c'est dire autre chose, que c'est comme un sport et qu'il repose sur des techniques qui permettent d'aller plus loin. C'est ouvrir la porte au développement personnel, mais est-ce le propos de Matthieu Ricard ? Le propos de Matthieu Ricard, c'est plutôt de faire reposer le bonheur sur l'altruisme, il me semble. Seulement le mot altruisme est un mot moins sexy et vendeur que celui de bonheur. Si j'ai raison je ne vois pas pourquoi il serait incompatible avec le monde du business du commerce et des affaires? »

      Tout d'abord, mon propos n'était pas une critique en bloc de Matthieu Ricard. J'ai par ailleurs pris la défense de Matthieu Ricard contre le psychologue Serge Tisseron dans « Empathie et altruisme ». Je ne conteste donc pas la part de l'altruisme dans l'obtention du bonheur. Je critique seulement ce qui me semble bien être un flirt avec la culture d'entreprise actuelle, flirt qui pourrait conduire à une forme dévoyée de la méditation où on considérerait le bonheur comme une performance à atteindre dans une logique concurrentielle.

    Je tiens à dire aussi que je me considère comme un philosophe eudémoniste, quelqu'un qui considère le bonheur comme un but essentiel de la philosophie. Eudémonisme est un mot savant qui vient du grec εὐδαιμονία qui signifie bonheur, béatitude ; l'eudémonisme se dit donc d'une philosophie qui a placé l'obtention du bonheur comme une de ses fonctions essentielles. Le bouddhisme est un eudémonisme par excellence puisque dès son tout premier enseignement à Sarnath dans la banlieue de Bénarès en Inde, le Bouddha a enseigné les Quatre Nobles Vérités, à savoir :
  • la Noble Vérité de la souffrance,
  • la Noble Vérité de l'Origine de la souffrance,
  • la Noble Vérité de la Cessation de la souffrance,
  • la Noble Vérité du Chemin qui mène à la Cessation de la Souffrance.

     Le Bouddha a identifié le problème qui est la souffrance universelle. Il a identifié les causes du problème ainsi que l'état où on est débarrassé définitivement de ce problème. Enfin, il a indiqué un chemin qui permet d'aller de notre situation présente sujette à la souffrance vers un état délivré de souffrances, donc vers un état de bonheur total.

     Pourquoi le Bouddha ne parle-t-il pas directement de Bonheur dans ses Quatre Nobles Vérités ? Parce que simplement ce terme peut prêter à confusion. On pourrait avoir une belle maison, une femme, des enfants, une belle voiture et un chien obéissant et trouver que c'est là le bonheur. Et puis si on fait faillite, tout ce bonheur est renversé et réduit à néant. Il y a donc un bonheur relatif, qui dépend des conditions de vie et qui est toujours fragile, impermanent comme dit le Bouddha. Or le bonheur du Nirvāna est un bonheur qui dure, qui ne cesse jamais et qui est libre de toutes traces de souffrance et d'insatisfaction.

      Quand je parle de bonheur comme un état, je veux dire des causes externes au bonheur : la réussite, la richesse, le soutien de la famille, des amis et des proches, la bonne santé. Et puis il y a des causes internes : certaines sont naturellement plus heureuses et enjouées que d'autres. D'autres personnes connaissent de par leur disposition personnelle ou leur histoire de vie la dépression, les crises d'angoisse, le désespoir, les maladies mentales, une sensibilité exacerbée. Ce qui fait que ces personnes ont plus de chances (ou de malchances en l'occurrence) d'être malheureuses dans la vie. Donc on ne part avec des chances égales en matière de bonheur. Chacun a un rapport particulier au bonheur et au malheur dans sa vie personnelle. Et puis il y a tout ce qu'on peut faire pour ne pas être le jouet du hasard et orienter sa vie vers le bonheur.

    Pour cela, il faut une bonne dose de sagesse et de persévérance pour accomplir toutes les actions qui vont produire du bonheur pour soi-même et autrui ainsi que pour tous les changements d'esprit qui seront nécessaires pour avoir une vision de l'existence et régler les problèmes qui se poseront inévitablement durant l'existence. Dans les actions, on peut citer en vrac et très rapidement : la modération en toutes choses, ne pas boire excessivement d'alcool par exemple, ne pas être violent, ne pas trahir ses amis, être généreux, ne pas mentir.... (Il y a bien sûr beaucoup d'autres choses, mais je ne rentre pas dans les détails). Au niveau de l'esprit, on peut citer la pratique de la méditation pour apaiser de la méditation, la pratique de l'amour bienveillant, de la compassion, de la joie et de l'équanimité, le détachement, le lâcher-prise. Et puis il y a effectivement l'altruisme. Un piège existentiel serait de croire que le bonheur ne touche que nous-mêmes (je ne peux pas être heureux à la place de mon voisin) et donc qu'il faut être égoïste, ne pas partager les bonnes choses de l'existence pour être le plus heureux possible. Cet égoïsme est un enfermement dans l'illusion. Dans le monde, tous les phénomènes sont interdépendants. Je ne peux être heureux qu'en rentrant dans cette dynamique de l'interdépendance et en pensant aux autres. L'altruisme est donc essentiel pour trouver le bonheur.

     Ce sont toutes ces pratiques qui rendent heureux. Le bonheur est un état de l'esprit et du corps qui est la conséquence de ces pratiques qui apportent le bien-être pour soi-même et pour autrui. Le bonheur n'est donc pas une compétence. Par ailleurs, le bonheur n'est pas toujours directement la conséquence directe de nos actions bienfaisantes et de nos pensées bienveillantes. La graine de l'arbre ne pousse pas en un jour. Il faut parfois persévérer pour voir les fruits de sa pratique. En outre, l'existence est remplie de difficultés et d'épreuves. Tout comme le ciel peut se remplir de nuages sombres et orageux, l'existence peut prendre de couleurs sombres et menaçantes. Même un habile marin peut avoir à traverser des tempêtes.










      Si on dit que le bonheur est une compétence et que vous êtes soudainement malheureux du fait de causes extérieures comme un divorce ou une perte d'emploi ou de causes intérieures comme une dépression, vous aurez l'impression d'être une personne inapte, incompétente, quelqu'un de complètement nul. Or le capitalisme moderne aime nous rabaisser en permanence parce que les personnes déprimées, angoissées ou souffrant de peu d'estime de soi sont plus faciles à manipuler dans le grand système de la consommation. Voilà pourquoi je pense que comparer le bonheur à une compétence comme le fait Matthieu Ricard ne me paraît pas très pertinent.

     Je suis parfaitement d'accord avec le fait que l'on peut entraîner l'esprit tout comme on trouve normal de s'entraîner dans des pratiques sportives pour courir plus vite, nager plus vite ou shooter mieux dans un ballon ou comme on s'entraîne à jouer du piano pour devenir un virtuose. On peut renforcer notre disposition d'esprit à trouver le bonheur pour soi-même et autrui. Et c'est important de le faire.

       Personnellement, il m'arrive d'être malheureux tant pour des causes externes que pour des raisons internes, le sentiment d'avoir à porter le poids du monde qui s'empare soudainement de moi et qui semble ne jamais vouloir repartir. Quand cela m'arrive, je m'arrête. Je me pose et je m'assieds en posture de méditation. Je pratique l'attention au va-et-vient de la respiration, la bienveillance illimitée, la compassion illimitée, la joie illimitée et l'équanimité illimitée. Je cultive la bodhicitta, l'esprit d'Éveil. Je pratique le détachement. Je reviens au caractère impermanent et illusoire des phénomènes. Je laisse reposer l'esprit en lui-même, je laisse mon corps être ce qu'il est, avec toutes ses imperfections et ses limitations. J'avais lu dans un livre sur le sang que il ne faut pas une seconde pour que le sang commence à coaguler quand une plaie vient déchirer le tissu de la peau. J'avais trouvé cela fascinant, cette disposition du corps à se guérir lui-même ! Et bien l'esprit a aussi une disposition essentielle à se guérir lui-même, à retrouver la luminosité très vite, même si certaines émotions noires sont venues l'assombrir. Même quand on a toutes les raisons d'être malheureux, on peut trouver les ressources spirituelles pour retrouver le sourire. Certaines personnes pensent que je suis toujours heureux parce que très souvent souriant. En fait, pas nécessairement, mais souvent je rejaillis dans la méditation et cela me donne la force de sourire à la vie.

     Enfin, je trouve que comparer le bonheur à une compétence met beaucoup trop la pression sur les épaules des gens. En tant qu'eudémoniste, je considère le bonheur comme un but essentiel de l'existence. Épicure disait dans la Lettre à Ménécée : « Il faut méditer sur ce qui procure le bonheur, puisque quand on l’a, on a tout, et lorsqu’il manque, nous faisons tout pour l’avoir ». Néanmoins, il est sage par moment de se détacher de ce but suprême de trouver le bonheur, de pratiquer le lâcher-prise. Parfois, on trouve le bonheur en cessant de le chercher partout. Le fait de chercher le bonheur de manière trop tendue, en étant trop crispé pour le trouver risque de nous éloigner du bonheur plus qu'autre chose. Parfois, il faut lâcher-prise devant la déprime, la tristesse et le désespoir, accepter d'être mélancolique et triste un soir ou l'autre. C'est alors qu'un bonheur plus essentiel survient et s'empare de nous. Le bonheur est quelque chose de plus subtil que le fait de savoir conduire une automobile ou de savoir mener un projet d'entreprise à bien.


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        Enfin, Sb me reproche de ne pas accepter qu'on puisse méditer et s'ouvrir à l'altruisme dans le monde de l'entreprise. En fait, je n'ai aucun problème avec cela ! Tant mieux si les cadres supérieurs de Google trouvent trop cool de pratiquer la méditation de pleine conscience ! Je dis qu'il faut simplement faire attention à ne pas être contaminé par le discours de propagande de la culture d'entreprise ultra-libérale ; et « compétence » est un de ces termes à haute densité idéologique ! Ce serait dommage pour les méditants, mais ce serait aussi dommage pour les entreprises elles-mêmes. On comprend leur tentation de vouloir formater encore un peu plus leurs employés au travers de la méditation. La rentabilité est une obsession pour eux. Mais la méditation est plus efficace quand elle n'est pas entachée par ce genre de déviations. La méditation apporte du bonheur à l'esprit et de la libération à l'esprit. Ce bonheur et cette libération peuvent s'exprimer en-dehors de l'entreprise. Mais globalement, des employés vraiment heureux rapporteront plus de bénéfices à l'entreprise que des employés endoctrinés à être plus « performants » et à être « plus heureux dans la performance ». Laissez l'esprit des gens tranquilles, aurais-je envie aux grands leaders de la Silicone Valley. Faites confiance à la liberté naturelle de l'esprit ! On ne pratique pas la méditation pour l'entreprise, mais pour être plus heureux dans la vie, dans ses relations humaines, avec sa famille, ses amis, les gens qu'on rencontre dans la rue et aussi ses collègues au bureau. 





















Lire la première partie de cet article: 



À propos de la méditation de Pleine Conscience pratiquée dans les entreprises, on peut lire : 


   On entend beaucoup parler ces temps-ci de méditation dans les entreprises, des bienfaits de la pleine conscience ou mindfulness dans le management. En soi, cela me paraît être une bonne chose : si les entrepreneurs s'enthousiasment pour la méditation et veulent organiser des séances de zazen au milieu de l'open space. Pourquoi pas, en fait ? Néanmoins, quelque chose me laisse sceptique : est-il judicieux de réduire la méditation à une pratique prometteuse en terme d'augmentation de la productivité ? Est-on plus aware des objectifs quantitatifs fixés par l'entreprise quand on s'est livré à une séance de pleine conscience ? Est-ce qu'on est un meilleur employé quand on s'applique sagement à s'asseoir en lotus et à faire le vide dans son entreprise ?







Voir également à propos de la question du bonheur: 



Le bonheur et les autres :     Le bonheur est-il en nous ? Ou se trouve dans notre relation avec les autres ? Dans le milieu du développement personnel et de la spiritualité, on n'entend souvent que le bonheur est en nous, et nulle part ailleurs, et que ce bonheur ne dépend pas des situations heureuses (comme la richesse, la réussite, la réputation, la chance, la santé) ou de telles ou telles personnes (la famille, les personnes aimées, les amis, les collègues...). Il faut chercher ce bonheur en soi-même, au plus profond de son être et savoir rester équanime face aux aléas heureux ou malheureux de la vie. Ce n'est pas faux, cela recèle même une part fondamentale de vérité : je défends personnellement l'idée que le bonheur véritable est d'abord le fruit d'un travail spirituel et philosophique sur soi-même. Néanmoins affirmer que le bonheur ne dépend pas du tout des autres me laisse sceptique. Il me semble que la problématique est plus complexe que cela.

Voir aussi le Soûtra des Bénédictions (Mangala Sutta) ainsi que son commentaire.










Voir aussi à propos de Matthieu Ricard  :



       Le psychologue Serge Tisseron critique le moine bouddhiste ‪‎Matthieu Ricard‬ sur la question de l'empathie. Celui-ci ne distingue pas suffisamment les différents types d'empathie. Et face à la détresse émotionnelle qui peut survenir à cause d'un trop-plein d'empathie, il oppose la compassion au sens bouddhiste du terme. Mais comment le bouddhisme‬ pense-t-il vraiment des notions telles que l'empathie, l'altruisme et la compassion ?

renouer avec la nature  

s'occuper aussi des animaux

Un mouton n'est pas un tabouret qui se déplace


- Liberté

      Qu'est-ce que la liberté ? Est-ce la possibilité de faire ce qu'on veut ? Ou y a-t-il une dimension plus intérieure de la liberté ?


- Commentaires sur « L’Art de la Méditation » de Matthieu Ricard : voir le texte
     Pourquoi les enseignements du Bouddha sont-ils si rarement cités par les lamas du bouddhisme tibétains ? Est-ce que la méditation sur la nature de l'esprit n'occulte pas l'établissement de l'attention portée sur le corps (telle que le Bouddha l'enseigne dans le Soûtra des Quatre Etablissements de l'Attention) ? Les soûtras du Petit Véhicule ont-ils un intérêt dans la méditation sur la vacuité telle que l'expriment les soûtras de la Perfection de Sagesse ? Comment intégrer les différents Véhicules du bouddhisme ?







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