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lundi 16 août 2021

L'art d'être végane



Récemment, Michel Onfray vient de publier un ouvrage « L'art d'être Français » composé de différentes lettres, dont une qui attaque assez agressivement les antispécistes. Je voulais répondre à cette lettre.


Tout d'abord, Onfray identifie la pensée antispéciste à un de ses ouvrages fondateurs : « La libération animale » du philosophe Peter Singer. Alors certes, c'est un ouvrage important tant pour la philosophie antispéciste que pour la cause animale. Mais « La libération animale » a été rédigé en 1975, et depuis lors, l'eau a coulé sous les ponts. D'autres penseurs ont développé une pensée antispéciste et végane qui ne va pas nécessairement dans le sens de Peter Singer, voire s'y oppose explicitement. En outre, « La libération animale » n'est pas un livre saint de la cause animale : on n'est pas tenu de prendre tout ce qu'a dit Singer comme dogme immaculé et immuable qu'il faudrait respecter à la lettre quand on est antispéciste et/ou végane.


Onfray commence par définir l'antispécisme comme le souci de considérer l'homme comme un animal et comme le refus d'une différence de nature entre cet homme et cet animal. Cela reviendrait à dire que l'antispécisme est en lui-même un rejet virulent du christianisme : « La civilisation judéo-chrétienne a généré l’idée que l’homme se trouve au-dessus de la nature et qu’il a le droit, le devoir même, de l’exploiter. (...) L’antispécisme est donc une arme de guerre contre le christianisme. Il est même, d’une certaine manière, un paganisme, sinon un mixte d’animisme et de totémisme ». On a là un bel exemple du délire onfrayen : en quoi l'antispécisme serait un paganisme ? Rappelons que l'antispécisme est une philosophie et ne propose aucun culte, aucune religion de quoi que ce soit. Peter Singer ne vénère pas à ce que je sache Anubis ou Horus, les dieux à tête de chacal ou de faucon... Un tel manque de rigueur est pénible émanant d'un philosophe aussi adulé par les médias... Et quand bien même ce serait le cas, pourquoi serait-ce problématique ? N'a-t-on pas le droit d'être païen, animiste ou de danser autour d'un totem une nuit d'été ?


Mais même si on s'en tient à l'affirmation : « antispécisme, arme de guerre contre le christianisme », cela reste très douteux. Rappelons que TOUTES les autres civilisations pratiquent l'élevage, exploitent les animaux et mangent leur chair. Pourquoi l'antispécisme serait-il spécifiquement anti-chrétien ? Je trouve même très étrange de lire ce genre d'arguments sous la plume de celui qui a écrit naguère un monument d'intolérance envers le christianisme qu'est « le traité d'athéologie »... Serait-on moins Français si l'on n'est pas chrétien ? Faut-il encore accorder du crédit à des affirmations du style « France, fille aînée de l’Église » ? Mais même cela est contestable : un des premiers penseurs antispécistes a été un théologien anglican, Andrew Linzey. Sa « théologie animale » date de 1976 (traduite en français en 2010 par One Voice). L'idée générale est que si l'espèce humaine est spéciale aux yeux de Dieu, ce n'est pas parce qu'elle serait la seule dont Dieu se préoccupe ou que l'humanité serait appelée à tyranniser toutes les autres, mais parce qu'elle est l'espèce servante : celle qu'il a invitée à prendre soin avec lui des autres créatures sur la Terre. L'enseignement et la vie du Christ doivent inciter les hommes à faire preuve de douceur et de bienveillance envers les animaux.


Michel Onfray cite Michel de Montaigne et son « Apologie de Raymond Sebond » comme un texte précurseur de l'antispécisme. Mais justement cette apologie est l'apologie d'un auteur chrétien. Il met en doute l'orgueil de l'homme à croire qu'il sait tout et montre que les animaux ont eux aussi une intelligence et une connaissance du monde, parfois étonnante, comme les araignées qui maîtrisent la géométrie en confectionnant leurs toiles. Le scepticisme de Montaigne y est un appel à plus d'humilité dans une éthique très chrétienne.



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Ensuite, Onfray explique la tendance (réelle) des antispécistes à identifier le massacre des animaux dans les abattoirs à ce qui s'est passé dans les camps de concentration et l'exploitation animale à l'esclavage des Africains aux Amériques : « Peter Singer estime sans nuance que "la tyrannie que les êtres humains exercent sur les autres animaux" équivaut à "celle que causa la tyrannie que les humains blancs exercèrent des siècles durant sur les humains noirs" ». Il cite notamment le livre « Éternel Treblinka » de Charles Patterson. Si Singer et Patterson font peut-être cette comparaison « sans nuance », depuis lors la pensée antispéciste a depuis lors réintroduit cette nuance. Je pense expressément à Matthieu Ricard et son concept de « zoocide » : le mot permet de faire des rapprochements entre cette gigantesque machine à broyer les vies animales que sont les élevages industriels et les abattoirs et les camps d'extermination, mais tout en marquant bien une distinction essentielle entre les deux. (Je ne vais pas rentrer dans les détails ; j'avais développé cela plus en détail dans mon article : « la notion de zoocide chez Matthieu Ricard »).


Michel Onfray en conclut que l'antispécisme prône un égalitarisme entre hommes et animaux. Je pense que c'est vrai pour un certain nombre d'antispécistes, mais pas pour tous. Pour moi, les animaux ne sont pas nos égaux ni en intelligence, ni en valeur, ni en possibilités. Il me semble que les animaux sont des sujets conscients et qui ressentent des choses (« sentients » pour reprendre le vocable antispéciste), et donc ce qu'on leur fait n'est pas neutre. Je peux casser la chaise de ma cuisine pour passer mes nerfs parce qu'elle n'est pas consciente, mais je ne peux pas martyriser mon chat juste pour me défouler. Néanmoins, je ne pense pas que les animaux soient nos égaux : il n'y pas de mal à privilégier l'espèce humaine (mais pas au point d'exploiter cruellement les animaux pour nos intérêts). Si j'ai de la nourriture pour une seule personne et que j'ai un enfant et un chien devant moi, je privilégierai toujours l'enfant humain, et tant pis si le chien a faim. Pour autant, je ne dois pas délibérément faire de mal à ce chien ou l'exploiter cruellement. Et si je peux éviter de manger des animaux, je dois le faire : si je mets dans la balance la souffrance d'un animal à être tué et le plaisir que j'ai à manger un plat de viande ou de poisson, il n'y a pas photo, je dois abandonner la consommation de viande ou de poisson.


Ajoutons que Peter Singer ne pense pas comme le croit Onfray que les animaux soient parfaitement nos égaux. Singer fait une distinction nette entre l'égalité de considération des intérêts et l'égalité dans la valeur d'une vie. « Égalité de considération des intérêts » signifie qu'on doit envisager le plaisir et la souffrance de tous les êtres sentients à égalité. Comme le dit Peter Singer dans son petit texte « L'égalité animale expliquée aux humains » : « Si un être souffre, il ne peut y avoir de justification morale pour refuser de tenir compte de cette souffrance. Quelle que soit la nature de l’être qui souffre, le principe d’égalité exige que sa souffrance soit prise en compte autant qu’une souffrance similaire – pour autant que des comparaisons grossières soient possibles – de tout autre être ». La valeur d'une vie est autre chose pour Peter Singer : « (...) La valeur négative de la douleur est en elle-même indépendante des autres caractéristiques de l’être qui ressent cette douleur ; la valeur de la vie, au contraire, est affectée par ces autres caractéristiques (comme la conscience de soi, l’intelligence, la capacité à entretenir des relations significatives avec les autres, et ainsi de suite). Cela signifiera en général que si nous devons choisir entre la vie d’un être humain et celle d’un autre animal, nous devons choisir de sauver celle de l’humain ».


À partir de cette égalité supposée, Michel Onfray pense prendre Peter Singer en défaut : l'argument de Singer pour refuser l'expérimentation animale est de dire que cette expérimentation n'est pas réplicable aux êtres humains. Ce serait, nous fait savoir Onfray, que l'être humain et l'animal sont différents, dissemblables... Mais est-ce que quelqu'un de sérieux nie cela ? Tout le monde comprend bien que les animaux peuvent être différents de nous : le chien sent un monde d'odeur qui nous est complètement étranger, la chauve-souris se repère dans le noir complet grâce à l'écholocation, le caméléon change de couleur... Personne ne le nie, mais le fait que nous soyons dissemblables ne doit pas nous faire oublier que, malgré ces différences, nous en avons en commun quelque chose : la capacité de ressentir et de prendre conscience. Et cela qui motive l'éthique végane et le refus de faire souffrir les animaux inutilement.



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Ensuite, Michel Onfray explique en quoi Peter Singer est utilitariste. C'est parfaitement vrai, mais il ne faut pas oublier que tous les philosophes antispécistes ne sont pas nécessairement utilitaristes. Ainsi, plus loin dans sa lettre, Michel Onfray va invoquer la condamnation de la domestication par certains antispécistes, sans mentionner que ce n'est pas un argument de Peter Singer, mais bien de Gary Francione, philosophe américain qui refuse et critique de manière véhémente l'utilitarisme d'un Peter Singer. (Je reviendrai plus tard sur cet argument).


Dans cette explication de l'utilitarisme, Onfray explique que ce courant est né dans la philosophie anglo-saxonne, ce qui est vrai, mais il trace une ligne entre philosophie anglo-saxonne et « philosophie européenne ». Or en philosophie, on parle plus volontiers de « philosophie continentale ». Ce n'est qu'un détail, mais rappelons que le Royaume-Uni se trouve toujours géographiquement en Europe, même en dépit du Brexit ! Et des philosophes anglo-saxons comme Bertrand Russel sont Européens. Je pointe du doigt ce détail afin de montrer les relents nationalistes dans la pensée de Michel Onfray. Les Anglo-Saxons ne pensent pas comme nous, les Européens. Ce n'est pas « très Français » que de lire ou adhérer aux idées de Peter Singer.



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Michel Onfray évoque ensuite toutes sortes de points qui font scandale dans la pensée de Singer : l'argument des cas marginaux, l'argument où il explique que la vie des animaux a plus de valeur que la vie d'handicapés mentaux profonds, sa défense de l'avortement et même l'euthanasie acceptable pour les bébés de moins d'un mois. Il cite aussi le fameux article de 2003 : « Amour bestial » où Singer refuse de condamner la zoophilie tant qu'on respecte les intérêts et les envies de l'animal. Bien sûr, tout cela est choquant, mais ce qui est malsain, c'est qu'Onfray laisse entendre de manière assez répugnante que tous les antispécistes ont les mêmes idées que Singer sur ces sujets-là.


Personnellement, je ne cautionne pas tous les avis de Singer, je trouve la zoophilie dégueulasse, l'euthanasie des bébés ne devraient en aucune façon être légalisée, etc... J'ai par ailleurs de sérieux doutes sur son concept d'altruisme efficace et sa complaisance envers le grand capital (mais je développerai cela dans un autre article). En fait, si Onfray s'en prenait juste à Singer, je n'aurais pas de souci et je n'aurais rien redire : oui, il y a une bonne dose de scandale et de propos choquant chez Singer1 ! Singer réussit d'ailleurs à mettre à mal le nietzschéisme de salon d'Onfray : « Il est des jours où l’on a beau être nietzschéen, on se sent tout de même très kantien » nous dit ce dernier dans sa lettre !


Le problème est qu'à partir des positions contestables, Onfray jette l'opprobre sur TOUS les antispécistes. Or Singer est critiqué, parfois amèrement par les autres antispécistes. Je prends pour exemple ce texte : « Pour un antispécisme débarrassé de Peter Singer » au titre sans ambiguïté, Peter Singer y est décrit comme un auteur « validiste » (contre les personnes handicapées), sexiste, capitaliste, soutenant les milliardaires comme Bill Gates, néo-colonialistes, etc... Je précise que je ne cautionne pas tout ce qui est dit dans ce texte non plus : trop d'extrême-gauche, trop « intersectionnaliste » à mon goût, mais c'est néanmoins un bon exemple, très explicite, pour démontrer que l'antispécisme ne peut être réduit sérieusement à la seule personne de Peter Singer comme le fait Onfray. Concernant la zoophilie, la plupart des organisations qui défendent la cause animale condamnent la zoophilie comme une exploitation ignoble de l'animal par l'homme.



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S'ensuit alors un déshonneur par association : si Singer a cautionné la zoophilie, il est forcément proche de ceux qui cautionnent la coprophagie et la pédophilie sans qu'aucun lien ou relation ne soit fait avec Singer... Voilà la méthodologie déplorable du philosophe français : salir les gens à partir de liens très flous et incertains... On aimerait voir autre chose que cette rhétorique de la haine et du ressentiment chez Onfray.


Ensuite, il s'en prend aux véganes. Il a encore des jugements très expéditifs : « Les véganes condamnent tout usage domestique des animaux sélectionnés, croisés et dressés depuis des siècles dans le projet d’en faire ce qu’ils sont devenus ». Le problème est que c'est seulement une petite partie des véganes qui pensent de la sorte. Pour ma part, je n'ai rien contre la domestication des animaux. J'ai même écrit un article sur le sujet : « Les animaux et la société des hommes ». Pour moi, les animaux domestiques ne sont pas vraiment malheureux de la cohabitation avec l'homme : si vous lâchez votre chien ou votre chat pour qu'ils aillent courir ou se promener, ils reviennent la grande majorité des cas, ce qui montre bien qu'ils ne sont pas si malheureux que ça.


Onfray essaye de prédire les conséquences désastreuses d'une fin de la domestication : incapacité à survivre dans la nature, etc... Mais même les opposants de la domestication ne sont pas aussi caricaturaux. Gary Francione qui est l'auteur qui s'oppose le plus à la domestication a recueilli des chiens abandonnés chez lui. Si on devait abandonner la domestication (ce que je ne souhaite pas), cet abandon se ferait progressivement. Ce qui ferait capoter le scénario simpliste de Michel Onfray.



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La conclusion est de Michel Onfray est à l'image de tout son texte : contradictoire, délirante, un condensé de haine et d'accusations gratuites : « Mais n’est-ce pas le fond de cette affaire antispéciste que d’inverser les valeurs afin de remplacer la domination des animaux par l’homme par la domination de l’homme par les animaux ? Ce grand fantasme bestial, au sens étymologique, est bien dans l’ère du temps. Il est la religion de substitution d’une époque sans religion, le sacré d’un temps sans sacré, le rituel d’un monde sans rites, le culte d’un monde sans culte. On comprend qu’elle séduise tellement une jeunesse perdue, sans points de repère éthiques, sans morale. Voici venu le temps généalogique d’une civilisation d’après notre civilisation. Ce sera celle du transhumanisme, elle fabriquera des steaks sans viande par clonage de cellules jadis animales. (...) Nous entrons dans cet enfer auquel certains aspirent comme à un paradis ».


Remplacer la domination des animaux par l’homme par la domination de l’homme par les animaux. Franchement ? Refuser de manger de la viande et des produits animaux, c'est soumettre aux animaux ? Non évidemment ! C'est juste un choix éthique. Rien à voir avec une « soumission ». Même s'ils le voulaient, les animaux ne pourraient pas nous soumettre. Ce n'est évidemment pas non plus une religion, je l'ai déjà dit. Il est quand même hallucinant de se dire que celui écrit la phrase : « (L'antispécisme) est la religion de substitution d’une époque sans religion, le sacré d’un temps sans sacré, le rituel d’un monde sans rites, le culte d’un monde sans culte » est le même que celui a écrit « Le traité d'athéologie », texte violemment anti-religieux. Voilà quelqu'un qui a milité des années pour un monde sans culte, un monde sans rite, et puis qui vient geindre sur l'antispécisme qui viendrait combler ce vide qu'il a lui appelé de ses vœux !


Je n'ai vraiment le temps de m'étendre sur le reste du livre qui est du même calibre. Mais dans son chapitre sur l'islamo-gauchisme, il s'en prend à Virginie Despentes pour sa complaisance envers l'islam et le terrorisme, alors que lui-même en 2015 expliquait que le terrorisme de l'Etat Islamique était justifié par ce que les méchants Occidentaux bombardaient le Proche et Moyen Orient... À tel point que Daech traduisait et publiait les interventions de Michel Onfray dans ses revues et qu'on le voit dans une vidéo revendiquant et justifiant les attentats contre le Bataclan2... Onfray reproche constamment à d'autres ce qui lui-même fait ou pense...


« Voici venu le temps généalogique d’une civilisation d’après notre civilisation ». Parce qu'on est végane et qu'on arrête de manger de la côte de veau, on change de civilisation ? C'est tellement n'importe quoi, toute cette grandiloquence dans le propos. Le véganisme est certes un bouleversement dans la culture gastronomique, et nombre de réactions épidermiques au véganisme vient de là. De là à mettre à bas toutes la civilisation... Ce qui est intéressant est qu'on se moque des véganes quand ils imitent les produits animaux : vous savez, le lait végétal que les directives européennes interdisent d'appeler « lait », les simili-viandes qu'il en faudrait surtout pas appeler « burger », les crèmes glacées véganes, les fromages véganes, etc... On est loin d'un changement de civilisation si on remplace une chose par son équivalent végane. Et le véganisme n'a pas pour vocation non plus de faire de la Terre un paradis. Quand bien même 100% de l'humanité serait végane, il y a aurait bien des choses à améliorer. Mais certes, le monde serait un peu plus doux et moins un enfer pour les animaux.


Directement après avoir évoqué « le grand fantasme bestial », Onfray prédit l’avènement du transhumanisme et de la viande synthétique. Il faudrait savoir : soit le véganisme est un retour à la nature et à notre bestialité, soit c'est l'adhésion à la transformation radicale du corps et du monde par la technologie toute puissante. Mais pas les deux en même temps ! Rappelons que le but du transhumanisme est la libération de ce corps biologique imparfait en hybridant ce corps biologique à la machine, plus résistante, plus facilement réparable, et qui permet des capacités augmentées. Après la bestialité, l'épouvantail des hautes technologies. Voilà tout ce que fait Onfray : planter des épouvantails dans les beaux paysages de France.


Frédéric Leblanc, 

le 16 août 2021.










1 Précisons néanmoins qu'il faut faire l'effort d'essayer de comprendre ce que nous dit Peter Singer quand il va au bout de son éthique utilitariste. On peut tout à fait être choqué par les positions de Singer en matière d'amour bestial ou pour son argument des cas marginaux, mais je trouve déplorable de dire que Singer fait l'apologie de la zoophilie (ce qui n'est absolument pas le cas) ou que Singer est un nazi qui veut gazer tous les personnes handicapées profondes (ce n'est absolument pas le cas non plus).

2 Marie-Claude Martin, Michel Onfray récupéré par Daech, Le Temps, 24 novembre 2015.














Lire également : 

- Antispécisme et humanisme

 L'animalisme est-il un humanisme ? 

Les animaux et la société des hommes 

La notion de zoocide chez Matthieu Ricard

Vers un monde végane - lentement mais sûrement (à propos de Tobias Leenaert et son approche pragmatique et progressive) 

- Paul Ariès raconte n'importe quoi

- Pourquoi les véganes sont dans le vrai (avec notamment la réponse à l'accusation de "transhumanisme")


Concernant Peter Singer: 

- Je ne suis pas un amoureux des animaux

Tante Béa (où Tom Regan s'oppose à l'utilitarisme de Peter Singer)




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samedi 13 mars 2021

Conscience et sentience

 


Un ami m'a récemment adressé ce message : « J'ai eu récemment une conversation intéressante avec le philosophe antispéciste Thomas Lepeltier, ce qui m'a conduit à relire certains de tes articles sur la question de la conscience et de la souffrance ou non des plantes. Je dois dire que le sentientisme peut parfois me sembler trop catégorique dans le fait d'affirmer que la sensibilité des plantes est finalement semblable à celle d'une machine genre téléphone portable, bref, l'exclusion de la prise en compte de l'ensemble du vivant dans la question "animale" m'interroge, je ne sais pas si les plantes ressentent quelque chose, je ne sais s'il existe ou non une forme de conscience sans cerveau, tu avais discuté de ça dans les commentaires de certains de tes articles.


Je subodore pour ma part que la sentience est un saut "qualitatif" dans l'expérience de souffrance mais je n'exclus pas que les plantes ou animaux non sentient puissent souffrir dans une certaine mesure, en tous cas plus que des cailloux/de la matière inerte sans que je penche pour le panpsychisme dont l'animisme pour autant. Enfin, c'est surtout que cela soulève en moi plein de questions : qu'est-ce que la conscience ? Faut-il être résolument conscient pour éprouver une souffrance ? Le cerveau est-il le fondement de la conscience ? Tes articles apportent des réponses intéressantes, mais au bout du compte, on ne peut rien vraiment affirmer en l'état actuel des connaissances. Je suis preneur de tes éclairages car les sentientistes positivistes misent vraiment tout sur la sentience sans laquelle point de souffrance, réfutant ainsi radicalement la notion de vivant comme non pertinente comme critère éthique. Au delà, évidemment, leur anti-écologisme et leur réfutation de l'idée de nature au nom d'un scientisme sceptique radical, admettant d'ailleurs le transhumanisme comme un moyen d'amélioration du monde, me laisse plutôt perplexe. »



NB : la « sentience » est la capacité d'un être vivant à ressentir et prendre conscience de lui-même et du monde qui l'entoure. Pour les antispécistes, la sentience est le critère moral essentiel pour condamner l'exploitation des animaux et demander un changement d'attitude envers ces animaux sentients.




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Selon moi, il est imprudent d'accorder une conscience aux plantes. Je dis bien « imprudent », car je n'en ai pas une certitude absolue : il se pourrait que les plantes aient elles aussi une conscience, mais alors cette conscience est quelque chose de très minimale, un état très vague et très confus par rapport à la conscience animale ou la conscience humaine. Néanmoins, j'admets parfaitement qu'il y a du vivant dans les plantes, et que les plantes participent du mystère du vivant, qu'elles sont animées par une force vitale et une capacité d'évoluer et de s'adapter. Et nous partageons cela avec les plantes, indubitablement.


Les scientifiques parlent parfois d' « intelligence des plantes » ou d' « intelligence des arbres ». Je pense qu'il faut se méfier de ce terme, je pense que les scientifiques l'utilisent avec excès alors même que le terme est abusif parce qu'ils veulent attirer l'attention médiatique à eux, ce qui est humain, mais n'est pas très rigoureux. Je me souviens ainsi d'une Une de « Science & Vie » qui évoquaient de manière très sensationnelle l'intelligence des plantes ou de documentaires qui vantent sur un mode très lyrique l'intelligence des arbres.


L'intelligence des plantes ou des arbres n'est pas l'intelligence d'un humain ou d'un animal. L'intelligence des plantes est juste la capacité d'adaptation de cette plante à son environnement. Et bien sûr, cette capacité d'adaptation est parfois tout à fait extraordinaire et fascinante. Je n'en doute pas. Et c'est en fait tout à fait normal : les plantes ne bougent pas, elles restent en place tout leur existence, ancrée dans la terre. On cite parfois le Socratea, le palmier à échasse qui poussent en Amérique centrale comme contre-exemple, comme « un arbre qui marche » puisqu'il peut faire pousser des racines aériennes à un ou deux mètres de son tronc et, avec le temps, voir son tronc se déplacer de son lieu d'origine. Ce déplacement n'est pourtant que d'un mètre par an, c'est-à-dire pas plus de 3 millimètres par jour. Même les escargots trouvent cela désespérément lent ! Et encore certains scientifiques contestent formellement cette marche au ralenti 1.



Non, les plantes sont immobiles ou quasi-immobiles dans le cas du palmier à échasse, et c'est la raison pour laquelle elles doivent avoir des capacités plus importantes d'adaptation que les animaux. C'est une simple question de survie, de « struggle for life » comme disait Darwin. S'il y a un problème, un incendie ou une région qui devient inhabitable, les animaux peuvent bouger et s'enfuir, les plantes restent sur place et doivent donc avoir plus de potentiel et de ressources cachées. C'est pourquoi les capacités génétiques et épigénétiques des plantes sont sensiblement plus complexes : pour survivre dans des nouveaux contextes imprévisibles, les plantes ont des mécanismes de régulation épigénétique qui peuvent faciliter les changements de l'activité des gènes et transformer les plantes de manière étonnante : les piquants de la rose, les poisons qui découragent les animaux de dévorer les plantes trop facilement, etc...



Ce monde des plantes est fascinant, mais l'intelligence des plantes n'en est pas une, je veux dire, au sens humain du terme, c'est-à-dire d'une capacité de réflexion personnelle qui permet à un individu de réfléchir et de résoudre des problèmes. L'intelligence des plantes n'est qu'une stratégie d'adaptation aveugle dans l'évolution darwinienne des espèces. Personne n'est derrière cette intelligence : le vivant génère constamment des mutations, et certaines de ces mutations vont avoir plus de succès que la version de base ou une autre mutation, parce que cette mutation va apporter une solution au problème environnemental que rencontre la plante. Et si cette mutation permet de répondre plus efficacement à ces problèmes, la plante qui en est dotée survivra plus longtemps et engendrera plus de graines qui transmettront cette mutation. Aucune intelligence là-dedans, au sens d'une intelligence qui procéderait de la réflexion d'un individu, mais un processus aveugle qui anime et forge toutes les espèces vivantes sur Terre, végétale ou animale.



Le corps humain est lui-même le produit de ces stratégies d'adaptation aveugles : le fait que tu aies cinq doigts dont un pouce opposable qui te permet de manipuler très efficacement les objets autour de toi, ce n'est pas toi qui les a inventés. C'est le produit d'une longue évolution qui procurent aux humains un avantage évolutif incroyable. On pourrait évidemment parler du cerveau qui te permet de réfléchir, mais que tu n'as pas inventé toi-même, du cœur qui bat encore et encore, te maintenant en vie, mais que tu ne décides pas d'activer. Pareillement, on peut s'émerveiller d'un tournesol qui fait face au soleil, des fleurs de la passion qui se ferment quand le soleil n'est plus au rendez-vous ou des plantes carnivores qui se referment sur leur proie. Mais aucune intelligence au sens humain là-dedans, seulement des stratégies d'adaptation aveugles qui ont émergé au fil des millénaires depuis des temps immémoriaux.



Je suis le premier à dire qu'il faut s'émerveiller des plantes et des arbres, de leur germination, de leur bourgeonnement, de leur floraison, de leur bruissement, de leur diversité. L'autre jour, je me promenais dans les bois sur les hauteurs de ma ville, et je regardai la cime des arbres et les premières feuilles qui commencent timidement à faire leur apparition en ce début de printemps. Et c'était un moment précieux de contemplation et de fascination, mais je ne vois ce qu'on gagne à leur attribuer hâtivement une conscience ou une intelligence. Quand vous regardez une plante, vous êtes face au mystère du vivant, et c'est déjà bien extraordinaire comme cela !




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Maintenant, comment du vivant est apparu la conscience ? Comment la conscience a-t-elle émergé en tant qu'adaptation évolutive dans les myriades de manifestations du vivant ? Je ne peux pas apporter de réponse définitive à cela, juste des pistes à proposer. C'est là le mystère de la conscience. En gros, il y a deux types de réponses : la réponse matérialiste et la réponse spiritualiste. La réponse matérialiste voit certainement la conscience comme un avantage évolutif décisif pour répondre plus rapidement et plus efficacement à des problèmes environnementaux. Mais alors comment est-on passé d'un neurone tout seul à un cerveau capable d'engendrer des désirs, des volontés, des peurs, du plaisir et de la souffrance qui met en branle et anime les animaux ? Parce qu'un neurone tout seul ne peut rien engendrer du tout qui soit comparable à la conscience, le neurone n'engendre juste qu'un flux électrique.



L'autre réponse est spiritualiste : à un moment donné, de la conscience immatérielle a plongé dans la matérialité du monde vivant. Le bouddhisme postule ainsi que nous sommes animés d'une « soif (tanha) » qui nous pousse à renaître encore et encore au travers de toutes sortes d'existence animale et humaine. Dans cette perspective bouddhiste, il faut distinguer clairement la pensée de l'esprit. Les pensées, les émotions, les souvenirs sont tributaires du cerveau, mais ne se réduisent pas à ce cerveau. La pensée est comme une vague, l'esprit ou conscience est comme l'océan. C'est l'hypothèse que me semble la plus probable, même si ce postulat d'une conscience immatérielle qui interagit avec la matérialité du cerveau ne va pas sans apories philosophiques et scientifiques.



En tant que philosophe bouddhiste, je ne prétends pas avoir réponse à tout. Il faut être « zététicien » dans l'âme, au sens premier et antique du terme, du mot grec « zététis », la recherche. Être ouvert à la recherche encore et encore sans s'arrêter à un dogme définitif. Et non « zététicien » au sens moderne des scientistes qui « débunkent » des théories du complot et des théories pseudo-scientifiques sur internet. Ce qui me frappe avec les zététiciens modernes, c'est leur arrogance, leur suffisance de se croire eux-mêmes sans croyance, alors même que le matérialisme, l'athéisme, le scientisme sont des croyances au même titre que leur contraire.



Personnellement, j'admets que les matérialistes ont peut-être raison. Je dis bien « peut-être », c'est le mot important de la phrase. Peut-être que la conscience est juste une évolution adaptative, une « intelligence » aveugle du vivant qui a permis l'émergence de la vraie intelligence, à la fois avantage décisif pour les êtres qui en sont doués, mais aussi malédiction sans nom avec le cortège de souffrances que suppose la conscience et la « sentience ».



J'admets que la matérialité de la conscience est une possibilité, même si je parierais plutôt sur l'immatérialité de la conscience qui a besoin de la matérialité du cerveau et du système nerveux pour permettre l'émergence de la pensée et des perceptions. Étrange alliance. C'est ce qui me semble le plus probable. Probable, mais pas absolument certain. Comme le Bouddha, je pense qu'il ne faut pas s'accrocher à des thèses métaphysiques : notamment, est-ce que la conscience et le corps sont une seule et même chose ? (Matérialisme) Ou est-ce que la conscience et le corps sont deux choses séparées ? (Spiritualisme) Tout cela dépasse notre entendement et n'est pas efficace pour résoudre le vrai problème, celui de la souffrance.



Je pense dès lors que plutôt que d'apporter des réponses définitives à des problèmes métaphysiques qui sont au-delà de ce que l'humain ou la science moderne peut apporter comme réponse effective, il vaut mieux ne pas s'accrocher à telle ou telle thèse, mais plutôt pratiquer les quatre établissements de l'attention, le noyau même de la méditation bouddhiste : attention au corps, attention aux sensations, attention à l'esprit et attention aux objets de l'esprit. C'est en pratiquant encore et encore l'attention que l'on sera au plus près de ce qu'est véritablement la conscience, cette subjectivité fondamentale qui est là avant tout sujet. Avant de chercher des réponses définitives, il faut pratiquer une « recherche » longue et patiente dans l'expérience de la vie, où la conscience n'est pas en dualité avec la matière, l'objet, la nature, mais en plutôt dans une interdépendance fondamentale.



Et d'un point de vue éthique, la méditation est là aussi pour que l'on suscite encore et encore l'amour bienveillant, la compassion, la joie et l'équanimité envers tous les êtres. Notamment la compassion envers tous les êtres doués de conscience et de sentience, les animaux et parmi ces animaux, les humains : souhaiter que tous les êtres sensibles cessent de souffrir et de connaître les causes de la souffrance.



Cette dynamique de la compassion me paraît plus importante que de vouloir répondre à tout prix à la question : les animaux sont-ils les seuls à être doués de conscience ? Les plantes ont-elles, elles aussi, leur part de sentience ? La compassion nous incite à plus respectueux du vivant en général, parce que le monde vivant est notre demeure, et que nous, les animaux, ne pouvons vivre sans les plantes, les arbres, les fleurs, les algues. On ne peut pas vivre sans toute la diversité du vivant : les végétaux, les champignons, les bactéries, etc...





*****



Globalement, même si je ne partage pas tous les prémisses matérialistes de certains antispécistes, je suis néanmoins d'accord avec ces philosophes antispécistes quand ils considèrent la « sentience » des animaux comme critère moral essentiel pour condamner les souffrances atroces que l'humanité fait subir tous les jours aux milliards d'animaux qui vivent et meurent sous le joug de leur cruauté. Ce critère est fondamental pour refuser un mode d'alimentation carniste, c'est-à-dire fondé sur les produits animaux, et pour faire l'apologie d'un mode d'alimentation et de consommation végane.



Et d'ailleurs les carnistes ont bien compris qu'il fallait à tout prix chercher à mettre le doute dans ce critère de la « sentience » en attribuant justement de la sentience aux plantes et aux légumes, tout cela afin d'essayer de mettre le carniste et le végane sur le même niveau. C'est le fameux argument dit du « cri de la carotte ». Tout d'un coup, les mangeurs de viande se prennent d'empathie pour les pauvres carottes qui succomberaient sous les crocs des méchants véganes. Cet argument me semble vraiment une tentative désespérée du lobby de la viande pour invalider une alimentation non-carnée. Mais franchement, qui est vraiment convaincu par cet argument ? Qui le trouve probant ? Qui se prend vraiment de compassion pour les carottes et les salades ? Qui aurait sérieusement l'idée de mettre sur un même plan la vidéo de la mise à mort d'un veau dans un abattoir et la vidéo d'un jardinier qui tire ses carottes hors du potager ? Je pense qu'il faut écouter son cœur et son intuition en de telles circonstances.



Dans l'Antiquité, Ovide estimait déjà que le blé suffisait à notre alimentation sans qu'il soit nécessaire d'y ajouter de la cruauté et de la maltraitance envers les animaux.



« Vous avez le blé, les pommes qui pèsent,

Sur les branches souples ; vous avez le raisin qui gonfle

Dans des vignes vertes, et les herbe plaisantes, les légumes

Que la cuisson fait doux et tendres ; vous avez le lait

Et le miel de trèfle. La Terre est prodigue

De provisions et ses nourritures

Sont aimables ; elle dépose sur vos tables

Des choses qui ne réclament ni le sang ni la mort.

Hélas, quelle méchanceté que de faire avaler de la chair par notre propre chair,

Que d'engraisser nos corps avides en y enfournant d'autres corps,

Que de nourrir une créature vivante de la mort d'une autre ».


(Ovide, Les Métamorphoses, chant XV)










1« Can walking palm tree really walk ? », Benjamin Radford, LiveScience, 16 janvier 2012.Voir aussi la vidéo du spécialiste des arbres, Francis Hallé : « Socratea, le palmier aux racines aériennes » (YouTube, chaîne : « Icebreaker », 28 janvier 2014).






Quentin Simon, Jardin botanique de Barcelone, April 2015.






Concernant ce sujet de la conscience ou non des plantes,  voir les deux articles précédents sur le sujet : 



- La question de la conscience



Sur le fait de s'abstenir de chair animale et sur l'empathie envers les animaux: 

L'appétit et la joie de vivre


Dza Patrül Rimpotché : la compassion envers les êtres sensibles, et notamment les animaux



Jeremy Bentham: peuvent-ils souffrir ?



Isaac Bashevis Singer : - un éternel Treblinka


Ajahn Brahm : - la vache qui pleure


Charles Darwin: - l'extension de la sympathie








Andrei Savitsky, Intérieur d'une tulipe.




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dimanche 3 février 2019

Paul Ariès raconte n'importe quoi - 4ème partie




Paul Ariès raconte n'importe quoi

(4ème partie)





Paul Ariès continue sa tribune du Monde du 7 janvier avec une nouvelle accusation complètement fantaisiste : les véganes ne voudraient pas aider les animaux. Il affirme « J’accuse les végans d’abuser celles et ceux qui aiment les animaux et s’opposent avec raison aux mauvaises conditions de l’élevage industriel car, comme le clame Tom Regan, le but n’est pas d’élargir les cages mais de les vider. Ils s’opposent donc à tout ce qui peut adoucir le sort des animaux puisque toute amélioration serait contre-productive en contribuant à déculpabiliser les mangeurs de viande, de lait, de fromages, les amateurs de pulls en laine et de chaussures en cuir et retarderait donc l’avènement d’un monde totalement artificiel ».


Ariès fait cette fois-ci référence à un penseur antispéciste, Tom Regan qui prône le « droit des animaux », encore appelée « approche abolitionniste ». Selon une formule célèbre, Tom Regan ne veut pas agrandir les cages des animaux pour améliorer le bien-être des animaux exploités par les hommes, mais bien vider les cages et abolir cette exploitation honteuse des animaux. Or Paul Ariès qui se présente un spécialiste du véganisme puisqu'il y consacre des livres (hostiles) fait mine d'ignorer qu'il y a un débat qui divise depuis longtemps la communauté végane : d'un côté, les « abolitionnistes » comme Tom Regan et Gary Francione, de l'autre, les « welfaristes » ou « neo-welfaristes » à la tête desquels on trouve notamment Peter Singer.

vendredi 1 février 2019

Paul Ariès raconte n'importe quoi - 3ème partie





Paul Ariès raconte n'importe quoi

(3ème partie)





Paul Ariès ne s'arrête pas là dans sa critique rancunière contre Peter Singer. Dans sa tribune du Monde du 7 janvier, il reproche à lui et aux antispécistes de réinstaller une nouvelle hiérarchie entre les êtres : « Trier l’ensemble des animaux (humains ou non) en fonction d’un critère quelconque (caractère « sentient ») revient toujours à recréer la hiérarchie. Proclamer l’égalité animale c’est signifier que certains animaux seront plus égaux que d’autres, donc que certains humains seront moins égaux que d’autres humains et même que certains animaux non humains ».


Alors là, c'est très emblématique d'un malentendu que beaucoup de détracteurs entretiennent à l'encontre de l'antispécisme : l'idée de la croyance à une égalité totale entre tous les animaux. La vie d'un être humain aurait autant importance que la vie d'une vache ou la vie d'un coléoptère. Non, je ne dis pas ça ; et les antispécistes ne disent pas ça. La vie d'un être humain me semblera toujours plus importante que la vie d'une vache ; et la vie d'une vache me semblera plus importante que la vie d'un coléoptère. Ce que disent les antispécistes, c'est qu'on devrait envisager les intérêts de tout être sentient (doué de sensibilité et de conscience) et les respecter. Je suis peut-être supérieur (intellectuellement, spirituellement, moralement,...) à une vache ; mais cette supériorité réelle ou supposée ne me donne pas le droit moral de maltraiter cette vache, d'exploiter cette vache ou de manger cette vache. Je n'ai pas le droit moral de découper les pattes du coléoptère pour mon seul plaisir.

lundi 28 janvier 2019

Paul Ariès raconte n'importe quoi - 2ème partie




Paul Ariès raconte n'importe quoi



Paul Ariès continue son texte : « J’accuse les végans de mentir en faisant croire au grand public qu’ils seraient des écolos et même des superécolos, alors qu’ils haïssent l’écologie et les écologistes, puisque les écolos aiment la nature et qu’eux la vomissent, car elle serait intrinsèquement violente donc mauvaise. David Olivier, un des pères des Cahiers antispécistes, signait, dès 1988, un texte intitulé "Pourquoi je ne suis pas écologiste". Il confirme en 2015 : "Nous voyons l’antispécisme et l’écologisme comme largement antagonistes"».


Là encore, on est dans l'amalgame, je dirai même du « super-amalgame »... Certains antispécistes sont effectivement très critiques à l'encontre de l'écologie. C'est vrai, et notamment David Olivier. Mais là encore, cela ne veut pas dire que tous les antispécistes sont contre l'écologie. J'ai moi-même écrit une série d'articles pour contrer les thèses de David Olivier et de son camarade Yves Bonnardel : « Penser l'homme et l'animal au sein de la Nature ». Je me revendique personnellement de l'écologie et ne me reconnaît pas dans la pensée d'Olivier et Bonnardel sur ce point. Néanmoins, un intellectuel comme Paul Ariès devrait être soucieux de ne pas réduire une pensée au point où elle ne veut plus rien dire. David Olivier et Yves Bonnardel défendent un point de vue un peu plus subtil qu'un simple anti-écologisme primaire.

samedi 26 janvier 2019

Paul Ariès raconte n'importe quoi




Paul Ariès raconte n'importe quoi


(1ère partie)



Paul Ariès est un politologue d'extrême-gauche connu pour passer souvent sur les plateaux de télévision. Paul Ariès n'aime pas les véganes, et ce n'est pas nouveau. Cela fait maintenant plus de vingt ans qu'il multiplie les prises de position douteuses à leur encontre. Vingt ans de contresens, d'amalgames foireux et de thèses haineuses. En 1996, il écrivait un livre fumeux intitulé « Le retour du diable » où il accusait les véganes et les antispécistes d'être des suppôts de Satan, en plus de tenir des propos complètement homophobes sur les nazis qui sont forcément des gays et Hitler qui était bisexuel1. Ou encore il pratiquait allégrement la calomnie en insinuant que les antispécistes inciteraient à la zoophilie dans des propos qui a largement anticipé le discours réactionnaire de la Manif pour Tous : « Sera-t-il possible de dire aux enfants (...) lorsque vous serez grands vous pourrez choisir entre la vie à deux avec un individu de sexe opposé, du même sexe ou pourquoi pas (à suivre certains antispécistes) avec un animal ? » (sic, p. 90).

dimanche 8 juillet 2018

Dégradations de vitrines







     Dernièrement, dans la rubrique des faits divers dans les journaux français ont figuré quelques faits de dégradations à l'encontre de boucherie ou de restaurants cuisinant principalement de la viande. Ces faits de dégradation et de vandalisme ont été commis par des personnes se revendiquant du véganisme et de l'antispécisme et consistent principalement en des tags et des slogans condamnant le spécisme et l'exploitation des animaux, par de la peinture rouge jeté à la façade de ces bâtiments et par des bris de vitrine.

mercredi 21 mars 2018

Pourquoi les véganes sont dans le vrai - 2ème partie




Pourquoi les véganes sont dans le vrai

(2ème partie)



       Ce 18 mars 2018 paraissait dans le journal « Libération » une tribune très agressive à l'encontre des véganes, intitulé « Pourquoi les véganes ont tout faux », rédigé par Paul Ariès, Jocelyne Porcher et Frédéric Denhez. Je voudrais ici apporter une réponse argumentée à ce texte.